Elle semblait croire réellement ce qu'elle disait sur les sorciers anglais. Pourtant, aux yeux de Nikolaï, ils n'avaient rien de plus que les sorciers russes. Bien au contraire, même. Ils manquaient d'une cruelle force, mentale comme physique. D'une discipline qui semblait totalement absente des dogmes britanniques, embourbés dans des effusions de bonnes manières qui ne servaient qu'à balayer sous le tapis ce qui comptait réellement. Le jeune garçon ne s'arrêtait pas à l'image renvoyée, il voyait plus loin. Et ce plus loin anglais n'avait rien de bien extraordinaire à faire miroiter. Ils jugeaient sa nation pour ce qu'elle lui avait fait. Mais lui en était fier.
Il n'était ici question d'aucune subtilité. Elle pensait probablement que, parce qu'ils ne partageaient ni la même langue, ni la même culture, il était incapable de réfléchir par lui-même. Elle le sous-estimait. Et cela ne le vexait pas outre mesure, cela ne faisait que confirmer ce qu'il pensait à propos de cette élite britannique à laquelle il n'accordait aucune crédibilité. La respiration toujours un peu saccadée, il se rhabilla, avec des gestes parfaitement mesurés, dans un rythme militaire.
Il pencha sa tête légèrement sur le côté à la question de l'Auror. La réponse était évidente. Si évidente qu'il ne comprenait même pas l'intérêt de la poser. Et lorsqu'elle reprit en russe, Nikolaï, bien qu'heureux d'entendre sa langue natale pour la première fois qu'il était à Poudlard secoua la tête de gauche à droite.
- Отречься от чести, répondit-il avec sa droiture habituelle. (Renoncer à l'honneur.)
Parce que renoncer à la guerre n'était pas un crime. En tant que bon soldat, il se battait pour instaurer la paix. La guerre n'avait que pour but de se terminer. Renoncer à une guerre en cours, en revanche, c'était renoncer à son honneur. Et c'était tout simplement inconcevable à ses yeux.
- Я солдат своей родины, и без Обскуруса я бы тоже был. (Je suis un soldat de ma patrie, et je le serais aussi sans Obscurus.)
Un léger frémissement apparut au coin de ses lèvres. Il n'avait rien d'un sourire réprimé, plutôt d'une colère qu'il n'avait nullement l'intention de laisser s'exprimer.
- Но ты сделал выбор за меня. Я проживу короткую жизнь и никогда не вернусь на войну. Поэтому я должен отказаться от своей чести, от войны и своей жизни, чтобы облегчить вашу совесть. (Mais vous avez fait le choix à ma place. Je vais vivre une vie courte sans jamais retourner à la guerre. Je dois renoncer à mon honneur, à la guerre et à ma vie pour soulager votre conscience.)
Il gardait ses yeux rivés dans ceux de Katerine Dennison en affirmant cela sans la moindre véhémence. Il se contentait de constater, de façon résignée.