Basil sourit, un peu gêné, en la voyant s’extasier sur sa gerbille comme si c’était la créature la plus précieuse du monde. Il ne sait pas trop comment réagir à ce genre d’enthousiasme… alors il ne réagit pas vraiment, se contentant d’hocher la tête en guise d’acquiescement.
- Ouais… elle me manque un peu. Mais bon, elle est mieux chez moi, c’est plus calme. Il esquisse un sourire bref, et quand Charlie lui demande où il vit, il hésite une seconde avant de répondre, un peu surpris qu’elle s’intéresse à ce genre de détails. Birmingham. Un appart avec ma mère. Rien d’incroyable.
Il observe distraitement les deux doigts de la jeune fille former une croix en l’air pour imiter l’enseigne de son magasin. Il l’a déjà vue, évidemment. Tout le monde connaît Carter Quidditch. Mais il n’avait jamais vraiment pensé que quelqu’un pouvait vivre juste au-dessus. Comme si les gens qui travaillaient à Pré-au-Lard disparaissaient une fois les boutiques fermées.
- J’vois. Ça doit être cool d’habiter là-bas.
Il garde la photo de Crevette dans sa main un instant de plus, puis la range dans sa sacoche en la lissant doucement du bout des doigts. Comme si Charlie l’avait rendue un peu plus importante en la regardant. Puis, tout s’accélère. Elle lui attrape la main et l’entraîne, et il suit sans réfléchir, presque malgré lui. Il faut croire que c’est une habitude avec elle. Ils courent à travers les couloirs, filant entre les étudiants interloqués. Basil sent son cœur tambouriner dans sa poitrine, mais ce n’est pas désagréable. Il n’a pas souvent ce genre de moment, où il oublie de penser.
Jusqu’à ce qu’un groupe de Serpentards décide de ruiner l’instant. Ses doigts se crispent légèrement autour de la main de Charlie, comme un vieux réflexe de défense. Il sent déjà la moquerie monter, prête à s’abattre sur lui. Il sait qu’il devrait baisser la tête et accélérer. Mais Charlie réagit avant lui. Elle hurle ça sans même ralentir, sans leur accorder plus d’une seconde d’attention. Comme si leurs paroles n’avaient aucun poids. Comme si c’étaient juste des bruits de fond. C’est peut-être ça, le plus impressionnant.
Basil cligne des yeux, presque déconcerté, avant de laisser échapper un rire bref et nerveux en continuant de courir. Les Serpentards n’existent plus. Juste Charlie, son énergie inépuisable, et les escaliers qui se déroulent devant eux. Arrivés au quatrième étage, il reprend son souffle en se penchant légèrement en avant, les mains sur les genoux. Il redresse la tête en écoutant l’explication sur Fiona Glenmoril, fasciné malgré lui. Il ne connaissait pas l’histoire. Il aime bien cette impression que Charlie sait des choses qu’il ignore.
- Sérieux ?! Un regard vers le vitrail, puis vers Charlie qui recule. Ouais, ouais. Il hausse les épaules, un sourire en coin. J’vais pas m’envoler.
Sauf que Charlie s’arrête net et lui tend un bracelet. Il reste con. Juste planté là, le regard fixé sur les perles rouge, orange et argent qu’elle enroule autour de son poignet. Il ouvre la bouche, la referme, complètement pris de court. C’est rien, un simple bracelet. Mais pas pour lui. Elle disparaît avant même qu’il ait le temps de répondre. Basil baisse lentement le regard vers son poignet. Son pouce effleure les perles, et il serre la main, comme pour s’assurer qu’elles sont bien là. Il ne sait pas quoi en penser. Il ne sait même pas si c’est normal. Mais il sait qu’il ne va pas l’enlever.
Dix minutes plus tard...
Pile ou un :
Basil est toujours là, mais plus aussi sûr de lui qu’avant. Il garde la tête basse, le regard un peu fuyant, et ses doigts tripotent nerveusement la lanière de sa sacoche. Son poignet est nu. Les Serpentards étaient revenus. Pas les mêmes, mais ça ne changeait rien. D’abord, ils s’étaient juste moqués. De lui, du fait qu’il attendait « sa dulcinée » comme un idiot. Qu’il avait l’air stupide avec son bracelet. Ils avaient ri, ils l’avaient cerné, et avant même qu’il ne trouve quoi répondre, on le lui avait arraché. Il avait essayé de le récupérer. Vraiment. Il avait tendu la main, il avait même dit "Rendez-le" d’une voix qui se voulait ferme. Mais ils avaient juste rigolé, lancé le bracelet entre eux comme une balle, et avant qu’il ne puisse attraper quoi que ce soit, il avait disparu dans une poche. Et qu’est-ce qu’il pouvait faire, hein ?
Rien. Comme toujours.
Alors il avait baissé les yeux. Il avait laissé tomber. Maintenant, il est là. Les mains vides. Et quand Charlie revient, rayonnante, Lord Ribbit entre ses doigts, Basil colle aussitôt un sourire sur son visage. Un truc faux, pas aussi large qu’avant. Mais il fait semblant. Il fait toujours semblant.
- J’dois avouer qu’il a la tête d’un Lord.
Il ne regarde pas son poignet vide. Il ne dit rien du tout sur ce qui vient d’arriver. Parce qu’il refuse de ruiner ce moment. Parce qu’elle ne comprendrait pas pourquoi il n’a rien fait. Parce qu’au fond… il ne comprend pas lui-même. Il évite son regard, désigne le crapaud avec un sourire forcé.
- On va faire un chef-d’œuvre, Lord Ribbit.
Pourvu qu’elle ne remarque rien.
Face ou deux :
Charlie réapparaît, radieuse, un crapaud dans les mains. Basil reste silencieux une seconde, puis lève un sourcil.
- J’dois avouer qu’il a la tête d’un Lord.
Petit sourire. Il tape du bout de l’index sur son bracelet, puis pointe le batracien.
- On va faire un chef-d’œuvre, Lord Ribbit.