Homme
56 ans
Sang-mêlé
Britannique
Modération
Identité
-
- Diplômé·e
- Surnoms : Aldi
- Nationalité : Britannique
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 23/11/2025 à 14:33
L’Allée des Embrumes a cette façon bien particulière de vous faire regretter chaque pas. À peine transplané, Aldebert se demande déjà pourquoi il a dit oui. Pourquoi il a accepté le parchemin griffonné qu’on lui avait glissé entre les doigts à Sainte-Mangouste, entre deux tests et une potion infecte. Pourquoi il est là, un dimanche matin, alors qu’il aurait pu rester chez lui à observer Jupiter, à boire du thé et à ignorer volontairement toute cette foutue situation. Il resserre son manteau contre lui, traverse l’allée poisseuse, darde un regard mauvais à un type louche qui tente de lui proposer une fiole violette pulsante.
Le lieu de la réunion est indiqué par un écriteau misérable où l’encre dégouline encore. Le Crapaud Oblique. Charmant. Une luciole mourante pourrait rivaliser en éclat avec cette enseigne. Aldebert pousse la porte. Une bouffée de chaleur moite le frappe immédiatement. Ça pue la vieille sueur, le chou fermenté, le désespoir. C’est bondé de silhouettes tassées autour de tables bancales. La plupart ont l’air… eh bien… pas au mieux de leur forme. Doigts tremblants, yeux cernés, gestes nerveux. Certains ont posé leur baguette sur la table comme si elle les mordait. La Synchrolyse dans toute sa splendeur.
Un sorcier à la barbe en touffes - littéralement des touffes, comme des buissons mal peignés - lui adresse un signe enthousiaste :
- Ah ! Nouveau, hein ? Bienvenue au Cercle d’Harmonisation ! Installe-toi, mon garçon !
Mon garçon. Aldebert a cinquante-six ans. Il hésite à faire demi-tour, mais une sorcière au chapeau bourdonnant - oui, le chapeau bourdonne vraiment - le pousse gentiment vers une chaise vide.
- On commence juste, lui dit-elle en tapotant son bras comme à un patient en fin de vie.
Aldebert tente un sourire crispé. Il sort ses mains de ses poches et joint ses doigts sur la table, ses sourcils broussailleux froncés. Le barbu en touffes s’éclaircit la gorge.
- Aujourd’hui, partage d’expériences et tests de solutions alternatives ! La magie institutionnelle ne veut pas nous entendre, nous, les véritables synchronisés ! Alors nous, on s’entraide !
Un marmonnement collectif traverse la salle. L’un des types hochant la tête renverse sa propre chope en le faisant. Personne ne s’en formalise. Avant qu’Aldebert ne puisse décliner, la sorcière au chapeau bourdonnant se lance :
- Moi, j’ai essayé la décoction de foie de manticore. Trois gouttes par jour ! Ça a totalement éliminé mes tremblements ! Elle soulève sa main. Elle tremble tel un séisme de niveau huit sur l'échelle de Richter. Enfin… la plupart du temps.
Le barbu applaudit.
- Excellent ! Excellent ! Et hier, Gordon nous a montré sa méthode révolutionnaire pour stabiliser l’impulsion magique. Gordon ?
Gordon, un homme aux pupilles dilatées comme des soucoupes, se lève et sort un sachet.
- C’est simple. Je mets du limonium sous ma langue. Ça picote, mais après ça, mes sortilèges sont BEAU-COUP plus réguliers. Ses doigts saisissent sa baguette, et à peine l'a t-il effleuré qu'un verre explose… Enfin, il faut trouver la bonne dose.
Aldebert pousse un long, long soupir intérieur. Il ne devrait pas être là. Aucun univers parallèle n’aurait dû le mener ici. Il se masse l’arête du nez, retient un grognement et regarde autour de lui. Ils sont tous… perdus. Cherchant une solution dans des conneries plus dangereuses les unes que les autres. Prêts à acheter n’importe quelle poudre instable ou rituel douteux. Une main se lève soudain.
- Et toi, le nouveau ? Un plan ?
Aldebert les fixe. Tous. Certains pleins d’espoir. Certains déjà trop loin pour revenir en arrière. Et lui au milieu, la gorge un peu serrée, surpris par le tableau misérable que la maladie peint. Il se racle la gorge.
- Oui. Mon plan c'est… d’éviter absolument tout ce que vous venez de dire. Un silence. Les décoctions dangereuses, les poudres illégales, les limoniums sous la langue… tout ça. Je déconseille formellement. Quelques hochements perplexes. Une sorcière murmure : il doit être dans le déni profond. Aldebert poursuit : J’ai un médicomage compétent qui me suit, et même une infirmière. Je prends mon traitement pour ralentir l'avancée de la maladie. C'est pas comme si on pouvait l'éradiquer.
Le barbu en touffes tente de sauver l’ambiance.
- Bien sûr que si, ils n'ont simplement pas les couilles d'expérimenter pour nous tirer d'là !
- Peut-être. Mais voyez moi, mes couilles, j'ai envie d'les garder, rétorque Aldebert.
Il se lève brusquement. Sa chaise grince. Une crampe lui traverse la main et il serre les dents, mais il avance quand même vers la sortie.
- Bon. Merci. Vraiment. Mais… non. C’est pas pour moi. Bonne chance à vous.
On lui lance un dépliant. Il l’attrape malgré lui. Reconnecte ton Flux ! Atelier de chant lunaire tous les jeudis ! Il brûlera ça plus tard. Dans la rue, il inspire profondément l’air moite et poussiéreux de l’Allée, lève les yeux vers une bande de ciel maigre entre deux bâtiments tordus. Une lueur pâle y flotte : un morceau de lune. Il pince les lèvres, puis transplane. Direction : n’importe où, tant que ce n’est pas ici.