Femme
11 ans
Sang-mêlé
Ukrainienne
Modération
Identité
-
- Première année
- Surnoms : Kalinka
- Nationalité : Ukrainienne
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 07/01/2026 à 15:11
Les rues de Londres étaient effrayantes : au-delà des nombreux véhicules et du bruit constant, il y avait les immeubles qui vous écrasaient de leur hauteur comme des falaises insurmontables, l'air suffocant des pots d'échappement, et ces passages piétons bondés parmi lesquels Kalina devait essayer de se frayer un chemin - ou plutôt, réussir à suivre dans le sillon que son grand-frère traçait pour eux deux, avec ses épaules carrés et sa main qui tenait celle de sa petite soeur à presque lui en écraser les phalanges.
- Harazd, ya ne zablukayu, avait-elle dit quand ils étaient arrivés par une cheminée d'un commerce voisin qui reliait Pré-au-Lard à la capitale. (Ca va, je vais pas me perdre.)
Mais maintenant qu'ils cheminaient dans la capitale, elle ne bronchait plus. Mieux valait avoir un peu mal à la main que de se retrouver perdue au milieu de cette jungle urbaine.
- My mayzhe na mistsi, dit Sasha pour l'encourager. (On y est presque.)
Kalina ne répondit rien. Ses petites chaussures lui faisaient mal aux pieds. Elle avait l'impression d'avoir marché des kilomètres pour qu'ils pussent se signaler à l'Ambassade d'Ukraine à Londres - Sasha devait signer des papiers auxquels elle ne saisissait guère grand-chose - et désormais ils prenaient la direction du Chemin de Travers (ou quelque chose comme ça).
Lorsqu'ils déboulèrent dans un petit café à l'apparence morne, en apparence à peine fréquenté, elle put enfin avoir l'impression de respirer. Elle s'arrêta devant un grand panneau où elle reconnaissait les mots anglais suivants : Hot Chocolate.
- Sasha, chy nam varto... (Sasha, est-ce qu'on...)
- U nas nemaye chasu, Kalina, trancha-t-il comme s'il avait lu dans ses pensées sans même avoir aperçu son regard. (On n'a pas le temps, Kalina.)
La petite fille se renfrogna, ses lèvres fines s'avachissant en une moue boudeuse. Ils avaient littéralement tout le week-end. De quoi parlait-il à la fin ? Sasha était toujours pressé de lui faire regagner la salle commune des Gryffondors, voire son dortoir, sans qu'elle comprît pourquoi. Quand elle posait des questions, il débitait invariablement les mêmes propos concernant des dangers invisibles ou des gens qu'il ne fallait pas fréquenter. Mais ne l'avait-on pas envoyée à Poudlard justement parce qu'elle était censée y être en sécurité ?
Et pouf, voilà qu'ils étaient de nouveau dans une rue. Les passants étaient moins nombreux, mais bien plus visiblement sorciers : ils assumaient leurs capes et certains usaient même de sortilèges permanents comme cette femme qui avait un parapluie magique au-dessus de sa coiffure élaborée. Mais Kalina arrondit bientôt sa bouche en un O de surprise.
- Woha ! Ya nikoly ne bachyv stilʹky kramnytsʹ charivnykiv ! (Woha ! J'ai jamais vu autant de magasins sorciers !)
Sasha ne répondit rien. Il l'emmenait un peu plus loin, tirant Kalina qui marchait en crabe pour ne rien perdre des vitrines devant lesquelles ils passaient. Elle ne se fatigua pas à demander s'il pouvait entrer dans cette boutique d'animaux magiques ni ce magasin de matériel de potions : la réponse serait non. A la place, elle engloutissait de ses yeux grands ouverts les possibilités folles que la rue offrait, indifférente à la pluie légère qui humidifiait ses cheveux noirs ramenés en une queue de cheval maladroite - c'était son frère qui lui faisait et elle était toujours un peu de travers, ou bien ses cheveux n'étaient pas bien lissés, bref, il n'avait pas la fibre esthétique mais Kalina s'en fichait.
- My ydemo tudy, annonça Sasha, et Kalina le suivit par une porte étroite. (On va là.)
A l'intérieur, ils furent accueillis par des rangées de boites qui montaient jusqu'au plafond, des bougies chaudes réchauffant l'atmosphère flottant ici et là. Les clients étaient plutôt rares : une vieille dame consultait les articles d'entretien de baguette en marmonnant dans sa barbe - qu'elle avait fine comme un duvet mais piquante comme un cactus, tel que le savait bien le petit-fils qui bénéficierait du cadeau qu'elle souhaitait acheter et qui tolèrerait le gros bisou qui accompagnerait l'offrande - ainsi qu'un homme d'une cinquantaine d'années qui échangeait avec une personne au comptoir au sujet de la rigidité de sa baguette, qui perdait en vigueur au fil des années malgré ses astications minutieuses.
En moins de temps qu'il n'en fallait pour dire ouf, Kalina sentit la main de son frère dans son dos qui la poussait vers le comptoir, à côté du monsieur, pour qu'elle put s'adresser à l'autre personne qui travaillait ici : une femme à l'air sévère qui se tenait près d'un bouquet de lys.
- Davay, rozmovlyay z neyu anhliysʹkoyu, précisa Sasha. (Vas-y, adresse-toi à elle en anglais.)
Kalina lui adressa un regard en coin. Voilà un autre cheval de bataille de son grand-frère : il voulait qu'elle parlât elle-même aux adultes, alors que les autres auraient eu leurs parents pour s'occuper des tractations, il fallait qu'elle affrontât la double difficulté de sa timidité et de parler une langue étrangère. Elle souffla du nez, mais s'exécuta pourtant. Elle s'avança jusqu'au comptoir - son crâne chevelu dépassait à peine, et la dame de l'autre côté devrait sûrement se pencher pour apercevoir son front et ses prunelles volontaires.
- Je veux réparation de...
- Bonjour Madame, la reprit Sasha derrière elle.
- Ah, da. Bonjour Madame. Je veux réparation de la baguette, annonça Kalina avec un accent slave enfantin.
Elle sortit de l'intérieur de sa robe de sorcière une petite baguette d'un bois sombre, dont elle ne connaissait pas le bois. C'était une baguette ancienne, qui avait sûrement servi à plusieurs générations. Bien que de bonne qualité à l'origine, l'objet arborait désormais un gonflement qui lui donnait une apparence boursoufflée. De plus des traces blanches indiquaient un dépôt de sel qui n'avait pas été effacé par la main qui l'utilisait. Kalina la déposa à plat sur le comptoir de sa paume blanche - et glacée, aussi se dépêcha-t-elle ensuite d'ourler ses doigts près de sa bouche pour profiter d'une expiration chaude pour les réchauffer.
- En fait, on veut savoir le prix de la réparation, entendit-elle au-dessus de sa tête. Elle a pris l'eau.
Prendre l'eau ? Voilà une drôle de formule. Pour Kalina, la baguette n'avait pas fait que boire la tasse. Elle aurait sûrement dit que sa baguette avait nagé comme dans les compétitions officielles, les médailles en moins.