Il avait réagi vite, trop vite peut-être. La précipitation dictée par l’adrénaline avait pris le pas sur la lucidité, et le Metalo Scencio s’était égaré. Il n’atteignit ni le trafiquant de gauche, ni celui de droite.
Mais bien l’acromentule.
Un grognement agacé lui échappa alors que la créature, déjà lourdement blessée, se retrouvait entravée par des mailles métalliques qui achevèrent de l’immobiliser. Si cela aurait pu être une bonne nouvelle quelques secondes plus tôt, à présent, cela sonnait comme un cruel gaspillage.
L’instant de flottement fut fatal.
Les deux trafiquants se relevèrent, plus furieux que jamais, les baguettes levées. Kaelen serra la sienne dans sa main, prêt à encaisser, à contre-attaquer, à corriger le tir. Mais Karl fut le plus rapide : Radicis Perfidum claqua dans l’air, et des racines surgirent du plancher pour se nouer autour de l’un des hommes.
Bonne pioche. Partielle, certes, car les bras du malfrat restaient libres, et il n’eut besoin que d’un mot pour riposter.
— Obstringere.
Kaelen sentit aussitôt la pression s’intensifier sur son corps. Ses vêtements se tordirent contre lui comme s’ils cherchaient à l’étrangler. La cape se resserra brusquement sur sa gorge, sa chemise lui plaqua les bras contre les flancs. Il vacilla, mais tint bon.
Le sort était mal maîtrisé, le pouvoir de son adversaire insuffisant pour l’immobiliser totalement — pas encore. Mais ça ne durerait pas. Il devait frapper, et vite.
D’un mouvement vif du poignet, il visa l’homme toujours libre de ses gestes, le regard dur.
— Vicero !
Pas le temps de tisser, d’immobiliser. Il fallait frapper fort, déséquilibrer, renverser l’avantage. La puissance brute d’un sort bien placé valait mieux que toutes les chaînes manquées.
Le sort frappe le trafiquant de plein fouet. Instantanément, il pousse un hurlement glaçant, les yeux écarquillés d’horreur en voyant ses entrailles — ou ce qu’il croit être ses entrailles — glisser hors de son abdomen. Il tombe à genoux, tremblant, pâle comme la mort, totalement paralysé par la panique. Incapable de distinguer la réalité de l’illusion, il est hors combat, frappé par une terreur viscérale dont il ne se remettra pas de sitôt.