Le battement sourd de ton cœur cogne dans ta poitrine alors que la porte s’ouvre sur Daryl Brooks. Dans l’encadrement, il te toise d’un sourcil haussé, l’air intrigué mais pas suspicieux. Pas encore. Tu t’efforces de garder ton visage impassible. Pas de place pour l’hésitation.
Il t’invite à entrer. Tu obéis sans un mot, franchissant le seuil de son bureau avec une retenue qui ne t’est pas naturelle. L’espace autour de toi respire la précision et l’ordre, tout est à sa place, méthodiquement arrangé comme dans l’esprit du maître des potions.
L’odeur âcre des ingrédients en train d’infuser te chatouille les narines. Sur le côté, des chaudrons couverts trônent sur leurs feux réduits, gardant leurs secrets. Tu inspires lentement. Garde ton calme.
Une chaise apparaît d’un coup de baguette, et d’un geste sobre, Brooks t’invite à t’asseoir. Tu hésites une fraction de seconde, puis tu prends place, lissant machinalement le tissu de ton pantalon pour occuper tes mains. Ne pas paraître nerveux. Ne pas laisser le moindre détail trahir ce que tu es réellement.
Brooks t’observe, attentif mais patient. Il attend que tu parles. Tu humectes tes lèvres, cherchant à articuler tes pensées avec la retenue et la justesse qui conviendraient à Basil Banks. Mais maintenant que tu es là, face à lui, la tâche te semble plus ardue.
Tu prends une inspiration discrète avant de commencer :
— Monsieur… je voulais vous parler de quelque chose d’important.
Ta voix est mesurée, calculée, plus posée que d’habitude. Pas d’intonation joueuse, pas de bravade. Tu ne peux pas être Flynn Ryder, pas ici. Tu baisses brièvement les yeux, comme si rassembler tes mots demandait un effort. Puis tu relèves le regard, l’air sérieux.
— Il s’agit de… certains élèves.
Tu marques une pause. Tu dois faire attention à chaque mot.
— Je… enfin, je sais bien que vous avez beaucoup de choses à gérer, et que ce genre de choses ne remonte pas toujours jusqu’à vous, mais… ça dure depuis longtemps.
Une tension s’accroche à ta gorge. Tu fais semblant de chercher tes mots, mais en vérité, tu retiens une colère qui ne t’appartient pas complètement.
— Je… j’ai essayé d’ignorer. De ne pas répondre. De ne pas montrer que ça me touche. Mais…
Tu inspires profondément.
— C’est tout le temps. Tout le monde ne s’en rend pas compte, mais c’est constant.
Tes doigts se crispent légèrement sur le tissu de ton pantalon. Tu ne dis pas tout, pas encore. Tu ne détailles pas les ricanements à peine étouffés dans les couloirs, les commentaires murmurés, les chaises tirées juste au dernier moment pour le faire trébucher.
— Je ne viens pas vous voir parce que j’attends quelque chose en particulier…
Tu te redresses légèrement, ancrant ton regard dans celui du professeur.
— Je voulais juste que vous le sachiez.
Le silence s’installe un instant, et tu le laisses planer, comme Basil l’aurait fait.
Mais à l’intérieur, ton cœur bat bien trop fort.