Harry Potter RPG
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Qui est le suivant ? Salle principale, près d'une fenêtre, samedi 24 février 2125

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L'Inconnu

Non binaire

125 ans

Inconnu

Britannique

Avatar de Carrie

Administration

Gardien des Origines

Message publié le 02/03/2025 à 21:16

RP Libre, ouvert à 2 autres personnages maximum

 

L’air est froid, mordant, chargé d’humidité et de silence. L’hiver s’accroche aux façades du Pré-au-Lard, s’insinue dans les pavés, transforme les pas en échos étouffés. Il n’y a pas grand monde dehors. Il n’y a pas grand monde dedans non plus, pas encore.

Elle pousse la porte.

La chaleur du pub l’accueille d’un coup, contraste violent avec la morsure du dehors. Une odeur de bois brûlé flotte dans l’air, mêlée à celle du cidre chaud et de la poussière. Les Trois Balais respire à son propre rythme, lent, régulier, comme un corps endormi. Quelques regards s’élèvent, machinalement. Des habitués, des visages fatigués par la journée, des inconnus à demi noyés dans leurs pensées. Personne ne la fixe vraiment. Erika est une silhouette parmi d’autres. Une présence banale dans un lieu où tout le monde finit par se ressembler. Je marche, mes pas sont mesurés, précis. Pas trop rapides, pas trop lents. Juste assez sûrs pour qu’elle ait l’air d’avoir toujours su où elle allait. Son manteau tombe sur ses épaules avec fluidité. Une cascade de tissu sombre qui souligne la lumière de ses cheveux.

Erika est blonde.

Ses cheveux glissent le long de son visage en mèches disciplinées. Son regard accroche la pièce sans s’y attarder. Ses traits sont doux, délicats. Elle n’a rien d’exceptionnel, mais elle attire juste assez. Une présence subtile, à la lisière du regard des autres. Suffisamment visible pour exister. Pas assez marquante pour être retenue. Je choisis une table près de la fenêtre. Une place qui donne à la fois sur l’extérieur et sur l’intérieur. Je peux voir la rue déserte, observer les passants qui passent trop vite pour s’attarder sur les visages. À l’intérieur, les conversations se superposent en murmures indistincts. Quelques rires, des verres qui s’entrechoquent.

Je m’assois.

Le bois est rugueux sous mes doigts. Usé. Creusé par le passage des années. Par les gestes répétés de ceux qui se sont installés ici avant moi. Avant elle.

J’ôte mes gants, lentement.

Un doigt après l’autre.

Le tissu glisse contre ma peau. Contre sa peau.

Ce n’est qu’un corps. Une enveloppe qui bouge, qui respire, qui s’anime selon mes envies. Mais parfois, parfois, c’est troublant. De la voir si nette dans le reflet du verre, de la sentir exister autour de moi. 

Elle ne devrait plus être là.

Et pourtant, elle l’est.

Un mouvement sur le côté. Quelqu’un s’approche. Attend. Un service comme un autre auquel on réponds. Je ne relève pas les yeux. Il n’y a pas besoin. Erika sourit peut-être. C’est un geste instinctif, ancré dans la mémoire de son corps. Une habitude d’humaine. Je respirer. Les bruits du pub se diluent en arrière-plan. Une chaise qui racle le sol. Une porte qui s’ouvre puis se referme. Le crépitement du feu, la respiration calme du lieu. Dans le miroir de la vitre, une femme me regarde. Blonde. Élancée. Son regard est calme, posé, presque serein. C'est moi, censé être moi, c'était elle. Celle qui est partie en premier, il y a des années.

Erika.

Je l’observe un instant. Une fraction de seconde qui s’étire dans le temps. Puis je baisse les yeux.

                                   TAP.

Un battement léger du bout du doigt sur le bois. Je ne m’en rends compte qu’après coup. Un bruit infime, insignifiant. Presque un appel. Je reprends la tasse devant moi. La chaleur diffuse s’attarde contre ma paume. Une gorgée, lentement.

Tout est normal.

Tout va bien.

C’est ce que l’illusion doit montrer, en tout cas.

Mais le silence s’étire, s’installe autour de moi. Il n’a pas de poids, pas encore, mais je le sens. Comme une tension dans l’air, un espace qui attend d’être comblé.

Il n’y a rien d’autre à faire, ici. Juste attendre.

Et peut-être choisir le prochain.

Alice Harding

Femme

22 ans

Sang-mêlé

Américaine

Avatar de Deb

Modération

Inconscient de Service

Message publié le 05/03/2025 à 11:08

L’air est glacé, collant, un souffle humide qui s’accroche aux pavés et aux manteaux. Pré-au-Lard s’endort lentement, sa lumière tamisée par la brume d’hiver, les passants se faisant rares. Quelques silhouettes pressées, des visages enfoncés dans leurs écharpes. Rien de notable. À part lui. Alice le sent avant même de le voir. Une présence insistante, un poids invisible dans son dos, le genre d’ombre qui s’accroche aux coins de rue et aux reflets des vitrines. Le type traîne dans les rayons de Zonko depuis près d’une heure. À croire qu’il hésite entre acheter un truc ou juste respirer l’air du magasin pour passer le temps. Sauf qu’il a fini par sortir au même moment qu’elle, et c’est là que ça devient un problème.
 

Elle aurait pu transplaner. Elle aurait pu faire demi-tour. Mais Alice n’aime pas fuir. Elle préfère trouver une sortie élégante, maîtrisée, où elle garde le contrôle. Alors, elle marche. Le froid mord son visage, son souffle s’éparpille dans l’air, mais elle ne presse pas le pas. Ne pas montrer qu’elle l’a remarqué. Ne pas donner prise. Les Trois-Balais apparaissent comme une évidence. Chaleur, bruits, monde. Une barrière parfaite entre elle et l’intrus qui lui colle aux talons. Alice pousse la porte sans hésitation. L’odeur de cidre chaud et de bois brûlé l’enveloppe immédiatement, en même temps que le grondement diffus des conversations. Ne pas se retourner. Repérer une issue. Une porte, une allée, une distraction.


Son regard accroche une silhouette blonde, assise près de la fenêtre. Seule. Calme. Une présence qui attire l’œil juste assez, sans être trop marquante. Une ancre dans l’instant. Parfait. Alice s’avance, fluide, décidée. Son manteau glisse sur ses épaules en quelques gestes rapides alors qu’elle atteint la table. Pas le temps d’hésiter. Une demi-seconde, un battement de paupières. Elle tire la chaise et s’assoit face à la femme inconnue, sans lui laisser le temps de réagir. Elle sourit. Un sourire assez naturel pour être crédible, mais assez tendu pour être vrai.
 

- Désolée du retard, balance-t-elle à voix basse, comme si la discussion était déjà entamée.
 

Une illusion. Un mirage social. Jouer avec la perception des autres, elle sait faire. Alice pose son coude sur la table, son regard se verrouille brièvement sur celui de son interlocutrice avant de dévier derrière elle, juste assez pour apercevoir le type qui s’est arrêté près du comptoir. Il hésite. Attend. Elle le sent. Une gorgée. Un silence. Alice se penche légèrement en avant, l’air faussement complice.


- Je vais avoir besoin que tu joues le jeu au moins jusqu'à ce que ce mec se tire.
 

Une lueur d’amusement traverse ses yeux sans effacer la tension dans sa mâchoire. Elle attend. Juste assez sûre d’elle pour que ça paraisse normal. Juste assez tendue pour que ça intrigue.

Serena Hallway

Femme

38 ans

Sang-mêlé

Britannique

Inconscient de Service

Message publié le 05/03/2025 à 12:58

Ce soir, c'est Trois Balais.

Après avoir passé trois jours à manger des pâtes accommodées sous toutes leurs formes, j'en ai eu marre et me suis dit que j'allais reprendre mes bonnes vieilles habitudes : manger à l'extérieur. La cuisine et moi étant une grande histoire d'inimitié (sauf quand ça concerne les pâtes), je ne tente même plus de varier moi-même mes plats et préfère chercher un petit restaurant ou taverne où me sustenter. Evidemment, ça occupe une bonne part de mon budget et je songe parfois que je ne pourrai pas continuer comme ça bien longtemps. Et puis les affaires continuent de fleurir alors je n'y pense plus. Vivant un peu au jour le jour.

 

J'ai songé que cela faisait très longtemps que je ne suis pas venue aux Trois Balais. Lorsque j'étais étudiante, j'y venais souvent, durant les sorties autorisées à Pré-au-lard. C'était un peu le lieu de rencontre et de retrouvailles.

Mais depuis que j'ai quitté Poudlard et me suis installée sur le Chemin de Traverse, Pré-au-lard n'est qu'une destination occasionnelle -et les occasions sont rares.

J'ai donc décidé de provoquer le destin et les opportunités. Et j'ai transplané.

 

Me voilà donc, installée à une table, devant une part de tarte à la mélasse. Un bon petit dessert pour faire passer le burger de steak de dragon.

J'aime l'ambiance des Trois Balais. Le côté auberge conviviale. Les discussions qui se mêlent, les rires, parfois, qui fusent.

Un peu fatiguée de ma journée et l'estomac déjà bien rempli, je laisse mon regard vaguer. Survoler la salle. J'observe la gérante et le serveur qui font les allers retours, entre les tables et la cuisine.

Tout à coup, bruit de porte qui s'ouvre, un mouvement que je n'avais pas entendu depuis plusieurs minutes. Je remarque donc une jeune femme entrer, seule. Elle n'hésite pas bien longtemps et rejoint une autre femme comme si elles s'étaient donné rendez-vous. J'aurais juré qu'elle était là avant moi. Elle aurait donc attendu sa partenaire de table depuis plus de quarante-cinq minutes ? Un peu absurde, mais soit... Personnellement, je serais partie bien plus tôt face à tant de retard.

 

Il ne s'écoule pas cinq secondes avant que le bruit de la porte qui s'ouvre ne retentisse de nouveau. Cette fois-ci, c'est un homme qui entre. Son regard se perd, il semble chercher quelque chose -ou quelqu'un. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que son regard est mauvais.

Il se dirige vers le comptoir, où il est accueilli par le serveur. 

Je ne bouge pas.

Mon regard va de l'homme au comptoir à la jeune femme qui a pris place à une table près de la fenêtre. Bizarrement, l'homme aussi paraît la regarder. Ils se connaissent ? 

Un instant en suspend.

Autour de moi, les conversations n'ont pas tari. Elles continuent, comme un flot inarrêtable. Personne ne semble avoir réellement fait attention aux nouveaux venus.

Du bout de ma cuillère, je coupe une nouvelle part de tarte que je mâche lentement.

C'est quand même bizarre, tout ça. Mais l'instinct ne suffit pas à justifier une intervention. Alors je reste tranquille, ne pouvant m'empêcher de regarder, de loin, les deux femmes près de la fenêtre. Si ça tourne mal, peut-être que je me lèverai. 

Maître du Jeu

Message publié le 08/03/2025 à 19:58

Sur quelle obsession partez-vous pour les mots de cette histoire ?

C’est un esprit qui brûle et qui déraille. Qui observe, qui prend le temps de comprendre ce qu’il veut. Il y a des gens ici, mais il ne sait pas encore. Après le compte à rebours, combien de chances sur six, aurez-vous pour -ne pas- vous en sortir ?

Deux d’entre elles le laisseront indécis. C’est toujours comme ça avec le trois et le cinq. Il relancera plus tard dans la soirée… sauf si vous partez avant.

L’une d’elles sera pour la plus jeune, l’autre pour la plus âgée. Mais lequel du deux ou du six est pour Serena ? Lequel est pour Alice ?

Ou alors, ce seraient les deux ? Ou alors… qu’est-ce que c’est que ça encore ? Le un et le quatre. Qui représente la double obsession ? Qui est le rebondissement hasardeux ?

Vous le saurez bientôt. 

Il arrive.

Maître du Jeu

Message publié le 08/03/2025 à 19:58

Les dés sont jetés ! Voici les résultats :

Dés à 6 faces

  • 2
L'Inconnu

Non binaire

125 ans

Inconnu

Britannique

Avatar de Carrie

Administration

Gardien des Origines

Message publié le 18/04/2025 à 04:25

Ce message fait l'objet d'un avertissement de contenu :

Pensées dérangeantes

Erika ne bouge pas.

Le bois sous nos doigts est tiède. Sa main reste en suspens, l’ongle accroché au vernis comme si c'était une peau. Elle a entendu la chaise, la voix. Elle a compris les mots. Mais tout ça flotte un peu, comme dans l’eau trouble. Comme si les choses arrivent en décalé. Comme si elles ne sont pas tout à fait réelles.

L’autre en face s’excuse.

Comme si ça voulait dire quelque chose !

Comme si ça pouvait suffire.

Je lève les yeux.

Ses prunelles s’arrêtent sur la nouvelle venue. L’image met quelques secondes à s’imprimer, à devenir cohérente pour moi

C’est elle. C’est bien elle. C’est cette bouche. Ces yeux. Sa manière de se tenir. 

C’est tout ce qu’on peut retenir.

Je pourrais l’aimer, elle aussi.

Si elle voulait bien se taire. Si elle arrêtait de trembler de la face.

Si elle me laissait l’enlacer. Juste un peu. Juste assez pour que je puisse la comprendre. L’écouter de l’intérieur.

Mais elle est comme les autres. Pas vraie. Pas entière.

Pile à l’heure.

Erika prononce les mots sans y penser, sans les choisir. Ils coulent hors de sa bouche comme une chanson oubliée. Elle les regarde tomber entre elles deux. Un murmure. 

Sa voix est jolie. On dirait un fil de soie autour de mon cou. Si je tirais dessus, doucement… est-ce que ça ferait un bruit délicieux ? Non. Pas tout de suite. Juste un craquement discret. Comme une coquille vide qu’on écrase.

Je détourne vaguement la tête, mes yeux glissent sur les autres. Elle aussi, elle est belle. La brune qui regarde.

 

Puis Erika observe la fille à notre table. Il y a une peur là, quelque part. Un doute. Et je le sens comme une chaleur dans ma poitrine.

L’angoisse de l’inconnu au comptoir. Pas de moi, on le devine. Ce n’est pas pareil. Et ce n’est pas encore suffisant.

 

Mais ça viendra. La peur, c’est comme un parfum. Il faut le laisser se poser sur la peau. Le laisser s’infiltrer. Et après, il ne part plus.

Pourquoi tu le fuis ? Je souris. Doucement.

Erika veut comprendre. Les gens veulent toujours comprendre. Comme si comprendre rendait les choses moins vraies. Moins tranchantes.

Mais ce n’est pas une question de pourquoi. C’est une question de mimétisme. 

Elle penche légèrement la tête. Il est là pour toi, à ton avis ?

Maintenant, c’est l’heure d’un silence. Celui qui vient après. Celui qui reste.

Mes yeux glissent vers le miroir, puis reviennent. Je ne regarde pas vraiment celle en face. Je la respire. Je m’enivre. Chaque mot, chaque geste qu’elle peut faire.

Si je lui ouvrais le crâne, tout doucement, est-ce que je trouverais la peur là-dedans ? Est-ce qu’elle a une forme, la peur ? Une couleur ? Une texture ?

Je pourrais y plonger les doigts. Les plonger et y goûter. Comme un bonbon fondu.

Mais je ne bouge pas. Erika reste là. Immobile.

Parce qu’il faut attendre. Parce que c’est encore trop tôt.

Et dans un coin de ma tête, très doucement, quelque chose tape.

BAM

BAM

BAM

Erika est encore là.

Mais pas pour longtemps.

Alice Harding

Femme

22 ans

Sang-mêlé

Américaine

Avatar de Deb

Modération

Inconscient de Service

Message publié le 31/05/2025 à 16:38

La femme joue le jeu immédiatement, sans même donner l'impression d'être désarçonnée par la situation. Il faut dire qu'entre femmes, on est habitué à ce genre d'interactions. Autant dans les énormes villes grouillantes de ce monde que dans les villages les plus reculés comme celui-ci. Le code est connu et reconnu entre toutes. Les questions, chuchotées par-dessus la table, font lever les yeux au ciel à Alice.

 

- L'mec me suit depuis mon lieu de travail, t'imagine ? Elle répond sur le même ton. J'ai pas osé rentrer chez moi pour pas qu'il sache où j'vis. Il va bien finir par s'lasser. T'attendais quelqu'un ?

 

D'un regard, elle prétend chercher un membre du personnel pour passer commande, mais check en vérité le mec, toujours accoudé au comptoir. Lorsqu'elle reporte son attention sur l'inconnue, c'est pour secouer la tête.

 

- Je rêve, il bouge pas. J'm'appelle Alice au fait, elle annonce avec un sourire détendu malgré la situation.

Dans un lieu comme les Trois-Balais, il peut pas lui arriver grand chose. Au pire, elle rentrera par le réseau de cheminette, ça lui évitera d'avoir à quitter seule le bar. Elle retrousse ses manches, pose ses coudes sur la table et son menton dans ses mains.

 

- J'te paye un verre pour me faire pardonner l'dérangement hein. Tu bois quoi ?

Alice est plutôt douée pour lire les gens, habituellement, mais la femme qu'elle a face à elle ne laisse pas déborder grand chose. Difficile même de lui donner un âge. Mais elle a joué le jeu, alors c'est forcément une personne bien. De nouveau, Alice tourne la tête, cette fois pour véritablement chercher un membre du personnel. Elle croise le regard d'une brune qui semble l'observer de loin, et lui adresse un sourire un peu gêné.

- J'espère que faut pas commander au comptoir ce soir, elle déclare finalement en se mordant la lèvre.

L'Inconnu

Non binaire

125 ans

Inconnu

Britannique

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Administration

Gardien des Origines

Message publié le 16/08/2025 à 03:05

Ce message fait l'objet d'un avertissement de contenu :

Pensées dérangeantes

Elle parle.

Elle parle vite, comme si les mots lui brûlaient la bouche. Ça déborde, ça glisse, ça cherche à remplir l’espace, à camoufler ce qui tremble à l’intérieur. On joue, oui. Immédiatement. Sans hésiter.

 

Les mains d'Erika sont posées sur la table, immobiles, les doigts entrelacés comme ceux d’une statue. Le vernis craque sous l’ongle. C’est discret, mais je le sens.

Elle entend, bien sûr. Chaque mot. Chaque inflexion. Ce ton faussement léger qu’on prend quand on sait qu’on est peut-être en train de crever un abcès. Ou d’en creuser un autre. Ou de creuser un trou. 

 

Je reste là. Je regarde.

Elle me donne un prénom. Alice. Et c'est délicieux. 

Je le répète sans le dire. Juste à l’intérieur. Il résonne, cogne contre les parois molles de mon crâne. 

Elle a les gestes qui rassurent, les mimiques de celles qui savent survivre. Retrousser les manches. S’adosser comme si elle était chez elle. Offrir un verre, comme on tend une main pour montrer qu’on n’a pas d’arme.

 

C’est joli. C’est humain.

Mais Erika ne répond pas.

Elle la fixe à peine. C’est un regard de travers, flou, glissant comme un poisson mort. Pas de colère. Pas de peur. Juste ce petit flottement, ce vide derrière les yeux.

Je suis là, juste derrière. Et je souris.

C’est fascinant, ça. Cette manière qu’elle a de se comporter comme si rien ne pouvait l’atteindre. Comme si elle avait le contrôle. Comme si sa politesse allait suffire à éteindre l’incendie.

Mais le feu est déjà là.

Tu le sens, Alice ? Tu sens la chaleur ? Elle est toute proche. Elle rampe. Elle s’insinue sous ta peau, entre les mots que tu choisis.

T’as peur. Pas de moi. Pas encore.

Mais de lui. Le type accoudé. L’inconnu. Celui qu’on peut pointer du doigt. Le coupable tout trouvé. Le parfait bouclier. 

       Erika baisse les yeux. Ses cils frôlent la lumière. Sa bouche s’entrouvre à peine. La même chose que toi. Même si je ne bois pas. 

C’est dit comme une vérité ancienne. Une chose apprise, répétée, machinale. Ça tombe entre elles deux comme une pierre dans l’eau.

Puis elle relève lentement la tête. Ses yeux croisent ceux d’Alice. Un peu trop longtemps. Un peu trop lentement.

Alice a bon cœur. Ça se voit. Elle sourit même à des inconnues trop calmes. Elle paie des verres à des femmes sans nom. Elle s’inquiète, elle joue le jeu. Elle est exactement comme elle était.

          Tellement bonne à aimer.

Tellement prête.

 

J’observe son sourire, sa gorge, le creux sous son menton. Je note la manière dont elle bouge, comment elle se mord la lèvre en regardant autour. C’est un langage aussi. Un corps qui parle.

Le miroir me renvoie son image, à elle. À Erika. Mais ce n’est plus Erika que je vois. C’est un flou. Une forme. Une transition.

                                                  Juste Là

Un battement sous la table. Mon genou contre le bois. Involontaire ? Non. Jamais.

Je me penche très légèrement. Erika incline la tête, comme une poupée qu’on bascule. Ses cheveux tombent en rideau pâle sur son visage. Il ne va pas s’en aller. La voix est basse. Froide. Détachée. Tu veux que j'y aille ? Un murmure glissé dans l’espace comme une aiguille sous l’ongle.

Elle ne regarde pas Alice. Elle regarde le vide entre elles. Là où leurs respirations se croisent. Là où la tension flotte, suspendue.

C’est là que ça naît, toujours. Ce moment. Cette fracture.

Commander je veux dire. 

Alice Harding

Femme

22 ans

Sang-mêlé

Américaine

Avatar de Deb

Modération

Inconscient de Service

Message publié le 19/08/2025 à 15:25

Alice n’est pas du genre à faire dans le détail - mais là, quand même, elle penche légèrement la tête, intriguée. Même chose que toi. Même si je ne bois pas. C’est… une drôle de manière de répondre. Un peu cryptique. Un peu flottant. Est-ce qu'elle veut dire qu'elle boit pas d'alcool ? Qu'elle a pas soif ? Qu'elle préférerait un sandwich ? Alice fronce les sourcils, cherche à raccorder les morceaux.
 

- Tu bois pas, genre tu veux pas d'alcool ou tu bois pas genre t'as pas soif ? J'peux te payer un truc à manger si tu préfères.
 

Elle le dit en souriant. Tente la complicité, comme d’habitude. Avec ce demi-ton goguenard, celui qu’elle sort aux clients qui hésitent trop longtemps devant une étagère ou aux gamins qui jouent à se défier devant les bombabouses. Sauf qu’ici, ça mord pas. L’autre reste calme. Lisse. Presque figée. Alors Alice redirige l’attention ailleurs, prend la perche tendue. Tu veux que j’y aille ? Ça, c’est concret. Elle préfère s'accrocher à ça.
 

- En vrai, j’dis pas non. Il va sûrement pas venir t'emmerder vu comment il m'fixe. Seulement si ça t’dérange pas hein. Attends.
 

Elle fouille sa poche pour en tirer une bourse, qu'elle fait glisser en direction de la jeune femme.

- Prends c'que tu veux ok ? Moi j'vais partir sur une Bièraubeurre. Merci hein !

Alice se redresse un peu, croise les bras sur la table, pose un coude, l’autre. Son regard glisse vers le comptoir, suit l'inconnue qui semble se déplacer en dehors du temps. Elle s'est pas présenté, elle réalise soudain. Le type, en tous cas, a pas l'air de vraiment la calculer. Il décroche pas son regard de la table où elle se trouve. Alice se détourne, prétextant un intérêt soudain pour le feu ronflant dans l'une des immenses cheminées. Au retour de l'autre femme, Alice lui adresse un sourire avant de rabattre une mèche derrière son oreille.
 

- Merci, elle répète. J'sais toujours pas comment tu t'appelles au fait, elle énonce.  T'as trouvé ton bonheur ? Elle demande, l’air de rien. 

La question est banale, posée sur le ton de la conversation. Il y a un décalage flagrant entre elles. Quelque chose de presque tangible, à mesure que s'égrènent les secondes. Mais les gens sont comme ça. Différents. Ça n'a jamasi dérangé Alice, et ça ne va pas commencer maintenant.