Un rire bref, presque surpris, m’échappe. Il a du culot, au moins. Et le plus étonnant, c’est qu’il semble enfin relâcher la pression, ne serait-ce qu’un instant. Un changement subtil, mais perceptible. Son sourire fugace, ce ton faussement léger… Voilà qu’il tente de détourner l’attention de lui-même. Classique. Mais au fond, peut-être que c’est sa manière à lui de prendre une pause, de souffler un peu, de ne pas laisser la conversation s’enfoncer trop profondément dans des terrains qu’il préférerait éviter.
Je croise les bras, haussant légèrement un sourcil en le scrutant à mon tour.
— Un lourd secret, vraiment ? Voilà qui est ambitieux, Daryl.
Je fais mine de réfléchir, exagérant légèrement le geste en penchant la tête sur le côté. Puis, avec un faux air de confidence, je m’adosse au bureau et baisse la voix, comme si j’allais lui livrer une information capitale.
— Très bien… Je vais vous révéler quelque chose de terriblement compromettant.
Je laisse planer une seconde de silence, juste assez pour capter son attention, puis je me penche légèrement vers lui et murmure :
— … J’ai une sainte horreur du jus de citrouille.
Un sourire en coin éclaire brièvement mon visage, un éclat de malice passant dans mon regard. Puis, reprenant un ton plus normal, je hausse les épaules.
— Et pour ce qui est de Poudlard… Qui vous dit que briller à Sainte-Mangouste m’aurait davantage convenu ?
Je me redresse, plus sérieuse, bien que mon sourire n’ait pas totalement disparu.
— Ici, je ne suis pas une médicomage de plus dans une armée de guérisseurs. J’ai un rôle qui compte, un lien plus direct avec ceux que j’aide. Je ne soigne pas seulement des blessures ou des maladies, j’accompagne aussi ceux qui, comme vous, doivent apprendre à vivre avec ce que la vie leur a imposé.
Mon regard reste fixé au sien, et cette fois, il n’y a plus de jeu dans ma voix, juste une sincérité brute.
— Vous savez mieux que quiconque que certaines cicatrices ne se referment jamais vraiment. Mais ça ne signifie pas qu’on doit les porter seuls.
Je le scrute encore un instant, cherchant à voir ce qu’il fera de ces mots. Puis, d’un geste plus léger, je tends les mains devant moi en signe de reddition.
— Voilà, je vous ai révélé mon plus sombre secret et la raison de ma présence ici. Je crois que nous sommes quittes, professeur Brooks.
Je laisse planer un silence, puis, reprenant une expression faussement désolée, j’ajoute :
— En revanche, je crains que cela ne m’empêche pas de vous convoquer de nouveau le mois prochain. Une guérisseuse doit faire son travail, après tout.