Noah haussa un sourcil, posant lentement son gobelet de café sur son bureau. Il observa Alaric, notant l’air abattu, le désespoir à peine voilé sous une couche de sarcasme fatigué. Il comprenait la situation. Du moins, il comprenait qu’Alaric était à bout. Mais la situation elle-même, celle de Leo Bloodworth, relevait plus du phénomène surnaturel que d’un simple problème de discipline.
— Tu crois vraiment que je veux la mort de ton fils ?
Son ton n’était pas moqueur, mais légèrement exaspéré. Il croisa les bras et s’appuya contre son fauteuil, observant son collègue avec cette expression d’analyse froide dont il avait le secret.
— Je veux juste qu’il apprenne. Quelque part. N’importe où. Parce qu’il va bien falloir qu’il comprenne un jour qu’il ne peut pas continuer comme ça. Et vu que tu n’as pas réussi à le lui faire rentrer dans le crâne, ni moi, ni même son propre père, je me dis qu’une expérience face à quelque chose qui ne se soucie pas de son nom pourrait… disons, éveiller un instinct de survie chez lui.
Il laissa planer un silence, avant de soupirer, passant une main sur son visage. Il était fatigué. Fatigué de devoir régler des problèmes qui, en toute logique, n’auraient même pas dû exister. Fatigué d’avoir un pied dans une politique qui l’agaçait plus qu’autre chose. Il était Auror, pas éducateur. Et pourtant, il était là, en train de chercher un moyen de sauver un gamin qui ne se rendait même pas compte à quel point il avait de la chance que tout le monde se donne tant de mal pour lui.
— Le Département des Accidents et Catastrophes Magiques…
Il répéta l’idée, la retournant dans son esprit. Il y avait du sens, c’était indéniable. Leo était littéralement une catastrophe sur pattes, alors qui de mieux que lui pour comprendre les failles ?
— Ça pourrait marcher. Du moins, si quelqu’un arrive à le canaliser avant qu’il fasse sauter un étage entier du Ministère.
Il pencha légèrement la tête, réfléchissant encore une seconde.
— Je peux appuyer sa candidature. Ce serait sans doute plus facile à vendre venant de moi. Un transfert du Département de la Justice Magique vers celui des Catastrophes, avec une note sur son… potentiel d’analyse des failles de sécurité.
Il marqua une pause, avant d’ajouter avec une pointe d’ironie :
— On pourrait presque en faire un argument marketing. "Le seul stagiaire capable de recréer les pires accidents magiques par simple inadvertance."
Il poussa un soupir et attrapa son stylo, griffonnant rapidement quelques mots sur un bout de parchemin.
— Je vais leur envoyer une recommandation, voir si quelqu’un là-bas est prêt à tenter l’expérience. Mais c’est la dernière fois, Alaric. Si ça ne marche pas, si on me rappelle encore une fois pour me dire qu’il a causé un désastre, je ne pourrais plus rien pour lui.
Il releva les yeux vers son collègue, le regard sérieux.
— Et toi non plus. Je ne peux qu'imaginer à quel point il est difficile de voir l'un de ses enfant s'enfoncer à chaque fois un peu plus alors qu'on essaie de le tirer vers le haut, mais tu dois penser à toi aussi.