Femme
16 ans
Sang pur
Française
Identité
-
- Sixième année
- Surnoms : Vee
- Nationalité : Française
Capacités & Statuts
Groupes
Approprié ? Qu'est-ce que c'est ?
Message publié le 10/02/2026 à 02:23
- À la bonne heure, je concède à murmurer, bien que je ne sois guère satisfaite de la décision finale.
Les remerciements eux-mêmes paraissent creux alors que la boîte signée Valcourt disparait dans les méandres de pauvres fonds de tiroir. J'ai choisi ce présent avec attention, et j'avais imaginé un résultat tout autre. Mon regard accroché aux spirales incessantes de l'astrolabe, je ne peux m'empêcher mes lèvres de se froisser au nouveau refus du professeur d'accéder à une requête pourtant simple. Enseigner. N'est-ce pas ce qu'il sait faire de mieux ? La raison de sa présence à Poudlard ? Ma curiosité subitement dissipée, je braque sur lui mon visage courroucé.
Je sais pertinemment ce qu'il attend. Mais la façon qu'il a de le demander me rappelle par bien des égards mon père, et cela ne me plait aucunement. Je n'ai guère fait preuve de la moindre impolitesse. Ne l'ai guère hélé comme un domestique. Doit-il agir de la sorte ? Prétendre que je suis encore une enfant en manque d'éducation ? Ne voit-il pas l'effort que j'ai mis à lui paraitre comme la jeune femme que je suis devenue ? Le menton relevée, j'échappe un rire léger, faux, courtois et calculé. Le genre de rire que l'on offre aux dîners mondains pour ne pas laisser le silence perdurer.
- Une faveur ? Par Merlin, loin de moi l'idée. Imaginez ce que je les gens iraient raconter. Ne voyez dans ma familiarité qu'une curiosité trop hâtive. Je trouverai les réponses à mes questions dans les manuels, comme tous les autres étudiants. Pardon d'avoir empiété sur votre temps, je vous laisse profiter de vos dernières heures de répit.
La politesse, je la connais sur le bout des ongles, voyez-vous, mais je ne la sers qu'à ceux qui la réclame correctement. Mes lèvres toujours étirés d'un sourire qui dissimule tout de ma vexation, j'accorde un dernier regard à l'astrolabe avant de tourner les talons.
- Bonne soirée, professeur.
Approprié ? Qu'est-ce que c'est ?
Message publié le 24/01/2026 à 16:02
Mes épaules se sont légèrement affaissées, bien que j'aurais aimé ne rien montrer de ma déception. Je sais qu'il a raison, bien sûr. Il n'est pas sans me rappeler Papa ressassant encore et toujours de l'importance du regard des autres sur notre famille. L'image que nous projetons doit être à l'image de la marque Viviane, impeccable. Une chose intangible, infrangible, martelée depuis l'enfance. Naître Valcourt, c'est naître avec l'art et la manière de se tenir en toute circonstance, de dissimuler ce qui pourrait froisser, de pallier toute émotion vive par de multiples révérences, sourires courtois, jolis phrasés. Sauf si la Valcourt en question se prénomme Raven et se refuse à toute la bienséance de la bonne société.
- En effet, vous ne m'apprenez rien, je concède malgré mon envie soudaine de bouder. Je me contente de lever une main pour enserrer l'un de mes bras avec une légèreté fausse. Portez les au moins en dehors de l'école, je continue de négocier sans y croire, les yeux rivés sur l'Astrolabe. Un présent ne se renvoie pas à son envoyeur.
Je ne vous apprend rien non plus, professeur, ne dit-elle pas. Les yeux perdus sur les mouvements perpétuels de l'artefact runique, je me penche légèrement pour essayer d'en percevoir le détail. J'ai toujours été charmé par ce genre d'objet de belle facture. Leur magie est au moins aussi complexe que les rouages de la machine Valcourt, qui conçoivent chaque jour de splendides pièces uniques, ensorcelées par les plus grands pour offrir au monde un véritable spectacle d'élégance et de beauté. Sincèrement intéressée, je m'écarte d'un pas, l'invite d'une main :
- Montrez moi ?
En compensation de votre infâme impolitesse, et de votre refus inaltérable, au minimum. Mon regard accroche le sien. Assuré, d'une intensité rare. J'y ai toujours vu une intelligence supérieure, doublée d'un charme terrible. Enfant, je cherchais systématiquement son attention car je m'imaginais qu'il était forcément un sorcier extraordinaire. Au moins aussi extraordinaire que Papa, si ce n'est plus. À présent que j'ai grandis, je sais qu'il s'agit d'un homme brillant, et j'ai besoin qu'il voit en moi l'écho du même potentiel. Il connait mes ambitions dans l'entreprise Valcourt, une ambition que je nourris depuis des années. Il sait que nous faisons partie de la même élite.
Approprié ? Qu'est-ce que c'est ?
Message publié le 24/01/2026 à 12:27
Redressée de toute ma hauteur, je croise les bras et l'observe tandis qu'il me déballe ses explications, de la même manière qu'il les aura écrite dans son courrier. Je demeure inflexible, et le laisse aller au bout de sa prise de parole - comme la bonne société le permet. La vexation passée, j'ai su préparer des arguments que j'imagine irréfutable pour un homme de son niveau. J'hausse donc un sourcil peu impressionné alors qu'il martèle ce mot qui m'a tant fait tiquer, dans sa lettre.
- Approprié ? Professeur, voyons, ce n'est là qu'une marque d'affection de ma part. Vous comme moi savons très bien que cela n'impactera guère mes résultats académiques, vous êtes trop consciencieux pour cela. Sans compter que je n'ai aucunement besoin d'en venir à de telles méthodes pour assurer mes notes.
Mes bras se décroisent, et mes mains se posent sur mes hanches tandis que j'hausse le menton, poursuivant avec assurance :
- Mes pairs sont bien au fait de l'absurdité même d'une telle accusation, et je serais grandement offensée que vous puissiez imaginer le contraire. Je trouve particulièrement inapproprié de devoir me priver de saisir l'opportunité unique que j'ai de vous apporter quelque chose en retour de vos brillants enseignements sous le seul prétexte de ce que des imbéciles pourraient bien penser de la chose.
Il ne suffirait pas de grand chose pour prouver de l'authenticité de mon érudition runique - rien moins qu'un examen supervisé par quiconque, aussi je ne vois vraiment pas le problème de faire profiter de mes relations au sein de l'entreprise Valcourt lorsqu'il s'agit d'un simple présent de Noël. J'esquisse un sourire à son égard avant de porter mon attention sur la chose qui, avant mon entrée, accaparait son attention.
- Quel bel objet, je commente histoire de détourner la conversation, me tournant moi-même pleinement vers celui-ci.
J'offre par ailleurs une vue sans doute spectaculaire à ce cher Lysander, voyez-vous.
Approprié ? Qu'est-ce que c'est ?
Message publié le 23/01/2026 à 19:13
Par Merlin. L'Écosse ne m'a pas manqué. Cela ne fait qu'une poignée d'heures que je suis de retour, mais la villa me manque déjà terriblement, avec son micro-climat enchanté. Mon bronzage impeccable n'est guère mis en valeur par la grisaille anglaise. Au moins je n'arbore pas cette marque immonde autour des yeux dont semblent bénéficier tout une masse d'élèves tout droit descendus de leur montagne. Comme ces gens ne m'avaient pas manqué. Ma courtoisie naturelle m'a bien sûr poussé à faire la conversation avec les filles bien sûr.
Au moins Athénaïs était-elle présente pour hausser le niveau général d'ennui que représente ces insipides personnalités.
Dès lors que le dîner se termine toutefois, je prends congé, décidée à remplir la mission que je me suis donné pour la rentrée de cette nouvelle année. Voyez-vous, un certain professeur n'a pas eu la décence d'accepter mon présent. Pire, il me l'a renvoyé. Pouvez le croire ? Ce ne serait pas Lysander que je l'aurais trouvé d'une indélicatesse incroyable, en plus de faire preuve de la pire impolitesse dont on puisse faire preuve dans notre milieu. Mais puisqu'il s'agit de Lysander, il va de soit qu'il ne saurait être ni indélicat, ni impoli. Il va de soit qu'il a pensé bien faire. À moi de lui faire entendre raison.
Je n'ai d'ailleurs rien laissé au hasard. Mes soins datent de la veille : mes cheveux sont relâchés, et magnifiques. Mes ongles parfaitement manucurés. Puisque l'uniforme n'était pas obligatoire immédiatement, j'ai conservé la ligne Valcourt, qui ne sait que me mettre en valeur. Un manteau long en laine vierge ivoire, coupé avec une rigueur presque sévère, dont la doublure intérieure est brodée à la main de runes thermiques invisibles. Sous le manteau, une robe droite en soie mate couleur sable, au tombé irréprochable, cintrée juste ce qu’il faut pour épouser ma silhouette sans jamais la contraindre.
Les manches sont fermées par de minuscules boutons nacrés, gravés du sigil Valcourt - détail que seuls les initiés reconnaîtraient, mais surtout ce cher professeur qui en a reçu une paire pour noël.
À mon cou, aucun bijou voyant : seulement une chaîne d’or pâle, si fine qu’on la devinerait à peine, supportant un pendentif ancien, pièce unique héritée, protégée par plusieurs enchantements discrets. Un cadeau de Papa, que j'ai pris l'habitude de saisir régulièrement lorsque mes pensées dérivent, ou que je m'attelle à mes devoirs. Mes bottines, en cuir lisse couleur noisette, ont été façonnées sur mesure. Le contraste est évident. Là où eux rentrent de vacances les joues blanchies par l’hiver, je porte encore sur la peau la chaleur d’un soleil choisi. Un hâle léger qui trahit des fêtes passées loin de la boue écossaise.
Arrêtée devant la porte du bureau de Lysander - qui n'a pas participé au dîner -, je toque avec courtoisie, et finit par entrer dès lors qu'il m'y invite. C'est avec le sourire que j'entre, mon pas rapide, pressé. Ma poitrine chamboulée par la vision qu'il offre - celle d'un homme d'une élégance certaine, et d'une intelligence fine. Ma main disparait dans ma poche pour en sortir l'écrin - celui-là même qu'il m'a renvoyé -, et je le pose sur son bureau sans plus attendre. Dans l'enceinte de l'école, Lysander n'est pas un ami de Papa. Lysander est mon professeur, aussi n'oublie-je jamais de l'interpeler comme tel :
- Bonne année professeur. J'ai pensé que vous auriez la commencer avec élégance, mais peut-être m'étais-je trompé ? Mon regard est interrogateur, faussement incertain, défiant.
Pommier et statue de sel [cours]
Message publié le 20/01/2026 à 22:21
Le mot que prononce Ombrage ne m'échappe guère. Le garçon parle trop peu pour que cela ne m'interpelle pas, voyez-vous. Les serpents les plus venimeux sont parmi les plus silencieux. La suite me voit me figer dans une posture presque grotesque, tandis que mon intérieur se noue brusquement. Immédiatement, j'envisage un sortilège. Seule la magie peut avoir un effet aussi immédiat ! Mais par Merlin, pas cet effet ! Je me crispe sur place, lèvres pincées, peau pâle, les yeux écarquillés.
- Par Merlin.
Je lève une main, que j'espère subtile, dans l'objectif d'éliminer le problème inéluctable qui s'impose. Le liquide, d'une chaleur brutale, s'échappe sans que je ne puisse rien n'y faire, et je mets toute mon énergie à conserver un faciès le plus neutre possible bien que je meurs de l'intérieur. J'informule, évidemment, en priant de toutes mes forces que la magie fasse effet. Il faut qu'elle fasse effet.
Le problème disparait, en partie. L'odeur a le temps de persister, et je me dois de trouver un stratagème pour détourner l'attention. Immédiatement, j'entreprends un déplacement. Mon regard noir se plante sur Ombrage, que je considère coupable de ma situation problématique. Je ne t'ai jamais aimé. C'est justifié. Pauvre âme.
Viviane Valcourt a lancé un sortilège en utilisant la manumagie !
- Sortilège
- Sortilège de Disparition
- Difficulté
- 4
- Résultat D20
- 5
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 10
Le problème disparait, en partie. L'odeur a le temps de persister, et je me dois de trouver un stratagème pour détourner l'attention.
Autres résultats possibles
Le problème disparait.
Le problème subsite. Par Merlin. Quel horreur.
Le problème subsite. S'étend. Par Merlin. Quel horreur.
Pommier et statue de sel [cours]
Message publié le 20/01/2026 à 21:00
Je claque ma langue sèchement, agacé par l'absence de réaction d'Athénaïs. Mon regard glisse vers le reste de mes camarades. Certains se débrouillent comme des manches. Ne savent-ils pas la chance qu'ils ont ? Ne comprennent-ils pas la rareté de cette leçon ? Par Merlin. Quel gâchis. Je lève les yeux au ciel, mais bientôt quelques mots m'atteignent, et je plisse les yeux dans la direction de l'un des duos. Ce rustre paysan ukrainien, et l'héritière Dunn. Enfin. Héritière. C'est son frère qui, sans aucun doute, sera le véritable héritier de la famille, et non cette vulgaire disgrâce potelée. Sait-elle seulement se réguler ?
- Sasha c'est ça ? J'énonce, mielleuse, à l'égard de ce pauvre paysan. Ne t'a t-on guère appris à t'adresser aux femmes ?
Vipère, greluche ? Ne font-ils preuve d'aucune créativité, dans ce pays ? Il faut voir le pays. Ce n'est probablement pas le plus propice à l'éducation. Pauvre hère. J'espère que ni lui ni cette sotte de Dunn ne se prendront à céder à la tentation de croquer la récolte. Au diable si nous devions les voir étendre leurs vices plus avant qu'ils ne le font déjà ! Mon sourcil haussé à destination d'Ombrage, je secoue délicatement la tête en faisant de nouveau claquer la langue contre mon palais.
- Pour obtenir la fameuse diarrhée de Sodome ? Non merci, Liam, ta présence nous est suffisante.
Ta posture seule dérange à peu près tout le monde. Tu ne sembles ni curieux d'apprendre, ni désireux d'échanger. Sais-tu seulement ce que c'est que de vivre en société ? Le Serdaigle, pendant ce temps, continue de vomir ses connaissances tel une encyclopédie montée sur deux jambes, et je lève les yeux au ciel une ultime fois avant de reporter mon attention sur ma binôme du jour :
- Athénaïs, darling, c'est à toi !
Pommier et statue de sel [cours]
Message publié le 19/01/2026 à 20:14
Abraham se leva de bon matin, pour aller au lieu où il s’était tenu en présence de l’Éternel. Il porta ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe, et sur toute l’étendue de la plaine ; et voici, il vit s’élever de la terre une fumée, comme la fumée d’une fournaise. Lorsque Dieu détruisit les villes de la plaine, il se souvint d’Abraham ; et il fit échapper Lot du milieu du désastre, par lequel il renversa les villes où Lot avait fait sa demeure.
Par Merlin, Lord Ravental, vous avez le sens du spectacle. Cela, nul ne pourrait le nier. Ce n'est sans doute pas pour rien que Papa vous a demandé à plusieurs reprises de vous faire égérie de la ligne Valcourt Senior. Dommage que vous soyiez un homme si occupé. À moins que ce ne soit la mise en scène de votre grand âge qui vous ait posé problème ? J'hausse un sourcil à destination d'Athénaïs tandis que les consignes pleuvent :
- Ne faisions nous pas déjà partie de l'élite ? Je questionne de manière rhétorique, le ton bas, l'esquisse d'un sourire sur mes lèvres délicates.
Aucune surprise dans la répartition des binômes. Je n'en attendais pas moins. J'échange un bref regard avec ma comparse avant de me diriger d'office vers le plan de travail. Je laisse le léchage de bottes aux étudiants qui s'en sentent la nécessité tandis que je me saisis de l'un des carrés d'étoffe de lin. Mes gestes sont méticuleux. D'une élégance certaine. J'y met toujours un point d'honneur. Bien d'autres se questionnent. Ce pauvre hère extirpé de sa campagne de l'est fait léviter un escabeau, ses mains gantés comme un rustre.
- Par Merlin, je commente en levant les yeux au ciel.
J'étends le linge d'un geste, et braque ma baguette dans sa direction, commandant d'une voix impérieuse :
- Calidum.
Le sortilège fait son effet. Mon regard se dresse vers Athénaïs, que j'interroge du regard :
- Après toi, très chère.
Viviane Valcourt a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Aiguille !
- Sortilège
- Enchantement Réchauffant
- Difficulté
- 4
- Résultat D20
- 8
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 10
Le sortilège fait son effet. Mon regard se dresse vers Athénaïs, que j'interroge du regard :
- Après toi, très chère.
Autres résultats possibles
Le sortilège fait son effet. La perfection incarné bien sûr. Mon regard se dresse vers Athénaïs, que j'interroge du regard :
- Après toi, très chère.
Le sortilège reste sans effet, et je fronce les yeux avec agacement. Trop d'insanités autour de moi, très certainement !
Sous mes yeux choqués, le tissu entre en combustion.
Pommier et statue de sel [cours]
Message publié le 10/01/2026 à 17:38
- Il a atteint sa maturité, Solange, il est prêt pour la récolte, j'énonce avec courtoisie.
Mon nez brièvement froncé de mépris, j'affronte le regard d'Ombrage, qui pénètre la serre à son tour. Ce cours se déroule entre bonnes gens jusqu'à présent, si l'on omet cette pauvre Nellie Butler, dont le nom de famille ne résonne pour personne. Papa me répète assez souvent que même les anonymes peuvent trouver leur utilité, aussi lui ai-je adressé une salutation muette à son entrée, comme je l'ai fait pour tous les autres. La plupart des élèves de cette école ne savent pas ce qu'est l'art d'observer l'étiquette, aussi dois-je souvent montrer l'exemple voyez-vous.
Mon visage se détend dès l'entrée d'Athénaïs, que j'accueille d'un sourire sincère. Cette année scolaire n'aurait sans doute pas commencé si brillamment sans son arrivée à Poudlard. Enfin quelqu'un d'intéressant avec qui échanger de nos ambitions communes. Sarah commençait à me faire l'effet d'un animal de compagnie arriéré. Elle n'est certainement pas ravie du changement, mais ce n'est clairement pas mon problème. Subtilement décalée pour laisser une place à mon amie, son père y va soudain de son commentaire, et j'hausse un sourcil à son intention.
- C'est parce qu'il est lui-même déstabilisé par ta présence, j'avance avec humour, croisant le regard de la française.
Non loin, Liam Ombrage soupire. Lui aussi est agaçant. Impoli, même. Ce garçon n'a clairement pas les codes lorsqu'il s'agit de bien présenter. Il ne sait ni se fondre dans le décor, ni se mêler aux conversations, ni s'intéresser aux sujets d'études parfois parmi les plus rares et les plus intéressants. Un véritable gâchis si on me demande mon avis !
Pommier et statue de sel [cours]
Message publié le 08/01/2026 à 17:28
Je n'étais certes pas sensé poursuivre plus avant mon cursus en botanique. Non point à cause de médiocres résultats lors de mes examens de BUSE. J'ai obtenu des résultats brillants. La professeur en poste n'était pas pour exciter mon ambition dans le domaine. Il ne s'était suffit que d'une rumeur pour me faire changer d'avis. Une rumeur rapidement confirmée par mes soins, dès lors que Papa avait pu répondre à mon courrier. Lord Ravental venant reprendre le flambeau de la vieille harpie ? Grande nouvelle. Excellente nouvelle. En voilà un homme qualifié pour ce travail.
Je n'ai pas été déçue, évidemment. Comment aurais-je pu l'être ? Au-delà des liens professionnels existant entre nos deux familles, je connais la grande expérience de Lord Ravental dans sa matière de prédilection, et sa notoriété d'homme à la main verte. Mes cheveux sont rassemblés avec soin, mon maquillage d'une discrétion impeccable, mon uniforme épousant sagement des formes qui tardent encore à pousser. Raven n'a pas ce problème, mais Raven n'a pas pour elle l'élégance que j'arbore en permanence, alors j'ai décidé de n'en avoir que faire.
Mon menton relevé, ma peau blanche caressé par les quelques lueurs qui dodelinent au plafond de la serre n°3, j'étire un sourire courtois vers le professeur Ravental alors que je lui adresse mes salutations :
- Bonjour professeur.
J'ai déjà souhaité mes vœux, une carte scellée par le sceaux Valcourt signée de ma main, de celle de Raven - contre son gré - et de celle de mon père, envoyé à tous les fournisseurs et clients fidèles de la marque au lendemain de la nouvelle année. Au centre du lieu, un pommier de Sodome, aisément reconnaissable. Pour les curieux qui auraient ouvert un peu plus que leur manuel de botanique avancé, et les chanceux ayant bénéficié de vacances sous le soleil de Jordanie. Je fais partie de ces deux catégories. L'étui de ma baguette à la ceinture, je relève tranquillement les manche de ma chemise pour qu'elles reviennent par-dessus mon pull émeraude, afin d'être pleinement disponible pour le travail du jour.
Message publié le 21/11/2025 à 10:23
Regardez les tous. Ces clowns. Que d'agitation autour d'un évènement si abrutissant qu'il en deviendrait gênant. Combien de ces crétins ont jeté leur nom dans cette coupe dans le pénible objectif de prouver leur valeur ? Je vous parierais toute la fortune de mon père qu'aucun n'est véritablement prêt à risquer sa vie. Ils font ça pour l’esbroufe. Se sentir exister. Au moins, moi, je n'ai pas besoin de tout cela pour savoir qui je suis, ou ce que j'accomplirai dans la vie.
J'ai naïvement cru qu'il y aurait quelques avantages à tout ce ramdam incessant : les délégations étrangères. Je veux dire, j'ai eu mille fois l'occasion de voyager avec Papa - Raven n'a jamais su apprécier notre chance -, et j'aime particulièrement la France. J'espérais tomber sur des pointures, et voilà ce que la direction de Beauxbâtons nous a ramené. Certains n'ont même pas l'air de savoir porter leur propre pantalon. L'horreur.
Mes applaudissements se contentent d'être polis et courtois comme mon éducation me l'impose, mais mes lèvres sont barrées d'un rictus alors que je suis du regard la championne de Poudlard. Alison Carter. Tiens donc. Qu'est-ce qu'elle a l'air gauche. Chercherait-elle à prouver qu'elle n'est pas bonne qu'à tailler les baguettes des garçons dans les toilettes ? J'ai comme le pressentiment que le nom des Carter risque de perdre de sa gloire pendant cet évènement.
Par Merlin. Vraiment ? Est-on vraiment sûr de celui-ci ? Ce n'est plus un tournoi, c'est un cirque. Regardez comme il marche. Écoutez comme il... non, non, n'écoutez pas. Je secoue la tête, fait claquer la langue contre mon palais pour démontrer de mon agacement, et mes doigts se joignent au-dessus de la table dans un refus net d'encouragement. C'est non. Je ne peux pas croire que l'on prenne un garçon de banlieue pour représenter la France entre ces murs, c'est un outrage.
La championne de Uagadou ne m'inspire qu'un haussement de sourcils tandis que j'applaudis, aussi courtoise que pour Alison Carter, néanmoins trop occupé à juger de ses choix vestimentaires douteux. La voir lever une main pour frapper celle de l'énergumène Blanchard achève de me donner un avis sur sa personne, et je lève les yeux au ciel. Pour le divertissement, on repassera. Il n'y a qu'à espérer que les professeurs ne seront pas trop dispersés pour leurs cours.
Mon regard glisse dans la direction de Monsieur Bramblethorn. Lui, au moins, représente l'élégance, la vraie. Je serais curieuse de savoir ce qu'il pense de cet éventail abominable. Sans doute la même chose que moi. Cet homme est de bon goût. Quel homme...
Message publié le 03/11/2025 à 20:09
Ils ont insisté. Vraiment. Et je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai dit oui. L’effet d’une fatigue passagère, d’une faiblesse momentanée causée par un déjeuner particulièrement médiocre. Une sorte de curiosité malsaine, nul doute. Les faits sont là : je suis à la Tête de Sanglier. Le soir de mon anniversaire. Inutile de préciser à quel point tout ici me répugne. L’odeur de vieille pipe mal éteinte, les bancs trop bas, le bois collant, les murs suintants, la lumière blafarde. Même l’air semble empesté par l’ennui, la misère, et le fond de gorge des habitués. Il y a des endroits où l’on sent que le temps ne fait que passer : ici, il s’est suicidé depuis belle lurette.
Une chope de Bièreaubeurre douteuse trône devant moi, tiède, pleine d’un liquide mousseux à la couleur équivoque. Un des crétins qui m’ont traînée ici - je ne retiens pas les prénoms inutiles - m’a souhaité un bon annif en rotant dans son écharpe. Charmant. La serveuse - une créature à mi-chemin entre la goule et l'erreur administrative - a osé me tutoyer. Me tutoyer, moi, Viviane Valcourt ! Tu veux autre chose chérie ? Oui, chérie, mon tailleur Dior, un rooftop enchanté, des verres en cristal taillé. Pas cette parodie de soirée des bas-fonds. Si Papa avait été seulement disponible. Mais Papa doit s'occuper de Raven, qui a encore fait n'importe quoi, et voilà ce que moi je deviens.
L’éclairage lui-même est hésitant. Il me donne une mine maladive. C'est une véritable agression personnelle.
J’ai pourtant fait l’effort - en ai-je vraiment jamais besoin ? Robe en taffetas noir aux reflets anthracites, enchantée pour suivre mes mouvements avec fluidité. Bottines en cuir d’Abraxan, importées, évidemment. Manteau croisé en laine précieuse doublée d’organdi. Le foulard Valcourt, noué à la perfection. Un maquillage impeccable malgré l’humidité. Mais voyez, les gens n'ont plus le moindre respect pour ce genre d'étalage. Ce débile vient de renverser sa foutue bièraubeurre bon marché sur mon épaule, m'extirpant un cri outré. Le nez plissé, les lèvres pincés, je reste figée plusieurs secondes dramatiques en le toisant. Mes doigts viennent pincer le tissu imbibé avec la lenteur d’un deuil.
- Tu es stupide ou juste aveugle ?!
L’autre me regarde, confus. Il n’a visiblement aucune notion du prix des choses, ni même de ce qu’implique cette offense.
- C’est du tissu sortilège de Lancel & Fae, triple couche, édition limitée. Tu viens littéralement de ruiner six heures de préparation, deux enchanteurs textiles et une vision artistique parmi les plus contemporaines.
Et dans un souffle glacial :
- Mon père en entendra parler !
L’honneur est souillé. La soirée est morte. Je me redresse, ramasse ma dignité aussi sèchement que ma cape, et lance un regard assassin à la salle entière.
- Je ne vais pas m’éterniser dans ce cloaque.
Et je quitte la table sans un regard en arrière, le menton haut, les talons claquant contre le bois poisseux avec toute la noblesse d’un départ en exil. Je hais cet endroit. Je hais Papa. Je hais Raven.
Message publié le 01/06/2025 à 19:31
C'est un art, vous savez ? Ces dîners. La même précision qu'un spectacle longuement répété : les répliques affutées devant de grands miroirs dorés ; les échanges, superficiels, dissimulant toujours ses sous-entendus ; les regards qui se croisent ; les joues qui se creusent ; les sourires qui se fendent ; les rires qui fusent même lorsque rien de ce qui a été dit n'est particulièrement hilarant ; la présentation des uns, des autres ; les politesses ; les mains qui se serrent. Cet art, je le maîtrise. J'ai grandis avec. Papa a toujours pris plaisir à nous enseigner l'étiquette. Raven n'a jamais su s'investir. Mais pour moi ? Pour moi cet art est venu naturellement.
J'ai su m'adapter au grand monde, aux divers profils d'hommes et de femmes de ce milieu, plus aisément que je n'ai jamais réussi à converser avec ma sœur jumelle. Tenir le menton fier et rétorquer sèchement mes répliques devant celui-ci, courber l'échine et marquer des rires timides devant celui-là. Complimenter la femme du directeur, mais ne servir qu'un minimum d'intérêt aux secrétaires. Apprendre par cœur les prénoms, les hobbies, les favoris, les hontes, savoir quand chanter les louanges de celui qui pourra rapporter beaucoup d'argent à Papa, savoir quand faire chanter celui qui pourrait lui attirer des ennuis.
Lord Gary Oldmore, par exemple, est un homme de pouvoir qu'il faut toujours avoir dans sa poche. On ne peut donc rien lui refuser. Jamais. Pas directement, pas en public, pas même lorsque ses demandes sont outrageusement grotesques, exotiques, imbéciles. À moins d'avoir mieux à lui proposer bien sûr. Auquel cas son rire gras résonnera dans toute la pièce, et il applaudira des deux mains votre culot.
Rôdée, parfaitement à mon aise, je monopolise l'attention alors qu'il me promène comme un trophée entre les convives. Donne des nouvelles de la compagnie, de Papa, ne fait guère mention d'une sœur rayée depuis longtemps de ce genre de festivités. Je dessers des anecdotes sur le shooting du jour, sur mon implication intrinsèque au projet. Je me met en avant, car je sais que Gary est un homme qui aime avoir quelque chose à admirer. Pouvoir dire je la connais depuis qu'elle est toute petite, j'ose imaginer que j'ai participé à ce qu'elle est devenu. Papa a toujours été fier de l'entendre dire ça, car cela signifie que j'irais loin.
Les mains piochent dans le buffet, les coupes se vident et se remplissent aussitôt, la rumeur des conversations nous bourdonne autour. Le champagne me monte à la tête.
- Et alors le petit-fils d'Oswald, Lyle c'est ça ? C'est un camarade d'école ?
Mes yeux traversent la pièce pour se poser sur toi, et j'acquiesce à la question de Gary.
- Mh mh. Il est en septième année.
- Est-ce que c'est ton petit-ami ?
Son regard me fixe, avide de potins. Un rire m'échappe alors que je secoue la tête.
- Non. Bien sûr que non. Je me concentre sur mes études avant toutes choses, Gary, tu le sais bien !
- Évidemment. Viviane Valcourt, future grande femme de pouvoir, il acquiesce en m'adressant un clin d'œil. Je l'ai toujours dit.
Sa main se place de nouveau contre la courbe de mon dos alors qu'il nous guide vers la table, et il invite d'un geste Lyle à s'installer face à lui.
- Vous allez bientôt passer vos ASPIC, mon garçon, quels sont vos projets pour la suite ? Auror, comme votre grand-père ?
- Lyle a une passion pour les Feudeymons, j'annonce en m'installant sur le siège adjacent à celui de Gary. Une future carrière dans le camp adverse peut-être ?
Le trait d'humour, acide, agite Lord Oldmore sur son siège dans un rire qui provoque celui d'autres convives, comme un réflexe. Je croise mes jambes avec une nonchalance parfaitement étudiée tandis que mon sourire effleure mes lèvres, mon regard posé sur toi. Tout le dîner se déroule sur cette même rengaine. Une rengaine sous la veine élégante du luxe et des non-dits, affutée par des regards qui perçoivent toujours le moindre écart aux politesses d'usage, et des oreilles qui ne manquent rien de l'épaisse saveur de conversations en plusieurs couches.
Message publié le 24/02/2025 à 15:58
Je repose mon regard sur toi. Un instant, j’avais oublié que tu existais encore. Tu es là, devant moi, le dos droit, le menton relevé comme si tu voulais me signifier que tu existes, toi aussi, dans cet univers. Et voilà que tu tends ton bras. Quoi, tu crois vraiment que ça fonctionne comme ça ? Tu veux jouer ? Tu crois pouvoir inverser les rôles ? Un sourire étire mes lèvres. Lentement. Cruellement.
- On ne range pas Viviane Valcourt, darling.
Je prononce ça avec cette légèreté mordante, celle qui caresse avant de mordre, celle qui dit : je ne fais pas office de faire-valoir, moi. Mes doigts effleurent à peine ton coude, comme un caprice d’un instant, une caresse fantôme. Puis je le repousse.
- Gary le sait très bien.
Je pivote légèrement, j’ôte toute consistance à ta tentative. Tu es là, mais je ne t’y laisse pas de place. J’incline la tête, amusée. Les flashes sont éteints, mais je demeures sous le feu des projecteurs, tu ne vois pas ? Je ne t’accorde pas un regard de plus. Les projecteurs s’éteignent les uns après les autres, avalés par l’arrivée d’une toute autre lumière, plus feutrée, plus dorée. Les tables apparaissent, nappes tendues d’un claquement de doigts, chandeliers dressés comme des sceptres de cire, et tout autour de nous, les serveurs s’affairent déjà, comme une nuée parfaitement synchronisée. Un ballet de mains gantées qui ajuste, dispose, polit, perfectionne. Un monde qui se construit en temps réel.
Mon monde.
L’agitation vibre dans l’air, bruits feutrés de porcelaine, éclats métalliques de couverts qu’on aligne à l’infini, murmures précipités de ceux qui veulent s’assurer que tout sera parfait avant qu’il n’arrive. Je n’ai pas besoin de lever les yeux pour savoir que c’est Gary Oldmore que tous attendent. Et puis, il entre. Un pas lourd, une présence qui impose un silence instantané. Lord Oldmore n’a pas besoin de mots pour s’annoncer : il occupe la pièce. Ventripotent, massif sans être maladroit, il porte son embonpoint avec une assurance qui le rend imposant. Son ventre s’arrondit sous les broderies fines d’un veston soigneusement ajusté, mais ce sont ses yeux qui frappent. Vifs. Scrutateurs. Toujours en mouvement. Des yeux qui prennent tout, qui savent exactement qui compte et qui ne compte pas. Ses tempes grisonnantes ne l’alourdissent pas : elles l’anoblissent. L’âge ne l’a pas affaibli, il l’a huilé, poli, aiguisé. L'absence de sa femme n'éveille chez moi qu'un haussement de sourcil imperceptible.
- Gary.
Mon sourire est plus large, plus sincère. Il tourne la tête, et c’est comme si tout le reste du monde s’effaçait un instant.
-Viviane !
Sa voix résonne et tout ralentit autour de nous. Un instant, je suis une enfant qui accourt dans ses bras sous les plafonds trop hauts des salons d’été. Un instant, je suis celle qu’il a toujours connue, qu’il a vue grandir dans cet univers de velours et de dentelle. C’est mon espace. Il m’ouvre les bras, et j’y glisse avec aisance.
- Par Merlin, te voilà encore plus ravissante que l’été dernier.
- Je n’ai pas grandi d’un centimètre, je ne peux pas t’avoir manqué tant que ça.
Je ris, légère, et tout le monde écoute. Ils doivent écouter. Autour de nous, les verres s’emplissent en silence, les assiettes se posent avec une précision chirurgicale, et je sais que la mécanique du dîner tourne autour de notre conversation.
- Tu brilles autant que ton père, je suis certain qu’il est très fier de toi.
- Il l'est.
C’est une évidence que je m'efforce d'assener chaque jour lorsque je croise mon reflet. Je n’ai guère besoin d’humilité, de doute. Quelque chose brise ce moment. Un détail. Un regard. Celui de Gary qui dérive légèrement. Derrière moi. Je sais ce qu’il voit. Un garçon. Toi. Une silhouette mal intégrée au tableau.
- Et ce jeune homme est… ?
Je pivote. Mon regard se pose sur toi. J’évalue. Je pèse mes mots. Puis je parle.
- Lyle Sørensen. Le nom se détache dans l’air comme un fil de soie tendu entre nous. Petit-fils d’Oswald Sørensen. Le célèbre auror.
Je laisse cette information s’installer, comme un titre inscrit en lettres d’or. Son héritage est là, son ambition aussi. Le reste, il devra le gagner lui-même.
- Il voulait te rencontrer.
Autour de nous, les premiers invités commencent à s’installer, le cliquetis discret des chaises repoussées accompagne le mouvement. Un serveur passe, ajustant un centre de table trop imposant, et je sens déjà l’effervescence du dîner qui se prépare. Mais je n’en perds pas une miette. Je t’offre ton entrée. À toi de voir si tu sauras la traverser avec élégance, ou trébucher sur le seuil.
Message publié le 13/02/2025 à 23:35
Familière de l'orchestre Valcourt, je suis en place avant même que n'en parvienne l'ordre. Mon entrée ne pourra être que remarquable. À l'image de ma personne. Immédiatement mon regard se porte sur toi. Tu es nerveux. Je le vois. Je veux le voir. Tu crispes tes doigts sur ta coupe, et moi, je guette le moindre tremblement. Pourquoi ? Pourquoi cette tension dans tes épaules, cette manière de serrer la mâchoire, ce regard qui cherche à s’accrocher quelque part sans jamais trouver d’ancrage ? Est-ce le shooting ? Les projecteurs ? Est-ce moi ? C’est moi, n’est-ce pas ? L’idée me plaît. M’effleure. M’enivre. Je devrais m’en contenter. Mais non. Je veux plus. Alors j’avance. Lentement. La robe glisse sur ma peau, je sens son poids, son éclat, son rôle. Je suis la robe. Je suis ce qu’ils veulent voir. Je suis ce tu dois voir. Tu me regardes, Sørensen ?
J’espère bien.
Je prends place contre toi, et je veux croire que c’est la chose la plus naturelle au monde. Que ce n’est rien. Je n'ai jamais été si proche d'un garçon, pas comme ça. Je te sens. Ta chaleur à travers le tissu. Ton souffle, là, tout près. Je tends la main vers la coupe, et je guette. Ce tremblement, furtif. À peine visible. Mais il est là. C’est moi. C’est bien moi qui te fais ça. Je devrais être satisfaite. Je le suis. Alors pourquoi ai-je aussi l’impression que je n’arrive plus à respirer ? Je détourne le regard. Reprend mon rôle à la perfection pour mieux me distraire. Bois une gorgée de champagne. Le monde appartient à celui qui prétend le mieux le connaitre, dis toujours Papa. Alors bien sûr, je me dois de prétendre. Je suis la force inquisitrice de ce jour. La pierre angulaire des créations qui nous couvrent à peine le corps. Je suis Viviane Valcourt. J'ai déjà posé pour des magasines, j'ai déjà fait la une de la presse, mon visage est apparue en trois par deux dans le réseau magique de Paris. Je n'ai peur de rien. Mais voilà. Tu es là. Vraiment là. Ce n’est pas du bluff, pas du théâtre, pas du paraître. Ça me dérange. Tu me déranges, Lyle Sørensen.
Alors je fais ce que je sais faire de mieux. Je reprends le contrôle.
Un sourire. Un angle précis. Une mise en scène parfaite.
- Tu sais, Sørensen, c’est fascinant…
Le silence est voulu. Calculé. Il te force à m’écouter.
- Certaines personnes sont faites pour être des ombres, d’autres pour briller.
Je lève ma coupe.
- À ta discrétion.
Je termine mon verre d’un seul trait. Le champagne est glacé. Mais pas assez pour calmer cette chaleur qui me brûle la peau. Les flashes s'éternisent, puis la fin de la scène est annoncée, et je m'élève presque brusquement.
- Le plus dur est derrière toi Lyle, j'annonce avec condescendance.
À présent, il s'agissait de s'habiller et de reprendre des postures normales, dans des accoutrements complexes qui nous couvriraient davantage que ce que nous portions sur le dos. Esquivant ton regard, je m'échappe en loge avec un pas dramatique, prétendant m'inquiéter de l'alignement des textures du prochain vêtement.
Message publié le 26/01/2025 à 21:20
Un soupir m'échappe alors que l'enchantement de ma robe caméléon se réajuste sous les doigts experts de la couturière, modifiant subtilement les nuances du tissu en fonction de la lumière. Un bleu nuit profond, aux reflets mordorés sous certains angles, qui glisse sur ma silhouette comme une seconde peau. Sublime. Évidemment. Ma main gantée s’élève avec une nonchalance étudiée, venant effleurer mon propre reflet dans le miroir, tandis qu’une assistante ajuste l'attache délicate d'une manche. Dans mon dos, j'entends des bribes du drame qui se joue de l’autre côté des rideaux.
Il faut bien qu'on ajuste tous les détails au plus près du corps.
Je ne peux retenir un sourire amusé. Pauvre Lyle. Voilà que tu découvres, sans doute pour la première fois de ta vie, le concept même de l’inconfort social. Qu’est-ce qui est plus humiliant que de se tenir en sous-vêtements devant une équipe de stylistes aux mines cliniques ? Absolument rien.
D’un pas gracile, je m’éloigne du miroir et quitte ma cabine, laissant dans mon sillage un parfum luxueux de bergamote et de lys blanc. La scène qui se joue devant moi est aussi délicieuse que je l’espérais : Lyle Sørensen, bras croisés, crispé dans une tentative dérisoire de préserver sa dignité, encerclé par deux femmes aux mines bien trop professionnelles pour qu’il ose les envoyer promener.
Un ravissement.
- Vous êtes adorables, dis-je en arrivant dans l'encadrement des rideaux, ma silhouette parfaitement mise en valeur par l’éclairage flatteur de la cabine. Mais vous risquez d’attendre longtemps.
Tu relèves les yeux vers moi avec une expression mi-exaspérée, mi-désespérée. Mes doigts se posent sur ma hanche, et mon regard glisse sur toi comme une créatrice jaugerait une ébauche prometteuse mais inachevée.
- Oh, mais tu es tendu, darling. C’est donc la première fois que tu enlèves ta chemise devant des inconnues ? C’est fascinant. Mon sourire s’étire, incisif. Voyons, Lyle, il va bien falloir que tu t’y fasses. C’est la norme dans ce genre d’environnement. À moins que tu préfères que je reste pour te superviser personnellement ?
Je papillonne des cils, faussement ingénue, sachant pertinemment qu’il préférerait mille fois être réduit en cendres par un Feudeymon plutôt que d’accepter cette offre perfide. Puis, haussant légèrement une épaule, je décide de l’achever.
- Après tout, j’ai moi-même été contrainte de supporter l’impudeur d’un shooting en lingerie il y a quelques mois. Crois-moi, tu t’en remettras. Mieux encore, ça pourrait même donner un peu de vitalité à ton allure froide et inabordable. Un silence. Ne me regarde pas comme ça, Lyle. Je t’offre une leçon précieuse aujourd’hui. Être un Sørensen ne te protégera pas toujours du regard des autres.
Puis, d’un geste aérien de la main, je tourne les talons avec une élégance naturelle, mon sourire flottant comme un vestige triomphant.
- Allez, mesdames, ne lui laissez pas trop de répit. J’aimerais que ce shooting démarre avant le coucher du soleil.
Et sans plus attendre, je quitte la cabine, te laissant derrière moi évaluer les différentes manières de m’étrangler dans mon sommeil.