Avec @Gabriel
Isaya aime bien les samedis après-midi. Ce n'est jamais de tout repos lorsqu'on est de l'autre côté du comptoir mais elle aime voir ces gens défiler. Surtout les jeunes, les étudiants. Ca la ramène à sa propre jeunesse, ses propres années d'étude. Elle aime voir ces jeunes qui se rencontrent, se retrouvent, soufflent un coup. Parfois, ils viennent même flirter dans son établissement autour d'un chocolat chaud ou d'une bièraubeurre. Elle a un doux sourire attendri lorsqu'elle constate ça de loin. Elle fait très attention à ne pas être remarquée par l'un des jeunes histoire de ne pas les embarrasser. Les premiers émois, les premiers sentiments, c'est quelque chose de sacré. Et, surtout, de sacrément stressant.
Cette pensée l'amène vers Leo, le jeune adulte empli d'une aura de naïveté touchante. Vieille histoire dans laquelle elle s'est embarquée un peu trop vite... et surtout par pitié. Ca lui apprendra à vouloir être la sauveuse du monde -ou du moins de ceux dont elle croise le chemin.
L'horloge murale derrière le comptoir a égrené ses minutes et ses heures au rythme d'un tic-tac régulier.
L'après-midi s'étire et dix-sept heures approche.
Les étudiants vont et viennent. Quelques sorciers plus âgés, sans doute résidant ou de passage à Pré-au-lard, complètent le tableau. Parmi eux, Harvey, fidèle client de l'auberge depuis qu'il traverse une phase difficile suite à son divorce, quatre mois plus tôt. Il vit dans une petite maison de Pré-au-lard, éloignée de l'agitation du centre-ville. Madame est partie un beau jour, après, sans doute, des mois d'avertissements et de signes avant-coureurs qui n'ont pas été entendus. Alors, évidemment, Harvey a vécu cela comme une trahison lui étant tombée dessus d'un seul coup.
Isaya ne sait pas trop pourquoi, mais Kelly s'est prise d'affection pour ce quarantenaire moustachu qui noie son désespoir dans le whisky pur feu et les burgers de steak de dragon. Lorsqu'il y a un moment de creux dans le service, souvent, ils discutent. Isaya ne sait pas de quoi mais elle a l'impression que ça fait du bien à Harvey et Kelly ne s'en plaint pas alors elle laisse faire.
Mais cet après-midi, la voix de la serveuse attire son attention :
-Allons, Harvey, je crois que vous avez assez bu, il n'est même pas dix-sept heures ! Vous ne voulez pas plutôt un café ? Un jus de citrouille ?
-Non ! Laisse-moi, ma vie est foutue de toutes façons.
-Harvey, ne dites pas ça, voyons. Vous vous souvenez ce qu'on s'est dit la dernière fois ?
-Laisse-moi tranquille ! braille l'homme, attirant tous les regards sur l'étrange duo.
Ne souhaitant pas laisser les choses dégénérer et ayant l'habitude de gérer les soulards, Isaya quitte son comptoir et, en quelques enjambées, rejoint la table du client agité. Il tient dans une main son verre de whisky dont il reste encore un fond et, de l'autre, tient son front entre ses doigts crispés et tremblants.
-Un problème ? demande Isaya d'une voix douce. Harvey, Kelly a raison, vous n'êtes pas bien, il n'est pas raisonnable de continuer à boire. Vous voulez qu'on vous aide à rentrer ?
-Non ! s'exclame l'homme en se tournant subitement vers la gérante, les yeux embués de larmes et écarquillés.
Dans son mouvement brusque, le fond du verre se retrouve balancé sur la jeune femme dont le pull vert olive se retrouve tâché de whisky.
-Oh, pardon, s'empresse-t-il de dire, tout à coup rouge.
Il repose son verre et, continuant de s'excuser platement, se lève, ne tient pas debout, se rattrape à la table, bégaie, dit qu'il va arranger ça, sort sa baguette pour joindre le geste à la parole.
-Oubliez ça Harvey, répond Isaya qui ne veut pas se retrouver victime d'un malencontreux sort jeté par un type sous alcool. Ce n'est pas grave. Kelly, tu peux l'aider ? Je vais gérer ici, ne t'inquiète pas.
La serveuse et sa patronne se lancent un regard entendu et Harvey se retrouve à prendre le chemin de la porte sous bonne escorte. Bientôt, il disparaît accompagné et soutenu par Kelly.
Isaya baisse alors les yeux sur son pull. Il va falloir arranger ça.
Tergeo
La baguette d'Isaya émet un petit bong qui n'était pas du tout prévu et n'augure rien de bon. En effet, la tâche ne disparaît mais pire : elle s'étend sur le pull et l'odeur d'alcool semble s'amplifier. Quel désastre bon sang ! La jeune femme ferme les yeux quelques secondes pour s'obliger à se ressaisir. Soit elle retente soit elle accepte l'idée de finir la journée avec un pull tâché et une odeur d'alcool qui colle à la peau... Et il n'est même pas dix-sept heures...