Amanda ne comprend pas pourquoi l'autre a l'air suspicieux. A-t-elle la tête d'une menteuse ? Alors même qu'elle ne dit que la stricte vérité, elle se sent aussi mal à l'aise que si elle avait effrontément menti et préparait un sale coup en douce.
Puis ses traits se décrispent un peu lorsque l'élève éclate de rire et avoue la faire marcher.
Bon, a priori, elle a vraiment la tête de l'élève sage, comme elle pense l'être. Les bêtises, ça n'a jamais été son fort. Parfois, ça ne lui traverse même pas l'esprit. Et puis, quand elle était plus jeune, elle a rapidement appris qu'il ne fallait pas marcher en dehors des sentiers battus pour ne pas en payer les conséquences -ou plutôt pour que maman n'en paie pas les conséquences. Alors elle a toujours veillé à tout bien faire comme il fallait à chaque instant.
Son interlocuteur lui explique son plan et Amanda est surprise qu'il lui révèle de façon aussi naturelle ses intentions. N'a-t-il pas peur qu'elle le balance à un quelconque autorité de ce château ? En vérité, elle ne le ferait pas. Parce qu'elle estime que ça ne la concerne pas vraiment, ce que font les autres. Et puis ça a l'air un peu marrant, son idée. Elle a fait une fois du patin à glace avec Philippe, son beau-père. Elle s'est pas mal cassé la figure mais c'était rigolo. Cette sensation de glisser avec l'idée de pouvoir s'élancer à l'infini -si la patinoire n'était pas un espace clos. Malgré les chutes et les pertes d'équilibre, la douce sensation de liberté.
Amanda se perd un peu dans ses pensées, n'entendant que d'une oreille l'autre élève qui lui demande si elle sait lancer un Aguamenti.
Elle vogue un instant dans ses souvenirs et ce que l'évocation d'une patinoire lui renvoie.
Puis l'autre devient insistant, elle sursaute, se secoue mentalement, bredouille.
-Euh... beh... ou... oui... je sais...
Enfin, en théorie, elle sait.
Mais en pratique... elle ne lance pas souvent des sorts en dehors des cours. Doux euphémisme pour dire jamais. Ce n'est pas tellement autorisé. Et créer une patinoire dans un couloir de l'école l'est encore moins.
Elle fixe l'étudiant plus âgé pendant quelques secondes.
Elle comprend soudainement qu'il veut l'embarquer avec lui dans sa connerie. Elle sent son pouls accélérer. Le doux interdit qui lui tend les bras, séducteur. Elle n'a jamais rien enfreint en termes de règlement. Elle éprouve pourtant une certaine fascination pour ceux qui le font, se demandant pourquoi ils le font et s'ils n'ont pas peur de se faire attraper.
Et là, un élève qu'elle ne connaît ni d'Eve ni d'Adam lui propose de prendre part à se bêtise à venir ? Quelle idée saugrenue ! Mais elle est curieuse.
Curieuse déjà de voir si elle peut lancer un sort réussi en dehors du cadre scolaire.
Regardant au-dessus de son épaule afin de vérifier que personne ne vienne, elle saisit sa baguette et fait un premier test.
Aguamenti !
Un filet d'eau d'une puissance moyenne surgit de la baguette d'Amanda. Celle-ci, surprise d'avoir réussi du premier coup, ne peut s'empêcher d'avoir un petit mouvement qui dirige sa baguette sur le jeune homme face à elle, lequel se retrouve trempé au niveau des cuisses. Devenue toute rouge, la Poufsouffle s'excuse :
-Oups... pardon j'ai pas fait exprès...!