RP avec @Morphée
Une main d'enfant dans chacune des miennes, je me faufile entre les badauds londoniens. Les rues sont agitées, comme chaque jour en cette capitale qui brasse des gens par milliers.
Il est dix-sept heures et des poussières. A cette heure-là, on croise des sortants de bureaux, attaché-case en main, manteau impeccablement cintré sur leur personne. Des joggers qui ont fini plus tôt le boulot et ont enchaîné avec leur séance de sport quotidienne ou hebdomadaire. Des touristes, parce qu'il y en a toujours quelle que soit la période, le temps ou le jour de la semaine. Des parents avec enfants qui gambadent sur le trottoir gris, déblatérant les dernières nouvelles de leur cour d'école.
Je suis presque dans cette dernière catégorie.
Devon et Samir, mes neveux, me suivent tout en babillant, ne s'écoutant pas entre eux et ne comprenant pas que je ne peux pas suivre deux conversations à la fois.
D'un côté j'entends des histoires de billes colorées, d'un téléphone portable qui a circulé en douce alors que la directrice avait bien dit pas de téléphone dans l'école, de trucmuche qui est tombé et qui a pleuré très très fort avec son genou tout rouge. De l'autre, j'entends que ben machin est amoureuse de bidule, tout le monde le sait mais elle veut pas l'avouer et que bidule-chouette a trouvé une vidéo très drôle qu'il a montré à tous les copains, rah lala, si j'avais vu ça...
J'aime beaucoup mes neveux. Mais parfois, ils me saoulent un peu avec leurs bavardages d'enfants excessifs.
Nahid, ma soeur, a insisté pour les scolariser dans leur école moldue de quartier. Pas question de leur faire cours à la maison sous prétexte qu'ils ne feront jamais le collège avec leurs camarades !
Samir a 10 ans, bientôt 11. En septembre, il rentrera à Poudlard, quittant la cour d'école et les copains. Je ne sais pas s'il en a conscience.
Devon est plus jeune -8 ans. Il encore quelques années devant lui.
Habituellement, c'est Farid, le mari de ma soeur, qui les récupère à l'école. Mais cette fois-ci, il a un empêchement. Aussi, Nahid m'a demandé si je pouvais m'en charger et les conduire jusqu'à Ste Mangouste où elle les récupèrera après son dernier rendez-vous de la journée.
Elle a volontairement écourté sa journée -sinon, elle peut y être jusqu'à dix-neuf, vingt heures. Une acharnée du travail comme elle, on n'en fait pas deux. Il y a quatre mois, elle a accouché d'une petite Shirin. Mais la voilà déjà repartie comme en quarante, ne pouvant pas se passer de son boulot trop longtemps.
Farid a décidé de prendre un congé parental pour s'occuper de la petite, qu'il confie occasionnellement à une nounou lorsqu'il est attendu ailleurs comme aujourd'hui.
C'est pourquoi je me retrouve à indiquer au mannequin que je souhaite voir ma soeur qui bosse au 4ème étage, dans le service de pathologie des sortilèges.
Nous franchissons le seuil de la porte et nous nous retrouvons dans l'immense hall de l'hôpital.
Les garçons connaissent bien le chemin apparemment car ils lâchent ma main et se précipitent vers l'escalier dont ils gravissent les marches deux à deux. Bon, ils s'épuisent après le premier étage et reprennent un rythme moins soutenu.
Arrivés au 4ème, je me mets en quête de ma soeur.
J'arrête une femme en blouse dans le couloir et lui demande si elle sait où se trouve Nahid Tehrani. Elle me répond qu'elle est encore en consultation et me désigne d'un geste un espace où se trouvent des fauteuil sur lesquels nous pouvons patienter.
D'une impulsion, j'indique à mes neveux d'aller s'asseoir en attendant que leur mère arrive.
Samir se jette littéralement dans un fauteuil, haletant qu'on a trop marché -il a surtout monté les marches trop vite.
Devon le suit mais s'arrête en cours de route au beau milieu du couloir.
Je le vois, le regard levé sur un type qui arrive face à nous. Ce qu'on peut dire de lui : absolument pas passepartout. Un maquillage affirmé, un style excentrique, de la couleur, beaucoup de couleur. Rien à voir avec tous les gens qu'on a pu croiser jusque-là.
Je m'apprête à dire à Devon d'aller s'asseoir et dégager la place dans le couloir. Mais je n'en ai pas le temps car il s'avance vers l'inconnu et s'exclame :
-Waaah j'aime trop ton style !
...
Les gamins. Que voulez-vous ? Ils sont honnêtes et spontanés.
Je le rejoins, pose une main sur son épaule.
-Voyons, Devon, on n'aborde pas les gens qu'on ne connaît pas comme ça !
Mes yeux se lève sur notre interlocuteur et je m'autorise à ajouter :
-Même si c'est vrai que vous avez un sacré style.