Harry Potter RPG

[Terminé]
L'ombre dans ses yeux Musée, Godric's Hollow, dimanche 13 janvier 2126

Accueil En dehors du Château Royaume Uni L'ombre dans ses yeux
Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 27/01/2026 à 00:34

Dans la salle d'études éclairée au candélabre, un gramophone crachote légèrement en diffusant la musique blues du disque qui tourne en rond avec le plateau. Manius Fawley aussi tourne en rond, dans sa tête et dans son existence. Tout tourne en fait, la lettre qu'il a entre les mains aussi est tournée et retournée comme si ce mouvement pouvait en changer le sens. Mais non.

 

Depuis le Pays de Galles, Monsieur Fawley Senior fait savoir à son fils unique qu'il s'impatiente. Que les héritiers ne se font pas tout seuls. Le parchemin lui brûle les doigts, l'accable un peu plus encore du fardeau du devoir. Manius n'a pas envie d'un héritier. Il veut un enfant qu'il pourra aimer et qui aura un peu plus de chance que lui peut-être. Un enfant qui verra se concilier devoir et désir. 

 

Seulement voilà : si l'historien a épousé une femme qui lui plaît malgré les restrictions qui auraient pu l'en empêcher, la réciproque est loin d'être vraie. D'ailleurs le mariage n'a jamais été consommé car il se refuse à toucher celle qui ne veut pas de lui. Alors comment pourrait-il lui demander un enfant ? C'est inéluctable pourtant, Manius y est obligé. Que faire ?

 

Déjà, ne pas repartir loin en prétextant mener des fouilles pour épargner sa présence à cette épouse. Rester En Grande-Bretagne, à portée de Llandeilo pour se rapprocher, si pas sentimentalement, au moins physiquement. Mais les opportunités archéologiques sont rares sur les îles britanniques et Manius ne veut pas s'ennuyer à errer définitivement dans un seul endroit dont il finirait irrémédiablement par connaître l'histoire par cœur. S'il perd la passion de son métier, que lui restera-t-il ?

 

Un morceau de parchemin vierge, encre et plume. "Très estimé directeur Woodcraft..." Cela lui semble le seul compromis un tant soit peu supportable. S'il se fait engager à Poudlard pour enseigner l'histoire de la magie, il évitera peut-être de moisir totalement et pourra essayer d'entreprendre des démarches pour se diriger vers ce but qui n'est pas le sien mais qu'il se doit d'atteindre néanmoins.

 

Gestes lents, soupir résigné, yeux cernés. Manius est las. Et puis quelqu'un d'autre est là.

Ophelia Frost

Femme

23 ans

Sang-mêlé

Britannique

Conservatrice du Musée de Godric's Hollow

Message publié le 27/01/2026 à 22:13

Le musée a fermé ses portes depuis un moment et la soirée est bien avancée. À cette heure-ci, Ophelia devrait avoir rangé ses affaires et pris la route pour rejoindre son appartement. Enfin… Appartement est un grand mot pour la chambre de bonne à peine plus grande qu’une cage à lapin qu’elle loue pour une poignée de pain. À défaut d’être spacieux, l’endroit a le mérite de se situer à cinq minutes à pied de là où elle travaille. La propriétaire à qui elle loue est une vieille femme qui, en dehors de l’odeur de chou qu’elle dégage à toute heure de la journée, est charmante et se montre d’une gentillesse infinie avec elle. Ophelia passe sans problèmes outre sa curiosité maladive et ses quelques petites bizarreries si ça peut lui permettre d’avoir un endroit où dormir et de mettre de l’argent côté en économisant sur le loyer.

 

La jeune femme n’a pas besoin de plus, puisqu’elle ne passe au final que très peu de temps chez elle. Trop occupée à poursuivre ses recherches, à nourrir son âme et son cerveau. Ce soir ne fait pas exception à la règle. Là, dans l’ambiance feutrée de la salle d’étude, bercée par le bruit des pages qu’elle tourne au fil de sa lecture et par les Blues Cousins qui jouent en fond, elle se sent bien.

 

 Ce n’est qu’au bout d’un moment, quand elle sent le picotement léger et familier de ses yeux fatigués, qu’elle réalise qu’elle vient de faire un saut dans le temps. Un petit regard sur la montre fine à son poignet lui indique que trois bonnes heures viennent de disparaître, en un battement de cil. Sa soif de lecture lui a encore joué des tours. Mais ce traité de paix entre clans gobelins est tellement fascinant, qu’elle ne regrette absolument pas. La raison lui souffle pourtant à l'oreille qu'il faudrait qu’elle fasse une pause. Ne serait-ce que pour faire ce à quoi le commun des mortels comme elle ne peut se défiler... Manger, boire, dormir, c'est tellement surfait.

 

Alors qu’elle se redresse sur sa chaise de bureau pour s’étirer un peu, le soupir de Manius attire son attention. Son regard glisse jusqu’à lui, et tente de déchiffrer ce que peut bien cacher ce souffle qui lui a échappé. Il semble fatigué, plus que d’habitude. Elle ne devrait probablement pas se mêler de ça, parce qu’après tout ils ne sont que des collègues. Ou plutôt des confrères, des passionnés d’Histoire qui partagent occasionnellement un espace de travail. Mais en plus de le respecter pour son travail, la jeune femme a appris à apprécier l’homme pour sa gentillesse et le fait qu’il ait rendu si facile de le côtoyer quasi quotidiennement.

 

- Quel soupir… dit-elle en brisant doucement le silence, alors qu’un petit sourire perle sur ses lèvres. Tout va bien ?

 

Son dos vient retrouver le dos de sa chaise, lorsqu'elle s’appuie pour mieux le regarder. Ce serait pas mal d'investir dans des fauteuils plus confortables, pense-t-elle brièvement en sentant une raideur naitre dans sa nuque.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 27/01/2026 à 23:38

Le premier réflexe de Manius est toujours le même. Ça n'a pas toujours été le cas pourtant. Ça l'est depuis sept ans.

 

— Désolé, je vous ai réveillée ?

 

Le sorcier laisse retomber plus qu'il ne pose sa plume et se lève pour aller chercher deux tasses de thé, apercevant en chemin le sujet d'étude qui a retenu sa consœur otage de ses pages avant de lui asséner sournoisement un coup d’assommoir. Il ne peut s'empêcher de sourire. Le programme d'Histoire de la magie de Poudlard tendait généralement plutôt à dissuader les élèves de s'intéresser davantage aux conflits gobelins.

 

— Alors, est-ce que le chef Larknas a accepté la tête d'Eggor en guise de tribut de paix de la part d'Ugrak ? plaisante-t-il tout en sachant qu'Ophelia pourrait sans avoir à réfléchir lui expliquer cinq raisons pour lesquelles il raconte des âneries anachroniques.

 

Quand il se dirige vers elle pour lui tendre une tasse dans laquelle il a ajouté une cuiller de sucre, comme il sait qu'elle aime son thé, il aperçoit la posture raide de la jeune femme sur ces chaises dont on apprenait l'ampleur de l'inconfort à force de se casser les vertèbres dessus pendant de longues heures. Il commence à faire les cent pas dans ce petit espace feutré, observant distraitement les babioles disséminées çà et là.

 

— Je dois renoncer aux expéditions. Pour un temps du moins. Il faut...

 

Nouveau soupir. Décidément c'est compliqué. Et sans doute qu'au fond Ophelia s'en moque. Qu'elle a posé la question par politesse. Mais ça fait combien de temps que personne n'a demandé à Manius si tout allait bien ? Parce qu'il en a besoin ou parce qu'il est arrivé à saturation, il vide son sac. Juste un tout petit peu. Il n'a pas le droit de se plaindre.

 

— Il faut que je rejoigne ma femme. Mais elle me déteste à juste titre alors... je ne suis pas sûr d'être prêt à lui imposer ma présence.

 

Son regard s'arrête sur un artefact cylindrique dont l'utilité exacte est encore en cours d'étude. Il s'en saisit et le triture distraitement avant de se tourner vers sa consœur en le brandissant.

 

— Désolé, je ne voulais pas vous ennuyer avec mes histoires. Vous devez avoir un torticolis atroce, ce serait peut-être l'occasion de voir si ce truc n'est pas un outil de massage du peuple de l'eau ? 

Ophelia Frost

Femme

23 ans

Sang-mêlé

Britannique

Conservatrice du Musée de Godric's Hollow

Message publié le 28/01/2026 à 00:59

- Oh non, ne vous excusez pas. Je ne dormais pas, dit-elle pour le rassurer.

 

Il est vrai que l’on pourrait s’y tromper parfois, tant le silence est pesant dans la pièce quand elle est trop intensément plongée dans ses vieux parchemins. Seul le bruit des pages et parfois du gramophone vient rompre ce calme ambiant. Manius se lève pour aller jusque la petite desserte où est posée la théière, ne s’interrompant qu’un instant pour commenter l’ouvrage qui trône devant elle. En l’entendant faire des suppositions sur le déroulé des négociations entre gobelins, elle ne peut s’empêcher de rire doucement.

 

- Non, il n’a pas accepté… Mais je crois surtout que c’est parce que Larknas était mort depuis longtemps quand Ugrak est arrivé. C’est son frère Nagluk qui a accepté la tête d’Eggor. ne peut-elle s’empêcher de préciser.

 

Ce genre de discussion est monnaie courante dans cette pièce. Sa sœur lui a déjà dit qu’elle tenait assez de sujets ennuyants pour lancer son propre business, un truc pour endormir les gens sans potions. Angie n’a jamais été très portée pour l’Histoire, contrairement à elle. Mais avec Manius, c’est différent. Ils peuvent parler longtemps de ce genre de choses. D’ailleurs, exclusivement de ce genre de choses.

 

- Merci. dit-elle en souriant doucement et en attrapant la tasse de thé qu’il lui a préparée, exactement comme elle l’aime, à n’en pas douter.  

 

Quand elle était à Poudlard, Ophelia éprouvait déjà un profond respect pour celui qui était alors son préfet. Elle appréciait à l’époque sa gentillesse et l’attention dont il faisait preuve à l’égard des autres. Ils n’étaient que des camarades se disant bonjour au détour de la salle commune ou d’un couloir. Pas grand-chose en somme, mais suffisamment pour qu’elle ait vraiment été heureuse de le retrouver quelques années plus tard. L’adolescent avait alors laissé place à un homme, un chercheur dont le travail la laissait rêveuse. Par le fruit du hasard, sans qu’elle ne se rappelle vraiment comment, elle s’était retrouvée à partager la salle d’étude du petit musée de Godric’s Hollow avec lui. Même si travailler à ses côtés était devenu naturel, elle n’avait jamais poussé leur relation au-delà de la plaisanterie gentille, ou de la conversation de trottoir. La brune n’avait même pas osé suggérer le tutoiement, comme si cela n’avait pas été envisageable avec quelqu’un de sa trempe à lui.

 

À présent qu’elle le voit déambuler dans la pièce, à observer les trésors qu’ils ont ramené – eux et d’autres avant eux -, elle comprend que ce soir est différent des autres. Son intuition se confirme lorsqu’il commence à se confier, plus qu’il ne l’a jamais fait. Renoncer aux expéditions ? Elle se redresse d’instinct sur sa chaise, en la faisant un peu grincer.

 

L’historienne ne sait pas où placer la limite entre eux. Jusqu’ici, il n’a jamais été question de parler de vie privé. Pas qu’elle ne l’ait pas voulu, ça ne s’était juste pas fait. Son front se barre d’un léger pli inquiet. Il doit être arrivé quelque chose de grave pour que Manius Fawley renonce à ses expéditions, et qu’il pense en prime que sa femme le déteste. Même en tentant de l’imaginer, Ophelia ne parvient pas à concevoir un monde où le blond puisse avoir fait quelque chose de détestable. Cela dit, elle ne connait pas non plus l’épouse du sorcier, à l’exception de son nom… et d’une histoire de beuglante qui l’avait suivie, à l’époque.  

 

- Vous ne m’ennuyez absolument pas. Vous… voulez en parler ?

 

Elle ne veut pas l’y obliger, mais simplement lui faire savoir qu'elle peut être une oreille attentive, s'il en a besoin. Il semble cependant  prêt à parler d’autre chose car il lui présente l’un de ses artefact, qu’elle ne connait pas. Visiblement, sa gêne à la nuque n’est pas passée inaperçue et elle se sent presque embarrassée d’avoir été si transparente. Mais la curiosité l’emporte, alors elle penche un petit peu la tête.

 

- Ça fonctionne comment exactement ? demande-t-elle en plissant légèrement les yeux de curiosité.

 

Sa main guide sa tasse jusqu’à ses lèvres, juste assez pour qu’elle souffle un peu avant de prendre une gorgée de thé. Parfaitement sucré.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 28/01/2026 à 01:59

— Aucune idée, avoue Manius en haussant les épaules.

 

Il s'approche d'Ophelia avec l'objet en main et jette un regard à la nuque exposée de celle-ci avant de pousser un sifflement inquiet en voyant l'état manifestement peu naturel de son muscle trapèze. Il se replace face à elle afin de ne pas lui parler dans le dos et repose le cylindre sur la table d'étude.

 

— Vos muscles sont tellement tendus que ça se voit à l'œil nu. Vous n'avez pas besoin qu'on vérifie une théorie sans fondement mais de ceci.

 

Le sorcier s'empare d'une serviette propre de la kitchenette qui les a vus improviser les semblants de repas les plus improbables qui soient et l'enchante à l'aide du sortilège Calidum pour la réchauffer. Quand elle est à la température idéale, il la tend à sa consœur avec un sourire un peu contrit par la prévenance sincère dont il fait preuve.

 

— Appliquez toujours ça sur la zone douloureuse. Idéalement il faudrait masser mais vous pourriez trouver cela déplacé.

 

Une gorgée de thé vient réchauffer la gorge et l'âme tourmentée de l'époux geôlier. Est-ce qu'il a envie de parler de Caecilia ? Oui et non. Il aimerait qu'on lui dise qu'il a bien fait, en dépit de tout, en l'emprisonnant dans une vie avec lui qui ne lui a jamais voulu que du bien. Mais la culpabilité l'achèverait dans le cas contraire. Tant pis. Que ce soit l'un ou l'autre, ça ne peut être pire que cette souffrance latente qui le ronge depuis trop longtemps.

 

— Vous devez vous souvenir de cette maudite beuglante, qu'Ekrizdis maudisse son inventeur, qu'a reçu une jeune fille dans la Grande Salle ? Son père a ensuite contacté toutes les familles de sang-pur pour la proposer en fiançailles... comme pour se débarrasser d'elle en la vendant à celui qui lui ferait l'offre la moins insultante.

 

Nouvelle gorgée de thé. Amertume sur la langue assortie à l'amertume sur le cœur.

 

— J'ai été assez stupide pour croire que je pouvais lui épargner d'autres tourments en réclamant sa main. Je voulais juste... elle aurait fini enchaînée à un époux dont elle ne voulait pas de toute façon. J'étais persuadé qu'avec moi au moins, elle pourrait garder un rien de liberté. Je l'ai épousée mais jamais contrainte à quoi que ce soit. Je passe mon temps loin de chez moi pour lui éviter de me voir, moi son bourreau.

 

Les doigts de Manius Fawley se crispent sur sa tasse. À son annulaire, l'alliance le brûle.

 

— Mais elle est malheureuse. À cause de moi. Et nos obligations familiales imposent qu'on aie... un... un enfant. Enfin, un héritier. Et je ne veux pas de ça, d'un enfant fait par devoir et imposé à une jeune femme qui n'a pas mérité ça.

 

L'émotion devient trop forte, la honte trop accablante. En son sein, l'historien sent cette déception, ce dégoût de lui enfler pour l'écarteler de l'intérieur. Il avale le reste de son thé d'une traite avant de lancer une maigre diversion.

 

— Nagluk, ce n'est pas le forgeron du masque de Happy Grave, le mage fou qui faisait jouer des pièces de théâtre à ses victimes sous l'effet de l'Imperium ?

Ophelia Frost

Femme

23 ans

Sang-mêlé

Britannique

Conservatrice du Musée de Godric's Hollow

Message publié le 29/01/2026 à 22:28

Quand Manius émet un petit sifflement, Ophelia pense directement qu’il exagère. Ça ne peut pas être aussi grave qu’il le dit. Et puis ce n’est qu’un muscle, qu’une gêne. Elle a l’habitude. Ce sont les genre de détails qu’elle a tendance à balayer d’un revers de main, car des choses plus importantes méritent son attention. Le savoir a ses raisons que sa santé ignore. Cela dit, elle ne peut s’empêcher de sourire doucement lorsqu’elle voit son collègue lui réchauffer un serviette et la lui tendre. L’attention la touche et elle accepte volontiers le tissu qu’elle saisit délicatement.

 

- Merci. C’est déjà bien gentil de me l’avoir réchauffée. Ne vous en faites pas, ça finira par passer.

 

Car ça passe toujours. Pendant un temps. La jeune femme vient alors disposer la serviette chaude au niveau de sa nuque, et sa tête bascule en arrière quand son dos s’appuie à nouveau contre la chaise. Un petit soupir de plaisir lui échappe au contact apaisant de la chaleur contre la zone endolorie, et elle reste un temps les yeux fermés à profiter du moment. Au bout de quelques instants, elle se redresse, et ne peut s’empêcher de rebondir sur la remarque qu’il vient de faire. C’est la chercheuse qui parle, alors qu’une lueur malicieuse brille dans son regard.

 

- Mais c’est justement en vérifiant comment ça fonctionne, que cela pourrait passer d’une théorie sans fondement à… peut-être une découverte de grande importance ! Cela dit, il y a peut-être d’autres moments pour le tester, vous avez raison…

 

Puis un léger silence s’installe, vite rompu par la voix de Manius qui, pour la première fois depuis qu’ils se connaissent, se confie. Le sourire de la brune s’amenuise à peine, ne restant en fond que pour lui montrer qu’elle écoute, qu’elle est là. Quand il lui demande si elle se souvient de la beuglante, elle se contente d’hocher lentement la tête. Peu ne s’en souviennent pas… Il ne fallait pas forcément être branché ragots pour avoir entendu parler de l’événement. Un fameux scandale, qui l’avait fait se sentir compatissante à l’égard de la destinataire du bruyant et véhément courrier.

 

Elle ne comprend pas comment il est encore possible, de nos jours, que certaines familles perpétuent ces traditions archaïques. Ils traitent leurs enfants comme du bétail, juste bon à procréer pour perpétuer leurs lignées. Il est très rare que de bonnes choses résultent de ce genre d’unions imposées. Elle sent peser sur les épaules de son collègue une pression qu’elle n’avait jusque là pas imaginée. Ou peut-être n’avait-elle simplement pas ouvert les yeux. Ophelia attend qu’il ne dise plus rien, et sourit en douceur à sa tentative de diversion. Elle ne s’en offusque pas, comprend que c’est plus facile de dévier du sujet. Sa voix n’est qu’un chuchotement quand elle confirme l’anecdote historique :

 

- Oui, c’est lui. Mais contrairement à ce veut nous laisser croire l’Histoire, Nagluk n’était pas au courant pour les agissements du mage fou.

 

Pendant un instant, la sorcière laisse un silence s’installer. Elle voudrait pouvoir se montrer réconfortante, avoir les mots ou les bons gestes… Que ferait Angie ? Elle l’emmènerait très probablement boire un verre, ou deux, ou cinq. Puis elle la prendrait dans ses bras avant de la sermonner pour qu’elle se reprenne, toujours en trouvant les bons mots. Mais l’idée ne semble pas réellement possible avec Manius, ils ne se connaissent pas assez. Elle est touchée par ses mots, par la faute qu’il s’est attribuée, et par le tourment qui semble le ronger. Doucement, elle vient glisser son doigts sur le bord de sa tasse, ça l’aide à réfléchir.

 

Je ne suis pas vraiment de celle qui cautionnent ce genre d’alliances, commence-t-elle par admettre pour poser les bases en toute honnêteté. Elles sont forgées dans la peur, le calcul et la prétendue pureté… alors qu’elle ne font que recycler la souffrance sous des noms plus respectables.

 

Elle espère ne pas le blesser en lui disant cela, mais ne peux pour autant pas jouer faux jeu avec lui. Aussitôt, la brune s’empresse de poursuivre toujours d’une voix douce.

 

- Ce sont toujours les enfants qui en paient le prix. Des enfants façonnés pour perpétuer des lignées et porter des attentes qui n’auraient jamais dû leur appartenir. Vous n’auriez pas dû avoir à vivre cela, vous non plus, Manius.

 

Ophelia inspire, comme pour rassembler ce qu’elle va dire.

 

- Je.. je ne peux pas vous regarder et y voir un bourreau, comme vous le dites. Ce que vous décrivez ressemble davantage à un homme pris dans un engrenage ancien qui a cru sincèrement pouvoir offrir une issue moins cruelle à l'une des siens. Vous avez agi en pensant au bien-être de cette jeune fille. Peut-être maladroitement, peut-être avec les moyens limités que ce monde vous laissait… Mais l’intention était là. Et elle compte.

 

Tout dans l’expression de son visage laisse transparaître la compassion – et non la pitié – qu’elle ressent pour lui.

 

- Votre dévotion est admirable, Manius. Mais… commence-t-elle alors qu’un pli de souci lui creuse légèrement le front. Est-ce que vous avez pris le temps de penser à vous ? À votre bonheur, je veux dire. Vous êtes heureux ?

 

La tête penchée, elle regarde Manius d’un tout nouvel œil, avec un intérêt sincère. L’historienne ne peut s’empêcher de s’en vouloir immédiatement d'avoir trop parlé, de s'être laissée porter par son esprit analytique. 

 

- Pardon, ça ne me regarde peut-être pas, j'ai dépassé les limites… s’excuse-t-elle, embarrassée, en remettant en place la serviette qui a un peu glissé de sa nuque.

 

 

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 29/01/2026 à 23:19

Manius délaisse un instant sa mine renfrognée d'inquiétude pour sourire devant la curiosité scientifique d'Ophelia. Il appréciait les grandes qualités intellectuelles de sa consœur, son sens des priorités bien à elle et son entrain à toujours partir en quête de réponses à la moindre théorie. Depuis qu'ils ont commencé à travailler ensemble, il se demande d'où elle tire toute cette énergie positive alors qu'elle s'épuise chaque jour sur ces chaises de tortionnaire à éplucher minutieusement tous les documents et toutes les reliques qui passent un rien trop près de ses doigts avides d'étude qui les happent avec diligence et les retournent dans tous les sens. Ce soir, il réalise même qu'elle va lui manquer.

 

Quand elle répond avec ce grand sérieux dont elle seule est capable en toutes circonstances, elle lui arrache ce semblant de rire qui a remplacé celui de son adolescence, un peu d'air dérobé à ses narines. Un silence passe tandis que les deux collègues triturent leurs tasses. Manius baisse les yeux, n'ose pas affronter le regard de jugement qu'elle pourrait avoir. Jamais il n'a vu Ophelia Frost juger qui ou quoi que ce soit pourtant. C'est sans doute précisément pour ça qu'il a peur de l'en découvrir capable ce soir.

 

Bien qu'il approuve chacune de ses paroles au sujet de l'entretien des traditions archaïques des sang-purs, chaque mot qu'elle prononce sonne le glas de sa dignité et de l'homme qu'il aurait tellement souhaité être. Pu être, peut-être. Dans un autre monde, dans un monde ou les Fawley naissaient dans d'humbles maisons dépourvues de responsabilités et vivaient libres d'aimer.

 

Puis, comme une main timidement tendue, une lueur de compréhension. D'égards pour lui, de compassion. Un geste anodin presque mais suffisant pour que Manius Fawley relève la tête et trouve les yeux d'Ophelia Frost comme s'il la rencontrait pour la première fois. Un petit sourire contrit, une ride d'inquiétude qui se creuse comme un coup de poignard sur le front de l'historienne. Et comme un coup de poignard dans le cœur de l'historien. Vous êtes heureux ?

 

Bruits d'éclats sur le sol du musée et dans la poitrine de Manius. Par terre, la tasse brisée qui s'est échappée de ses mains. En lui, son cœur d'enfant qui ne sait pas ce que c'est que le bonheur, n'a jamais eu que les mots devoirs et responsabilités dans les oreilles. Son cœur d'homme qui espère un amour impossible. Les deux se sont percutés violemment et le choc terrasse leur propriétaire. Inconsciemment, sa tête tourne lentement de gauche à droite. Il n'entend pas les excuses proférées par Ophelia. Manius est tombé, prostré comme un enfant blessé qui fond en larmes. Adieux l'homme et sa dignité. Après vingt-quatre ans d'existence, quelqu'un s'est soucié de lui, de ce qu'il désirait, de son bonheur. Et ça le brise.

Ophelia Frost

Femme

23 ans

Sang-mêlé

Britannique

Conservatrice du Musée de Godric's Hollow

Message publié le 30/01/2026 à 01:24

Tu es une idiote, Ophelia Frost. C’est la première pensée qui vient à l’esprit de la sorcière, quand Manius Fawley s’effondre devant elle. L’écart est grand entre les petites conversations sur la météo ou leurs recherches en buvant un thé  et les confidences qu’il vient de lui faire. Trop pour elle qui n’a visiblement pas su tenir sa langue au bon moment. Et si elle s’était contentée de saisir la diversion au vol et de rebondir sur Nagluk ? Et si elle avait simplement écouté au lieu d’interpréter et d’analyser ? Et si, et si… Elle entend la voix de sa mère qui lui répète « qu’avec des si, on refait le monde ». Mais il est trop tard pour regretter. Le mal est fait.

 

À la seconde où les premiers sanglots brisent le carapace de pudeur de l’homme, Ophelia reste interdite. Ses prunelles noisette s’écarquillent un instant de stupeur et elle se revoit des années en arrière, incapable d’être consolée par la grande sœur qui venait de la blesser accidentellement. Elle se sent impuissante face au mal qu’elle a causé et reste là, pendant que son cerveau s’active furieusement pour trouver un moyen de réparer ce qu’elle a abimé.

 

Dans un sursaut, elle se lève de sa chaise, ignorant la serviette qui tombe alors à terre. Sa nuque engourdie est à présent le moindre de ses soucis. Puis, comme elle l’aurait fait avec un animal blessé, elle s’approche lentement de Manius. Plantée à côté de lui, le creux soucieux s’est accentué sur son front et elle reste là, à ne pas trop savoir quoi faire. Analyser, réfléchir, réagir. C’est ce qui l’aide à se reprendre un peu. Topo de la situation ? Elle a merdé. Grave. Et maintenant son estimé collègue craque. Que fait-on dans ce genre de situations ? On essaie d’apaiser la situation. D’apporter du confort et du réconfort.

 

Son regard scrute leur environnement, à mesure qu’elle sent la panique monter. Mais elle n’en montre rien : ça ne l’aiderait pas lui. Quand elle voit le fauteuil qu’elle vient de quitter, elle se décide enfin. Avec lenteur, elle approche sa main du bras de l’historien. Celle-ci reste en suspens pendant un bref instant avant qu’elle ne se décide à glisser ses doigts au niveau de son coude.

 

- Venez, asseyez-vous, ne restez pas là… lui chuchote-t-elle avec le plus de douceur possible.

 

Elle sait d’expérience que ce genre d’état ne permet pas de réfléchir par soi-même. C’est le genre de craquage qui nécessite quelqu’un pour nous guider. Il a juste besoin d’une impulsion et c’est ce qu’elle fait en le poussant très légèrement au niveau de la pliure de son bras, pour qu’il avance lentement vers sa chaise de bureau. Elle l’aide à contourner les éclats de la tasse qu’il a lâchée sous le coup de l’émotion. Un petit sort règlera ça rapidement, il y a plus urgent. 

 

Quand il est suffisamment près du vieux fauteuil, elle l'aide à s'asseoir. Sa main quitte le coude du blond une fois qu'il est assis. La jeune femme se met alors en mouvement. Il faut qu'elle bouge, sinon elle est sûre de finir par s'enfoncer dans le sol de honte. La tasse cassée lui donne une raison de se détourner un peu de Manius, pour lui laisser l'intimité dont il a probablement besoin. 

 

 

Ophelia s'accroupit près de la tasse en miette et extirpe sa baguette de son étui, accroché à sa taille. Elle chuchote « reparo » en visant les débris. Il faut un petit temps pour que les morceaux de porcelaine se rejoignent pour former à nouveau la tasse. Après coup, elle reprend la forme qu'elle avait juste avant l'incident. Seule la tache humide sur le sol et les sanglots du sorcier assis plus loin indiquent qu'il s'est passé quelque chose...

 

Ophelia Frost a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Rannrok !

Sortilège
Sortilège de réparation
Difficulté
4
Résultat D20
13
Interprétation
Réussite
XP gagnée
10

Ophelia s'accroupit près de la tasse en miette et extirpe sa baguette de son étui, accroché à sa taille. Elle chuchote « reparo » en visant les débris. Il faut un petit temps pour que les morceaux de porcelaine se rejoignent pour former à nouveau la tasse. Après coup, la tasse reprend la forme qu'elle avait juste avant l'incident. Seule la tache humide sur le sol et les sanglots du sorcier assis plus loin indiquent qu'il s'est passé quelque chose...

Autres résultats possibles

Ophelia s'accroupit près de la tasse en miette et extirpe sa baguette de son étui, accroché à sa taille. Elle chuchote « reparo » en visant les débris. Dans les secondes qui suivent, les morceaux de porcelaine se rejoignent pour former à nouveau la tasse. Il ne reste, à part la tache humide sur le sol, plus aucune trace de la vaisselle cassée. 

Ophelia s'accroupit près de la tasse en miette et extirpe sa baguette de son étui, accroché à sa taille. Elle chuchote « reparo » en visant les débris. Les morceaux tremblotent, à peu près autant que sa main, et peinent à se rassembler. Le résultat n'est pas convaincant et il manque un morceau important à la base de la tasse. Crotte. 

Ophelia s'accroupit près de la tasse en miette et extirpe sa baguette de son étui, accroché à sa taille. Elle chuchote « reparo » en visant les débris. Les morceaux restent parfaitement immobiles. Et sur le coup, elle a l'impression que quelque chose vient également de se briser en elle... Tu n'es qu'une bonne à rien, se maudit-elle intérieurement. 

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 30/01/2026 à 02:52

Semi-conscient, Manius se laisse guider sans trop savoir où il va, sur ses pieds et dans son existence. Il tente de s'accrocher à ce bras qui le soutient mais n'a pas de force, ne sent même plus ses doigts, ne sent plus le poids de sa tristesse et de sa culpabilité. Il ne ressent juste rien. Il est épuisé, abattu, vidé. Vainement, il tente de rassembler les fragments de ses esprits disséminés quelque part, il ne sait où, en lui comme les éclats de porcelaine sur le sol. Et comme si le sortilège d'Ophelia avait le pouvoir d'agir sur lui, ceux-ci lui reviennent et se recomposent telle la tasse qu'elle vient de réparer.

 

Les derniers sanglots s'estompent, trop lentement au goût de Manius qui est persuadé d'avoir pleuré vingt-quatre années à s'entendre dire que ce n'était pas digne d'un homme, que les hommes ne se soucient que d'accomplir leurs devoirs coûte que coûte, sans jamais flancher. Il ne songe même pas à prendre un mouchoir quand il sèche ses dernières larmes du revers de sa manche. Il n'ose pas regarder Ophelia, lui dévoiler la honte qui le cloue à la croix. Il doit dire quelque chose. Que dit-on quand on vient de s'humilier devant une respectable consœur qui a eu le malheur d'être trop gentille ? Qu'importe, ce n'était pas l'éloquence qui caractérisait Manius.

 

— Merci, Ophelia.

 

Sa voix est encore hésitante, trémolo pathétique d'un prétendu homme qui ne vaut guère mieux. Encore un peu. Un peu de temps. Pour se reprendre. Encore un peu de temps dans ce musée. Encore un peu de la douce compassion d'Ophelia. De ce disque de blues qui tourne et tourne en rond. Manius est comme ivre de ces émotions qui l'ont vaincu. De celles qui le tourmentent alors qu'il a l'impression de revenir à la vie. De la découvrir.

 

— J'ai vécu des choses incroyables ici. Avec vous. Je vous remercie pour chaque instant où vous m'avez fait grâce de votre compagnie et de votre conversation.

 

Des regrets. La froide distance professionnelle, ses manières de bien-né qui le séparent de cette sorcière incomparablement intelligente. L'alliance qu'il a lui-même soudée à son doigt et lui interdit à jamais de passer un moment serein auprès de son épouse. Mais Ophelia est là, avec lui. Compréhensive, aimable. Elle ne le déteste pas. Peut-être qu'elle vient de perdre toute once de respect pour lui cependant. Mais pourquoi s'imposer de la tenir si éloignée de lui ? Ne pourraient-ils pas, ces deux jeunes gens constamment voûtés sur le passé, être plus que des collègues qui se connaissent à peine ? Qu'est-ce qui empêche Manius d'apprendre à la connaître un peu autrement qu'à travers le puits insondable de ses connaissances académiques ?

 

— Je suis profondément navré. De vous avoir infligé ce spectacle ridicule. Et aussi... de ne jamais avoir remarqué vos qualités humaines. Vous êtes tellement plus qu'une éminente historienne.

 

Quelques maigres forces revenues, Manius se lève et pointe sa baguette sur le sol mouillé de thé tandis qu'il prononce la formule Récurvite.

Les éclaboussures de thé disparaissent.



— J'ai vraiment apprécié travailler avec vous. Je suis triste de vous laisser seule ici. Vous me manquerez. Est-ce que...

 

Les mots ont du mal à sortir de sa gorge. Trop inconvenants, trop entreprenants. Pas le genre de chose que propose un gentleman marié à une jeune femme célibataire. Qu'à cela ne tienne. Elle lui a dit de penser à lui. Et il a envie de quelque chose qu'il ne connaîtra jamais après son retour à Llandeilo.

 

— Je ne veux pas vous quitter sur cette impression. Damnez-moi si je vous insulte mais j'aimerais que nos adieux soient joviaux.

 

Comme un adolescent nerveux qui n'est pas du tout sûr de lui mais qui a rassemblé le courage de mettre son orgueil de côté en cas de rejet, il réajuste sa chemise et s'avance d'un pas vers Ophelia en lui tendant la main. D'un mouvement de tête, il désigne le gramophone qui prodigue inlassablement son récital.

 

— Ophelia Frost, m'accorderiez-vous une danse ? 

Manius Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Illyius !

Sortilège
Sortilège de Récurage
Difficulté
4
Résultat D20
6
Interprétation
Réussite
XP gagnée
10

Les éclaboussures de thé disparaissent.

Autres résultats possibles

Les éclaboussures de thé disparaissent.

Le sorcier doit être trop secoué pour que le sort fonctionne, tant pis.

Le sorcier doit être trop secoué pour que le sort fonctionne, tant pis.

Ophelia Frost

Femme

23 ans

Sang-mêlé

Britannique

Conservatrice du Musée de Godric's Hollow

Message publié le 02/02/2026 à 22:51

La tasse réparée, Ophelia se redresse pour faire de nouveau face à son collègue. Pourquoi la remercie-t-il alors qu’elle vient visiblement de commettre une bourde en appuyant sur un point sensible ? Elle a envie de lui dire de ne surtout pas le faire, mais il semble vouloir changer de sujet. Alors elle n’insiste pas, le laisse dévier. Et quand il commence à évoquer le temps passé ensemble ici, c’est à son tour d’avoir envie de verser une petite larme. Ses mots la touchent bien plus qu’il ne pourrait l’imaginer, en particulier quand il parle d’elle en des termes que personne n’a jamais envisagés à son sujet. Pas même sa famille. Mais elle se doit de se retenir. Il y a eu assez de larmes ici, pour aujourd’hui.

 

Une éminente historienne. Là, elle a le réflexe de baisser le regard et de balayer le propos d’un petit geste de la main. C’est trop, ce n’est pas vrai. ça le sera peut-être un jour, si elle continue de s’en donner les moyens. Elle l’espère. Tout à coup, la brune redresse brusquement la tête sous le coup de la compréhension. Plus tôt, lorsqu’il a parlé de renoncer aux expéditions, elle n’avait pas saisi l’ampleur de ce que cela signifiait. De ce que cela impliquait. Maintenant qu’il dit être triste de la laisser seule ici, elle réalise que ce ne sont pas que les expéditions qu’il doit laisser tomber, mais ses recherches au musée également.

 

Ophélia ne voit pas la tâche humide disparaître sous le coup de baguette de Manius, car c’est lui qu’elle observe. Déstabilisée. Son collègue, celui qui lui tenait compagnie lors de ces soirées de recherches intenses à potasser de vieux grimoires poussiéreux, s'en va. Celui à qui elle pouvait demander un avis professionnel et qui avait toujours une remarque intelligente à faire. Le même qui ramenait des objets incroyables à analyser et dont ils pouvaient parler longtemps. Plus de plaisanterie sur ces histoires  de gobelins qui la passionnent tant. Car il est le seul à s’y être seulement intéressé, sans qu’elle ne perçoive cette moquerie ou cet ennui qu’elle discerne souvent chez les autres. Bientôt, il ne sera plus là. 

 

- Vous aussi, vous allez me manquer. lui répond-elle en s’efforçant d’atténuer la sensation de sa gorge serrée.

 

Le gramophone crache toujours ce son blues qu’elle aime tant. La main qu’il lui tend est une invitation qu’elle envisage un instant de refuser, par convenance. Mais ce n’est qu’une danse, et il va partir. Elle ne se sent pas la force de lui refuser, pas pour la dernière fois où ils travaillent côte à côte. Les regrets la rongeraient si elle ne le faisait pas. Sa main vient doucement se poser sur la sienne.

 

- Volontiers. accepte-t-elle.

 

Ophelia n’est pas à l’aise, c’est un exercice qu’elle ne maitrise pas et qui ne s’apprend pas dans les livres. Mais la musique la porte et la nostalgie aussi. Elle laisse une distance entre eux, comme pour se préparer à celle qui sera bientôt sa nouvelle réalité, mais un sourire perle sur ses lèvres. Manius a raison, ces adieux ne peuvent pas rimer avec tristesse.

 

- J'espère que vous ne tenez pas trop à vos pieds, le taquine-t-elle gentiment. 

 

 

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 03/02/2026 à 01:30

Le sourire d'Ophelia trouve un écho sur le visage de Manius.

 

— Qu'est-ce qui vous fait croire que les vôtres sont en sécurité ? réplique-t-il sur le même ton quand elle plaisante.

 

Mais la menace est fausse. Il y a peu de choses pour lesquelles l'historien est doué mais danser en fait partie. D'autant plus qu'il a le blues dans la peau et connaît ce rythme par cœur. Les premiers pas brisent une glace restée là trop longtemps. Le regard plongé dans le noisette de sa cavalière, Manius distingue les ombres fines, expressives et mystérieuses à la fois, qui s'y dessinent. Qui peut bien être cette femme aussi douce qu'intelligente, qu'aime-t-elle à part lire pendant de longues heures des traités de paix gobelins ? Manius a appris à lui être agréable, elle n'a pas eu besoin de le faire. Se pourrait-il que, s'il n'avait pas établi cette distance pour la protéger du mal qu'il est capable de faire avec ses bonnes intentions, ils soient devenus plus que de simples collègues ? Ophelia Frost pouvait-elle, souhaitait-elle, être pour Manius une amie ?

 

Il ne faut pas longtemps pour qu'ils trouvent leur harmonie, s'accorder sur les pas esquissés est presque aussi facile que débattre d'Histoire entre eux. Ça aurait été tout aussi simple d'apprendre à se connaître. De partager juste un rien davantage ensemble. De s'ouvrir un peu, un peu plus tôt, et de laisser sa tendre gentillesse l'atteindre délicatement avant qu'il ne la reçoive comme un barrage qui cède et déverse sur lui une sollicitude sincère qui ne pouvait que le submerger. Cette fois il se laisse porter par la jeune femme, savoure sa présence et la musique qui les voit tourner, pour la première fois parfaitement dans le même sens et à la même vitesse. Après que la dernière note a retenti, Manius la laisse s'écarter à son aise. Après cette bouffée d'air dans son existence, il sait qu'il doit restituer, presque à regret, Ophelia à sa vie et rester lui à sa place.

 

— Vous m'avez menti, Mademoiselle. Vous savez danser. Ça va, votre nuque ?

 

Les voilà de nouveau simplement collègues. Courtois, respectueusement distants. Non, ça ne va pas. Cette jeune femme si brillante a partagé son quotidien, rendu des journées de travail plus courtes de par son esprit, partagé la même table. Elle ne lui est pas plus étrangère que Caecilia. 

 

— Je n'avais pas réalisé que j'avais besoin de vous de cette manière. D'une amie, si vous me permettez. Votre compassion m'a fait le plus grand bien. Si seulement je pouvais vous restituer le don que vous m'avez fait.

 

Manius réfléchit un court instant. C'est peut-être compliqué avec Caecilia mais sa femme reste une Dame issue de la noblesse. S'ils règlent un tant soit peu la froide mésentente qui règne dans leur foyer, ils pourraient recevoir des invités dans une ambiance suffisamment détendue pour être agréable. Ou alors à l'occasion d'un gala, pourquoi pas ? 

 

— Est-ce que vous accepteriez une invitation, quand l'occasion se présentera ? Je ne peux me résoudre à me passer de votre conversation. Et puis ne pas la limiter au travail. J'ai été si froid avec vo... toi, si je puis. Je crois qu'on ne devrait plus en être là depuis longtemps si tu n'y vois pas d'inconvénient. Ophelia.

 

Manius lui tend la main aussi bien qu'un sourire. Les relations humaines, vraiment ça le dépasse. Mais quand on est face à si belle âme et si agréable personne, c'est plus facile d'être maladroit.

Ophelia Frost

Femme

23 ans

Sang-mêlé

Britannique

Conservatrice du Musée de Godric's Hollow

Message publié le 03/02/2026 à 02:10

Le moment semble passer en quelques secondes à peine. Manius se révèle être un excellent danseur et, guidée par lui, Ophélia réussit à paraître moins gauche qu’elle ne l’est vraiment. Son regard concentré ne parvient pas à soutenir celui de son partenaire de danse pendant toute la chanson, car sa prudence la pousse à vérifier ses pieds de temps en temps. Elle-même peine à croire qu’elle arrive à ne pas marcher sur les chaussures vernies en face… Et tant mieux, car elle ne serait même pas sûre d’avoir assez d’un salaire pour lui repayer, si elle les abimait. La simplicité de Manius Fawley lui a fait oublié qu’ils ne viennent pas du même milieu…

 

Lorsque cette parenthèse s’interrompt, la jeune femme se surprend à penser « déjà ? ». Le morceau de blues lui a déjà semblé plus long, lorsqu’elle l’écoutait assise à son bureau, et elle en vient même à se demander si le gramophone n’a pas passé un morceau de la musique… C’était trop court. Mais l’homme qui s’écarte d’elle la distrait déjà en la traitant gentiment de menteuse. Affirmation à laquelle elle rit doucement. Il lui rappelle au passage sa nuque, qu’elle avait déjà oubliée, focalisée sur plus important.

 

- Vous savez surtout bien guider, le corrige-t-elle gentiment. Ma nuque va bien, oui.

 

Cette sollicitude va lui manquer. Elle le réalise un peu plus à mesure que le temps passe, et les rapproche du dernier au revoir. En se levant ce matin dans son petit lit sous les combles, Ophelia ne s’était pas imaginée passer une journée aussi riche en émotions. Elle n’a pas l’habitude, n’est pas dans son élément de prédilection : elle se sent pataude. Quand il l’élève au rang d’amie, elle ne peut que se sentir flattée, heureuse. Une légère chaleur vient lui bruler les joues, réaction normale chez elle dès qu’elle est un peu gênée. Il ne lui doit rien, mais elle ne se sent pas en mesure de le lui dire.

 

L’idée d’une invitation transforme l’adieu en un simple au revoir qui réconforte un peu Ophelia. Alors, de nouveau, elle lui sourit sincèrement. Elle non plus ne pourrait pas se passer de ses traits d’esprit et de leurs discussions. Un petit mouvement de tête négatif vient le contredire lorsqu’il dit avoir été froid, et ne s’interrompt qu’à cause de la surprise du tutoiement. Il parvient à le glisser au milieu de sa phrase, doucement, naturellement.  Avec l’élégance qui l’a toujours caractérisé. Sa main vient doucement tirer sur le bord de sa propre chemise, comme pour la remettre en place. C’est surtout pour se donner un peu de contenance.

 

- Ce serait avec plaisir, Manius. répond-t-elle à la fois pour l’invitation, et à la fois pour ce « tu » plus intime.

 

La jeune femme réalise que cette journée marque à la fois une fin et un début. Son ressenti est ambivalent alors qu’elle ne peut s’empêcher d’analyser, comme elle le fait toujours, la situation. Car si le départ de Manius signifie la fin d’une collaboration qu’elle appréciait sincèrement, la conversation qu’ils viennent d’avoir, elle, marque le début de leur amitié.

 

- Un dernier thé pour la route ? suggère-t-elle finalement. 

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 03/02/2026 à 13:04

Depuis combien de temps n'a-il plus apprécié la compagnie de quelqu'un ? Certes Ophelia lui a toujours été agréable mais Manius n'a pas mesuré combien il aime passer ses journées avec elle dans cette antre qui hésite concernant sa place dans le temps. Comme si au milieu des artefacts, des pages poussiéreuses et des restes momifiés qui aveuglent de curiosité le sorcier ; il y avait de la place pour quelqu'un en chair et en os, bien vivant, présent

 

Son embarras qui lui rosit les joues, un sourire, une timide contradiction et puis sa surprise. Tout se reflète dans les yeux expressifs qui s'expriment pour la sorcière mieux que ses mots et ses mimiques. C'est avec eux qu'elle parle. Manius écoute. Elle balaie d'un revers les trop longues journées à se fréquenter comme deux inconnus et accepte gracieusement son amitié. Quand elle propose un dernier thé, l'historien se fait la promesse que ce n'est que le dernier de cette soirée, de leur collaboration en tant que collègue. Mais certainement pas le dernier qu'il partage avec Ophelia.

 

— Je vais le servir.

 

Cette fois, le Gallois incorpore deux cuillers de sucre dans la boisson. Celle qu'apprécie sa consœur et l'autre dans sa propre tasse, comme pour essayer de se mettre à la place de la douce sorcière et mieux la comprendre. Puis ils bavardent comme pour rattraper le temps perdu, se souviennent ensemble des moments passés dans cette petite pièce feutrée, sorte de foyer pour leurs esprits de chercheurs. Ils se rappellent s'être endormis chacun sur leur chaise inconfortable car ils refusaient de s'arrêter avant d'avoir compris ce que pouvait bien signifier un pictogramme et s'être réveillés quelques heures plus tard pour s'y remettre aussitôt en prenant à peine le temps d'avaler une bouchée des restes de la veille. Ou quand Manius avait laissé brûler le thé parce qu'il avait reçu un très ancien registre d'Azkaban sur lequel il avait tant peiné à mettre la main et n'avait pu s'en détourner. Bien sûr, ils ne peuvent s'empêcher de parler encore une fois de la passion qu'ils partagent, de s'apprendre mutuellement l'histoire gobeline et celle de la magie noire. Au terme de la soirée qui s'est éternisée plus que de raison, Manius comprend enfin que depuis tout ce temps Ophelia et lui partageaient deux mémoires : celle de jadis et celle d'une vie parallèle partagée entre les murs de ce musée. Ils avaient tant en commun.

 

Au moment de se séparer, il lui tend la main dans la paume de laquelle il offre un peu de lui ainsi qu'une promesse.

 

— Merci d'être là, Ophelia. À bientôt.

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