Harry Potter RPG
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Oubliettes

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Leslie Harrison

Ollivander’s - Fabriquant de Baguettes Magiques 30 ans Sang-Mêlé·e Britannique Notoriété

Deb
Serdaigle
Pour tout ceux ayant le courage d'affronter les MDJ's, alors qu'ils pourraient y laisser plus qu'une dent !
Quatrième étage de Sainte Mangouste, Dimanche 13 Août 2124

Le pas tranquille, Leslie s'avance dans le dédale de rues larges, particulièrement bondées. L'été a rameuté son lot de touristes sur la capitale, malgré des nuages gris qui continuent de s'amonceler au-dessus de leur tête. La sorcière ne prête guère attention à quiconque, les mains enfoncées dans les larges poches de sa veste. Son regard est ailleurs, de même que ses pensées. C'est ce jour de la semaine. Sa silhouette frêle ne tarde pas à bifurquer sur le boulevard recherché, puis à s'engouffrer dans un magasin d'apparence désaffecté, non sans avoir échangé avec l'un des mannequins plantés derrière sa vitrine sale. L'ambiance change alors du tout au tout. Sorciers et sorcières s'entassent dans un hall large bercé d'une lumière magique blanchâtre. Plusieurs sont vêtus de blouses vertes annonçant un poste privilégié au sein de l'hôpital.

 

Dirigée vers l'accueil avec la force de l'habitude, Leslie s'annonce de nouveau, comme visiteuse de la chambre 312, au quatrième étage.

 

- Quinten Harrison.

 

On ne la fait guère patienter plus de quelques minutes avant de lui accorder le droit de grimper vers sa destination, et elle ne marque aucune pause devant la porte affublée du numéro 312. C'est à peine si elle toque avant d'ouvrir la chambre, et de s'y engouffrer.

 

- Papa ? Papa, c'est Leslie.

 

Son père est posté à la fenêtre, perdu dans la contemplation du paysage. Il se tourne distraitement vers elle, avant d'en revenir au paysage morne qu'offre la cour intérieure.

 

- J'ai déjà été examiné, sortez.

- Je ne viens pas t'examiner papa. Tu as mangé ?

 

Elle approche, lui plante un baiser sur la joue, dépose son manteau sur le dossier de la chaise atrocement blanche. Les murs sont couverts de photos diverses, de posters de groupes sorciers, de publicités pour des guitares que l'homme a lui-même designé.

 

- Leslie ?

- Oui, c'est moi. C'est ce jour de jour là. Un jour heureux, donc. Leslie a un sourire doux qui lui fend les deux joues, alors qu'elle s'installe sur la même chaise où elle a déposé son manteau. Tu vas bien papa ?

- Je suis en retard au travail. Où est ma poudre de cheminette ?

- Tu ne travailles pas aujourd'hui, papa, tu te souviens ? On est dimanche. Est-ce tu veux qu'on aille faire un tour dehors ?

- Non, non il pleut, tu vois bien.

- Ah.

- Où est ton père ?

- Il est parti faire des courses. Il reviendra bientôt. J'ai apporté un jeu, elle déclare en sortant ses cartes mouvantes.

- Le Bungle ?

- Oui, on se fait une partie ?

- En attendant Abraham alors. Vous êtes gentille.

 

Leslie a un sourire crispé avant de commencer à étaler les cartes sur la table. 

 

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Oonagh Aisling

Guérisseur-en-Chef du Service des Pathologies des Sortilèges 30 ans Hybride Irlandaise Notoriété

Serpentard
Fondateur.trice.s du Site, ayant participé à la construction d'Harry Potter RPG !
Quatrième étage de Sainte Mangouste, Dimanche 13 Août 2124

Dis-moi quelque chose que je ne sais pas encore, lui disait son reflet fatigué. Assoiffée de découverte, assoiffée par son métier, la blonde en fait toujours trop. Elle veut le poste qu'on lui a promis, celui de son mentor à sa retraite, celui que sa soeur lui avait dit qu'elle aurait. Cela se voit, cela se sait, pourtant personne n’en fait rien. Parce que la plupart de ses collègues sont comme elles. Ils enchaînent les heures supplémentaires, ils se tuent à la tâche entre les soins et les recherches médicales. Des aller-retours entre les étages, entre les bureaux et les chambres. On se dit qu’on veut bien faire, qu’on veut guérir les gens, qu’on veut améliorer le monde. Alors que derrière le rideau, on s’effondre petit à petit. Oui… Oonagh avait besoin de vacances. 

Elle passe une main dans ses cheveux, finit sa bouteille d’eau. Elle sort son calepin pour voir s’il lui reste beaucoup de choses à faire aujourd’hui. Pas mal. Il semblerait qu’elle va encore traîner dans les couloirs assez tard. Au moins, ça lui évitera de se demander ce qu’elle doit faire pour le lendemain. Pressant le pas, elle se dirige vers la chambre où un de ses patients l’attend. Une vieille dame, qui n’a pas beaucoup de visite. Aisling y reste un petit bout de temps. Il y a beaucoup à faire, en dehors du social. Elle doit s’assurer que tout va bien, que le traitement fonctionne -au moins un peu. Ce n’est pas un étage facile où tout le monde peut être soigné. C’est même le contraire, certains sont là depuis des années sans avoir la possibilité de sortir. C’est ce qu’elle aimerait pouvoir changer, un jour, peut-être. 

 Quand une autre personne rentre dans la pièce pour terminer certains soins, la demi-vélane s’en va. Direction la chambre 312 cette fois-ci. En chemin, elle trouve la pensine dont elle a besoin et les souvenirs du jour, contenus dans une fiole. D’un Wingardium Leviosa, elle transporte tout le matériel, en faisant attention à ce que personne ne la bouscule. Elle n’est pas loin de la chambre, elle ne va pas s’embêter avec un chariot. Doucement, elle toque à la porte même si c’est déjà ouvert. Il y a de la visite. Cela tombe mal. C’est un moment particulier qui ne peut être esquivé. Bonjour. Monsieur Harrison, Madame. Excusez-moi, je tombe mal. Malgré tout, la blonde s’avance. Elle doit faire son travail. On ne l’avait pas prévenu que quelqu’un serait là. Elle ne peut pas modifier son emploi du temps d’un claquement de doigts malheureusement. Je dois procéder à un de ses traitements malheureusement, ça ne prendra pas très longtemps. Elle installe le tout, puis ses yeux se posent sur la jeune femme. Le souvenir du jour que votre père va voir concerne son métier… Nous l’avions extrait il y a quelque temps. Mais peut-être voulez-vous partager un de vos souvenirs ? Quelque chose que nous n’avons pas et qui pourrait l’aider le concernant ?

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Leslie Harrison

Ollivander’s - Fabriquant de Baguettes Magiques 30 ans Sang-Mêlé·e Britannique Notoriété

Deb
Serdaigle
Pour tout ceux ayant le courage d'affronter les MDJ's, alors qu'ils pourraient y laisser plus qu'une dent !
Quatrième étage de Sainte Mangouste, Dimanche 13 Août 2124

- Hey mais tu triches !
- Comment ? Ça fait Bungle là, tu vois bien ! Deux carreaux et trois trèfles !
- Cette carte était pas un carreau y a pas trois secondes et j...

- Oh, bonjour.

- Miss Asiling ! Elle triche !
- C'est peut-être juste pour vérifier qu'tu suis...

 

D'une main elle plaque les cartes sur la table avant de tout rassembler pour faire de la place, se levant par la même occasion. Un regard d'excuse en direction de la médicomage avant d'adresser un sourire à son père. Ce dernier maugrée toujours dans sa barbe, enfoncé dans son siège les bras croisés comme un enfant.

- Oh.

La demande de la médicomage la surprend. Seul Jack avait été sollicité pour verser des souvenirs en vue d'un traitement pour le cas de son père, et pour cause : ils avaient une vie commune qui s'étendait sur plus de cinquante ans. Les deux hommes s'étaient rencontrés alors qu'il n'était que des écoliers, et ne s'étaient depuis jamais vraiment quitté. Il était d'ailleurs la seule personne que Quinten ne manquait jamais de reconnaitre, quelque soit son état. Leslie vivait très durement le fait que ce ne soit pas son cas.

 

- Je ne suis pas sûre...

 

Aujourd'hui était un bon jour. Le sorcier n'avait glissé qu'une ou deux fois avant de se reprendre, l'appelant par son prénom et agissant avec elle comme il l'avait toujours fait. Peut-être ce genre d'initiative solidifierait cela ? Elle se pince brièvement les lèvres, son regard coulissant vers la série de photographies accrochées sur les murs qui revient finalement vers la guérisseuse.

- Pourquoi pas ? Un sourire énigmatique s'est accroché à ses lèvres, une brillance nouvelle dans le regard.

Parfois, Leslie se demande si elle héritera de cette maladie qui ronge son père à mesure que passent les jours. Jack lui assure que non, mais qu'en sait-il ? Elle a toujours eu bonne mémoire, mais Quinten également. Sa carrière démontre d'une dextérité certaine dans son domaine de prédilection, qui nécessite de cumuler de nombreuses connaissances dans des sujets plus divers que variés. Des sujets qu'il semble toujours maîtriser à ce jour par ailleurs. Ce qui lui échappe est le plus commun. L'ordre des choses. Leurs noms. Leur chronologie. Il semble comme perdu dans une bulle étroite dans laquelle ses souvenirs se pressent les uns contre les autres, éliminant des éléments superficiels ici et là jusque déformer complètement l'ensemble. Ça le rend parfois aigri, d'autres fois plus confus qu'un enfant.

- Je crois que j'ai exactement le souvenir qu'il nous faut, elle annonce en pressant ses doigts contre le dossier de la chaise sur laquelle repose son manteau.

Leslie avait sept ans lorsqu'elle a été autorisée à entrer dans l'atelier de son père pour la première fois. Un jour marquant dont elle se souvient avec une clarté sans précédent. Il avait pris le temps de longuement lui expliquer la manière dont il travaillait, pourquoi il était tant attaché à ce qu'il faisait, tout en manipulant avec ses doigts habile le manche d'une guitare qui trônait aujourd'hui dans son propre salon. Décoration infantile. L'instrument était définitivement trop petit aujourd'hui pour qu'elle puisse encore en jouer, et n'était devenu que la représentation d'une passion qui n'avait depuis fait que grandir pour devenir une vocation. Ne sachant pas comment compte procéder la médicomage, Leslie patiente simplement, habitée d'une anxiété absurde que le souvenir ne fasse guère écho dans l'esprit de son père.

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Oonagh Aisling

Guérisseur-en-Chef du Service des Pathologies des Sortilèges 30 ans Hybride Irlandaise Notoriété

Serpentard
Fondateur.trice.s du Site, ayant participé à la construction d'Harry Potter RPG !
Quatrième étage de Sainte Mangouste, Dimanche 13 Août 2124

 Oonagh sourit à l’autre femme. Ce n’est pas une expérience facile. Si c’est assez simple d'exécution, ce n’est pas un moment agréable à passer pour la plupart des gens. Souvent, ça nous fait ressortir des sensations que l'on apprécie très peu. Comme la peur et le doute. Est-ce que ça vaut le coup que je le fasse ? Est-ce que ça sert à quelque chose que je l’aide, alors que demain, il ne souviendra pas de moi ? Des questions qui blessent et qui tiraillent pour certains. C’est le genre de choses qui peuvent traverser l’esprit face à ce genre de situation. La blonde le sait, elle en a l’habitude. Quiten n’est pas son seul patient. Elle a déjà rencontré bien plus de familles que l’on peut le croire, sujettes à ce genre de détresse mentale, face à la maladie de leurs proches. C’était quelque chose qu’elle prenait à cœur dans son travail et qu’elle ne négligeait pas. Cela n’avait aucun intérêt pour le traitement que de forcer les autres à s’y plonger corps et âme. Cela ne donnait que plus de patients, rien d’autre. 

 Mais avec Leslie, Aisling avait l’impression que ça pouvait être un peu différent. Du peu de souvenirs qu’elle avait de son ancienne camarade d’école, il lui avait toujours semblé que c’était quelqu’un de débrouillard qui savait surmonter bien des épreuves. Bien évidemment, il est très probable que la blonde se trompe. Après tout, Harrison était d’une classe au-dessus, donc elles s’étaient que peu côtoyées. Malgré tout, faisant confiance à son instinct pour une fois, elle avait fini par poser la question. Question qui avait trouvé une réponse au final, plus ou moins positive. Sans attendre, elle tend un flacon à son aînée. Connaissez-vous le sort Amotio Memoriae ? D’un geste fluide et élégant, elle sort sa propre baguette et imite le geste nécessaire à la formule.

 C’est assez simple dans les faits, mais le sortilège reste complexe. Il faut se concentrer et parfois, on doit s’y prendre à plusieurs reprises, surtout quand on n'est pas habitué. Si vous sentez le moindre problème, arrêtez le sort. Ne vous mettez pas en danger. Je sais que vous aimez votre père, mais ce n’est pas une raison pour rester plusieurs jours ici non plus. Si vous voyez ce que je veux dire. Elle lâche un beau sourire rassurant en même temps. Elle ne veut pas lui faire peur. Sinon, je peux utiliser la légilimancie sur vous et extraire le souvenir moi-même. Mais ça risque d’être beaucoup moins efficace. 

 Oonagh avance la pensine près de son patient. Au cas où le sort serait un peu plus complexe à exécuter que prévu, elles essayeront de le glisser directement dans le récipient plutôt que dans un flacon. Au moins, il ne sera pas perdu. Sans vouloir être indiscrète, pouvez-vous m’expliquer en quelques mots en quoi ce souvenir consiste ? Tous les souvenirs sont utiles en soi. Mais certains plus que d’autres, et certains sont parfois plus… délicats selon le contexte. Elle se rapproche et murmure plus qu’elle ne parle à haute voix. Disons que même si au détour d’une discussion banale, vous évoquez, je ne sais pas… la mort lointaine d’un animal de compagnie ou la fermeture d’un établissement important. Quelque chose de, dirons-nous définitif, cela peut être compliqué à gérer pour la personne, si elle ne s’en souvient pas. J’ai donc besoin d’être au courant, pour pouvoir agir en conséquence avec votre père au cas où il réagit mal. Cela n’a rien d’une menace. Sa voix est douce et cherche à être la plus chaleureuse possible. Elle pose délicatement une main sur l’épaule de la femme en face, avant de se relever et de se tourner vers le père. J’espère que tout va bien Monsieur Harrison. Vous avez l’air très en forme aujourd’hui. Je suis certaine que Jeff sera très content de le savoir. En plus, aujourd'hui, se tient son cours de cuisine thérapeutique. Je pense qu’il viendra vous apporter vos sucreries préférées, comme à son habitude. C’est un jeune patient qui vous apprécie beaucoup.

 

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Leslie Harrison

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Deb
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Quatrième étage de Sainte Mangouste, Dimanche 13 Août 2124

Leslie attrape le flacon tendu par la médicomage sans un mot, ses doigts se refermant dessus avec une fermeté mesurée. Elle secoue légèrement la tête pour indiquer que non, elle n'a a jamais entendu parler d'Amotio Memoriae. Elle écoute attentivement les explications, le regard fixé sur la baguette d’Oonagh lorsqu’elle lui montre le mouvement à reproduire. Un sort délicat, qui demande de la concentration, de la précision. Pas d’approximation possible. Elle hoche doucement la tête, plus pour elle-même que pour l’autre femme.

- Non. Pas de légilimancie, elle déclare simplement sur un ton neutre qui ne laisse pourtant aucune place à la négociation.

Son espace personnel lui a toujours été vital. Aussi bien physiquement que mentalement.  Cela dit, il lui est très étrange de se dire qu'elle est sur le point de se retirer un souvenir. Elle a l’impression d’aller contre son instinct le plus profond. On est censé s’accrocher à nos souvenirs, pas les arracher. Elle souffle discrètement par le nez avant de répondre à la question d’Oonagh :
 

- C’estt la première fois que mon père m’a fait faire le tour de son atelier.
 

Sa voix est posée, mais elle prend une demi-seconde de plus avant d’ajouter :
 

- Je devais avoir sept ou huit ans. C’est ce jour-là que j’ai su que je voulais faire ce qu’il faisait. J’ai passé des heures à l’observer, à toucher le bois, à poser un millier de questions… Il était fier. Leslie aussi.
 

Elle pince les lèvres, le regard brièvement tourné vers Quinten Harrison. Elle resserre sa prise sur sa baguette et prend une inspiration avant de l’élever, reproduisant avec application le mouvement enseigné. Amotio Memoriae. Une seconde de flottement. Rien. Elle fronce légèrement les sourcils et recommence, plus concentrée. Cette fois, elle sent un léger frisson parcourir son échine quand le fil argenté du souvenir s’étire hors de son crâne. L’espace d’un instant, elle a l’impression de le revivre : l’odeur du bois taillé, la poussière en suspension, la voix grave de son père lui expliquant comment reconnaître un bon morceau de frêne.

Puis c’est fini.
 

Elle dépose doucement le fil de mémoire dans le flacon, le regard fixé sur le liquide miroitant qui ondule doucement. Son esprit tangue une fraction de seconde, comme une note manquante dans un accord parfait. Ce n’est pas douloureux. Juste… vide. Elle referme le bouchon et pose le flacon près de la pensine, avant de glisser un regard vers Oonagh.
 

-Ça ira comme ça ?
 

Son ton est neutre, presque professionnel, mais elle évite soigneusement de regarder son père.

- C'est qui Jeff ? Avait t-il demandé plus tôt d'une voix un peu perdue avant de reprendre son observation méticuleuse du paysage.

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Oonagh Aisling

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Elle observe, elle attend une réponse, qu’elle vienne de l’un ou de l’autre. Son regard se pose, comme dans l’expectative du soleil qui s’élève au matin. Aux premiers mots, elle sourit. Très bon choix. Un réflexe, une habitude bien ancrée. Un sourire qui n’a rien de personnel, juste une forme de politesse accordée aux patients et à leurs proches. Un éclat de chaleur dans un endroit où ça se fait souvent rare. Parce qu’ici, certains fuient l’hôpital dès qu’ils le peuvent, alors que d’autres y traînent leur douleur depuis des années. Mais les médicomages, eux, ne quittent que leur service en fin de journée. Pas la maladie, pas les maux qui hantent ces murs.

Oonagh observe la mémoire glisser dans le flacon, ondulant doucement sous la lumière. Elle a l’habitude de ce processus, de cette transition presque imperceptible où un souvenir passe d’un esprit à une matière fluide. Elle ne dit rien, se contente de récupérer le flacon avec précaution, le soulevant légèrement pour en observer les reflets mouvants. Lentement, elle le repose, s’assurant de sa stabilité avant d’acquiescer d’un simple signe de tête. C’est parfait. Le ton est posé, évident. Aucune hésitation, aucune analyse superflue. Ce n’est pas une expérience anodine, mais il n’y a pas besoin d’alourdir l’instant. Elle sait que certains ressentent un flottement après l’extraction, une légère déconnexion, mais chacun réagit différemment.

Elle relève les yeux lorsque la voix de Quinten s’élève, flottant dans la pièce comme une pensée échappée. Qui est Jeff ? Un oubli de plus, une question parmi tant d’autres. Oonagh ne laisse pas son sourire vaciller. La réponse doit être fluide, naturelle, sans accroc. Jeff est un jeune homme qui vient souvent vous voir, Monsieur Harrison. Il habite pas très loin de votre chambre. Aucune insistance, juste une affirmation simple, un fil qu’il pourra suivre ou non. Elle ne précise pas l’endroit, ni l’origine de la rencontre entre eux. Certains réagissent mal quand on leur parle de l'hôpital trop souvent. Alors, elle ne s’attarde jamais trop longtemps sur ces moments-là. Vous pourrez lui poser la question vous-même, je suis certaine qu’il passera bientôt.

Elle effleure du bout des doigts le rebord de la pensine, son regard glisse brièvement vers le flacon. L’éclat argenté du souvenir semble toujours vivant, enfermé dans cette capsule de verre. D’un mouvement fluide, elle range sa baguette, la fait disparaître dans le pli de sa manche. On y va ? Délicatement, elle pose une main sur le dos de son patient, pour le maintenir. Un contact léger, mesuré, destiné autant à l’ancrer qu’à l’inviter à se pencher vers la pensine. Aujourd’hui, nous allons voir votre atelier, mais quelqu’un de particulier sera avec vous. Votre fille. Elle sait qu’un patient peut hésiter, qu’un souvenir peut parfois engendrer une réaction inattendue. Tout va bien se passer. Elle l’accompagne dans le mouvement, ajustant sa posture, veillant à ce que rien ne perturbe le moment.

D’un simple regard, elle invite Leslie à faire de même. Elle n’a pas besoin de mots pour cela. Puis, lorsqu’ils sont prêts, elle plonge à son tour. Oonagh reste toujours près du patient lorsqu’elle entre dans un souvenir. C’est une nécessité, une façon de guider s’il faut revenir, d’intervenir si quelque chose échappe au contrôle. Même avec un simple extrait de mémoire, il arrive que certains se perdent, absorbés par ce qu’ils retrouvent. Elle inspire doucement, puis le monde bascule autour d’eux.

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Le silence s’étire quelques secondes alors que Leslie observe le flacon entre les doigts d’Oonagh. Le liquide argenté miroite sous la lumière artificielle, ondulant avec une douceur presque trompeuse. Voir un fragment de sa propre mémoire ainsi encapsulé lui provoque une sensation étrange, un léger creux dans l’estomac qu’elle ne s’attendait pas à ressentir. Elle se redresse légèrement lorsque la voix de Quinten s’élève. La question flotte un instant dans l’air, comme un grain de poussière suspendu avant de retomber au sol. Leslie tourne instinctivement la tête vers son père, mais ne dit rien. L’inconnu est omniprésent dans ses phrases, les visages effacés, les repères dissous dans un temps qu’il ne maîtrise plus. Oonagh répond d’un ton fluide, maîtrisé, et Leslie l’observe du coin de l’œil. Une routine bien rodée, une réponse calibrée pour ne pas heurter, mais aussi pour ne pas attiser trop de doutes. Un équilibre délicat.
 

Son regard revient vers Quinten. Il n’a pas l’air perturbé par la réponse, pas plus que par la situation dans son ensemble. Il accepte ce qui lui est donné sans chercher à le confronter. C’est peut-être ça, le plus troublant. Lorsque la médicomage effleure son dos, l’invitant à avancer vers la pensine, Leslie inspire légèrement par le nez. Une part d’elle hésite. Pas par peur. Pas par malaise. Juste… une seconde de flottement. Elle n’a jamais revu cette scène autrement qu’à travers les souvenirs épars de son père, à travers les miettes qu’il lui en laissait au fil des années. Mais maintenant, elle va plonger dans une version figée, immuable, préservée d’une manière qu’aucun récit oral ne peut l’être. Elle glisse un regard vers Oonagh. Pas besoin de mots. D’un geste fluide, elle pousse légèrement ses manches, comme si elle s’apprêtait à manipuler un bois précieux ou à travailler un enchantement délicat. Puis, elle s’avance et pose une main sur l’épaule de son père, le contact léger mais assuré.
 

- Ça va aller, papa, souffle-t-elle doucement. Un automatisme.
 

Son regard reste un instant suspendu au-dessus de la surface argentée. Elle se demande comment elle va réagir en revoyant cette scène. Si elle s’y reconnaîtra. Si lui se reconnaîtra. Elle plonge. La transition est fluide, mais vertigineuse. Une sensation de chute douce, comme une plume portée par un vent invisible. Le décor change d’un battement de cils, et soudain, Leslie n’est plus dans la chambre d’hôpital, mais ailleurs. Ailleurs dans le temps, ailleurs dans l’espace. L’odeur du bois envahit l’air. C’est la première chose qu’elle remarque. Un parfum sec et chaleureux, où se mêlent la poussière des copeaux fraîchement taillés et l’essence résineuse des planches empilées contre les murs. L’atelier. Leur atelier. Les étagères croulent sous le poids des outils et des morceaux de bois en cours de travail. Rien ne semble être à sa place, et pourtant, tout ici respire une forme d’ordre méthodique. Elle reconnaît l’endroit immédiatement.
 

Lui aussi.
 

À quelques pas d’elle, Quinten Harrison, plus jeune, d’une dizaine d’années au moins, se tient devant un établi, les manches retroussées, une gouge en main, sculptant minutieusement le manche d’une guitare. Son regard est concentré, habité d’une patience infinie, celle des artisans qui savent que chaque coup doit être précis, mesuré. Ce n’est pas encore un instrument, mais une promesse. Et puis, il y a elle. Une version d’elle-même, plus jeune, à peine sept ans. Les cheveux encore plus clairs, attachés à la va-vite, les yeux grands ouverts, buvant chaque mouvement de son père comme si c’était la chose la plus fascinante du monde. Leslie adulte reste figée une seconde, observant cette scène qu’elle croyait avoir oubliée.
 

- Pourquoi t’utilises celui-là et pas l’autre ?
 

Sa propre voix. Plus aiguë, curieuse, sans filtre. L’enfant pointe un outil sur l’établi, et Quinten relève les yeux vers elle avec un sourire indulgent.
 

- Parce que celui-ci permet de travailler plus en finesse. Tu vois, le bois, c’est comme une baguette : il faut le comprendre, pas le forcer. Si tu y vas trop fort, il se fend. Si tu l’écoutes, il te guide.
 

Il lui tend le manche en cours de sculpture. Elle hésite, puis le prend avec précaution, comme si elle craignait de mal faire.
 

- Regarde les veines. Elles te montrent où aller. Un bon artisan ne sculpte pas contre le bois, il suit son histoire.
 

Leslie sent quelque chose se nouer dans sa gorge. Ce n’est pas juste un souvenir. C’est l’instant où tout a commencé. Là, entre ces murs, dans cet échange. Le premier moment où elle a su. Elle connaît chaque seconde de ce souvenir par cœur, elle sait comment il va se dérouler, ce que son père va dire ensuite. Mais le revoir ainsi, avec l’innocence intacte de l’instant, sans l’altération des années… C’est autre chose. Elle baisse les yeux vers son père, ici, à Sainte-Mangouste. Quinten. Il est là, juste à côté d’elle, plongé lui aussi dans son propre passé. Son visage est figé, immobile, ses yeux gris errant sur les murs qu’il connaît par cœur, les outils qu’il a maniés mille fois. Il regarde ses propres mains d’aujourd’hui, ridées et tremblantes, puis celles du souvenir, fermes et habiles, sculptant avec la maîtrise d’un artisan qui ne doute jamais. Un battement de silence.
 

- C’est mon atelier, souffle-t-il enfin, la voix lente et troublée. Une prise de conscience.


Ce n’est pas un vague décor sorti de nulle part. Il le sait. Il le reconnaît. Son regard oscille entre le souvenir et le présent, comme s’il essayait de superposer les deux réalités, de trouver où il s’est perdu entre elles. Puis, ses yeux tombent sur la fillette. Son souffle se suspend un instant. Il fronce légèrement les sourcils, penche la tête comme s’il essayait de mieux voir.
 

- C’est toi…
 

Ce n’est pas une question. Il sait. Ses traits se figent d’une émotion difficile à nommer. Une reconnaissance pure, mais teintée d’un trouble qu’il ne sait pas formuler. Leslie ne bouge pas, ne dit rien. Elle observe. Parce qu’elle sait que c’est dans ces instants qu’on voit ce qui reste, ce qui tient encore debout derrière le voile des années perdues.
Quinten fixe la scène, mais son regard brille d’une lueur presque effrayée. Puis, tout à coup, il recule. Ses doigts tremblent alors qu’il les passe sur son front, comme si quelque chose en lui vacillait, comme si son propre esprit se fragmentait sous la pression. Son souffle devient saccadé, sa poitrine se soulève plus vite.
 

- Je… Je dois aller travailler. Je suis en retard.
 

Son ton n’a plus rien de calme. Sa voix tremble. Il détourne les yeux du souvenir comme s’il le brûlait, cherche une sortie qui n’existe pas. Il se ferme. Le moment lui échappe, trop violent dans sa clarté. Leslie serre instinctivement les poings. Elle aurait aimé qu’il tienne un peu plus longtemps. Mais une part d’elle savait qu’il en serait autrement. Leslie ne bouge pas, ne parle pas. Pas encore. Elle attend. Elle attend de voir jusqu’où il va fuir, si elle peut encore le rattraper. Elle a connu ces moments. Ceux où les mots ne servent plus à rien, où la réalité bascule trop vite, trop violemment. Mais cette fois, ce n’est pas une confusion ordinaire. Cette fois, il lutte.
 

- Ce n’est pas vrai. Il secoue la tête, refuse ce qu’il voit. Ce n’est pas mon atelier. Ce n’est pas… Ça ne peut pas être maintenant. Il cherche quelque chose dans sa poche, sur lui, dans l’air, comme si un objet, un repère pouvait lui prouver qu’il est bien là où il pense être. Son regard se perd, il vacille. Où est ma montre ?! L’angoisse monte en flèche. Il tâte ses poignets, fouille son veston imaginaire, et son regard paniqué se pose sur Leslie. Où est-elle ?! Je l’ai laissée ici ce matin, j’en suis sûr. Jack va me tuer si j’arrive en retard. C’est quel jour ?! Son désarroi est palpable, presque trop douloureux à voir. Leslie ouvre la bouche pour parler, mais il ne la laisse pas faire. Pourquoi tu ne réponds pas ?!


Il fait un pas vers elle, et l’espace d’une seconde, elle voit son père tel qu’il était avant la maladie.


Fougueux, impatient.


Mais cette fois, il est perdu. Ses doigts se crispent sur son propre bras, son regard oscille entre le souvenir et le vide. Il perd pied.