



16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété
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Violence
Depuis plusieurs semaines, désormais, Sasha ne descendait plus aux cachots que pour les cours de Potions - et parfois pour trouver un raccourci la nuit dans le but de traîner à proximité des cuisines, lorsque la faim le poussait dans cette direction.
Mais la plupart du temps, il l'évitait : passer devant l'entrée des quartiers des Serpentards ne lui rappelait que des mauvais souvenirs dont il essayait vainement de se départir : les mauvaises nouvelles du dernier journal qu'il avait volé, et bien sûr Alison Carter qui n'avait plus donné de nouvelles. Il avait fini par comprendre qu'elle fréquentait déjà un autre garçon - certainement moins bestial que lui.
Aussi, lorsqu'il avait reçu une missive de Daryl Brooks l'invitant à un entretien dans sa salle de cours après le dîner, Sasha était descendu les mains dans les poches, en traînant presque les pieds, le regard morne braqué sur les longs couloirs et leurs torches lumineuses - dont certaines, pour la soirée, avaient étrangement été éteintes, plongeant les cachots dans une demi-obscurité qu'il aurait préféré affronter sous sa forme animale. Ses pensées étaient presque toutes tournées vers les issues possibles de l'entretien auquel on le conviait : était-ce pour mettre fin à son contrat chez OCQ ? Ou pour parler de ses notes ? Il n'osait croire que c'était parce qu'on lui annoncerait qu'il avait enfin le niveau pour rejoindre définitivement les sixième années : ses dernières fabrications n'avaient pas été catastrophiques, mais il atteignait péniblement la moyenne de ses camarades de cinquième années, parmi lesquelles certaines filles décrochaient avec aisance des Optimal sans qu'il comprît ce qu'elles pouvaient bien faire de différent de lui.
Toc, toc, toc.
Sasha s'éclaircit la gorge après avoir frappé à la porte. Un silence de plomb lui répondit, et il baissa les yeux vers le bas du panneau de bois, pour constater qu'aucune lumière ne semblait transparaître dans le jour qui séparait la porte du sol de pierre.
Se pouvait-il que monsieur Brooks eût oublié leur entrevue ?
Il fronça les sourcils, leva la main pour toquer de nouveau.
Son poing ne toucha jamais la porte une seconde fois : un cri avait retenti dans son dos et avant même qu'il n'en comprit le sens (Petrificus Totalus !) il sentit une douleur vive percuter sa nuque qui le paralysa tout entier : son corps soudain rigide heurta le montant de bois et il se vit tomber, raide, face contre terre, lui arrachant un gémissement de douleur. La pierre contre sa joue était glacée, et son champ de vision obscurcit par la proximité d'un mur à la pierre humide.
Voilà pourquoi les torches éteintes. Voilà pourquoi le silence de l'autre côté de la porte.
Même si aucun son ne pouvait sortir de sa gorge, il sentait son coeur tambouriner follement dans sa poitrine. Un instant, une vraie panique s'empara de Sasha : il était soudain sûr qu'il s'agissait des représailles des familles de ceux qu'il avait tué sur le champ de bataille. Etaient-ils venus avec les Inferis ? Allaient-ils le torturer avant de le tuer ? Sa respiration était devenue courte, gémissante, et soudain il sentit des cordes se resserrer autour de ses poignets et de ses pieds. Ses mains se retrouvèrent nouées dans son dos par un sort, et une multitude de pas légers se firent entendre, et l'entourèrent. L'instant suivant, il était tiré, toujours face contre terre, à ramasser la poussière de son corps que l'on traînait par terre. Des éclats de voix légers, comme des chuchotements catastrophés, flottaient au-dessus de lui. En Russe.
- Быстрее, быстрее! Это долго не продлится ! (Vite, vite, ça va pas durer longtemps !)
- Он слишком тяжёлый ! (Il est trop lourd !)
Des voix d'enfants. Dans le coeur de Sasha, la panique laissa peu à peu place à la colère. C'étaient ces putains de Serpentards. Ne lui avaient-ils pas assez fait de mal comme ça, cette maison maudite ? Il voulut rugir pour les couvrir d'insulte, mais seul un grondement sourd s'échappa de ses mâchoires serrées.
Il fallut encore quelques instants pour que le groupe d'élèves parvinssent à attirer Sasha à l'intérieur d'un vieux cachot désaffecté. Ils se dépêchèrent de refermer la porte derrière eux, puis d'allumer une torche : alors Sasha aperçut les vieilles tables d'écoliers repoussées contre les murs, et à côté, l'entourant comme une meute curieuse, la petite horde d'élèves - petits comme les lutins démoniaques des histoires de son enfance. Ils s'étaient tous affublés de masques colorés à l'effigie de créatures magiques qui avaient été utilisés pendant les spectacles du bal de fin d'année de Poudlard, mais Sasha savait parfaitement qu'il s'agissait des gamins de Serpentard : depuis l'épisode avec Anya, il y avait un groupe de jeunes russes qui n'avaient cessé de lui jeter des regards caustiques, de cracher sur son passage. Il les avait ignoré : on ne s'attaquait pas à des enfants qui ne vous arrivaient même pas à l'épaule. Mais il regretta instantanément de ne pas leur avoir donné une leçon plus tôt et d'être si facilement tombé dans le piège : encore une fois, il prit une inspiration pour les couvrir d'insultes - seuls des grognements sourds jaillirent de nouveau et ses muscles rigides refusaient de lui répondre.
- Когда заклинание исчезнет, он может освободиться от верёвок ! fit une voix féminine. (Quand y'aura plus le sortilège, il risque de se libérer des cordes !)
- Моё заклинание может держаться долго ! (Mon sortilège il peut tenir longtemps !)
L'un d'entre eux s'avança d'un pas pour répondre à celui qui avait fièrement clamé être l'auteur du Petrificus Totalus, que Sasha toisait de son mieux, quand bien même il était allongé par terre.
- Ты должен был целиться в спину, но по счастливой случайности попал в шею ! Ты не умеешь целиться, из-за тебя мы чуть всё не провалили ! (Tu devais viser le dos, ça a touché sa nuque par chance ! Tu sais pas viser, on a failli tout rater par ta faute !)
- Чушь! Я знал, что делаю ! (N'importe quoi, je savais ce que j'faisais !)
- Прекратите, идиоты ! Когда заклинание перестанет действовать, кто знает, сможет ли он атаковать без своей палочки ? Он для этого обучен. (Arrêtez, imbéciles ! Quand le sortilège ne fera plus effet, qui sait s'il ne peut pas attaquer sans sa baguette ? Il est entraîné pour ça.)
Oh que oui, voulut lui répondre Sasha, mais il ne put qu'émettre un regard menaçant, une nouvelle fois, en direction de la fille masquée par les traits colorés d'un hippogriffe. Mais il hésitait déjà à se transformer : s'il le faisait, il dévoilerait sa carte la plus précieuse à l'intégralité du château. En même temps, qui savait si Alison n'avait pas déjà trahi son secret ?
- Правда, дайте ему выпить зелье и заберите у него палочку. (C'est vrai, faites-lui boire la potion, et retirez-lui sa baguette.)
Les petites silhouettes s'agitèrent autour de lui, le plongeant dans une brève obscurité chaque fois qu'elles passaient devant la torche. L'endroit sentait la poussière, et tandis qu'un élève s'agenouillait près de lui, il en aperçut un autre qui décrochait d'une étagère de grosses chaînes en métal qui tintèrent bruyamment.
Quatre petites mains s'affairèrent sur son visage. On lui ouvrit la bouche, on lui pinça le nez. Quelque chose s'écoula dans sa gorge : une liquide visqueux et tiède, dont il sentait le picotement soudain. Avec volonté, il tâcha de ne pas déglutir pour ne rien avaler - mais cela impliquait de ne plus respirer. Il se retint longuement. Il entendit des exclamations rageuses, sa vue se brouilla. Quelqu'un lui donna un coup au visage, puis dans le ventre. Des cris. Ils se disputaient. Ils frappèrent encore. Les yeux clos, Sasha était dans un brouillard agrémenté de voiles lumineux intermittents. Puis l'obscurité totale quand quelqu'un se pencha sur lui, lui attrapa la tête des deux mains et la secoua, lui frappant le crâne contre la pierre - Sasha eut un hoquet de douleur, et le liquide s'immisça dans sa gorge.
Le monde devint flasque. Ses muscles se détendirent, ne provoquant qu'un soulagement bref : Sasha rouvrit les yeux. Il n'entendait plus correctement, mais il voyait que les élèves retiraient leurs masques. En dessous, il voyait leurs visages complètement déformés de sourires moqueurs. Là, de longs cheveux blonds, ici un petit brun coupé court qui tapait dans ses côtes devenues molles. Il avait beau avoir une perception altérée, la douleur était là quand même. Sasha sentait l'arrière de son crâne pulser et chaque coup de pied reçu dans les membres et le tronc étaient des pointes plus affolantes que véritablement douloureuses.
Le petit brun au sourire mauvais s'avança au-dessus de lui - ce devait être lui qui avait réussi à lui faire avaler la potion qu'il le rendait si impuissant : il avait l'air d'un chef de meute enorgueilli par la victoire que les autres encourageaient en levant le poing.
Le garçon avait sorti un pic de métal, et il en déposa la pointe sur le ventre de Sasha. Il en sentit la pointe froide à travers sa chemise, et les mots du garçon lui parvenaient déformés.
- Итак, сколько ты убил? Можешь ответить ? (Alors, combien t'en as tué ? Tu peux répondre ?)
- Что ты с ними сделал до этого ? Скажи нам, чтобы мы сделали с тобой то же самое ! clama un autre dont le visage s'allongeait d'une telle manière dans le champ de vision de Sasha qu'il semblait s'écouler impossiblement jusqu'au sol. (Tu leur as fait quoi, avant ! Dis-nous qu'on te fasse pareil !)
- Тебя болят эти шрамы ? А если я дотронусь ? (Elles te font mal, tes marques là ? Si je touche ?)
Le garçon exécuta un mouvement, et un autre gamin se pencha sur Sasha pour arracher les boutons de sa chemise en l'ouvrant de toutes ses forces. Le torse du Gryffondor fut dévoilé ; musculeux mais strié de cicatrices multiples et noires qui s'étiraient de sa ceinture jusqu'à son coeur. Le garçon au pic de métal gratta l'une d'entre elles, mais Sasha ne sentait plus la souffrance : son supplice était la peur panique qui l'avait envahi. Ces gosses iraient-ils jusqu'à le tuer ? En étaient-ils capables ? Tout semblait possible maintenant qu'il était leur merci, incapable de se défendre. Il peinait à croire qu'il marchait tranquillement, serein dans les couloirs de Poudlard, à peine quelques minutes auparavant, et qu'il trouvait là brutalement sa fin aux mains de quelques gosses vengeurs et inconscients de ce qu'ils étaient en train de faire. Il ne voyait pas les quelques autres élèves qui, eux, effarés par la tournure de la situation, s'étaient éloignés de la scène, engourdis par l'effroi, toujours masqués des têtes d'hippogriffes, de niffleurs ou de trolls.
Et comme Sasha ne réagissait pas aux questions et provocations du garçon brun qui le dominait, ce dernier perdit son sourire et se mit à grimacer de rage. Alors, il enfonça lentement le pic au niveau de l'estomac de Sasha, qui sentit la compression douloureuse et invasive lui couper le souffle.
- Сделай с ним то же, что они сделали с моим отцом, criait l'un. (Fais-lui pareil qu'ils ont fait à mon père.)
- И посмотри на это ! cria un autre qui décocha un coup de pied dans la joue de l'ukrainien. (Et regarde ça !)