Tegan enfila ses baskets, tirant fermement sur les lacets, bien décidée à profiter de l'air frais en courant autour du lac par cet après-midi de décembre. L'atmosphère était imprégnée de l'odeur de la brume et de la fin de journée. Le ciel, d'un gris d'acier, s'étendait au-dessus du parc comme une mer calme, rappelant une couverture oubliée trop longtemps. Le vent frais venait chatouiller ses joues, laissant une trace rosée sur sa peau. Malgré le froid, l'humidité lourde dans l'air lui procurait un réconfort étrange, comme si chaque souffle la réveillait doucement à la vie, lui insufflant une énergie nouvelle tandis qu'elle commençait à trottiner sur le sentier bordé d'arbres dénudés.
Elle avait décidé qu’une course serait idéale pour laisser derrière elle les pensées tumultueuses qui l'agitaient depuis la matinée, les voix incessantes des autres élèves, les murmures insistants et les attentes pesantes. Elle imaginait déjà le rythme régulier de ses pas légers foulant l’herbe encore humide de rosée, chaque foulée libérant son corps de la tension accumulée. C’était ce genre de moment magique où tout autour de soi semblait se dissoudre comme un mirage, où seul l’écho de sa respiration, profonde et régulière, semblait avoir de l’importance, résonnant tel un mantra apaisant dans le calme du crépuscule.
Cependant, comme c'est souvent le cas, la réalité ne se soucia guère de ses plans. Elle n'avait fait qu'une infime portion de sa course lorsqu'elle longea la lisière boisée frôlant le lac, et quelque chose capta son attention. Et je ne parle pas de son professeur, adulte banal, comme tant d'autres.
Un spectacle bien plus captivant que le paysage uniforme de son jogging se dévoila, quelque chose qui la fit stopper net dans son élan. Devant elle, une clairière baignée de lumière s'ouvrait entre les arbres, offrant une scène inattendue. Là, à quelques pas de sa position, se tenaient plusieurs fléreurs, ces créatures félines au pelage soyeux et aux oreilles énormes. Elles se déplaçaient dans un ballet silencieux, leur présence étonnamment imposante malgré leur taille modeste. Leurs yeux d'un vert éclatant, à la fois malicieux et sages, scrutaient chaque mouvement du crépuscule, comme s'ils saisissaient tout ce qui se passait autour d’eux, avec une attention infinie.
Les fléreurs se prélassaient dans l'herbe, leurs queues semblables à celles de lions se mouvant langoureusement, s'étendant dans des arabesques fluides et majestueuses. Leur fourrure, mêlant des nuances de brume et des éclats d'ombre, se fondait presque avec le ciel du crépuscule, comme s'ils faisaient partie intégrante de ce paysage chargé d'attente. Tegan observa, fascinée, ces petites créatures qui semblaient ignorer tout ce qui les entourait, et pourtant, leur vigilance était palpable. Ils n’étaient jamais totalement détachés de l’air environnant, mais se laissaient emporter dans une sérénité calculée. Leur comportement semblait faire écho à un équilibre magique, invisible mais parfaitement maîtrisé.
Elle s'avança légèrement, ses baskets foulant l'herbe encore humide, le parfum de la terre humide chatouillant ses narines. Le vent soufflait doucement, faisant frémir les feuilles autour d'elle. C’était un moment presque intime, un instant suspendu dans le temps où la magie envoûtante de l’endroit semblait dominer tout le reste, enveloppant le monde d'une aura mystique.
Les fléreurs, cependant, ne semblaient pas perturbés par sa présence. Leur attention était rivée ailleurs, concentrée sur l'air calme, sur l'harmonie de leur petit royaume, et leurs grands yeux perçaient l’atmosphère comme des miroirs, sans qu'aucune pensée humaine ne puisse y pénétrer. Tegan sourit, un éclat de malice dans ses yeux bruns pétillants. L'idée de se transformer en l'une de ces créatures fascinantes effleura son esprit, mais elle se contenta de l'observer, son regard fixé sur le ballet silencieux qu'elles exécutaient avec une grâce hypnotique.
Elle ne se pressait pas. Peut-être que, plus tard, elle pourrait tester un peu de cette magie qui fourmillait sous sa peau, mais pour l'instant, elle savourait cette scène parfaite. Après tout, l’un des charmes de la magie était de savoir quand l’utiliser, et elle n’était pas du genre à briser une tranquillité aussi précieuse. Les fléreurs continuaient à se faufiler entre les herbes, indifférents à la présence de cette jeune sorcière, et Tegan, captivée, se laissa emporter dans leur monde, son esprit flottant dans l'atmosphère suspendue du crépuscule.