Miranda a dit : "allez, viens, ça va être chouette ! Tu vas voir, Pré-au-lard c'est trop cool !"
Et Amanda a cédé.
Jusque-là, la curiosité n'a pas pris le pas sur la timidité et la peur de faire quelque chose de nouveau. Mais aujourd'hui, Miranda a été tellement insistante qu'elle l'a convaincue. Et tout ça pour quoi ? Pour s'échapper, une fois arrivées aux Trois Balais.
Elles ont passé le pas de la porte, Miranda assurant que cette auberge était THE place to be, l'endroit accueillant par définition, là où tous les étudiants voulant se retrouver autour d'un verre se rendent.
Amanda a trouvé l'ambiance effectivement chaleureuse. Un peu feutrée, rassurante. Quelques personnes déjà installées, parfois seules, parfois en groupe. Des allers-retours au rythme de la cloche d'entrée qui tintinnabule.
Elles se sont installées à une table, attendant que quelqu'un vienne prendre leur commande. Et tout à coup, Miranda a semblé voir quelque chose -ou quelqu'un- à travers la fenêtre. Elle s'est levée, l'air gêné, a dit qu'elle n'avait pas prévu ça mais qu'elle devait y aller. Elle lui a assuré revenir rapidement et lui a recommandé de l'attendre. Sans une explication supplémentaire, la jeune Poufsouffle s'est éclipsée, faisant à nouveau tintinnabuler la cloche sur son passage.
Voilà comme Amanda s'est retrouvée, comme une idiote, assise seule à une table, désoeuvrée.
Elle est immobile, comme sous le choc.
Elle ne s'attendait pas à ce que sa première sortie à Pré-au-lard se passe ainsi.
Les mains posées entre ses genoux, sous la table, elle se sent minuscule sans cette présence connue et familière. Epaules rentrées vers l'intérieur, dos légèrement voûté, mille et une pensées traversent son esprit. Elle ne sait vraiment pas si elle va faire comme le lui a dit Miranda et l'attendre ici. Seule, elle ne se sent pas à sa place. Elle...
-Qu'est-ce que je peux te servir ? demande une voix douce.
Amanda relève la tête et voix une femme la regarder avec bienveillance.
Miranda lui a dit, lorsqu'elles sont entrées, que c'est Miss Bergame, la gérante, et qu'elle est gentille, en tout cas, elle l'a toujours été lorsque la jeune élève s'est rendue aux Trois Balais.
-Euh... je... ben... bafouille la Poufsouffle.
Elle s'emmêle les pinceaux, rougit, ne sait plus où se mettre. Elle a envie de disparaître, s'enfoncer sous terre et maudit très fortement son amie de l'avoir mise en une telle situation.
-Est-ce qu'un chocolat chaud ça te dit ?
La gérante la sauve de son indécision. Amanda hoche vigoureusement la tête et la regarde s'éloigner vers le comptoir.
Ses yeux balaient rapidement la salle. Elle se demande si certaines personnes ont vu son malaise. Mais personne ne semble faire attention à elle.
Sur une table voisine, elle remarque une jeune femme, étudiante mais plus âgée qu'elle. Seule, avec son livre. Elle ne paraît pas dérangée par le fait d'être seule. Sans doute qu'elle a l'habitude.
En soi, Amanda aussi, aime ces moments de solitude. Mais elle n'aime pas avoir été lâchée aux yeux de tous par son amie.
Miss Bergame revient et pose une grande tasse de chocolat chaud devant la jeune fille, le tout ponctué d'un "et voilàààà". Les effluves du cacao et la chaleur qui s'en dégage la réconfortent aussitôt. Elle pose ses mains autour de la tasse, comme pour mieux se réchauffer. Elle frissonne. Quelle première sortie à Pré-au-lard.
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Isaya Bergame s'éloigne de la jeune élève visiblement perturbée par quelque chose. Elle sait reconnaître les jeunes mal à l'aise et celle-ci bat des records dans le domaine. Elle se demande si elle va réellement bien, si elle ne cache pas un malaise plus profond.
Alors qu'elle s'apprête à retourner derrière le comptoir, son regard accroche une autre étudiante, plus âgée et seule. Il lui semble l'avoir déjà vue aux Trois Balais, ce qui ne serait pas étonnant car beaucoup d'élèves viennent ici. Ca doit leur paraître plus accueillant et convivial que la Tête de Sanglier avec ce petit ronchon de Mitch.
Elle s'approche de l'étudiante en question et lance :
-Tu es de Poudlard, non ? Tu connais cette jeune fille ? Elle n'a pas l'air bien, je ne sais pas s'il faut s'inquiéter. Peut-être que si tu lui parlais, elle t'en dirais plus. En tout cas, je suis derrière le comptoir. Si tu penses qu'il se passe quelque chose de grave, n'hésite pas à venir me voir.
Elle se dit que la jeune demoiselle parlera peut-être plus facilement à l'un de ses pairs qu'à une adulte surgie de nulle part. Elle espère que son message sera reçu par l'étudiante plus âgée.