



Propriétaire de la Tête de Sanglier 118 ans Sang-Mêlé·e Britannique Notoriété






Informations
Homme - Diplômé•e
Groupes
Capacités Spéciales
Il était vingt-deux heures trente passées. Karl était derrière son comptoir, les bras tendus devant lui, jambes en arrière, en train de faire ses étirements. Dans la taverne, il n'y avait plus grand-monde.
Lewis, le jeune employé de vingt-cinq ans, apportait ce qui serait sans doute les derniers verres de la soirée. Un groupe de jeunes adultes, sans doute tout fraîchement sortis de Poudlard, jouaient des coudes pour tenir tous les huit autour d'une petite table ronde en bois. Ils parlaient fort, riaient fort, faisaient parfois de grands gestes au risque d'éborgner leur voisin un peu trop proche... bref, des jeunes quoi. Karl ne le dirait jamais assez : les jeunes, de nos jours, ça n'a plus d'respect pour rien ! Et surtout pas pour ses pauvres oreilles à plus de vingt-deux heures trente.
Une vieille femme, apparemment malheureuse si on en croyait sa mine défaite, enchaînait les bièraubeurres depuis près d'une heure. Elle était installée dans un coin, dos contre le mur, et Lewis l'entendait renifler à intervalles réguliers lorsqu'il circulait dans la salle pour apporter des commandes ou récupérer des verres vides. Une fois, il lui avait même gentiment proposé un mouchoir mais la vieille avait refusé de sa voix rauque. Il n'avait pas insisté, espérant seulement qu'elle ne cracherait pas sa morve sur le mobilier. Après, c'est à lui que Karl demanderait de nettoyer, il en était sûr !
Des cinquantenaires, a priori un couple au vu des yeux doux qu'ils se lançaient et des propos susurrés qui les faisaient glousser, sirotaient leur verre d'hydromel. Karl ne savait plus depuis combien de temps ils étaient là et ils n'avaient toujours pas fini leur verre. Par Merlin, comment peut-on autant laisser traîner de bonnes rasades d'alcool ?! Si ça ne tenait qu'à lui, il aurait terminé leur boisson cul-sec ! Fallait leur apprendre à boire !
Quelques autres personnes, plus ou moins éméchées, entamaient la clôture de leur soirée à la Tête de Sanglier. Il était temps pour eux de rentrer au bercail -parfois pour continuer la soirée dans la chaleur d'un appartement de Pré-au-lard.
Tout en faisant ses étirements, que sa fidèle clientèle avait l'habitude de voir, Karl gardait un oeil sur deux hommes âgés d'une trentaine d'année.
Il ne connaissait pas leur nom mais savait qu'ils venaient régulièrement tard dans la soirée. Au début, il n'avait pas fait attention à eux. Ils commandaient, ils consommaient, c'était bien.
Puis il avait commencé à remarquer que, parfois, une troisième personne les rejoignait. Celle-ci ne commandait jamais, s'asseyait à peine, repartait presque aussitôt et ne revenait pas. C'était arrivé une fois, puis deux, puis trois. Au bout de la quatrième, Karl s'était décidé : il était allé voir les deux hommes et leur avait dit, mot pour mot "on n'est pas chez vous ici, si quelqu'un entre, il consomme ! Sinon, j'le fous dehors de mes propres mains ! Faites passer le mot aux suivants".
Lewis lui avait dit, plus tard, qu'il n'aurait jamais osé les aborder ainsi. Qui sait de quoi ils étaient capables. Ce à quoi le vieux Karl avait répondu qu'eux non plus ne savaient pas de quoi lui était capable.
Bref, les deux hommes s'étaient pliés au règlement et depuis, le troisième individu consommait. Voilà une affaire qui roule !
Jusqu'à ce que Karl commence à se poser des questions sur ces rendez-vous nocturne.
Jusqu'à ce qu'il aperçoive, de façon totalement hasardeuse, quelques petites pastilles vertes enroulées dans un mouchoir passer d'une paire de mains à l'autre.
Devant Lewis, après la fermeture du bar, il s'était emporté.
Du trafic, dans son respectable établissement ?! Non mais, et puis quoi encore ?! Ils n'allaient pas lui bousiller sa réputation, ces salaupiauds !
Au début, il avait envisagé les foutre à la porte la prochaine fois qu'ils pointraient à nouveau leur nez dans l'établissement. Puis il s'était ravisé. Cette affaire pourrait bien tourner en sa faveur. Ecoutez-donc sa logique : quelques mois auparavant, il avait appris de la bouche de son ami Kaelen que le gouvernement le suspectait de ne pas être un vieil homme respectable en raison des réunions totalement légales qu'il organisait dans son établissement une fois par mois. Et si, grâce à lui, le même Kaelen parvenait à coincer quelques trafiquants de kiwicot voire arrivait à remonter jusqu'au labo de fabrication ? La carrière de son ami s'en porterait bien et lui, Karl Mitch, prouverait qu'il est un respectable citoyen, en vertu de quoi il fallait lui foutre la paix sur ses activités annexes ! Et puis, si sa réputation de héros de la nation pouvait encore perdurer un peu... Parce qu'elle était désormais loin, la coupe du monde de Quidditch où il s'était particulièrement démarqué en affrontant si brillamment un Feudeymon.
Il avait donc écrit à son ami Kaelen.
Il l'avait convié à venir à la Tête de Sanglier, avec sa tête la moins Auror possible histoire qu'il ne soit pas cramé dès son arrivée. Il n'avait pas donné beaucoup de détails, avait seulement signifié qu'il devait venir en forme parce qu'une petite filature n'était pas exclue, qu'il avait probablement un bon filon à lui refiler.
La lettre était partie. Il attendait. Il espérait que Kaelen répondrait à l'invitation. Et qu'il avait des talents pour se faire passer pour qui il n'était pas.