Harry Potter RPG

[En Cours]
Éprouver le quotidien Dans le salon, vendredi 08 février 2126

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 16/02/2026 à 03:19

— J'accepte ton invitation, Caecilia Fawley.

 

Plus tard, quand après la comédie musicale se poursuit celle des époux impossibles, Manius se voit répondre par un petit rire à sa demande. Il a encore sauté les étapes. La soirée ne se terminera pas sur le rythme effréné qu'il s'est figuré sur un coup de tête mais dans une ambiance plus classique, plus propice à permettre aux danseurs d'apprendre à suivre les pas l'une de l'autre. D'un hochement de tête, le sorcier approuve la marche. Cela lui permettra de dompter son ardeur et de renouer avec le calme.

 

— Tu as dit que tu voulais danser, restons sur quelque chose que tu connais pour ce soir. Et puis on m'a fait savoir récemment que je n'ai pas vocation à être professeur, plaisante-t-il sans amertume, s'essayant à l'humour.

 

La main de Caecilia dans la sienne. Une première que de se promener ainsi comme deux vrais amoureux sous un crépuscule urbain. Manius s'en veut de ne pas apprécier le geste à sa juste valeur. Tous les efforts du monde seront-ils jamais suffisants pour vivre aux côtés de la personne dans laquelle il a cru voir l'envie de le tuer sous le coup d'une jalousie qu'il ne comprenait même pas et qui avait déclaré sans équivoque qu'il la dégoûtait ? À quoi rime cette comédie-là s'il lui inspire tant de rejet et si son propre cœur s'est fermé à cette formidable sorcière, exécrable épouse ?

 

Mais pour l'heure, tout va bien. Ils jouent leurs rôles. Celui des mariés du moins. À la crainte de Caecilia concernant la parenté s'ajoute la résolution catégorique de Manius de ne pas engendrer d'enfant dans une union aussi bancale, avec une femme qu'il doit réapprendre à aimer. Dire que s'ils sont là, c'est parce qu'il est revenu pour satisfaire à la demande d'un héritier qui ne verra finalement jamais le jour. La question qui tombe de nulle part, comme c'est toujours un peu le cas avec sa moitié, prend encore l'historien au dépourvu.

 

— Mais, on n'est pas des... hum.

 

Cela fait sens. Les prédispositions dramatiques de la jeune femme, sa vie d'épreuves et de peines, celle qu'elle essaie de se réapproprier aux côtés d'un homme dont elle n'a jamais voulu. Comment se termine cette pièce-là ? Protagoniste de sa propre histoire, Les mésaventures de Caecilia. Une tragédie en cinq actes. Mais quelle distribution pour les rôles ?

 

— Si on était des personnages de théâtre, je serais l'antagoniste. Tu crois que le public voudrait voir l'héroïne à son bras ?

 

Non, ce que le public souhaiterait c'est voir l'amour impossible revenir à sa promise. Ce serait de retrouver Emfield lors de la dernière scène qui vient emmener sa dulcinée à dos d'abraxan et qui s'envole avec elle vers de meilleurs lendemains. Mais alors qu'il se croyait en paix avec l'idée d'une Caecilia dont le cœur appartiendrait toujours à son premier amour, imaginer ce scénario révulse l'estomac de Manius.

 

— J'espère que le public voudrait voir ça. Ça aurait le mérite d'être inattendu.

 

Une courte réflexion. Tout ça n'est qu'hypothétique. Et puis, pourquoi se contenter de jouer un rôle ?

 

— Mais on n'est pas des personnages de théâtre. On n'a pas de scénario imposé. Tu préfères pas décider du dénouement ?

 

Oui. Que fera Caecilia pour reprendre les rênes de la narration entre ses mains et quelle fin voudra-t-elle vivre ? Que se passerait-il si les personnages d'une pièce réalisaient qu'ils disposent de leur libre arbitre et décidaient de s'emparer de la scène, de ne plus se soucier du public et de faire un pied-de-nez au dramaturge qui croyait décider pour eux ? Manius brûlait de connaître la réponse de Caecilia. Du même feu qui le consumait quand la curiosité lui donnait la fièvre de la découverte. C'est qu'elle est surprenante, cette épouse. 

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 16/02/2026 à 08:14

Caecilia Fawley, elle commence à s’habituer aux syllabes étranges déployées à travers le timbre du sorcier. Fawley, l’est-elle vraiment plus que Rowle ? Combien d’années encore avant le point de bascule ? Celui où elle aura passé plus de temps sous une étiquette que la précédente. Trente ans, ça lui paraît être une éternité. S’ils tiennent jusque-là, du moins, il faut encore s’accrocher.

 

La tireuse a l’espoir fou ce soir de tenir bon. Depuis leur joute verbale du matin, pas un mot plus haut que l’autre, et même peut-être un certain

Plaisir ?

Elle n’oserait pas s’avancer. Peut-être est-ce simplement sa présence qui la froisse un peu moins ? La douceur d’une main qu’elle a appris à tenir, un corps qui lui rappelle quelques instants de tendresse ? Elle ramasse les qualités éparses de Manius, tout ce qui peut la toucher, dans un petit panier dont elle bouche maladroitement les trous avec un brin de bonne volonté.

Et après ?

 

La remarque sur son refus à Poudlard ne la fait pas rire, elle serre les doigts de l’historien dans les siens. Caecilia méprise le directeur qui a osé rejeter son mari, comme si l’affront la touchait directement. Elle sent soudain qu’elle pourrait bien débarquer, Eleftheria à la main dans l’école de son adolescence pour aller dire deux mots à cette bande de pédagogues en carton mal dégrossie qui pense avoir le monopole des compétences intellectuelles. Un établissement qui a gentiment, lui aussi, fermé les yeux sur des arrangements illégaux, qui n’a pas sourcillé pour protéger une jeune élève mineure mariée de force. Plus convaincu, sans doute, que l’escapade innocente de deux adolescents en émois dans une salle de bain relevait d’un terrible péché.

 

Ce sont des crétins, tu seras un super prof, déplore-t-elle avec peut-être plus de venin dans la voix que la douceur qu’elle imaginait offrir. 

Est-ce que l’historien voudrait prendre un bain avec elle ?

 

Caecilia se retient de sourire, puis de lever ses yeux aux cieux devant le début de réponse cartésienne que lui cuisine son mari. Les paroles de ce dernier l’étonnent, elle tourne vers lui des yeux subitement intéressés de découvrir son point de vue. Il était une fois deux jeunes gens. Un antagoniste ? Manius ? Qui s’aimaient très fort. Elle se rend compte que cela fait quelque temps que toute la haine dont elle est capable ne se dirige plus vraiment vers son mari. Depuis quand ? Un jour, on maria la jeune fille contre son gré. Alors, c’est ça, elle tombe amoureuse de son geôlier ?

 

Il a raison.

Manius est l’antagoniste de son histoire d’amour avec Scott Emfield.

Il est presque étrange qu’elle ait oublié cette version.

Presque.

O-phe-li-a.

 

Elle n’est pas la seule à décider, ne l’est plus. Il lui faut négocier avec son cœur et son esprit et puis à présent ceux de son mari qui ne sont pas indifférents à d’autres yeux doux. Caecilia n’est plus sûre d’être l'héroïne de sa propre pièce, parfois, elle se sent elle-même opposante d'une autre histoire : celle d’un historien et de sa charmante bibliothécaire.

 

Peu importe qu’elle essaie d’arrêter de fumer, de s’énerver, qu’elle tente de jouer le jeu de la femme mariée, ne plus se perdre dans d’autres bras, garder cette alliance fichée à son doigt. Elle a l’impression que tout lui échappe quand même, pire : que ses efforts pour se rapprocher de Manius le repoussent tout droit entre d’autres doigts.

 

Ses yeux pervenche un peu fanés.

 

Elle s’arrête brusquement, malgré la circulation, les bruits de klaxons, au milieu de la route pour jouer ce qu’elle sait faire de mieux, un nouvel acte dramatique : je t’ai déjà choisi Manius. Main droite dans la gauche, main gauche dans la droite. Le voit-il ce putain d’anneau qu’elle lui a remis ? Les gens peuvent bien s’énerver qu’elle ne cède pas le passage, elle ne voit que lui. Maintenant, je les lèvres pincées pour ne pas laisser sortir le cœur au bord, j’ai peur que toi tu ne me choisisses plus. Et puis de décamper de la route pour éviter l’affrontement des automobilistes fatigués, le trainer avec elle, par les mains lié.

A-t-il fini par trouver des raisons de l'aimer ?

 

Non, peut-être qu’au fond, elle ne l’intéresse déjà plus.

Comme elle n’intéresse plus Emfield qui a choisi la stabilité à l’intensité.

Ces hommes-là ne cherchent pas le feu, ils se fatiguent de Caecilia.

 

Elle aimerait que Manius soit moins honnête pour lui mentir droit dans les yeux, comme son Gryffondor avant lui. Elle voudrait faire semblant d’y croire, penser qu’il peut être heureux à ses côtés et qu’elle parviendra à s’en accommoder.

Ne surtout pas être seule, jamais, plus jamais.

 

Personne ne voudrait me voir terminer avec Emfield, ajoute-t-elle en retenant ses traitres de larmes. Il va être papa, s’il revient vers moi, elle s’interrompt d’un petit rire sans joie, ce serait vraiment une merde. En vérité ça l’est déjà. Et puis, la vérité brise sa voix, ces dernières années, on ne valait pas mieux que mes parents. Violences physiques et psychologiques des amants désespérés. L’explosion quand il l’avait appelée Vanessa, le chantage affectif, des ébats qui laissent des bleus sur le corps. Un modèle parfaitement fonctionnel, le confort des souvenirs d’enfance.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 16/02/2026 à 19:24

Pour la seconde fois, Caecilia dirige ses paroles acerbes vers le directeur Woodcraft. À croire qu'elle en veut vraiment à celui-ci de ne pas avoir octroyé le poste à Manius. Sauf que cette fois, l'historien entrevoit une raison peut-être. S'il était devenu professeur, il n'aurait probablement jamais remis les pieds au musée et développé ce quelque chose avec Ophelia qui, en dépit de tout, semblait intensément déranger Caecilia.

 

— Je ne serai pas prof du tout, surtout. Mais merci pour tes encouragements. Ça me fait plaisir.

 

Si le sorcier essaie de s'habituer aux surprises que sa femme semble tant aimer poser çà et là dans leur vie et leur couple, il n'est quand même pas très à l'aise quand cette dernière s'arrête au milieu de la chaussée, les époux cernés de ces grosses caisses métalliques moldues que Manius ne connaît pas mais devine dangereuses vu leur taille et la vitesse à laquelle elles peuvent se mouvoir. Regards nerveux autour de lui, petit sourire navré à la personne qui tambourine furieusement sur quelque chose devant elle qui fait un bruit agressif de mauvaise trompette. Caecilia vient à elle seule, avec la complicité involontaire de son mari, d'interrompre le bal incessant des taxis et tout le tintouin tintinnabulant dans tout le coin. Une déclaration. D'amour ? Et puis la poudre d'escampette comme deux enfants malicieux qui viennent de sonner à une porte avant de partir se cacher.

 

Ce n'est qu'une fois à l'abri sur le trottoir que Manius a le loisir de répondre. Et sa réaction commence par une main qui trouve la joue de Caecilia pour une caresse, des yeux intenses et sincères plongés dans les siens, avant de se glisser dans la nuque pour l'attirer doucement vers un baiser.

 

— Je ne vais pas t'abandonner.

 

Le mystère Caecilia reste entier, s'il ne s'épaissit pas. Toujours oscillante entre le dégoût justifié de son geôlier et un attachement étrange mais bien réel qu'elle lui a montré. Peut-on aimer et détester quelqu'un en même temps ? Il semblerait qu'elle en soit capable. Mais telle la pendule qu'elle est entre ordre et chaos, le mouvement perpétuel la ramène inéluctablement à ce que Manius ne parvient pas à gérer. Comme il ne parvient pas à retenir une ride suspicieuse quand elle évoque Emfield dans le contexte de sa pièce de théâtre tragique. A-t-elle encore pénétré son esprit, pour lire dans es pensées cette fois et sans qu'il s'en rende compte ? Le sorcier cartésien fait la paix avec ce doute en se disant qu'après tout, il est logique qu'elle pense encore à son amour récemment perdu. Même si cette idée l'agace aussi, juste un peu moins.

 

Stoppé net dans l'élan de la marche, Manius se fige comme s'il avait été frappé d'un Petrificus Totalus, soudainement inamovible. Il se retient tout juste de ne pas serrer sa main trop fort sur celle de Caecilia avant de la lui reprendre. Ces dernières années, on ne valait pas mieux que mes parents. Peut-être qu'il saute sur les conclusions mais son sang ne fait qu'un tour. La conversation de ce midi qui se rejoue en un instant dans sa tête. Père violent. Mère soumise. Caecilia et Emfield qui ne valent pas mieux. Ont-il reproduit un schéma ? Et les mots durs de Prisca. Nem-nem... est responsable de tout ça. Est-ce qu'elle avait entretenu sa relation avec lui parce que c'est la seule idée qu'elle se faisait d'un couple ? Parce que sa perception de la normalité n'avait pas laissé suffisamment de place pour envisager autre chose ?

 

Mâchoire crispée, regard plus inflexible et froid encore que lors du déjeuner. Et une hostilité manifeste cette fois dans une voix posée qui hurle trop calmement danger.

 

— Cae. Est-ce que Scott Emfield a levé la main sur toi ?

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 16/02/2026 à 23:55

Hors du mouvement de la circulation, les corps un peu perdus. Dans le coucher de soleil qui les nimbe d’une couleur dorée et glacée, les deux époux semblent à nouveau tenter de se regarder. Caecilia en tenue de princesse, cherche à tâtons son cavalier. C’est lui qui la trouve d’une main contre sa joue, sa nuque et puis le goût de ses lèvres qui la rassure.

Manius Fawley tout proche. Elle ne sait plus bien s’il la désire ou la déteste. S’il lui en veut ou simplement la veut. Alors, elle sourit pour cacher son trouble.

 

Il y a quelques jours encore, deux parfaits étrangers et pourtant, depuis cette drôle de nuit, l’alliance démise et puis réparée, une tendresse nouvelle, moins feinte, plus naturelle. Elle aime qu’il la regarde avec ces yeux-là, glisse à ses oreilles des mots qui cadenassent l’angoisse.

Très bien, personne n’abandonne personne.

Réponse muette à la promesse de son mari. Le cœur brusquement accéléré lui rappelle un émoi adolescent dont elle a presque honte. Pourquoi Caecilia Fawley se sent-elle soudainement embarrassée ?

 

Des pas qui s’accordent pour avancer encore un peu dans la même direction. La sorcière semble redouter l’instant où l’un des deux tournera les talons. Elle a peur d’initier la fin de la chanson. C’est souvent elle qui fait volte-face – ou est-ce Manius qui la pousse dans les tranchées ?

Alors, elle tient ses doigts fermement, comme une petite enfant qui aurait peur de s’égarer dans un trop grand élan de curiosité. Pour une fois, elle a l’impression de ne pas trop mal se débrouiller, les paroles sortent plus facilement. Pourtant l’homme se fige, lâche des doigts qui instinctivement se portent à Eleftheria comme si elle avait flairé le danger.

 

Caecilia reconnait ce regard, le même que celui qui lui avait ordonné de ne pas même penser à s’en prendre à Ophelia. La sorcière a un mouvement de recul, se demande si elle est fautive, quelle erreur elle a pu commettre dans l’instant qui lui paraissait jusque-là plutôt harmonieux.

 

Encore une fois, elle semble avoir tout fait voler en morceaux. Cae. Elle se crispe. Ne m’appelle pas comme lui. Il ne peut pas savoir, non. Le surnom qui lui lacère le cœur la perfore avec une violence symbolique inouïe.

Elle aimerait lui crier de reprendre sa main, de reprendre sa marche. Replonger dans la soirée aux accents mélodramatiques délicats. La douceur d’exister à ses côtés. Chasser cet air-là qui lui donne l’impression d’avoir commis une grosse bêtise.

 

Est-ce qu’il a levé la main sur elle ? L’idée la ferait rire jaune. Scott et Caecilia ne savent faire que ça : lever des mains, tantôt douces, tantôt brutales. C’est plutôt normal. De saines disputes pour faire avancer la relation et puis Vanessa et les conflits qui tournent en rond. Tu m’as appelée comment, sale crevard ? Des mains auxquelles elle ne résiste pas, ne veut pas résister parce qu’elle les aime, baisers forcés jusqu’à ce qu’elle soupire. Caecilia frappe, Scott rend les coups, œil pour œil, un amour réciproque qui l’avait fait se sentir tant désirée.

 

Jusqu’à Manius.

L’historien qui ne la frappe pas en retour.

Ses certitudes envolées dans un regard meurtri qui cherche à lui apprendre qu’on ne violente pas quelqu’un par amour, jamais.

 

La jeune tireuse forcée de se replonger dans ses souvenirs revoit les menaces à peine voilées, les mains d’Emfield dans ses cheveux qui tirent trop fort si elle parle encore de s’approcher de Vanessa.

 

Elle comprend ce qu’essaie de lui dire le sorcier. La réflexion déjà amorcée ce midi l’attrape à la gorge. Oui, mais deux yeux un peu perdus, un peu effrayés, c’est moi j’ai l’expression si dure du mari Fawley, tu vois j’provoque, je frappe, je est-ce qu’il allait la quitter là ? Tourner les talons pour s’éloigner de cette folle furieuse qu’il n’imaginait pas derrière l’adolescente solaire qu’il avait choisi d’épouser.

 

Elle s’étrangle un peu dans ses tentatives : c’est pas grave c’est c’est quoi ? Le visage de sa mère. Qu’il la prenne dans ses bras. Caecilia cherche à s’y glisser, une faille, un geste pour la rassurer. Dans son dos, elle peut laisser des larmes silencieuses couler : je savais pas.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 17/02/2026 à 02:31

Le cœur au bord des lèvres, Manius entraperçoit l'ampleur du retournement de situation. Redistribution des rôles. Emfield n'est plus le noble chevalier qui sauve la princesse mais le dragon qui la tourmente. Manius ne l'a pas seulement enfermée dans la tour, il l'a enfermée avec son tortionnaire. Ses paupières se ferment aussi fort que possible, les jointures de ses mains lui font mal, sa mâchoire est plus crispée que jamais. Il déglutit péniblement avant d'articuler lentement.

 

— Ce n'est pas grave ?

 

Le mari fait un pas en avant. Ce n'est pas assez pour être à hauteur de Caecilia : elle a reculé. Un second. Toujours avec douceur mais plus fermement qu'à son habitude, il l'attire à lui de ses bras et la plaque contre son torse sous lequel son cœur refroidi s'embrase de rage. Une main dans ses cheveux, un baiser sur son front. Des gestes qu'il veut rassurants. Est-il possible de rassurer Caecilia Fawley ?

 

— Je te demande pardon. Je n'aurais pas dû te laisser entre les mains de ce type.

 

D'abord prendre soin d'elle. Emfield ne perd rien pour attendre. Manius a besoin d'un peu de temps pour aborder ce problème de toute façon. La vengeance froide et vile ne règlerait rien. Le mal est déjà fait. Mais l'amant violent ne s'en tirerait pas à bon compte. Il y a une femme et un enfant concerné. En danger eux aussi. Cela ferait sens de les éloigner du monstre. Les forcer à se mettre à l'abri, quelle que soit la méthode à employer. Il y a des gens qui ne veulent pas être sauvés. Qu'à cela ne tienne. Ce n'est même pas une question de morale. Protéger une future mère et son enfant c'est simplement logique. Comme il avait été logique de prendre la main de Caecilia, même si Manius devait bien aujourd'hui admettre s'être bien plus lourdement trompé qu'il ne le pensait. Emfield avait bâti sa vie sur des fondations d'argile. Manius apporterait le torrent qui la ferait s'effondrer. En temps voulu. Demain.

 

— Rien ne justifie qu'il ait fait ça. Tu mérites des caresses et de l'affection. Quoi que tu croies.

 

Dans le froid d'une nuit qui recouvre de son voile les époux, il serre et berce Caecilia en sachant pertinemment que ça ne la réparera pas. La pénombre tombe sur le front de la jeune femme qui se voit drapée d'un deuil qu'elle doit faire malgré elle. La fin de sa romance difforme, la fin de ce détraqueur sournois, invisible et insidieux qui se gavait de la sorcière et qu'elle appelle amour. Cette métaphore inspire à Manius un élan de sa propre conception grotesque du romantisme.

 

— Tu sais ce que veux dire Spero Patronum ? Ça peut se traduire par j'espère un protecteur.

 

Le sorcier s'écarte un peu, pas trop, juste assez pour verrouiller le regard de son épouse sans qu'elle ait l'impression qu'il puisse la lâcher, jamais.

 

— Où que tu sois. N'importe quand. Quelle que soit la raison. Si tu as besoin de moi, prononce la formule. Mon cœur l'entendra.

 

Caecilia n'a en fait jamais été une sauvageonne brutale sans foi ni loi égarée dans la jungle de l'amour. Elle n'est qu'une jeune femme blessée qui ne connaît que trop bien la douleur et à qui l'on n'a appris qu'à mordre pour se défendre, coincée dans le maelström de la violence. Une main qui caresse a la même apparence qu'une main qui frappe. Celle qu'il a sous les yeux n'est pas la femme pour laquelle le cœur de Manius s'est recouvert de glace. C'est celle qui pourrait lui donner une raison de battre.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 17/02/2026 à 14:56

Ft. quelques mots de Solann

 

Ce soir j’dis au revoir au d’vant d’la scène

Si vous saviez comme j’ai connu l’obscène

J’la mérite ma place sur les planches.

 

Lui en vouloir, c’est un premier réflexe dont elle aurait bien du mal à se débarrasser. Manius, qui enlace, serre, cajole comme si la sorcière était déjà totalement brisée, qu’il pouvait coller ses lèvres contre son corps pour tout réparer. Elle pourrait, voudrait y croire. Hésite.

 

Double injonction dans son esprit : être forte, se laisser protéger. Mais que peut monsieur Fawley pour enrayer son autodestruction méthodiquement organisée ? Une succession de pas de travers soigneusement choisis pour la faire valser par-dessus bord. Quitter le navire avant qu’il ne l’emmène vers la morosité.

Que peut Manius là où les yeux de Prisca n’ont rien décelé.

Des yeux de professionnelles.

Que peut-elle faire de ses excuses ? Les chiffonner, plier les bonnes intentions en avions de papier à destination de femmes qui sauraient mieux les recevoir ? Parce que Caecilia ne veut pas être une victime. Elle ne l’est pas. Jamais. Dans aucun des scénarios qu’elle revisite la nuit avec anxiété.

 

Si la douleur la prend à la gorge ce soir c’est simplement parce qu’elle comprend que Scott Emfield ne devait pas l’aimer vraiment. Qui marquerait sciemment un corps et un visage en le trouvant charmant ? Un amant qui répond aux coups par une violence plus forte encore ne peut pas être un aimant. Mais les règles du jeu sont bien établies, le scénario cohérent. Alors c’est moins difficile de s’essayer à l’amour : la déception est prévisible. Elle peut l’anticiper et s’en remettre. De moins en moins facilement. Sacrifier un corps pour sauver un cœur. Et puis, il n’y a plus rien à sauver.

 

Caecilia sait au fond d’elle qu’il reviendra. Elle se le raconte en long et en large. Emfield frappe à sa porte, l’air désolé. Il s’excuse, s’explique, lui demande de la pardonner. Si elle boude trop longtemps, il finit par s’énerver, alors la sorcière a plutôt intérêt à calculer jusqu’où elle peut aller avant le premier éclat de voix. Peu importe les prémices, elle finit dans ses bras. Dans l’ordre des choses. Caecilia & Scott, Scott & Caecilia. C’est écrit comme ça.

 

Ce soir, sous le regard de Manius plongé dans le sien, qui tente de la rassurer en lui parlant latin, la tireuse se demande ce qu’elle fera lorsque l’homme qui a piétiné son cœur sans ménagement reviendra. Sera-t-elle capable de le repousser ? Tu mérites des caresses et de l'affection. Il lui rirait au nez avec ses airs de petite noble sacrée aux poignets qu’il est si simple d’attraper. Une petite poupée trop facile à faire craquer.

 

La sorcière n’a pas besoin d’un protecteur.

C’est elle le danger.

 

Elle pense encore à lui, sa future vie de famille, devine quelque part que cet homme-là n’a probablement jamais levé la main sur Vanessa. Toujours charmant, fédérateur, avenant. Non, cette ombre en lui, c’est elle qui la provoque : il le lui a déjà dit. C’est sa faute s’il est comme ça, à cause d’elle, qu’il ne se maitrise pas. Parce qu’elle le rend fou avec sa jalousie et ses problèmes de bourgeoise.

 

Manius semble avoir besoin à tout prix de la protéger, d’agir, d’aider. Comme à chaque fois qu’elle évoque son père, la même réaction. Mais la sorcière n’a pas de place pour une aide extérieure. L’attitude l’irrite, elle doit se contrôler pour ne pas tout faire voler en éclats. Accueillir l’émotion de l’autre, qui prend soin des siennes depuis plusieurs heures.

Caecilia ne croit pas qu’il puisse la sauver de quoi que ce soit. Cela reviendrait presque à s’avouer qu’il est plus fort qu’elle, qu’il maitrise mieux. L’idée blesse profondément la jeune tireuse d’élite lorsqu’elle imagine son mari le nez dans ses bouquins.

Mais comment exprimer que ses promesses de protection constituent pour elle un affront ?

 

La sorcière se mord la lèvre avant de parler, les yeux de son ange, l’odeur de Scott dans ses draps, son sourire de mépris qui la fait chavirer. Est-elle vraiment capable de lui tenir tête ? Ou bien l’amour qui camoufle sa lucidité l’empêche-t-il de se sauver ?

Spero patronum, murmure-t-elle pour goûter les syllabes sur le bout de ses lèvres. Manius, je ne veux pas de protecteur, un sourire presque apaisé sous les larmes, j’ai déjà une protectrice. La main contre Eleftheria. Caecilia sait se défendre et, même si ce n’est peut-être pas toujours entièrement le cas, elle veut apprendre à le faire seule.

Seule ? Alors à quoi rime la vie à deux ?

Pourquoi essayer de faire fonctionner cette union discordante si elle se débrouille mieux seule ?

 

J’ai besoin d’un allié, propose-t-elle alors. Quelques secondes supplémentaires en corps à corps avant de s’éloigner doucement de l’étreinte du sorcier. Je elle hésite avant l’aveu, je sais que c’est mal, mais c’était notre façon de faire, Scott et et moi, non, l’ensemble n’existe plus, Caecilia ne garde que le temps au passé : fin j’veux dire que j’suis aussi responsable que lui voilà, même peut-être plus. T-tu vois, toi aussi, je t’ai blessé, je elle saute à pieds joints dans le danger de le voir la repousser, c’ma manière foireuse de fonctionner, grimace de dégoût, puis un regard inquiet pour le sorcier et presque dans un murmure : fin c’était.

 

 

De rue en rue, les deux époux regagnent le Londres sorcier. Même après avoir mangé, il leur reste encore un peu de temps avant d’aller danser. Caecilia se sent de plus en plus enthousiaste à cette idée. Manius sera-t-il un bon cavalier ? Le Chemin de Traverse est presque désert, l’atmosphère du début de la nuit rend la sorcière joyeuse. À l’abri des regards moldus, elle récupère sa baguette dans sa main : au fait, c’est quoi ton patronus interroge-t-elle alors que les mots de son mari ont du mal à quitter ses pensées.

 

La sorcière lui offre le sien d’une formule prononcée avec application. Une esquisse d'hirondelle translucide  à peine formée s’échappe d’Eleftheria avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée. Brin de bonheur et de liberté pour entourer deux êtres injustement liés. Caecilia glisse ses doigts dans ceux de Manius. Elle cueille un baiser sur ses lèvres brièvement éclairées par le sortilège.

 

Aime-moi nouvelle

Moins abimée, plus belle.

Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Eleftheria !

Sortilège
Sortilège du Patronus
Difficulté
12
Résultat D20
9
Interprétation
Échec
XP gagnée
10

Une esquisse d'hirondelle translucide  à peine formée s’échappe d’Eleftheria avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.

Autres résultats possibles

La petite hirondelle translucide qui s’échappe d’Eleftheria volette quelques instants autour du sorcier avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.

La petite hirondelle translucide qui s’échappe d’Eleftheria volette quelques instants autour du sorcier avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.

Une esquisse d'hirondelle translucide  à peine formée s’échappe d’Eleftheria avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 18/02/2026 à 02:18

Évidemment Caecilia est trop indépendante, trop fière, trop impétueuse même peut-être pour s'accommoder que quiconque la protège. Que ferait-elle de l'égide en parchemin d'un historien plus rompu à la lecture qu'à la magie, qui ne prend les armes que pour les disposer derrière une vitrine en tant qu'ornements ? Sorcier médiocre, mari indigne, homme raté. Le plus vexant c'est qu'elle a raison. Et la pendule, inlassablement, qui revient de chaos à ordre. Elle propose un compromis. Allié. Comme dans alliance. Manius regarde l'anneau qu'il a brisé, qu'elle a réparé. Elle se confesse. Est-ce pour justifier le crime d'Emfield ? Mais elle ne ment pas. Aucun argument ne peut la contredire.

 

— On peut remuer le passé tant qu'on veut. Il reste à sa place, il n'a rien à faire dans le présent. Crois-moi, c'est mon métier.

 

Il tend la main à Caecilia pour une poignée qui scelle un accord.

 

— C'était, confirme-t-il en écho à la conclusion de la sorcière. Va pour un allié.

 

Cela inspire Manius qui reconsidère le serment niais qu'il a fait à son épouse. Il ne suffit pas de le vouloir pour qu'un sortilège développe miraculeusement de nouveaux effets. Il n'est pas un patronus, l'appel de Caecilia resterait forcément sans réponse à moins qu'il ne se trouve à portée de voix d'elle, auquel cas cela tenait du ridicule. Mais il ambitionne de créer un sort formidable, d'une puissance phénoménale. Un exploit qu'il n'accomplira jamais s'il grille les étapes comme il sait si bien le faire. Pour commencer, Manius doit s'exercer à la création de sortilège avec des projets plus réalisables.

 

Un repas plus que bienvenu plus tard, Caecilia semble avoir retrouvé une certaine sérénité. Et dans un cruel détraquement de la pendule, l'ordre de la sorcière fait basculer son mari dans le chaos. Son regard dans lequel transparaît l'impuissance glisse vers elle, lui avoue le désarroi du sorcier avant de tomber au sol de honte. Sans doute une des plus intimes qu'il recèle en lui et qu'il ne peut que confesser désormais. À cette épouse si douée en magie qui va, si pas le mépriser pour sa faiblesse, au moins être déçue de celle-ci. Illyius gagne la main de son propriétaire qui regarde la baguette comme s'il n'en était pas digne. C'est bel et bien le cas. Son nom est un mensonge, une imposture et une injure envers le sorcier auquel elle l'a emprunté. Cette Illyius-là n'a rien à voir avec le prodige qui a mis en déroute une armée de détraqueurs et vaincu Raczidian. Elle n'a jamais produit ne serait-ce qu'une volute de brume argentée.

 

— Je... voix tremblante, cassée. Larmes retenues. Je ne sais pas. Je n'ai jamais réussi ce sortilège. Alors... un patronus corporel... reniflement de mépris pour lui-même. Tu penses bien.

 

Pas capable d'utiliser le sort qui protège contre les créatures qu'il a tant étudiées. Et c'est ce minable-là qui prétend un jour faire en sorte de pouvoir les détruire ? La blague la plus cynique de l'histoire de la magie. Manius n'est pas assez doué. Sa magie pas assez puissante. Il en a toujours été ainsi. Jusqu'à aujourd'hui. Alors que la question innocente le plonge dans la tourmente autant que dans la réflexion, il entrevoit une autre possibilité. Il l'entend plutôt, écho d'une voix douce qui sait poser les bonnes questions. Vous êtes heureux ?

 

Comment Manius Fawley pourrait-il jamais produire un patronus sans avoir en lui l'élément essentiel pour y parvenir ? Peut-être que ce n'est pas lui le problème mais sa vie dénuée d'amour, de joie, de fierté. Un de ses meilleurs souvenirs, s'est-il toujours figuré, c'est d'avoir obtenu son insigne de préfet en chef. Mais même ça, c'était juste un devoir qu'il s'était fixé, une responsabilité à endosser. Il n'avait jamais éprouvé la moindre satisfaction à exercer cette fonction. Quel souvenir heureux pourrait invoquer Manius pour produire le sortilège, pour découvrir l'apparence, peut-être, de son patronus ? Il a avoué son incompétence, que risque-t-il à la démontrer ?

 

— Spero, entame le sorcier en convoquant un souvenir qu'il espère suffisamment heureux. Patronum !

 

Caecilia, leurs pas hésitants pour se supporter. La journée qui vient de s'écouler ? Le moment où elle lui a remis son alliance ? Celui où elle l'a réparée ? Tous ses souvenirs avec son épouse sont au mieux doux-amer, trop brèves éclaircies avant de replonger au cœur de la tempête. Ce n'est pas la réponse que Manius espérait et la baguette demeure inerte.

Manius Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Illyius !

Sortilège
Sortilège du Patronus
Difficulté
9
Résultat D20
2
Interprétation
Échec
XP gagnée
10

Caecilia, leurs pas hésitants pour se supporter. La journée qui vient de s'écouler ? Le moment où elle lui a remis son alliance ? Celui où elle l'a réparée ? Tous ses souvenirs avec son épouse sont au mieux doux-amer, trop brèves éclaircies avant de replonger au cœur de la tempête. Ce n'est pas la réponse que Manius espérait et la baguette demeure inerte.

Autres résultats possibles

Une invitation, le musée, un masque. Le frisson de la découverte, le décryptage des runes. Cette danse de la victoire. Aussi incroyable que ce soit, une chouette argentée surgit de la baguette et vole sur quelques mètres avant de revenir se poser près de son invocateur. Mais Manius n'en était pas alors à sa première grande révélation concernant l'histoire de la magie. Quelle était donc la différence ? La chouette est la réponse : elle lui ressemble. Ophelia.

Une invitation, le musée, un masque. Le frisson de la découverte, le décryptage des runes. Cette danse de la victoire. Une brume argentée se forme au bout de la baguette, dresse un rempart inutile. Ça a le mérite d'être un début. Mais Manius n'en était pas alors à sa première grande révélation concernant l'histoire de la magie. Quelle était donc la différence ?

Les fouilles, la recherche. Mettre la main sur un artefact maudit. L'analyser, percer ses secrets. Plonger toujours un peu plus profondément dans les eaux troubles de la connaissance de la magie noire. La baguette produit des asticots pâles qui s'attaquent à Manius. Le signe qu'il est allé trop loin, que sa curiosité malsaine à commencé à le corrompre.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 18/02/2026 à 21:26

Ses doigts retrouvent un instant les siens pour conclure le drôle d’accord que la sorcière a initié : voici les deux époux alliés. Ses mots semblent la pardonner, laisser le passé, retrouver le présent et, peut-être que, pour l’historien il ne s’agit pas réellement de quelque chose d’évident. Caecilia offre une poignée de main ferme pour prouver sa sincérité – et lui rappeler qu’elle n’a rien d’une femme sans défense que l’on écrase du revers de la main.

 

Ce soir, Manius lui offre un précieux cadeau. Sans le savoir, il lui apprend, lui offre un nouveau regard, un point de vue différent. Celui de la douceur, mais également de l’indignation face à la violence d’un quotidien banal pour la jeune femme qui comprend qu’elle a jusque-là vécu dans un monde parallèle. Un univers éloigné où les règles de l’amour sont différentes, où les coups seront toujours plus puissants qu’une tendre étreinte.

Est-ce pour cette raison que la sorcière a tant besoin d’offrir son corps à la chaleur du sorcier ? Pourrait-il apporter le même remède à son esprit fatigué ?

 

 

La petite hirondelle s’évapore dans la nuit et les lèvres de Caecilia se détachent de celles d’un Manius qui ne lui a pas rendu son baiser. Sourcils froncés, elle cherche à comprendre avant d’entendre le trouble de sa voix s’élever dans la nuit. Une question innocente qui vient toucher une plaie qu’elle n’a pas décelée, pas détectée, un faux pas en somme, pas le premier, pas le dernier. La surprise de la sorcière se lit sur des traits qu’elle essaie rapidement de modifier. Ne lui avait-il pas dit qu’il avait longuement étudié les détraqueurs en vue de les détruire ? La jeune femme se force à masquer la moue dubitative de son visage.

 

C’est donc cet homme-là qui se propose de la protéger ?

 

Il est impensable qu’une tireuse d’élite ne soit pas en mesure de réaliser un tel sort, même dans les pires conditions. Caecilia avait dû trouver la force nécessaire pour que la maîtrise du sortilège devienne un jeu d’enfant.

La jeune femme se souvient de ses premières tentatives, les frustrations successives face à l’échec, qui l’empêchaient de parvenir à réinvoquer un moment heureux. L’image d’elle-même, toute jeune, s’acharnant à obtenir un résultat satisfaisant, glisse un doux sourire sur son visage. L’amitié lui avait offert une protectrice : les bras de Quintus, le rire de Prisca et fatalement le sourire charmeur de Scott. Des fragments de bonheur qu’elle n’avait eu qu’à rassembler, bouts de quotidien heureux à n’en plus savoir que faire. De leurs petites chamailleries jusqu’aux belles déclarations. Les serments d’amitié, les noms donnés à leurs baguettes. Cette relation-là ne devait jamais finir, n’aurait jamais dû.

 

À présent, sur quoi se repose la petite hirondelle ? Une épaule un peu frêle, mais drôlement déterminée, deux yeux pervenche trop intenses pour la médiocrité. Une promesse de liberté qui fait battre son cœur, Eleftheria. Un mot pour guider sa vie, un mot pour s’envoler.

 

 

Le sorcier ne lui avoue pas seulement son échec, non.

Il se propose de lui démontrer son incapacité à l’exécuter. 

Comme si elle ne pouvait pas le croire, comme s’il avait espéré soudainement y arriver.

 

Le bonheur, petite chimère insaisissable. Caecilia se mord la lèvre en constatant le trouble autant que l’échec de son mari. Que lui dire ? Que faire ? Après avoir sous-entendu que tout le monde était tout à fait capable de produire un patronus corporel sans la moindre difficulté. La jeune femme doit avoir bien trop trainé du côté de la brigade magique pour en être venue à des conclusions aussi rapides. Lui en veut-il de l’avoir humilié ? Se sentirait-t-il d’autant plus coupable si elle essayait de le rassurer ?

 

Quel élément, quel souvenir pourrait-il rendre cet homme heureux ? 

Comment lui transmettre la rage de vivre qui l’a elle-même consumée ?

 

Elle range Eleftheria un peu honteuse pour prendre les deux mains de son allié. Nous ou je ? quelle formule utiliser ? Comment commencer une phrase assez performative pour qu’il puisse y croire ce soir ? Le bonheur c’est pas le sens de la formule bien placée comme Manius sait si bien en tisser c’pas facile, mais un pas en avant, trois pas en arrière, on va essayer, comme une promesse suffisamment réaliste pour être tenue : j’essaierai, je le trouble dans une voix de moins en moins sereine, de plus en plus vulnérable, je te rendrai heureux.

Comment ?

La jeune femme semble se rendre soudainement compte qu'elle ne sait rien de cet homme-là.

Qui êtes-vous, Manius Fawley. Quelles sont vos fêlures ? Vos rêves de bonheur ?

 

À nouveau, elle se demande à quoi ressemblerait le couple Fawley avec un bébé dans les bras. La promesse d’un bambin suffirait-elle à lui offrir une félicité suffisante ? Délicatement, la sorcière glisse dans son esprit l’image mentale d’un petit trio réuni par l’amour. Dans ses projections, Manius est toujours en train d’endormir l’être minuscule avec un gros livre à la main. L’Histoire n’a sans doute jamais été aussi douce que lorsqu’elle tente de bercer un nourrisson.

 

Caecilia se retire rapidement de l’esprit du sorcier sans y lire quoi que ce soit. Ses intrusions ne sont que des offrandes qu’elle dépose dans ses pensées. Venez, monsieur Fawley, vous avez promis de m’emmener danser, sourit-elle avec un ton un peu boudeur. La jeune femme est peut-être une sorcière brillante, elle n’en reste pas moins tout à fait incapable de comprendre le moindre élément qui relèverait du domaine de son mari. S’il parvient à créer son sortilège un jour, peut-être lui demandera-t-il de l’exécuter ? Après tout, c’est à ça que servent les alliés.