RP avec Nikolaï Polyanski
@Azaël
Le parc de Poudlard s’étirait sous un ciel pâle, caressé de nuages paresseux qui dérivaient avec l’indolence de chats bien nourris. L’herbe, encore perlée de la rosée matinale, s’inclinait sous la caresse du vent, exhalant un parfum d’humus et de terre humide. Au loin, le lac miroitait comme une lame de verre poli, ses reflets trahissant la présence furtive des strangulots sous la surface.
L’aube enveloppait encore le paysage d’une lumière diaphane, hésitante, comme si le soleil lui-même n’était pas certain de vouloir se lever. L’air portait cette fraîcheur coupante propre aux matins naissants, une morsure délicate sur la peau encore ensommeillée.
Au milieu de cette fresque vivante, Tegan, tout en jambes et en éclats de rire, défiait la gravité. Une corde à sauter tournoyait dans l’air avec un sifflement net, rasant parfois les pointes de ses baskets usées. Ses pieds effleuraient le sol, ne s’y attardaient jamais bien longtemps, tels des moineaux insaisissables. Hop ! Un saut précis, une boucle parfaite. Hop ! Un écart trop ambitieux, un emmêlement soudain. Elle trébucha, manqua de s’affaler, mais se rattrapa d’un mouvement souple, tout en poussant un soupir faussement dramatique.
Ses cheveux, d’ordinaire disciplinés en une masse bouclée, vivaient leur propre révolution, soulevés en une gerbe changeante à chaque bond. Tour à tour bleu électrique, rose fuchsia ou parsemés de mèches argentées scintillantes, ils semblaient répondre à ses sauts avec un enthousiasme coloré. Leurs variations accompagnaient les expressions de son visage : éclatants et vibrants lorsqu’elle riait, ternis et confus lorsqu’elle trébuchait. Ses yeux, d’un vert mousseux d’habitude tranquille, pétillaient à présent d’un éclat électrisé, reflétant l’excitation de son jeu.
Autour d’elle, le parc vibrait d’une vie propre. Les feuilles frémissaient, prises d’une curiosité contagieuse, tandis qu’un corbeau perché sur une souche inclinait la tête, comme s’il tentait de comprendre ce rituel étrange. Même le saule cogneur, ce grand atrabilaire végétal, suspendait un instant ses mouvements, ses branches figées dans une hésitation presque respectueuse.
Un dernier saut. Tegan accéléra, le souffle court, la corde devenant une traînée floue autour d’elle. Elle enchaîna les bonds avec une précision féline, sentant l’air se comprimer dans ses poumons, le cœur battre en cadence avec ses pieds. Puis — le faux pas. La corde s’emmêla dans ses chevilles, et elle s’effondra en arrière, s’écrasant sur l’herbe moelleuse avec un bruit mat.
Un instant de silence. Puis un rire fusa, libre et sonore, ricochant entre les arbres. Tegan se redressa sur les coudes, secoua les mèches folles de son visage, et leva les yeux vers le château. Ses tours gothiques se dressaient fièrement, impassibles face à son chaos organisé. Elle imaginait sans peine les tableaux bougons de la Grande Salle secouant la tête devant tant d’agitation inutile. Mais qu’importait ? Elle n’échangerait cette sensation de légèreté pour rien au monde.
Elle se laissa retomber dans l’herbe, savourant la morsure revigorante du matin sur sa peau, les paupières mi-closes. Un ouragan nommé Tegan Thornfield venait de traverser le parc, et il reviendrait demain, toujours aussi indomptable.