Aingeal dépose sa tasse de thé sur la table en bois avec délicatesse. C’est brûlant. Son regard glisse sur l’assemblée, sur les badges, sur les parchemins éparpillés devant elle. Il y a cinq minutes, à peine, elle se demandait si elle allait se retrouver seule dans cette salle poussiéreuse. Et maintenant… Maintenant, elle avait devant elle des collègues motivés, et surtout un concierge en haute couture qui parlait comme si Molière était sa révélation du siècle.
Alors que Bart continue de servir les boissons avec son énergie inébranlable, son sourire s’élève encore plus. Et, comme si c’était la chose la plus évidente au monde, il lui propose de le tutoyer. Aingeal ne laisse rien paraître, mais une ombre d’hésitation traverse son esprit. Elle les avait toujours considérés comme des figures de l’école. Les voyant de loin dans les couloirs, les entendant parler d’une voix que l’on écoute sans oser trop s’en mêler. Même si elle n’avait jamais été une élève particulièrement impressionnable, elle ne s’était jamais imaginé les tutoyer. Ne serait-ce que par habitude. Si elle voulait l'appeler Bart, c’est parce que Bartholomew c’était un peu trop long à son goût. Haussant des épaules, elle sourit chaleureusement en retour. Cela me convient très bien, évidemment. Mais elle n’est plus une élève. Elle est ici à leur même niveau. Dans cette salle, à cette table, avec un projet commun. Il n’y a aucune raison de s’attarder là-dessus.
La rousse laisse son regard glisser à nouveau sur la table. Effleurant du bout des doigts un parchemin vierge, avant de relever les yeux vers Lesley. Le voyage, donc. Elle pince les lèvres, réfléchissant, songeuse. Ce n’est pas juste une question de déplacement, ni même de simple découverte. Il faut quelque chose de plus fort, un changement de perspective qui pousse les élèves à voir au-delà de Poudlard. Oui, ça pourrait vraiment faire la différence, juste un murmure qui s’échappe de ses pensées. Il faudrait que ce soit plus qu’une simple sortie éducative, quelque chose qui marque. Ses doigts tapotent distraitement la table. Pas un juste voyage où ils vont juste regarder et rentrer. Il faut qu’ils expérimentent. Peut-être une école étrangère, ou un lieu magique qu’ils n’auraient jamais eu l’occasion d’approcher autrement. Des idées ? Elle observe son ami, un sourire à peine esquissé. Puis, j'imagine que tu seras partant pour accompagner ? Elle connaît déjà la réponse, bien sûr. Ce genre d'opportunités, c’est exactement le genre d’expérience qui l’intéresse.
Elle se tourne à nouveau vers Bart. Pour ce qui est de la salle de répétition… Elle marque un temps, ajustant ses pensées. L’idée n’est pas juste intéressante, elle est logique. Ça pourrait être un vrai atout. Les élèves pourraient s’entraîner sérieusement, avec un cadre plus adapté que les couloirs ou une salle commune. Elle penche la tête sur le côté. Si tu arrives à obtenir l’autorisation et le matériel nécessaire, on pourra intégrer ça au club. Peut-être même organiser des présentations pour les autres élèves, histoire qu’ils voient ce qui se passe au WAC et qu’ils aient envie de s’y joindre. Elle laisse planer un silence, observant les réactions des uns et des autres. Ce n’est pas une idée à enterrer sous d’autres concepts, mais bien une extension naturelle du projet.
Un instant plus tard, son regard trouve Horace. Une lueur d’amusement danse dans ses prunelles hétérochromes. Si vous arrivez à convaincre Wickerson de nous rejoindre, je vous offre une bouteille de Whisky Pur Feu ! Elle adopte un ton faussement sérieux. Et pas un fond de flasque oublié au fond d’un tiroir. Une vraie bouteille. Puis, pivotant légèrement, elle observe les deux confrères. Non. Vous savez quoi ? Le premier qui me ramène l’un ou l’autre, gagne sa bouteille. Elle s’amuse de cette situation. Si l’un d’eux parvient à faire accepter Wickerson ou Brooks dans cette aventure, elle sera la première à lever son verre en leur honneur.
Puis, elle laisse flotter un instant de silence, avant de hausser un sourcil, elle devait faire quelque chose la dernière fois qu’elle était dans cette pièce. Oh, c’est vrai. Amendez une seconde ! Son regard analyse la salle, et son amusement s’atténue légèrement. Oui. Il y a encore trop de vide. Avant quoi que ce soit… Elle sort sa baguette et d’un simple mouvement, ajuste une petite partie de la salle. Maintenant, c’est plus propre et chaleureux comme ça. Déjà mieux. Elle hoche la tête, satisfaite du résultat. Puis se dirige vers un coin de la pièce, s’accroupissant pour attraper deux toiles soigneusement emballées dans du tissu sombre. J’avais oublié de les installer la dernière fois. Elle retire lentement le tissu, révélant deux peintures splendides, des œuvres d’un artiste célèbre, qu’elle avait depuis des années sans jamais leur trouver de place. Ils ne sont pas mal, n’est-ce pas ? Ses doigts glissent sur le cadre du premier tableau puis sur le deuxième, comme si le toucher lui rappelait quelque chose. Milbourne, vous n’auriez pas quelques tableaux en plus à nous prêter ? Quelque chose qui anime un peu ces murs. Elle sait qu’il en a forcément en réserve, et elle meurt d’envie de voir ce qu’il va proposer.