Oonagh observe la scène, la baguette encore glissée entre ses doigts, mais sans la moindre précipitation. Son café attend toujours sur la table, probablement en train de tiédir, et c’est peut-être ça le vrai drame de cette matinée. Pourtant, elle ne bouge pas immédiatement. Le tableau est trop improbable pour être ignoré.
Le Chaudron Baveur a toujours son lot d’incidents, mais ce n’est pas tous les jours qu’on commence sa matinée avec un adolescent à la crête mal fixée, échoué en bas des escaliers au même niveau que sa dignité. C’est quelque chose qui reste une bonne distraction appréciable. Elle inspire doucement, une habitude plus qu’un besoin, histoire de donner l’illusion qu’elle hésite. Mais elle sait déjà qu’elle ne va pas juste tourner les talons et le laisser se débrouiller.
Un soupir lui échappe, mais l’exaspération est feinte. Elle ne s’inquiète pas, elle jauge, elle prend le temps. Elle lève sa baguette, mouvement fluide, maîtrisé, sans la moindre urgence. Crever ? Hum. À moins que tu aies un don caché pour exploser en poussière sous l’effet d’une simple chute, je dirais que tu as encore quelques années devant toi. La blonde s’accroupit, ses doigts effleurent brièvement le tissu de son propre manteau avant de se poser sur son genou. Son regard descend vers l’articulation tordue, l’enflure qui commence à marquer la peau. L’angle ne lui plaît pas trop.
Son ton autoritaire revient à la charge. Pose-toi et ne bouge surtout pas. Elle lance ensuite un #[Per Ut-visio] le sort traverse sa rétine en un instant. La structure osseuse s’impose à sa vision, précise, nette. Pas de fracture. Une torsion marquée, mais rien d’irréversible. La blonde hoche la tête, satisfaite. Mauvaise nouvelle : t’as bien bousillé ta cheville. Bonne nouvelle : elle est encore entière et mon métier n’est pas de simplement siroter des cafés. En un instant, Aisling redresse son dos, ajuste distraitement le col de son manteau. Son café l’attend toujours sur la table. Elle pourrait le récupérer, laisser cette histoire se résoudre sans elle, mais ça impliquerait d’écouter un blessé se débattre inutilement pendant les dix prochaines minutes. Elle pointe sa baguette, le geste précis, presque mécanique. Tu vas peut-être sentir quelque chose de froid, mais ça va aider. D’un mouvement léger, la médicomage prononce un Curo As Velnus. La magie s’étend dans l’air, invisible mais tangible. Elle suit son effet sans réellement avoir besoin de le voir, habituée à reconnaître le relâchement imperceptible des muscles lorsqu’ils cessent de crier. S’il a toujours mal, ça va se voir.
Elle garde sa baguette en main, poids familier contre sa paume, chaleur rassurante du bois poli. Oonagh jette un regard aux autres, la lumière du matin filtrant à travers le pub. Bon, maintenant. Si t’es sage, je te fais une attelle magique et je t’aide à marcher jusqu’à l’extérieur, histoire qu’on te prenne en charge correctement. Sinon, tu restes là et j’attends de voir si tu comptes impressionner le sol jusqu’à ce qu’il ait pitié de toi. Un silence s’installe, mais elle ne le remplit pas. Elle laisse planer la question, avant d’ajouter, légère, comme si la décision n’avait aucune importance pour elle. Alors, skater boy. Tu préfères quoi ? Fusionner avec les escaliers ?