La nouvelle année approche à grands pas. Dans quelques jours, ils seront des milliers, des millions à crier joyeusement bonne année tout en sachant pertinemment qu'elle ne sera pas forcément meilleure que celle qui vient de s'écouler. La nuit du 31 décembre au 1er janvier est toujours le moment où on s'autorise un peu d'espoir, un peu d'optimisme avant de se remettre à bougonner le 2 janvier.
Comme chaque fois, je décide de prendre quelques jours pour faire le bilan de ces mois écoulés et mettre de l'ordre chez moi. Des petits coups de baguette par-ci par-là, j'ai activé les appareils ménagers pour faire place nette en vue de l'année à venir.
Puis je me suis penchée sur mon livre de comptes pour y inscrire le dernier montant de 2124. Vidant ma tire-lire pour en compter les petits billets, j'ai minutieusement tout reporté, accompagné d'une copie de chaque facture que j'ai adressée aux clients.
On peut dire que les affaires ont plutôt bien roulé. A croire le mysticisme ne mourra jamais. On a beau dire qu'on devient plus rationnel, plus sceptiques, il y a toujours des gens pour y croire. Parfois, c'est l'unique chose à laquelle ils peuvent se raccrocher pour continuer d'avancer. Lorsqu'une perte, un deuil est trop difficile à surmonter, on se console en imaginant une autre vie, au-delà. Et plus encore, on garde l'espoir de pouvoir, un jour, échanger à nouveau quelques mots avec le défunt par l'intermédiaire de gens comme moi. Sauf que dans mon cas, je sais bien que je ne leur cause pas, aux morts. Je ne dis que ce que les gens veulent entendre. Et ils sont contents. Et ils paient. C'est surtout ça l'important.
Après avoir rempli mon livre de compte, je me suis dit qu'il serait temps d'aller mettre tout ça dans le coffre à Gringotts. Echanger les livres sterling contre des gallions et tout planquer bien au chaud, pour le moment où j'en aurai besoin.
Sortant de mon appartement, je dévale les marches et ouvre à grande volées la porte menant à l'extérieur.
La vie du Chemin de Traverse me rattrape, ses voix, ses sons de pas et d'animaux qu'on transporte en cage, ses sorciers étranges, courbés, taiseux, qui vous regardent passer d'un oeil mauvais. Sans doute qu'ils ne vont pas tarder à se rappeler le chemin de l'Allée des Embrumes et aller faire un saut dans leurs boutiques favorites là-bas.
Ajustant ma cape violette sur mes épaules, je me mets en route vers Gringotts.
Je trouve l'atmosphère plutôt douce pour une fin décembre.
Je zigzague entre des passants faisant du lèche-vitrine, manque de rentrer dans un gamin qui sautille gaiement en mangeant une tartelette à la couleur douteuse et m'arrête un instant devant la Boutique de l'Apothicaire. Je songe qu'il faudra que je fasse le point sur ce qu'il me reste en termes d'ingrédients de potion et que je refasse le plein. Mais je ne l'ai pas fait avant de partir, trop pressée que j'étais d'aller déposer mon argent à Gringotts. Je me le note dans un coin de ma tête.
J'ai toujours aimé les potions. La minutie et la rigueur demandée. Le mystère de la voir se mélanger sans savoir si, réellement, elle aura l'effet escompté. Le petit pincement au ventre à l'idée que ça puisse exploser. Tant d'émotions en une seule activité.
Trottinant d'un bon pas, j'aperçois bientôt Gringotts.
Je glisse ma main dans la poche de ma veste pour m'assurer de la présence de mes billets.
Y'a pas à dire, voilà une bonne fin d'année. Plus qu'à espérer que la suivante sera à la hauteur.