C'est le moment où Alaric se dit qu’il aura vraiment tout vu avec Leo. Leo l’imbécile, qui le prend de haut comme s’il était lui-même le dernier des idiots. Et ça lui tire un sourire amusé, à Alaric, parce que, quand même, on peut reprocher beaucoup de choses à son fils, mais il a un sacré culot ! Faut oser, et il ose ! Et ça, ça fait partie des pointes de fierté qu'il ressent pour son fils. Un peu comme le fait que, malgré tous les échecs qu'il essuie, il abandonne pas. Et puis, c'est un bon gars son gamin.
- J'dirai rien, j'suis une foutue tombe, Leo, qu'il lui répond avec le sourire qui arrive pas à partir.
Faut dire ce qui est, y'a peu de chance qu'il tienne sa langue dès que Summer sera là. Parce que ça va le démanger sévèrement. Peut-être qu'il enverra Leo chercher quelque chose à la supérette le temps de s'entretenir en tête-à-tête avec Summer, lui faire comprendre que, si vraiment elle tient à garder son jardin secret vis-à-vis de son vieux père elle ferait mieux d'éviter de tout balancer à son frère. Et lui faire comprendre surtout qu'elle sera toujours sa petite fille, et qu'il aura toujours à coeur de la protéger.
D'un simple sort, il s'assure que la casserole garde les pâtes bien au chaud. Il les rendra fantômes au dernier moment. Il retourne donc vers le salon, Leo sur les talons, pour se réinstaller dans son canapé, non sans s'être servi un nouveau verre de Pur-Feu au passage. D'un geste de la main, il fait léviter un dictionnaire devant les yeux de son fils.
- T'as qu'à chercher. Cocu. C'est avec un c. Et puis regarde mythomane tant que t'y es, qu'il lâche avec nonchalance avant de remettre le son de la télé.
C'est qu'il a un programme qu'il a bien l'intention de regarder. Le match de Quodpot opposant les Goules de Baltimore aux Eruptifs de Portland vient de commencer. Et même si les Eruptifs sont plus que favoris, les goules pourraient sans doute créer la surprise. Hors de question qu'il loupe ça.