Message publié le 29/01/2026 à 22:28
Quand Manius émet un petit sifflement, Ophelia pense directement qu’il exagère. Ça ne peut pas être aussi grave qu’il le dit. Et puis ce n’est qu’un muscle, qu’une gêne. Elle a l’habitude. Ce sont les genre de détails qu’elle a tendance à balayer d’un revers de main, car des choses plus importantes méritent son attention. Le savoir a ses raisons que sa santé ignore. Cela dit, elle ne peut s’empêcher de sourire doucement lorsqu’elle voit son collègue lui réchauffer un serviette et la lui tendre. L’attention la touche et elle accepte volontiers le tissu qu’elle saisit délicatement.
- Merci. C’est déjà bien gentil de me l’avoir réchauffée. Ne vous en faites pas, ça finira par passer.
Car ça passe toujours. Pendant un temps. La jeune femme vient alors disposer la serviette chaude au niveau de sa nuque, et sa tête bascule en arrière quand son dos s’appuie à nouveau contre la chaise. Un petit soupir de plaisir lui échappe au contact apaisant de la chaleur contre la zone endolorie, et elle reste un temps les yeux fermés à profiter du moment. Au bout de quelques instants, elle se redresse, et ne peut s’empêcher de rebondir sur la remarque qu’il vient de faire. C’est la chercheuse qui parle, alors qu’une lueur malicieuse brille dans son regard.
- Mais c’est justement en vérifiant comment ça fonctionne, que cela pourrait passer d’une théorie sans fondement à… peut-être une découverte de grande importance ! Cela dit, il y a peut-être d’autres moments pour le tester, vous avez raison…
Puis un léger silence s’installe, vite rompu par la voix de Manius qui, pour la première fois depuis qu’ils se connaissent, se confie. Le sourire de la brune s’amenuise à peine, ne restant en fond que pour lui montrer qu’elle écoute, qu’elle est là. Quand il lui demande si elle se souvient de la beuglante, elle se contente d’hocher lentement la tête. Peu ne s’en souviennent pas… Il ne fallait pas forcément être branché ragots pour avoir entendu parler de l’événement. Un fameux scandale, qui l’avait fait se sentir compatissante à l’égard de la destinataire du bruyant et véhément courrier.
Elle ne comprend pas comment il est encore possible, de nos jours, que certaines familles perpétuent ces traditions archaïques. Ils traitent leurs enfants comme du bétail, juste bon à procréer pour perpétuer leurs lignées. Il est très rare que de bonnes choses résultent de ce genre d’unions imposées. Elle sent peser sur les épaules de son collègue une pression qu’elle n’avait jusque là pas imaginée. Ou peut-être n’avait-elle simplement pas ouvert les yeux. Ophelia attend qu’il ne dise plus rien, et sourit en douceur à sa tentative de diversion. Elle ne s’en offusque pas, comprend que c’est plus facile de dévier du sujet. Sa voix n’est qu’un chuchotement quand elle confirme l’anecdote historique :
- Oui, c’est lui. Mais contrairement à ce veut nous laisser croire l’Histoire, Nagluk n’était pas au courant pour les agissements du mage fou.
Pendant un instant, la sorcière laisse un silence s’installer. Elle voudrait pouvoir se montrer réconfortante, avoir les mots ou les bons gestes… Que ferait Angie ? Elle l’emmènerait très probablement boire un verre, ou deux, ou cinq. Puis elle la prendrait dans ses bras avant de la sermonner pour qu’elle se reprenne, toujours en trouvant les bons mots. Mais l’idée ne semble pas réellement possible avec Manius, ils ne se connaissent pas assez. Elle est touchée par ses mots, par la faute qu’il s’est attribuée, et par le tourment qui semble le ronger. Doucement, elle vient glisser son doigts sur le bord de sa tasse, ça l’aide à réfléchir.
- Je ne suis pas vraiment de celle qui cautionnent ce genre d’alliances, commence-t-elle par admettre pour poser les bases en toute honnêteté. Elles sont forgées dans la peur, le calcul et la prétendue pureté… alors qu’elle ne font que recycler la souffrance sous des noms plus respectables.
Elle espère ne pas le blesser en lui disant cela, mais ne peux pour autant pas jouer faux jeu avec lui. Aussitôt, la brune s’empresse de poursuivre toujours d’une voix douce.
- Ce sont toujours les enfants qui en paient le prix. Des enfants façonnés pour perpétuer des lignées et porter des attentes qui n’auraient jamais dû leur appartenir. Vous n’auriez pas dû avoir à vivre cela, vous non plus, Manius.
Ophelia inspire, comme pour rassembler ce qu’elle va dire.
- Je.. je ne peux pas vous regarder et y voir un bourreau, comme vous le dites. Ce que vous décrivez ressemble davantage à un homme pris dans un engrenage ancien qui a cru sincèrement pouvoir offrir une issue moins cruelle à l'une des siens. Vous avez agi en pensant au bien-être de cette jeune fille. Peut-être maladroitement, peut-être avec les moyens limités que ce monde vous laissait… Mais l’intention était là. Et elle compte.
Tout dans l’expression de son visage laisse transparaître la compassion – et non la pitié – qu’elle ressent pour lui.
- Votre dévotion est admirable, Manius. Mais… commence-t-elle alors qu’un pli de souci lui creuse légèrement le front. Est-ce que vous avez pris le temps de penser à vous ? À votre bonheur, je veux dire. Vous êtes heureux ?
La tête penchée, elle regarde Manius d’un tout nouvel œil, avec un intérêt sincère. L’historienne ne peut s’empêcher de s’en vouloir immédiatement d'avoir trop parlé, de s'être laissée porter par son esprit analytique.
- Pardon, ça ne me regarde peut-être pas, j'ai dépassé les limites… s’excuse-t-elle, embarrassée, en remettant en place la serviette qui a un peu glissé de sa nuque.