Harry Potter RPG

[En Cours]
Réprouver le quotidien Salle à manger, samedi 09 février 2126

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 17/02/2026 à 04:42

L'aube transforme les nuages cotonneux de Dinefrw en barbes à papa, nuancier qui va du vermeil au pêche. Une bourrasque en provenance de l'est fait frissonner le Gallois, debout dehors devant un petit carré de terre retournée quelques jours plus tôt qui le hante.

 

Gwynt traed y meirw, maugrée-t-il pour lui-même.

 

Le vent d'une sensation sinistre. Pas besoin de faire de la divination pour savoir que le présage est évident : Caecilia va le tuer. La sorcière est encore assoupie dans les draps froissés de leurs ébats de la nuit. Peut-être les plus sincères qu'ils aient jamais eus. Manius arrive à croire que pour une fois ils ont fait l'amour. Ensemble, animés par un désir partagé et, peut-être, amoureux. La veille, les époux Fawley ont accompli l'exploit de s'entendre, de s'apprendre. Un agréable après-midi et une virevoltante soirée où ils se sont rencontrés. Et dans quelques instants, il va sciemment faire s'écrouler ce pont de verre construit fastidieusement à coups d'heureux quiproquos et de bonnes volontés.

 

Un bâillement trahit sa fatigue morale et physique. Encore une nuit blanche, la quantième ? Pendant longtemps, il est resté allongé dans les bras nus de Caecilia à caresser distraitement du bout des doigts une épaule qui se souviendrait peut-être un peu de la sensation provoquée par la tendresse. Combien de temps faudrait-il pour désapprendre au corps voluptueux de la jeune femme la morsure de la baise et lui faire accepter la délicatesse de l'amour ?

 

Après Caecilia, c'est Emfield qui avait pris le relai dans la spirale des pensées de l'insomniaque. Il hait infiniment plus ce tocard d'avoir fait du mal à sa femme qu'il ne le haïssait de lui avoir fait l'amour. Ce qui n'était jamais advenu au final. Ces amants-là se faisaient la haine et quand il s'est barré comme un lâche, Caecilia s'est rabattue sur Manius pour continuer à faire la même chose.

 

Mais ce qui a fait se lever l'historien c'est Ophelia. Non pas qu'il ait voulu penser à elle mais elle va de paire avec ce qui lui manque le plus : l'exercice de son métier. Impossible de dissocier la sorcière du travail, du musée de Godric's Hollow qui lui tend les bras et l'appelle. La conservatrice l'accueillerait. Avec ses traités gobelins, son verbe cultivé, sa beauté sobre. Le sorcier écartelé entre deux femmes n'a pas supporté de penser à l'une en étant dans les bras de l'autre. Il est l'homme d'une seule d'entre elles, il ne peut en être autrement. Mais tout ce qu'il sait, c'est que son nom finit par lia.

 

— Orchideus.

 

 

Une composition modeste de strelitzia prend forme dans sa main libre et Manius rentre dresser la table du petit-déjeuner autour du vase dans lequel il dépose celle-ci.

 

 

Est-ce que Caecilia avait apprécié la surprise d'être réveillée par un baiser sur son front et les effluves du café ? Le souvenir de son inconfort alors qu'il essayait de partager ce repas matinal apporté au lit dissuade le mari de réitérer l'expérience trop vite. Le cours de sa réflexion interne vagabonde de nouveau, trouve le chemin de la bibliothèque, de son bureau, du cabinet soigneusement scellé par un enchantement gobelin dont il détient la seule clef toujours sur lui pour protéger quiconque de ce qu'il renferme. Le travail. Manius en a besoin sans quoi sa raison s'étiole et son moral s'effrite. Éfrit. Ptahchepsès. Nephtys. Je ne participe plus aux fouilles lui avait-il dit.

 

Qu'est-ce qui l'empêche de mener des recherches ici ? Certes il connaît par cœur chaque page des livres qui ensevelissent les murs de la résidence, a percé tous les secrets des artefacts enfermés en sécurité. Certes il pourrait ramener de la nouvelle documentation, acquérir une pièce inconnue, vivre sa passion entre les murs du foyer. Mais ce ne serait pas suffisant. Et puis, il ne veut pas ramener du travail à la maison. Son père faisait sans cesse cela. Père, viendriez-vous me lancer le souafle s'il-vous-plaît ? Non, père est occupé. À quoi ça sert de demander poliment si c'est pour se voir refouler ? Papa, lance-moi cette foutue balle ! Trop tard pour ça. Mais pas trop tard pour être un autre homme que son père. 

 

Manius a vu, expérimenté, tiré des conclusions de ce que ça faisait d'imiter un père, de reproduire ses erreurs. Jamais. Recalé de Poudlard, écarté de ses expéditions, quelle option lui reste-t-il ? Un petit musée dans un petit village, gardé par une grande sorcière. Alors l'historien rassemble son courage, l’assoit de force côte à côte avec sa peur et essaie d'oublier que son rythme cardiaque l'assourdit alors que Caecilia le rejoint dans la salle à manger. Courtoisies, un minuscule répit enrobé dans trois mots tendres avant de la fixer avec une mine aussi neutre que possible. Manius aimerait que quelqu'un lui enseigne le tact.

 

— Caecilia. J'ai quelque chose à te dire. J'ai besoin que tu me fasses confiance. Je... n'en peux plus de rester ici toute la journée. D'attendre seul que tu reviennes du travail. Il m'en faut un aussi. Le seul endroit qui veuille bien de moi, du fou qui étudie la magie noire, c'est... Godric's Hollow. Je ne veux pas te faire de mal, je sais que tu n'as pas envie que j'y aille. Mais j'en ai besoin.

 

La pendule de la sorcière oscille de son mouvement perpétuel. Manius observe, attentif. Ordre ou chaos ?

Manius Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Illyius !

Sortilège
Sortilège du Charmanpetitbouket
Difficulté
4
Résultat D20
16
Interprétation
Réussite
XP gagnée
10

Une composition modeste de strelitzia prend forme dans sa main libre et Manius rentre dresser la table du petit-déjeuner autour du vase dans lequel il dépose celle-ci.

Autres résultats possibles

Une composition modeste de strelitzia prend forme dans sa main libre et Manius rentre dresser la table du petit-déjeuner autour du vase dans lequel il dépose celle-ci.

Trop incertain pour créer un bouquet de fleur à destination de son épouse, Manius renonce et rentre préparer la table du petit-déjeuner d'humeur maussade.

Trop incertain pour créer un bouquet de fleur à destination de son épouse, Manius renonce et rentre préparer la table du petit-déjeuner d'humeur maussade.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 17/02/2026 à 16:41

Le corps engourdi a du mal à accepter la réalité du petit matin. Caecilia a mal aux pieds d’avoir trop dansé. Elle émerge doucement entre des draps désespérément vides, cherche le corps d’un Manius déjà disparu. Long soupir, petite moue : où sont ses bras quand elle a besoin d’eux ? Le contact du tissu contre sa peau lui donne envie de replonger dans un sommeil sans rêves, elle passe une main dans ses cheveux, son corps est encore chaud.

 

La sorcière glisse ses doigts sur Eleftheria, elle fait un instant tournoyer sa baguette, pensive. Dans sa tête, un trop-plein de l’historien, de ses gestes, de ses mots, le cadeau d’une force plus douce, d’un cadre plus stable pour l’aider à repousser ceux qui la blessent. Ce matin, elle en est sûre : Scott ne reviendra dans sa vie que sous la forme d’un mauvais souvenir.

Léthargie douce-amère dont elle a fini par se réveiller.

 

Les rideaux s’ouvrent sur un paysage d’hiver que le vent fait ployer. Caecilia grimace en se refusant une énième clope. Fumer au petit matin, le regard vague dans un horizon dont elle connaît toutes les saisons lui manque terriblement. Elle tapote nerveusement sur le rebord de la fenêtre.

 

Devant le miroir, la tireuse sourit un peu, attache des cheveux qu’elle n’a toujours pas coupés malgré la courte discussion avec Prisca sur le sujet. L’eau glacée sur son visage achève de la réveiller, et elle s’octroie un brin de toilette avant de retrouver son mari, toujours impeccable.

 

L’odeur du café l’attire vers la salle à manger. Sa baguette glissée à sa ceinture, la tireuse relève les manches de sa chemise en entrant dans la pièce, peut-être plus mécaniquement que pour de véritables questions de température. Ses yeux rencontrent rapidement les strelitzias qu’elle caresse d’un regard charmé avant de retrouver ceux du sorcier. Merci monsieur Fawley, murmure-t-elle en volant un baiser à son mari. Gratitude innocente qui englobe pourtant bien plus qu’un petit bouquet. Pas trop mal aux pieds ? interroge-t-elle en attrapant une tasse à café. Les matins sont brusquement plus doux depuis quelques minutes.

 

Caecilia repère sa boîte à musique sur un coin de la table. Encore un mystère non élucidé qui avait su faire diversion. Elle la remercie silencieusement. Combien de petits détails de ce type ont-ils permis aux deux époux de finir par tomber dans les bras l’un de l’autre ? 

Ce matin, la sorcière est reconnaissante, elle a brusquement l’impression d’avoir avancé.

L’impression.

 

Les mots de Manius claquent brusquement dans l’air. Le tremblement incontrôlé de ses doigts, puis une sensation de brûlure sur le dos de sa main gauche. Caecilia laisse échapper un gémissement de douleur physique et psychologique en déposant la cafetière sur la table un peu trop brusquement. Elle éponge sa main avec une serviette en lançant à son mari un regard désemparé.

 

Son corps retrouve soudain son état d’alerte, l’estomac noué, le cœur serré. Elle sent l'organe se tordre dans sa poitrine en une douleur bien plus intense que celle du café brûlant. La sorcière essaie de capter le regard de Manius, d’y chercher une explication à ce retournement de situation.

 

Que lui disait-il encore la veille ? Je n'ai pas pris l'emploi au musée parce que je ne veux pas que tu t'inquiètes de me savoir près d’elle. Et aujourd’hui ? Le léger bonheur de la matinée quitte brusquement Caecilia, qui se demande quel impair elle a encore commis pour qu’il décide de fuir dans d’autres bras. Alors qu’elle a eu l’impression qu’ils étaient parvenus à effleurer un bout d’harmonie entre leurs mains liées, le voilà qui repart déjà.

 

Parce que, dans la tête de la jeune femme, le musée de Godric's Hollow ne rime qu’avec un seul mot :

O-phe-li-a.

 

La sorcière sent son cœur battre douloureusement dans sa main. Elle s’assied lentement. Sur la nappe, une tache colorée retient le déni de lui boucher les oreilles.

Caecilia se sent vide. Vide et conne.

La douleur l’empêche d’écouter la prévenance de son mari, la nécessité de lui faire confiance, la volonté de ne pas lui faire de mal. Les pas qu’elle a faits dans sa direction n’ont eu qu’une et unique conséquence : le faire reculer.

Qu’est-ce que j’ai fait ? articule-t-elle douloureusement en levant les yeux vers un visage qui lui semble soudain étranger.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 18/02/2026 à 04:12

Ce ne pouvait être que l'un ou l'autre, et Manius aurait largement préféré l'autre. La colère de Caecilia était un orage qui passe, dont on peut nettoyer les dégâts. Elle aurait pu pester, hurler, frapper et lui aurait pu la pardonner. C'eut été plus facile. Mais lui faire de la peine, la voir sursauter, perdre ses moyens et lever sur lui des yeux blessés c'était infiniment plus compliqué. C'est lui qui avait porté le coup et il ne pouvait pas se pardonner ça. Un soupir lui échappe, il doit tenir bon. Trop tard pour ravaler ses paroles de toute façon. Plus qu'à assumer. Assurer. La rassurer.

 

Il s'approche d'elle, baguette en main et prononce la formule Episkey. Malheureusement, il est irrémédiablement bon à rien.

 

— Tu n'as rien fait voyons. Ce n'est pas une punition, Caecilia.

 

Manius s'assoit près d'elle et lui tend une main posée sur la table qu'il la laisse libre de choisir si elle souhaite la saisir ou pas. Ses yeux invoquent le souvenir de la veille, journée un peu en dents de scie à l'instar de leur quotidien mais in fine positive. À défaut d'être prévenant, il déploie toute sa douceur pour envelopper la femme qu'il veut préserver, choyer. Aimer.

 

— Hier j'ai vu qu'on pouvait y arriver. Que toi et moi, c'est possible. J'y crois. 

 

C'est une tâche fastidieuse que de trouver les mots. Non pas qu'il y en ait de bons, il n'est pas assez naïf pour se figurer cela, mais il y a ceux à ne surtout pas prononcer. Surtout le nom qui n'a jamais manqué de provoquer une réaction virulente chez Caecilia. Ce n'est pas à propos d'Ophelia de toute façon. C'est à propos de l'occupation de l'esprit, de chasser l'oisiveté. 

 

— Ce que je veux retrouver, ce sont de vieux livres poussiéreux, des artefacts mystérieux, de quoi arrêter de compter les secondes. Le sommeil me fuit, l'ennui me tue. Sans force, je ne saurai pas être digne de toi. J'ai peur de devenir irascible, de développer de la rancœur. Il faut que je sois moi, la meilleure version de moi-même pour mériter d'être ton allié.

 

Ses yeux se ferment le temps de considérer ses mots, ses gestes. Sa bonne foi ne suffit pas, ses paroles n'ont pas de poids. Pour convaincre Caecilia il n'entrevoit qu'un seul moyen. Elle a su lui prouver qu'en dépit de tout il existait toujours un espoir pour la famille Fawley. Un amour possible, un enfant envisageable. Il avait fallu qu'elle lui dévoile son esprit pour cela. Juste retour des choses, Manius pouvait lui ouvrir le sien. Elle verrait peut-être plus qu'elle ne le souhaiterait, qu'elle ne pourrait accepter. Mais rien qu'il veuille lui cacher. Il n'avait pas besoin de secret envers son épouse.

 

— Regarde par toi-même. Lis en moi. Tu sauras mes certitudes et mes doutes. Pas de mensonge, pas de filtre. Pas de mots maladroits pour t'expliquer ce que je ne sais te montrer. Je ne parle pas la langue des émotions mais toi tu la comprends. Elles sont là, en moi. Tu n'as qu'à les fouiller.

 

Ses paupières s'ouvrent sur un regard entendu. Il est prêt. Elle s'est essayée aux mots, à lui de dévoiler ses sentiments.

Manius Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Illyius !

Sortilège
Sortilège du Bisou Magique
Difficulté
5
Résultat D20
1
Interprétation
Échec Critique
XP gagnée
10

Il s'approche d'elle, baguette en main et prononce la formule Episkey. Malheureusement, il est irrémédiablement bon à rien.

Autres résultats possibles

Il s'approche d'elle, baguette en main et prononce la formule Episkey. Ça n'excuse pas son manque de tact mais au moins la brûlure du café est-elle apaisée.

Il s'approche d'elle, baguette en main et prononce la formule Episkey. Ça n'excuse pas son manque de tact mais au moins la brûlure du café est-elle apaisée.

Il s'approche d'elle, baguette en main et prononce la formule Episkey. Malheureusement, il est irrémédiablement bon à rien.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 18/02/2026 à 22:28

Quand aura-t-elle droit à un peu de répit ? Caecilia encore pleine de l’étreinte de la veille, dévisage un mari qu’elle ne comprend plus. Sa main la lance, il ne peut pas la réparer. Regard vers la brûlure qui commence à apparaitre. Elle n’a pas envie de se soigner, c’est qu’elle la lui brandirait presque au nez avec un regard de reproches : tu le vois ? Le mal que tu me fais ?

 

La sorcière ne peut garder aucun homme, quelle que soit l’intensité qu’elle choisisse de leur accorder, elle sera toujours celle que l’on jette. Tout son corps lui fait mal. Il s’approche, elle recule. Brièvement. Hirondelle blessée. Deux yeux posés sur une main qui attend la rédemption, elle ne lui offre pas, fixe les doigts tandis que les mots coulent sur ses oreilles dans un brouhaha de trahison dont elle ne distingue pas la signification. Rien ne la touche, son regard fixe est pris au piège d’une main sur une table de déjeuner brûlée par le café.

 

Toi et moi. Elle retrouve le visage de Manius. Un homme encore fidèle qu’elle a tant trompé. Mais où est la limite ? Est-il plus grave qu’elle offre son corps à un parfait inconnu alors que les époux n’ont encore rien construit ? Ou qu’il lui annonce retourner près de celle qui ne le laisse pas indifférent après une soirée de promesses et de rêves partagés ?

 

Caecilia n’est pas idiote, elle sait qu’il est malheureux, le voit errer comme une âme en peine dans la demeure pendant de trop longues heures. Oublier que les semaines passent, le mois dans lequel ils sont. Elle l’a retrouvé, en rentrant du travail, trop occupé à astiquer une série de bibelots déjà immaculés, s’est effrayée de son regard un peu trop intense qui lui a expliqué que, mais si, regarde bien là. Poussière microscopique dans une vie dénuée de tout intérêt.

Tellement désespéré qu’il lui propose de vérifier seule. La sorcière hausse un sourcil. Plonge son regard dans celui de son mari. Elle n’a plus envie de café. Voilà la façon dont tous leurs repas semblent condamnés à se terminer.

 

La tireuse aimerait avoir la force de refuser.

Hausser les épaules et lui offrir peut-être un simple : non, pas besoin, je te crois, j’ai confiance en toi. Elle se rappelle être entrée de force dans l’esprit de Scott lorsqu’il a commencé à fréquenter Vanessa. Le hoquet de douleur qui l’avait laissée paralysée et puis toute la haine du sorcier, furieux de son intrusion. Elle devait savoir, devait vérifier.

 

Elle aurait voulu rejeter la proposition, ne rien faire, sourire, puis se resservir cette tasse de café, réparer sa main comme si de rien n’était. Ne pas jouer le jeu de la jalousie, se complaire dans sa possessivité.

 

Mais elle n’est pas une bonne personne. Pas capable de contrer ses pulsions de haine, de rester sage, de ne pas bouger, de ne pas briser. La violence l’appelle avec cette envie de sentir son cœur broyé. La réponse à tous ses scénarios anxieux, une bonne fois pour toutes se prouver qu’elle avait eu raison de se méfier, de trop protéger son cœur, qu’elle ne peut s’empêcher d’offrir d’un battement de cil, d’une promesse d’amour volée.

Puisqu’il lui en offre la possibilité, la sorcière s’enferme à double tour dans la chambre de son malheur. Elle plonge dans l’esprit du sorcier. 

Caecilia comprend rapidement la portée de son choix. 

Elle n’a pas envie d’être-là. 

 

Spectatrice impuissante, elle assiste à l’horreur des sentiments de Manius à l’égard d’Ophelia. La tendresse, sa beauté qui le touche et surtout l’admiration sans bornes qu’il lui porte.

Elle suffoque. 

Sobre, intelligente, cultivée, patiente, douce

Des lames pour achever sa femme. Des qualités qu’elle ne possède pas, aucune. La sorcière n’arrive plus à s’en détacher. Sur l’enveloppe de son corps qui lui semble résider à mille lieues de là, une vallée de larmes ne cesse de couler. La sorcière sent le trouble et la résignation, l’envie et le devoir, le cœur en balance. Ophelia voudrait-elle un enfant ? Caecilia quitte l’esprit de Manius en y entendant cette pensée.

C’est trop pour elle.

 

Il n’a pas menti non, elle ne le laisse pas indifférent.

Manius ne fera rien, ne craquera jamais. Il y a, pour elle aussi, un bout d’amour volé.

Mais peu importe qu’il pose un jour ses lèvres contre celles d’Ophelia : que signifie la tromperie physique quand le cœur parle déjà ?

 

Caecilia ne sait plus comment exister. Elle ouvre la bouche pour mieux la refermer, finit de se servir une tasse de café, se relève, le corps un peu trop droit. Les pensées de Manius semblent l’avoir contaminée : à travers ce regard-là, elle-même tomberait amoureuse de la Fée Lya.

 

D’accord pour le Musée, articule-t-elle sans vie. Son regard baissé ne veut plus croiser les yeux du sorcier de peur de retomber dans ses pensées. Entre ses doigts la tasse tremble un peu. Le retenir ici ne pourra rien changer, c’est bien avant qu’elle aurait pu l’en préserver. Mais il y a quelques semaines encore, elle était trop prise dans d’autres bras pour s’en soucier.

 

Madame Fawley meurtrie demeure figée sans savoir qu’ajouter. Je comprends qu’elle te plaise, toujours cette voix blanche, le café, des petites vagues à la surface du liquide. Vous feriez de merveilleux parents, ajoute-t-elle pour terminer de se poignarder avant de tourner les talons.

 

 

Dans la fraicheur du petit matin, Caecilia enchaîne les clopes. Le jardin qu’elle a traversé en souriant la veille pour rentrer, ivre de joie au bras de son mari, semble la regarder avec des yeux apitoyés. Elle ferme les siens pour laisser son corps se couvrir de sanglots désespérés. Ainsi, l’enfer familier, les boucles qui se répètent dans les allées de Dinefrw. 

La douleur de l’amour à laquelle elle ne peut échapper.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 20/02/2026 à 05:10

Évidemment que Caecilia ne cherche que ce qui l'intéresse. Inquisitrice, elle s'empare sans ménagement de tout le trouble que provoque Ophelia dans le cœur blessé de Manius et repart avec la certitude que la conservatrice du musée est son âme sœur. Pas un regard pour le moindre élément en faveur d'un espoir pour le couple Fawley. La honte d'éprouver ces sentiments. La résolution farouche de toujours placer Caecilia en priorité. La détermination de ne pas céder à une insensée tentation. Les qualités qu'il trouve à la sorcière qui partage sa vie.

 

D’accord pour le Musée. Comme si elle avait tiré le moindre argument en faveur de cette décision. Celle-ci ressemble plutôt à un abandon, comme si l'épouse déclarait forfait devant une rivale hypothétique. Les paroles suivantes confirment la position de la jeune femme. Elle s'avoue vaincue, ni plus ni moins. Manius tente de lui emboîter le pas, de la retenir.

 

— Caecilia, tu... alors qu'elle s'esquive. Je... ce n'est... elle réclame qu'il la laisse tranquille. Non, att... demande qu'il la laisse tranquille. Très bien. Mais cette discussion n'est que repoussée jusqu'à ce que tu sois prête, finit-il par céder, amer.

 

Seul et dépité au milieu de la salle à manger, Manius jette un regard circulaire sur le domicile. Sur sa vie. Sur leur couple. 

 

Cachu hwch ! jure-t-il entre ses dents.

 

Défait et frustré, le sorcier s'occupe de la seule manière qu'il connaît dans cette maison trop oppressante. Il débarrasse le petit-déjeuner gâché, range et nettoie comme si remettre de l'ordre chez lui pouvait en remettre dans sa vie. Ça ne le distrait bien sûr pas de ses ruminations, de sa culpabilité d'avoir décidé de mettre Caecilia au pied du mur, de son manque de... tact ? Mais qu'aurait-il pu faire de plus au fond ? Il a essayé d'y mettre les formes, de se montrer aussi prévenant que possible. Tout ce qu'il voulait, c'était faire comprendre à son épouse qu'il a besoin de quelque chose. Comment aurait-il pu y arriver alors qu'elle ne l'a même pas écouté ? Il a parlé du musée, du travail mais tout ce qu'elle a entendu c'est O-phe-li-a. Nem-nem... est responsable de tout ça. Comme si la sorcière se complaisait à être victime de tout ce qui l'entoure. Comme si elle avait besoin de souffrir pour se sentir exister. Comment remédier à cela ?

 

Rapidement, seule la boîte à musique de Caecilia reste à ranger. Alliée inopinée de la veille. Un sourire triste apparaît sur le visage de Manius quand il la prend pour la remettre à sa place. Une hésitation le prend au dépourvu. Sa curiosité veut découvrir tous les mystères que renferme cette boîte mais elle appartient à sa femme qui semblait aussi vouloir en savoir davantage. Peut-il s'octroyer le droit de l'analyser sans elle ? Quand bien même elle serait là, que ferait-elle d'autre que de le regarder retourner cet objet dans tous le sens pendant de longues minutes, si pas heures ? Quelle activité conjugale passionnante, vraiment. Peut-être qu'il peut lui offrir les secrets dévoilé de cette relique du passé comme un cadeau ? De toute façon, quoi qu'il fasse avec Caecilia, c'est toujours un pari perdant alors autant prendre le risque.

 

Une petite note laissée en évidence pour indiquer à la sorcière qu'elle le trouvera dans son bureau si elle le souhaite et Manius part s'isoler lui aussi. Par principe professionnel, il enfile des gants pour manipuler un objet qui n'a pas eu tant d'égards jusque là et soupire avant d'entamer son observation. Pour quelqu'un qui ne veut pas ressembler à son paternel, il se comporte pourtant exactement comme ce dernier. La boîte est mise de côté pour le moment, remplacée par un parchemin vierge, une plume et un encrier. C'est un moment comme un autre pour écrire à Livius Fawley et lui apprendre qu'il n'aura pas de petit-fils. Autant décevoir tout le monde d'un coup. Et dans sa lancée épistolaire, Manius envoie une lettre-chèque à Fleury & Bott pour se faire livrer des ouvrages sur l'occlumancie. Plus question de laisser Caecilia mettre le nez dans sa tête.

 

Ceci fait, il peut se pencher sur le souvenir d'enfance des homonymes. Ce n'est pas plus mal que sa propriétaire en ait bloqué le mécanisme, son étude peut se faire dans un silence plus propice à la concentration. L'historien commence par le détailler sous tous les angles, apprécie la qualité de l'artisanat, note mentalement ses réflexions et questions. Est-ce que la figurine sculptée représente quelqu'un ou n'est-ce qu'une figure anonyme ? Un détail sur lequel il ne parvient pas à mettre le doigt l'intrigue, comme si quelque chose n'était pas cohérent. Peut-être que d'autres indices lui indiqueront l'origine de cette impression. Parvenir à déterminer la date, même approximative, de fabrication de l'objet est une priorité. Manius saisit une loupe pour mieux y voir parmi les détails de la mise en scène de la statuette. Peut-être qu'une idée émergera.

 

Avec la lumière de plusieurs bougies afin de mieux y voir, le sorcier plisse les yeux à s'en faire mal dans l'espoir de distinguer quelque chose. Il lui semble bien apercevoir d'infimes détails qui pourraient s'avérer utiles mais son instrument n'est pas assez puissant pour les lui révéler clairement. Ce n'est que quand il admet la vanité de ses efforts qu'il passe à autre chose. Toujours à l'aide du verre grossissant, il revérifie chaque parcelle de la boîte. C'est alors qu'il découvre quelque chose de très intéressant. Pris de fébrilité, il redépose délicatement l'artefact sur son bureau en se demandant à quel point Caecilia avait raison en disant que la musique l'agressait. Manius vient d'acquérir la quasi-certitude que cette boîte est probablement maudite.

 

Ce qui l'en convainc, c'est la griffe de l'artisan qu'il vient de voir. Discrète, comme un secret presque, dans un rebord à peine visible. Le Berger. Si l'estimation de base concernant l'ancienneté de l'objet est correcte, cela veut dire que c'est un mage noir qui l'a fabriqué. Passée la préoccupation du danger que peut donc représenter la boîte, c'est tout naturellement que Manius exulte de sa trouvaille en se levant d'un bond.

 

— Le Berger ! Le Berger ! Incroyable !

 

Il fait un demi-tour sur lui-même, ses yeux cherchant à croiser quelqu'un avec qui partager son transport. Mais Caecilia n'est pas là. Et il n'est pas au musée où sa consœur aurait apprécié son enthousiasme. Il est seul. À mi-chemin entre une femme avec laquelle il ne parvient à rien et une autre qui lui est interdite. Manius se laisse retomber plus qu'il ne s'assied sur son siège, passe une main lasse sur son visage aux traits fatigués. Il est seul.

 

Dans l'intimité de son bureau, en tête-à-tête avec lui-même, sans témoin pour le voir céder à la faiblesse. Vous êtes heureux ? Bien sûr que non. Comment pourrait-il l'être privé de son métier, de son rêve de paternité, enfermé dans sa solitude ? Manius Fawley est seul. Et juste pour cet instant, c'est tant mieux. Personne ne verra ses larmes cette fois. 

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 20/02/2026 à 18:41

Caecilia peut bien attraper une pneumonie, la crève lui serait préférable à l’illusion comique qui se déroule dans sa propre… enfin, ce qu’elle a fini par considérer être une maison. Oui, voilà, un abri, lieu un peu plus rassurant, pas stable, tout de même, il ne faut pas déconner, mais tout juste assez pour avoir ce petit pincement de plaisir à l’âme quand elle en franchit le seuil. Un brin de chez elle dont elle cherche à s’exclure momentanément.

Manius a insisté pour la suivre, évidemment. 

Il est comme ça, ne peut pas faire autrement.

 

Bouffée de fumée dans ses poumons, ça lui fait un bien fou. La sorcière offre son visage au ciel d’hiver. La saison ne lui a jamais paru si longue. Elle ferme ses yeux de pluie et recommence à respirer. Se calmer, empêcher les sanglots de lui retourner le cœur, de lui donner la nausée. Prisca lui manque.

Terriblement. 

Mais elle pue la clope. La blonde la pardonnera-t-elle ? Peu importe, son amie-sœur a besoin de ses bras, pourra-t-elle réellement les lui refuser ?

 

Crac. Elle transplane.

 

Mais la joueuse n’est pas là. Caecilia frisonne. Se laisse tomber contre une chaise, frotte son visage fatigué. Une feuille de papier, un stylo, elle laisse un mot. Cherche quoi dire. Pripri, j’avais raison, Manius aime Ophelia. Moment en suspens. Et j’aime Manius Fawley ? Excellente blague, retournement hilarant. Autant se jeter aux fauves directement. Caecilia soupire, incapable de savoir ce qu’elle ressent vraiment. Spero patronum. Bah voyons. Spero priscam. Elle imagine son amie dehors en train de rire avec Mayla. Peut-être regarde-t-elle d’un peu plus près les vêtements pour bébés ? La vision lui retourne le cœur. La sorcière froisse la feuille de papier entre ses doigts.

 

Prisca est occupée, elle aura, à présent et pour toujours, une autre priorité qu’elle.

De quoi requérir toute son attention, ne pas répondre à l’appel un jour trouble de février où elle aurait tant eu besoin d’elle.

Caecilia Fawley n’est plus la priorité de personne.

 

Retour à Dinefrw, hideux théâtre de son malheur. Elle ne laisse rien chez son amie, espère ne pas avoir imprégné les murs d’un parfum de vie brisée. La tireuse est généreuse dans le partage de ses tourments. Elle entraine tout sur son passage. Rire sans joie. Pauvre Manius.

 

Sa peau chaude contre les draps froissés ce matin. Le sorcier semble lui faire l’amour pour mieux la poignarder : Ophelia, Ophelia, Ophelia. Qu’il pense soudainement à soulager son dos, avouer à son épouse les sentiments qu’il lui porte ou lui indiquer qu’il prévoit de travailler avec elle, le schéma est le même. O-phe-li-a. Et qui est Caecilia Fawley pour empêcher les deux amants de se retrouver ? La femme que t’as choisi d’épouser, connard.

 

L’historien voulait la protéger de Scott, mais que ne donnerait-elle pas pour retrouver un instant les bras de ce mari explicitement infidèle ? Contrat clair, bien établi : sexe, violences et larmes. Elle ne doit rien chercher à deviner. Ou au moins, elle le pensait jusqu’à… Il reviendra. Reviendra-t-il ?

 

Non, Caecilia ne veut plus quitter ses draps, n’ouvrira plus les yeux, aucun matin. Rester dans le déni de la volupté, croire qu’elle n’a pas rêvé, que ces matins ne sont pas tous mornes et décevants. Il a entraperçu que ça pouvait fonctionner, elle y a cru sincèrement. Quelle ironie, comme si cette femme fêlée était capable de réparer quoi que ce soit !

Qu’on la laisse crever.

 

C’est qu’elle comprend très bien monsieur Fawley. Son esprit lui a semblé limpide. L’évidence incarnée. Manius doit aimer cette femme : elle en est persuadée. Qu’est-ce qui peut bien attirer un homme comme lui chez une femme comme elle ? Et pourquoi est-ce qu’il la touche avec ses beaux mots, ses petits rires effacés, ses manières procédurales ? Ou peut-être ses sourires charmeurs et taquins d'hier soir, ses talents de danseur, la fusion de leurs corps amoureux dans la nuit. 

Elle y a cru, elle y a cru, elle y a cru. Putain.

 

Le mot du sorcier, Caecilia glisse un doigt sur les lettres calligraphiées. Elle ne sait plus si elle est coincée dans la tristesse ou la colère, la déception. L’humiliation d’avoir pensé tant de mots d’amour cette nuit, celle d’avoir cru que ses caresses les lui rendaient. S’il fouillait son esprit à son tour, trouverait-il des raisons de la quitter ? Définitivement ?

 

La tireuse monte vers le bureau de Manius comme un agneau à l’abattoir. Elle cherche de bonnes raisons de reculer, en trouve une centaine, continue quand même. Face à la porte close, elle hésite encore un peu. Ferme les yeux avant de frapper, puis de tourner la poignée. Manius est là.

 

Une robe rouge qui virevolte, les rires de deux époux épris, la lune comme confidente d’un embryon de miracle. Caecilia le fait pour sa certitude de la veille, son espoir du demain. Elle referme la porte, s’adosse contre le panneau de bois, comme pour se tenir à l’écart, rester loin de l’historien, corps pressé contre le battant, prête à s’enfuir au moindre faux mouvement – ou à bloquer la sortie à son époux, c’est selon.

 

Son regard vers elle porte les traces d’un trouble qu’elle pensait être la seule à ressentir.

Manius Fawley aussi est capable de pleurer.

Et Caecilia ne sait que faire de ces larmes-là.

 

Combien de promesses a-t-elle déjà trahies ? Je serai cette femme, je t’ai déjà choisi, je te rendrai heureux. La sorcière est vide, presque anesthésiée. Toutes les émotions se mélangent pour former un flot de paroles perturbées qui cherchent quelque chose auquel se raccrocher : j’te demande pardon, je t’en veux, pas parce que tu le mérites, mais c’est que… Scott et Vanessa… alors je me sens abandonnée, ‘fin j’ai peur, ‘tain j’sais pas parler et j’vois bien Ophelia et toi et j’pense que ce serait plus juste, mais tu m’as choisie, je devrais pas me monter la tête, juste j’peur ‘fin oui trop peur parce que j’commence à à les joues brûlantes, à t’aimer vraiment c’est dit voilà et hier fin bref se mordre la lèvre je ‘fin j’fais mal les choses mais je-je grande inspiration j’avais envie qu’on essaie et… et j’comprends pas parce que j’ai vu, la voix brisée, fin que tu voulais un bébé et retrouver des yeux qu’elle évite avec soin depuis le début de sa tirade : Manius tu te protèges parce que tu penses que je ferais une mauvaise mère ? Deux yeux humides et toute la force de sa volonté pour ne pas pleurer.

Spero patronum, spero patronum, spero patronum.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Message publié le 21/02/2026 à 10:27

Surpris comme un enfant en défaut, Manius se sent obligé de tourner la tête et d'essayer d'essuyer les traces traîtresses sur son visage dans une tentative un peu vaine et tardive. Souvenir trop vif d'un père qui se dit déçu de voir son fils pleurer. Donc, logiquement, Caecilia doit l'être aussi. Caecilia qu'en cet instant, son mari est à mille lieues de mériter. Car elle démontre les efforts qu'elle fournit, prouve qu'elle sait parler la langue des mots et dire les choses de sorte à ce qu'il comprenne, à le toucher. Quand Manius touche la jeune femme, c'est seulement pour la blesser. Est-ce qu'il devrait laisser tomber ? Probablement. Ce serait mieux pour elle. Il ne peut pas panser les plaies et effacer les cicatrices de Caecilia. Tout ce qu'il risque c'est d'aggraver les choses, d'user lentement la sorcière jusqu'à la détruire complètement. Seulement, il n'a pas ce bon sens. Au lieu de ça, il se lève et s'approche d'elle.

 

— Je te fais tellement de mal. Mais je ne suis pas Scott.

 

Elle est revenue, il ne la laissera plus partir. Pour s'en assurer, il la prend dans ses bras et la serre aussi fort qu'il l'ose. En arrêtant de se mentir à lui-même pendant quelques secondes, il est conscient que ce n'est pas elle qu'il réconforte. Il ne le peut pas. C'est lui qui a besoin de cette étreinte, de se rapprocher d'elle physiquement pour combler son inaptitude à le faire autrement. Pour la rejoindre à la force de ses bras.

 

— Je sais que c'est mal, j'aimerais décider de mes sentiments pour ne pas t'infliger ça. Mais je décide seulement de ce que j'en fais. Je veux rester avec toi. Garder notre alliance à mon putain de doigt.

 

La déclaration de Caecilia est à l'image de la sorcière. Inattendue. Elle la balance comme on lâche quelque chose de trop chaud, comme pour s'en débarrasser. Mais les mots prononcés atteignent et déstabilisent Manius davantage encore que quand elle a introduit cette idée directement dans son esprit. Ça le fait culpabiliser de ne plus savoir où il en est, de sentir ce froid dans la poitrine qui retient captif ce qu'il voudrait dire. Moi aussi je t'aime.

 

— Tu en vaux la peine. C'est compliqué nous deux. Mais hier... j'ai aperçu le bonheur avec toi. Il était dans ton sourire.

 

Et la question du bébé qui revient sur le tapis. Celle que l'historien croyait définitivement réglée parce que Caecilia lui avait dit qu'elle n'en voulait pas malgré les images de parenté qu'elle avait partagées avec lui. La première fois il s'était laissé convaincre mais la seconde l'avait laissé dubitatif. Ce n'est peut-être pas la façon de faire de sa femme mais Manius a besoin de confirmer les choses, de les définir.

 

— J'aimerais être père mais pas à tes dépens. Quand tu m'as dit que tu avais peur que... enfin, tu as évoqué la possibilité que ça ne se passe pas bien. C'est vrai qu'il y a des risques à la grossesse. Comment pourrais-je t'imposer ça ? Ça n'a rien à voir avec la maman que tu serais. Si tu ne veux pas, ça me suffit. Tu n'as pas à te forcer.

 

Il pose ses lèvres sur son front, les maintient là. Et surtout, ne pas la lâcher.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite

Message publié le 21/02/2026 à 23:44

Presque essoufflée d’avoir trop vite parlé, d’avoir tant confié. Honteuse aussi de ses mots qu’elle écorche sans plus savoir si cela relève vraiment d’une action volontaire. Caecilia a-t-elle désappris toutes ses manières ? Elle se rappelle ses efforts d’adolescente pour arrêter de prononcer chaque syllabe distinctement, par mimétisme peut-être, pour séduire celui qui serait un jour son amant. Aujourd’hui, elle a l’impression de ne plus savoir s’exprimer, trop enfoncée dans le jeu d’elle-même, sa propre révolution interne contre des normes d’un autre temps. Ce qui ne l’a pas empêchée de finir la main liée à un sorcier toujours pris dans le carcan des mondanités.

 

La sorcière ne peut plus nier : elle tombe en amour, dévale chaque marche de l’infernal escalier. Combien de temps depuis leur premier baiser ? Alors, ce n’est peut-être pas vraiment ça, aimer, juste un avant-goût, un aperçu, une petite période d’essai avant de souscrire à l’abonnement pour la vie, mais peut-être qu’on le lui rappellera, quelques jours avant de la débiter, avant que toute marche arrière ne soit de l’ordre de l’impossibilité.

 

Manius Fawley. Elle veut retrouver son cavalier.

 

Pourquoi sont-ils incapables de valser correctement quand il s’agit de jouer aux grands ?

Pas son genre non, la tireuse veut rester une enfant. C’est peut-être déjà trop tard, presque

Elle l’a vu dans les bras de Quintus : tous ses sentiments sont aujourd'hui différents.

 

Des jalousies de cours de recréation, qui différencierait l’enfant triste de l’homme marié ? Pleure-t-il de se trouver coincé avec elle ? Elle repense à Prisca, à son idée de couple libre. Douleur dans la poitrine. Pourrait-elle le voir rentrer le soir, un peu décoiffé, un sourire sur des lèvres encore pleines d’autres baisers ?

Elle flanche.

 

Le corps de l’historien qu’elle serre, serre, serre.

Ils en ont besoin. Peut-être est-ce la seule solution pour lui de cacher ses larmes, pour elle d’essayer de les arrêter. Elle brûle toute entière, mi-amour mi-haine, même si la balance penche dangereusement vers le premier, semble pratiquement s’arrêter. Le cœur ne se commande pas, mais elle aurait aimé qu’un reflet dans ses yeux suffise à le garder contre elle.

 

Il n’est pas Scott non. Et peut-être que ce n’est pas vraiment un compliment. Emfield. Caecilia, troublée, investigue, cherche les bonnes raisons de ne plus y penser. Peut-être reviendra-t-il encore la hanter lorsqu’abandonnée au plaisir dans les bras de son mari, elle ne parviendra plus à raisonner. Un instant de faiblesse pour cracher son nom du bout des lèvres. Elle n’en veut plus, elle y pense encore. Se concentrer sur l’image du tissu rouge autour de sa taille fine, les mains de Manius tout contre, la découverte du sorcier comme un premier vrai regard posé sur son identité. Je t’aime, elle aurait pu le lui offrir la veille, ce matin, qu’en reste-t-il ?

Mais il est là, malgré l’odeur de la clope et le sel séché.

 

Merci de me choisir encore une fois. Même si ce matin, en réalité, il avait choisi Ophelia. C’est comme si le sorcier pouvait encore et encore le lui répéter sans que le message percute vraiment. Combien de fois Manius Fawley allait-il devoir renouveler ses vœux pour qu’elle baisse les armes ? Et pourtant, elle ne peut s’empêcher de noter qu’il ne lui a pas rendu la formule espérée, maladroite, certes, mais pourtant prononcée.

 

Comment pourrait-il ne pas l’aimer ? Avec sa tendresse au cœur des nuits voilées, ses lèvres qui s’offrent aux siennes comme aimantées, comme si c’était normal. Monsieur et madame Fawley. Mais il n’y a rien de cohérent dans cette union de grands enfants blessés. Caecilia ne sait plus s’il s’offre à elle par devoir ou par envie. Ces amants-là ne sont peut-être capables de s’aimer qu’une fois la nuit tombée. Dans la clarté du jour trop dur, leurs défauts sont trop évidents, trop violents pour qu’ils parviennent à les porter, à se supporter.

 

Sourcils froncés parce qu’elle ne comprend pas ce qu’il dit.

J’ai pas peur de la grossesse, répond-elle perplexe. Peut-être parce que ce corps, qu’elle s’emploie pourtant sciemment à saboter, reste l’un des piliers de son existence, un socle dans lequel elle a toute confiance. D’où vient donc cette pensée de son mari ? Je-j’ai peur de la liste peut cependant être très longue de plein d’autres trucs et puis tu vois si, elle tente de respirer, ferme les yeux pour mieux sentir le contact des lèvres contre son front, si je meurs pendant une intervention... 

 

Puis comme un élan de tristesse face à la possibilité d’imaginer son corps inanimé : si j’meurs, épouse une femme que t’aimes pleinement, supplie-t-elle avant de réaliser, le visage qui se détache pour retrouver ses yeux : mais tu m’aimais moi. Quand est-ce que… Puis elle ne finit pas, parce qu’après tout, non, elle ne veut pas connaitre la réponse à sa question. Jamais.