Harry Potter RPG

[En Cours]
Interlude en D mineur Salle de musique, samedi 03 novembre 2125

Accueil Poudlard Le Château Interlude en D mineur
Alison Carter

Femme

17 ans

Sang-mêlé

Britannique

Intendant des greniers

Message publié le 10/02/2026 à 21:57

— Quand vas-tu jouer ? lui demande le fantôme d'Helena Serdaigle d'une voix nébuleuse.

 

Assise au dernier rang de la salle de musique disposée en gradins magistraux, Alison tient d'une main le manche du violoncelle contre elle, et de l'autre l'archet, qu'elle n'a toujours pas posé sur les cordes. Là, après sa bataille face à l'épouvantard et au détraqueur, après sa victoire à la sortie du grand labyrinthe de monolithes blancs, après un rapide passage à l'infirmerie, puis sa douche et la fête qu'ils ont voulu donner en son honneur (mais qu'elle a déserté discrètement), l'adolescente pense à sa mère. Jamais, répond-elle à la fille translucide de Rowena, la gorge nouée. 

 

Ses doigts effleurent pourtant le bois de l'instrument qu'elle a délaissé ces douze dernières années, incapable de produire un son depuis la disparition de Kate Carter. Le sien gît dans un coin de sa chambre au 76 Grand-Rue, recouvert d'un linge poussiéreux. De nombreuses fois, elle a voulu s'en débarrasser, et de nombreuses fois, elle n'a pas réussi à le faire.

 

Ce soir, en dépit de la ferveur inconditionnelle des spectateurs, Alison se sent seule. 

 

Ils croyaient qu'elle cherchait la gloire,

sauf que la gloire ne guérit pas ce genre de mélancolie.

 

Elle revoit les mêmes images en boucle, elle revit le désespoir du baiser de la créature interdite. 

 

Helena Serdaigle flotte en face des vitraux sombres, inondés de pluie. Quoique tu penses préserver derrière ton silence Alison Carter, j'y entends le hurlement du regret, prononce-t-elle tristement avant de glisser vers le mur, jusqu'à disparaître de l'autre côté, laissant la rouquine avec son violoncelle. Ses cheveux lâchés ondulent à cause de l'humidité et couvrent ses épaules habillées d'un ample gilet tressé de laine blanche. Au bout d'un moment, elle détache son regard marron de l'endroit où la Dame Grise a disparu.

 

Que pense-t-elle préserver derrière son silence ?

Pas grand chose, que lui reste-t-il ? pour commencer, maintenant que son cauchemar le plus intime a été exposé aux yeux de tous, sans la moindre pudeur, sans qu'ils ne puissent en comprendre la profondeur.

Sasha Shevchen

Homme

17 ans

Sang-mêlé

Ukrainien

Avatar de Saï Don
Saï Don

Modération

Maître du Pactole

Message publié le 11/02/2026 à 07:25

Dans l'encadrement de la porte, une silhouette observait Alison, la tête penchée. Silhouette qui n'avait pas beaucoup changé depuis l'année précédente : les mains dans les poches, la posture nonchalante et sombrement calme, Sasha restait silencieux en attendant que la jeune fille le remarquât. Elle-même était vêtue simplement, sans, pour une fois, faire grand cas de son apparence - probablement parce qu'elle se croyait seule.

 

Ils ne s'étaient guère parlé depuis la rentrée. Tout au plus, ils s'étaient aperçus au détour d'un couloir, ou lors d'un repas à la Grande Salle. Si leurs regards s'étaient croisés, ça n'avait été qu'une fraction de seconde : si leurs prunelles s'accrochaient, l'un ou l'autre détournait immédiatement le regard ; et même ces instants avaient été de toute façon rares.

Sasha avait pourtant pensé à elle. Mais à quoi aurait-il servi de faire de nouveau irruption dans sa vie après la conclusion de leur soirée d'été ? Charlie lui avait appris que son père était rentré. Il les avait supposées toutes les trois comblées et réunies dans le bonheur, et lui plus superflu que jamais. Et lorsque le nom d'Alison Carter était sorti de la Coupe de Feu, il avait comme bien d'autres ressenti la morsure de la déception de ne pas être choisi. Mais il s'était vite raisonné : un étranger ne pouvait pas représenter Poudlard ; il se sentait même idiot d'avoir été mettre son nom dans la Coupe. Il fallait pour cela une enfant du pays, et Alison, dans sa volonté de démontrer que les femmes pouvaient être d'aussi bonnes sorcières que les meilleurs sorciers, faisait la candidate idéale.

Maintenant qu'elle avait la réputation et sa famille réunie, à quoi lui aurait-il servi ?

 

Sasha finit par entrer dans la pièce. Un soupir long mais silencieux vidait ses poumons tandis qu'il s'achemina vers elle, ne s'arrêtant qu'à deux mètres pour se poster contre un piano au clavier protégé par un abattant de bois. Comme tous les soirs, il avait troqué sa robe de sorcier contre un pull lâche et confortable, de couleur pourpre, après avoir raccompagné Kalina auprès de son dortoir.

Ils avaient fait parti des rares qui n'étaient pas allés à la fête après le Tournoi, malgré la déception de sa petite soeur. C'était un peu égoïste de sa part, mais il avait dû lui parler avant qu'elle allât se coucher : il connaissait Kalina et ce n'était pas une bonne idée d'ajouter de l'excitation sur ce qui s'était produit le jour même. Et puis elle avait de grandes cernes et il était sûr qu'elle dormait déjà.

Quant à lui, il avait longuement repensé à ce qui s'était passé.

 

L'intervention de Freya pour le calmer lui avait laissé une brûlure cuisante. Et puis elle a gagné, non ? Si encore ça avait été Owen, il lui aurait tenu tête, il aurait même été trop heureux d'être en colère contre lui. Mais Freya ? Il lui devait bien trop pour ne pas se plier à son souhait, alors il avait obtempéré. Mais au fond de lui, il lui semblait savoir une vérité que personne d'autre ici ne détenait : aucune victoire ne pouvait effacer des images macabres et des ressentis cauchemardesques. Aucune victoire n'effaçait la sensation d'être abandonné face à son pire ennemi.

 

Sasha fronça les sourcils, s'efforçant toutefois de ne pas mélanger sa propre expérience et celle d'Alison. Il déglutit au bout d'un moment de silence, puis regarda Alison. Au lieu d'un sourire, il pinça les lèvres dans une mimique d'appréciation.

 

- Je savais pas qu'tu savais jouer d'un instrument.

 

Quelle entrée en matière, il ne la félicitait même pas. Mais elle avait reçu sûrement bien assez de félicitations comme cela. Après l'épreuve, tant de monde s'était pressé pour lui parler que lui avait fini par quitter les lieux. Il n'avait entendu que bien plus tard les murmures au sujet d'une défiance entre elle et son père, et avait décidé que tout cela ne lui appartenait pas.

Et puis, qu'aurait-il dit ? Il avait fini par comprendre qu'entre Alison et lui existait un filet invisible qui attrapait ses mots, les emberlificotait dans des significations qui lui étaient étrangères et les délivrait à la jeune fille qui les lui renvoyait avec autant de déformation et, parfois, de violence. Ce filet était probablement à l'origine de son renoncement. En tous les cas, il lui avait appris que peu de choses pouvaient le traverser, que toute tentative de communication était vouée à subir ce sort qui les éloignerait encore davantage.

 

Et pourtant, il avait l'impression, cette nuit, qu'il restait de son devoir d'envoyer un message. Sans fioriture, sans information superflue, c'était encore la meilleure manière d'espérer qu'il passât relativement intact le filtre qui les séparait.

 

- Ali, je...

 

Il s'interrompit le temps de s'humecter les lèvres, et fixer le sol quelques mètres devant lui. La pierre froide accueillait ses mots comme autant de pierres lourdes tombaient de ses lèvres pour choir définitivement ici, dans cette pièce où la pénombre les envelopperaient pour toujours, invisibles à ceux qui n'avaient pas été témoins de leur abandon.

 

- Je sais ce que c'est de voir des morts qu'on connaît et de croire que c'est notre tour d'y passer.

 

Sa voix était rauque, définitive. C'était bien la première fois qu'il parlait si franchement de la guerre. Sa guerre. Celle qu'il se trainait chaque jour et chaque nuit comme un bagage hurlant à ses oreilles, invisible et inaudible à quiconque. La seule fois où il l'avait évoquée, c'était face à Charlie et ses questions. Il le regrettait infiniment, comme il s'attendait à regretter cet instant précis où il décidait de l'évoquer aussi en présence d'Alison. N'en profiterait-elle pas pour lui dire qu'il ne pensait qu'à lui-même ? Peut-être. Mais le message n'était pas là et il était toujours de son devoir de le lui transmettre, que le filet entre eux lui laissât l'opportunité d'être entendu ou non.

Il tourna vers elle un regard neutre.

 

- Si tu as besoin de...

 

De quoi ? De quoi avait-on besoin dans ces cas-là ? Lui avait eu besoin d'une chose simple et stupide et qu'il n'avait pas eue et qu'il cherchait peut-être encore depuis. Mais Alison n'était pas lui. Et Alison n'avait besoin de personne, et surtout pas d'un garçon, c'était bien connu. Il sortit une main de sa poche, pour montrer sa paume vide et se désigner peut-être un peu lui-même, comme une invitation. Une invitation à rien de spécial. Une invitation à rien, peut-être. Si elle n'avait besoin de rien du tout, c'était parfait, il était là pour le rien du tout qui se produisait en soi après un moment comme celui qu'elle venait de vivre. Le vide béant qu'on ne pouvait pas combler.

 

- Enfin, si tu as besoin, j'suis là. Et si t'as pas besoin j'suis là aussi.

 

Pouvait-on faire plus simple ? Pouvait-on déformer ces mots-là ? Certainement.
Alison n'avait jamais besoin de toute façon. Ca ne l'empêcherait pas, lui, de faire ce qu'il fallait.

Alison Carter

Femme

17 ans

Sang-mêlé

Britannique

Intendant des greniers

Message publié le 11/02/2026 à 13:45

Aux battements désordonnés de la pluie écossaise sur les grands vitraux de l’amphithéâtre, s'ajoutent soudain ceux du cœur d'Alison lorsqu'elle aperçoit une ombre qui l'observe en silence depuis elle-ne-sait-pas-combien de temps. Sasha - martèlent immédiatement ses instincts, comme si elle avait pu le reconnaître entre mille autres silhouettes, aussi ridicule que cela puisse paraître. Sauf qu'il avance, et que c'est bel et bien lui ; Sasha, les mains éternellement enfoncées dans ses poches et son air d'être là sans vraiment savoir quoi dire ou quoi faire maintenant. 

 

Le myosotis bleu n'a jamais fané derrière son coffret de verre.

Sasha ne l'a pas oubliée - de tout l'été, ni de cet automne grisonnant. 

 

Jusqu'à la fin du mois de juillet, Alison avait laissé l'écrin gésir au fond de son sac à main, à demi-persuadée qu'il s'agissait d'une farce de chez Zonko. En août, au retour de son père, elle est allée verifier l'état de la fleur, et s'est détestée d'avoir la candeur d'y croire, alors elle l'a jetée sous son lit avec colère. À la rentrée scolaire, en croisant l'Ukrainien dans les couloirs, elle a dit à Charlie qu'elle avait besoin du myosotis éternel pour un cours de potion, et l'a chargée de lui rapporter à Poudlard. Vous avez compris, il était encore fleuri. Après son altercation avec Spike en octobre, elle a voulu brûler la boîte, mais celle-ci est restée intacte au fond de l'âtre du dortoir et la cadette Carter a dû se résoudre à la récupérer avant que l'une des autres filles ne la voit. Hier matin, elle scruté le coffret en préparant ses affaires pour aujourd'hui.

 

Le myosotis bleu n'a jamais fané.

Sasha ne l'a pas oubliée.

 

Leurs regards se harponnent, et il brise maladroitement le silence. 

 

— Je joue pas, répond la rouquine en posant l'archet à ses côtés sans pourtant se défaire du contact rassurant de l'instrument contre son ventre - étrange bouclier. Assise derrière le violoncelle, Alison observe le jeune homme dont elle a aperçu la jeune sœur, Kalina, manger avec lui dans la Grande Salle. Elle sait qu'il n'est pas revenu l'école par plaisir, ni pour revoir les Carter, et encore moins pour la revoir, elle, une Britannique aguicheuse et capricieuse parmi tant d'autres. Malgré tout, les pétales du myosotis sont toujours étendus autour de son cœur doré. Une bourrasque de pluie secoue les vitraux et provoque la fuite d'un animal perché en hauteur de la salle disposée en gradins, puis, Sasha évoque la mort, la vision d'Owen supportant Kate, et le détraqueur. 

 

À moitié camouflés par les larges manches de son pull blanc, les doigts de la sorcière tremblent contre le manche en bois de l'instrument. Elle fuit un instant le regard vert du septième année. Il a vu, il connaît. Plus perturbant encore, il comprend, et se positionne là comme s'il savait qu'elle aurait besoin précisément de ce genre de présence.

 

Un bout de la carapace d'Alison se fendille aussitôt, visible au fond de ses prunelles gravées d'images impossibles à oublier. Immobile, elle hésite à s'exprimer. Les mots se bousculent dans sa tête, qu'elle essaye de trier. Il y a quelques heures, elle affrontait la certitude que tout espoir avait disparu de la Terre. J'ai l'impression qu'il est encore là, murmura-t-elle enfin en désignant sa tempe que le souffle rauque de la créature avait effleuré. Elle arrime à Sasha un regard brillant, apeuré. Ils disent que j'vais prendre du recul avec le temps, mais.. j'sais pas, là c'est impossible. J'le sens. J'te jure, j'le sens. La trace indélébile du monstre encapuchonné lui serre la gorge, comme s'il suffisait d'y penser trop fort pour le faire exister. 

 

Dans cet état, l'adolescente peine à envisager d'aller jusqu'au bout du tournoi. 

Sa victoire a une odeur putride d'échec.

Sasha Shevchen

Homme

17 ans

Sang-mêlé

Ukrainien

Avatar de Saï Don
Saï Don

Modération

Maître du Pactole

Message publié le 11/02/2026 à 17:24

Pas de réponse cinglante, pas d'attaque sur sa façon de voir ou dire les choses, pas non plus de faux-semblants aguicheurs. Avait-il au moins affaire à Alison ? Sasha l'observait de biais. La salle de musique offrait un spectacle sans public, et sans son, puisqu'Alison ne jouait pas, comme elle le faisait observer. Le bruit blanc de la pluie sur le vitrail les enveloppait seulement d'une nappe sonore solennelle, rappelant que le froid serait de plus en plus mordant dans les jours à venir et que leurs pulls respectifs seraient une carapace dont ils n'étaient pas prêts de se passer. C'était tout un contraste avec les derniers souvenirs qu'il avait en sa compagnie : en juillet il faisait chaud, elle était vêtue légèrement, et lui aussi, et le soleil les avait accompagnés presque jusqu'au bout de la fin de leur fausse histoire d'amour.

Sasha fronça les sourcils tandis qu'Alison murmurait enfin. Il acquiesça néanmoins, en silence, d'un bref mouvement de tête, après quoi il soupira pour regarder de nouveau la pierre devant lui.

 

- J'aimerais te dire qu'on oublie vite, mais... C'est pas exactement comme ça que ça se passe, murmura-t-il. On apprend juste à vivre avec ces sensations.

 

Sasha ne savait pas si c'était comme cela pour tout le monde ; il savait juste que ses souvenirs à lui le pourchaissaient surtout la nuit tombée ; au lever du jour s'ôtait un voile de vieilles angoisses qui lui laissait un répit jusqu'à la nuit suivante.

 

Sasha la regarda de nouveau, aperçut la lueur de frayeur dans les prunelles d'Alison et il déglutit.

 

C'aurait été si facile avec Charlie ou Kalina. Il savait intuitivement quoi faire. Quand Charlie avait pleuré, quand elle avait eu peur ; ses réflexes familiaux étaient revenus immédiatement. Il avait appris de Kalina et de sa propre mère des gestes si basiques, qu'il les avait toujours crus universels ; mais avec Alison, tout était différent. Leurs contacts ne voulaient pas dire la même chose. Un rapprochement serait interprété, aussi cruellement qu'avaient pu l'être ses mots. Alors il resta où il était, la laissant protégée de son instrument de musique comme d'un bouclier de bois.

Sasha s'humecta les lèvres et un silence de plomb s'installa entre eux quelques secondes. Il se demanda combien de gens cherchaient Alison à l'instant présent : elle aurait dû être au centre de la fête, et était probablement au centre des pensées de beaucoup. De Lucian, de Spike, de Ferguson, de certains Français, de beaucoup d'élèves de Poudlard. Alison la star.

Mais elle était là, avec lui. Il aurait dû en concevoir un certain privilège, mais il avait l'impression de voler quelque chose qui ne lui appartenait pas.

Ses pensées revinrent au Détraqueur quand il la regarda de nouveau ; ainsi qu'à la réaction d'Owen et de Freya. Il était inutile qu'Alison sût la peur qu'il l'avait étreint dans les gradins, et son comportement si éloigné du sentiment festif qui animait le reste de l'Ecole. Il prit une inspiration, décida de ne pas évoquer sa colère contre l'organisation. Si Freya et Owen, sa famille, ne comprenaient pas, il ne pouvait pas espérer d'Alison qu'elle épousât son point de vue. Il fallait être pragmatique, et agir sur ce qu'il pouvait réellement atteindre.

 

- Tu risques d'avoir du mal à dormir, prévint-il, essayant de rester le plus factuel possible, serrant un peu les dents.

 

Des personnes avec qui il pensait partager ce genre de détails un jour, Alison Carter était bien la dernière sur la liste. Entre eux, chez les Veilleurs, ils n'en parlaient d'ailleurs pas, à l'époque. Sasha avait parfois entendu des pleurs venant d'un lit voisin. Ou le cri d'un adolescent qui se réveillait d'un cauchemar en hurlant, provenant d'une tente voisine. Et au matin, chacun faisait comme si tout allait bien, comme s'ils avaient bien dormi. Il se souvenait avoir attendu l'aube dans un état de sidération, tremblant, après la première fois qu'il avait dû accomplir une mission sous sa forme d'animagus.

Ces souvenirs le troublèrent. Tout cela paraissait si lointain maintenant, et pourtant, c'était en lui comme si cela s'était produit la veille. Sasha sortit une main de sa poche pour se la passer sur le visage. Il ne la regarda pas en poursuivant.

 

- Si tu as besoin de dormir et que tu ne peux pas dans les... Les conditions habituelles. Je pourrai te veiller sous ma forme animale à l'occasion, si tu veux.

 

Elle refuserait, bien sûr. Il connaissait Alison. Il voulait juste qu'elle sût que cette possibilité existât. Peut-être pas cette nuit, peut-être un autre jour. Quand la seconde épreuve approcherait et qu'elle se rendrait compte que le risque d'une nouvelle rencontre effrayante se profilerait rapidement. Et si elle ne pouvait pas dormir, elle ne pourrait pas se préparer correctement.

 

Sasha renversa la tête en arrière, pour contempler le plafond au-dessus d'eux. Des tonnes et des tonnes de pierre les soutenaient et les surplombaient. Autant d'épaisseurs pour les protéger. Bienvenue dans le monde de ceux qui ne sont en sécurité nulle part, songea-t-il ironiquement, mais il ne partagea pas cette pensée trop cynique. Et puis, Alison avait, il en était convaincu, des ressources que lui ne possédait pas en lui-même. Peut-être que contrairement à lui, elle guérirait. Il se redressa pour lui adresser un sourire encourageant.

 

- Mais peut-être que t'auras besoin de rien, reprit-il dans un murmure.

 

L'endroit invitait à la retenue. Il guetta de nouveau son regard, pour voir si la peur qu'il y avait lue se dissipait ou non.

Alison Carter

Femme

17 ans

Sang-mêlé

Britannique

Intendant des greniers

Message publié le 12/02/2026 à 09:18

D'un murmure granuleux aux r roulés, Sasha confirme les craintes d'Alison ; elle n'oubliera jamais le flirt du détraqueur, et en même temps, comment le pourrait-elle seulement ? Sa deuxième main rejoint la première sur le manche de l'instrument dont elle longe machinalement les cordes enduites de résine. Il faudrait bien apprendre à supporter le souvenir du désespoir et l'impression que tout est vain. Elle se rappelle parfaitement avoir cru mourir, et qu'il ne valait pas la peine de se battre pour vivre. Prostrée au sol, elle n'était qu'une moins que rien.

 

Aux sanglots de l'Écosse léchant les vitraux s'accroche leur silence pesant.

 

Lorsqu'il aborde un sommeil torturé avec certitude, elle l'observe en sachant qu'il évoque son vécu. Ça prend du sens aujourd'hui au yeux d'Alison, à quel point Sasha doit se sentir étranger à Poudlard, à quel point s'il est gauche dans l'uniforme britannique, c'est car son histoire est trop éprouvante à l'y faire tenir entièrement. Elle fixe sa silhouette bercée des chandeliers d'une manière différente. Elle aimerait lui partager le fond de sa pensée, mais il parle de son double animal et la sorcière se ravise. Sous sa forme de panthère des neiges, le Slave n'a plus qu'en tête de les protéger elle et sa petite sœur Charlie, de tout et de n'importe quoi ; l'année passée peut en témoigner. Sauf que personne ne peut la secourir d'un souvenir, n'est-ce pas ? Elle le regarde encore scruter le plafond comme s'il attendait là-haut l'inspiration pour lui venir en aide. 

 

— Tu m'cherchais ? questionne Alison en tapotant la place vide à côté d'elle sur le banc afin d'inviter l'Ukrainien à s'asseoir avec elle. Les jambes écartées à cause du violoncelle disposées entre elles, elle porte une jupe plissée noire, des chaussettes hautes, et des collants et sombres aussi. 

 

Quand Sasha la rejoint finalement, elle cille des paupières, puis les rouvre immédiatement. J'pourrai pas dormir, j'peux même pas fermer les yeux ; j'revis toute l'épreuve depuis d't'à l'heure. Par flashs, sous la douche, au fond du couloir, à l'intérieur du placard, car elle est entrée dans le club de ceux qui ne sont en sécurité nulle part. Les voici donc à contempler la grande salle de musique peuplée d'instruments muets, et de gradins vides.

 

La rouquine jette un œil aux doigts empotés de l'animagus, qu'il hésite visiblement à dissimuler au fond de ses poches, comme d'habitude. Elle lui prend une main en silence, l'ouvre et la retourne contre sa propre cuisse et contre le violoncelle, paume face à eux. Ici, entre ses cicatrices de guerre, demeure la trace d'un bisou magique imparfait, du jour de leur rencontre en cours de botanique, il y a plus d'une année. Alison en redessine le contour du bout de l'index, lentement. Tu sais, quand tu m'as dit que j'pouvais pas t'aimer, à notre rendez-vous ? Elle n'a jamais oublié. Elle déglutit et fixe ses doigts caressant ceux de Sasha. 

 

— Devant le détraqueur, j'ai réalisé qu'c'était pas juste toi. J'pense que j'peux aimer personne. Et tous les myosotis et tous les médaillons faits de bougie et de cœur rouge n'y changeront rien ; elle se sent brisée de l'intérieur. Ses phalanges s'écartent pour refléter celles de l'Ukrainien, cinq bon centimètres en moins. J'avais donné un mini bout d'ma confiance à quelqu'un mais il tout gâché y'a deux semaines, alors ça risque pas d's'arranger, conclue-t-elle, sans lever la tête. 

Sasha Shevchen

Homme

17 ans

Sang-mêlé

Ukrainien

Avatar de Saï Don
Saï Don

Modération

Maître du Pactole

Message publié le 12/02/2026 à 13:47

Sasha restait la tête courbée, les yeux posées sur leurs deux mains réunies, comme s'il contemplait une image qu'il lui avait été offert de voir alors qu'elle aurait dû être interdite : avec une curiosité et une distance simultanée. Il était silencieux, à écouter Alison s'ouvrir sur des sujets qui divergeaient. Oui, avait-il seulement répondu d'un signe de tête quand elle lui avait demandé s'il l'avait cherchée. Bien sûr, il n'était pas là par hasard. Il l'avait cherchée pour délivrer son message, qu'il savait crucial à cet instant précis. Demain, il aurait eu moins d'importance. La première nuit était toujours la plus critique. C'était celle où tout se figeait dans la tête, où tout le corps accusait du poids des épreuves du jour.

 

Et son message était délivré - en partie tout du moins, mais la suite, ce serait peut-être pour un autre jour ; il ne savait pas. Tout ce qui se passerait au-delà de ce message ce soir, il avait décidé qu'il n'y attacherait aucune de ses propres attentes. Alison vivait sa vie, désormais, et lui la sienne, focalisée sur la réussite de Kalina à Poudlard. Mais les mots d'Alison le troublaient. S'il restait silencieux, c'est parce qu'il ne pouvait plus oublier l'existence du filet. Il avait l'impression qu'assis côte à côte, ils matérialisaient ce qui se passait entre eux : ils parlaient côte à côte et de temps en temps ils s'entendaient, et des fois non.

 

Mais leurs mains qui se touchaient brouillaient ses pensées, et il se sentait fébrile. Ses résolutions tiendraient-elles ? Il le fallait. Construire en soi des murs qu'il ne fallait plus franchir était un travail depuis son année à Poudlard mais il en avait construit tant qu'il s'y perdait, et de temps à autre, le désir de tous les faire tomber pour être libre enflait dans sa poitrine - mais il ne cèderait pas. Pas cette fois. Les fois précédentes, cela ne l'avait conduit qu'à la souffrance. Alors il se contenta dans un premier temps de ne faire qu'acquiescer en silence, la tête penchée. Il évitait de la regarder au-delà de ses doigts blancs posés dans sa main. Minuscule. Le contraste lui parut d'autant plus évident qu'ayant travaillé une grande partie de l'été en extérieur, sa peau s'était couverte d'un hâle brun qui n'avait pas encore tout à fait disparu pour l'hiver. Malgré son épreuve, les doigts d'Alison qui caressaient les siens étaient doux quand il savait les siennes abimées et rugueuses. Comment avait-il pu croire...

 

Il prit une inspiration quand Alison souffla ses derniers mots, à propos de quelqu'un qui avait trahi sa confiance et Sasha préféra ne pas poser de question là-dessus.

 

- C'est triste, il commenta simplement. Je pourrais essayer de te dire comment c'est, mais je sais pas si c'est pour tout le monde pareil.

 

Sasha parlait à voix basse. Ils étaient si proches, de toute façon, qu'il n'avait besoin que de murmurer pour être entendu. Il essaya de penser aux gens qu'il aimait, de façon générale, à ce que ça lui faisait à l'intérieur.

 

- Ca fait mal parfois mais dans l'ensemble c'est bien, il raconta avec simplicité. C'est être content de voir quelqu'un, et se sentir moins seul quand tu ris avec. C'est avoir l'impression d'avoir vécu pour quelque chose parce que l'autre sourit, et avoir l'impression d'être utile sur cette Terre parce que l'autre pleure et a besoin de tes bras. C'est avoir l'impression qu'une fois qu'on sera tous morts, on aura existé pour toujours quand même, parce que rien ne pourra effacer le fait d'avoir aimé.

 

Il se tut quelques secondes et ferma les yeux. L'image de leurs mains se déroba à sa vision, mais il sentait toujours la chaleur de la peau d'Alison dans sa paume, et celle de sa cuisse sur le dos de sa main. Une odeur familière s'immisçait dans ses perceptions, et subitement il soupira en rouvrant les yeux.

 

- Ali.

 

Sasha retira sa main, doucement, rompant le contact entre leur peau. Il la rangea avec l'autre, dans la poche ventrale de son pull tandis que, dans une posture un peu avachie, il jeta son regard vers le fond de la salle, devant eux, comme une fuite résolue.

 

- Si les épreuves sont de plus en plus dures, et elles sont censées l'être, je crois, je veux pas qu'il t'arrive du mal, tu comprends ?

 

Non, elle ne pouvait pas. Son ton était sérieux, et ne laissait entrevoir qu'une détermination qu'il espérait relativement détachée ; ce qu'elle n'était pas, au fond. Mais Sasha avait déjà pris sa décision et tous les émois qui l'accompagnaient devaient être laissés de côté.

 

- Je vais t'aider à te préparer à la suivante, annonça-t-il.

 

Ce n'était pas une proposition. Il ne lui laissait pas le choix. Il la regarda enfin, et ses prunelles déterminées, faites d'une jade dure, percutèrent celles d'Alison.

 

Il ne parlait plus d'amour. Il parlait de ce qu'elle ne serait plus jamais en sécurité nulle part, et qu'il fallait au moins être deux pour ce combat-là. Et peu importait ce qu'ils étaient l'un pour l'autre, désormais.

Alison Carter

Femme

17 ans

Sang-mêlé

Britannique

Intendant des greniers

Message publié le 13/02/2026 à 01:25

Sa voix ronronne le concept de l'amour, et Alison l'écoute, intriguée de découvrir que Sasha puisse avoir une idée aussi précise de l'impression d'aimer. La tête légèrement penchée, elle observe son profil fuyant tandis qu'il évoque les rires et les pleurs, et la mort, et qu'il ferme les yeux. Pense-t-il à ses parents ? À sa sœur ? ...à ce qu'il a dit cet été, qu'il aurait voulu qu'elle l'aime en retour ? Absorbée, la cadette Carter arrête ses caresses. C'est peut-être pour ça qu'il retire sa main juste après, et soudain, prend un air grave, qui réaligne le menton de la sorcière au reste de son corps.

 

Elle range ses doigts sous sa manche et fixe brièvement la poche du sweat pourpre camouflant ceux de l'Ukrainien, mais très vite, son regard retrouve le visage de celui-ci, lorsqu'il ranime ses craintes en parlant de l'épreuve suivante. En réalité l'évènement est un tournoi, donc les trois tâches peuvent toutes être du même niveau, sauf qu'Alison n'a aucune envie de contredire Sasha ; car maintenant qu'elle l'a vécu, elle a peur d'y retourner. L'aplomb du réfugié l'arrange, au fond, parce qu'il lui épargne l'hésitation, et quand leurs prunelles se heurtent, elle se contente d'acquiescer, laissant de côté ses éternelles incertitudes. 

 

— Merci, murmure-t-elle enfin, comme à Sam qui avait proposé de l'entraîner à améliorer son vol sur balai après le résultat des sélections de la Coupe de Feu. Ça m'a fait du bien d'parler avec toi, admet alors la Serpentard, grandie depuis septembre. 

 

Certaines futilités ont moins d'importance tandis qu'on se prépare au pire des tournois scolaires du monde sorcier. À nouveau, elle contemple la salle de musique habitée de la seule mélodie des gouttes de pluie contre les vitraux, et resserre le manche du violoncelle entre ses doigts. J'vais rien lâcher pour le 9 mars, j'vais prouver qu'j'ai ma place dans le tournoi, dit-elle, sans qu'on ne sache vraiment à qui elle s'adresse. En attendant, il suffira de ne jamais fermer les yeux, de ne jamais ouvrir un placard, de ne jamais traverser seule les couloirs, et d'apprendre à vivre avec. 

 

Elle repousse l'instrument et s'en dégage habilement, résignée à ne pas produire une seule note ce soir, pas plus que les autres soirs où elle est déjà venue ici. J'sais qu't'es pas revenu à Poudlard par plaisir, dit-elle alors en se tournant vers Sasha, les quelques informations de Charlie en tête. J'pense aussi qu'ça doit être ridicule pour toi d'voir qu'on organise un tournoi alors qu'des gens vivent le vrai danger de mourir tous les jours chez vous. L'Écossaise ramène l'une de ses mèches rousses derrière son oreille. J'comprends qu'ça te soûle, en vrai, genre, d'être bloqué là avec nous, obligé d'suivre des classes et tout. Et de passer pour un idiot de temps en temps.

 

Elle caresse son propre genou, machinalement. 

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