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Mieux vaut être craint qu'aimé si l'on ne peut être les deux Pied-à-terre londonien de Quintus, vendredi 25 janvier 2126

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Quintus Bulstrode

Homme

23 ans

Sang pur

Britannique

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Maren

Maître du Jeu

Message publié le 14/02/2026 à 20:51

Whisky à la main, Quintus regardait la pendule comme hypnotisé par le mouvement de balancier régulier. L'horloge n'allait plus tarder à sonner l'heure. Il ne s'impatientait pas comme c'eut été le cas dans d'autres circonstances. Luke Huston avait encore le temps d'arriver à l'heure exigée par son hôte. Dans le cas contraire... cela constituerait une excellente excuse pour le, comment dire ? Gronder.

 

Le sorcier passa un doigt sur l'arrête déformée de son nez, dernier souvenir de la correction de la veille infligée par Prisca qui avait tout de même trouvé plus tard la considération de l'emmener à Sainte Mangouste. Où en étaient-ils tous les deux ? Leur amitié allait-elle surmonter cet écueil placé là sept ans plus tôt par nul autre que lui-même ? Devrait-elle son salut à la rupture impromptue entre Scott et Caecilia ? Et concernant cette dernière justement... libérée de son amant de toujours et captive d'un mariage dont elle n'avait jamais voulu, se pouvait-il que ce fût enfin l'occasion inespérée pour Quintus de l'attirer à lui, d'obtenir après tant d'années à la désirer la faveur de la seule personne au monde à mériter une vie avec lui ?

 

L'arrivée inopinée de Luke dans son entourage semblait être plus qu'une coïncidence pour servir ce dessein. Il avait été impossible jusqu'ici de pousser le mari de Caecilia à la faute. Les manigances déjà mises en œuvres pour le surveiller et l'amener à rompre ses vœux s'étaient toutes soldées par des échecs. Même cette délicieuse désenchanteuse que Quintus avait grassement payée pour intégrer l'expédition égyptienne de Manius Fawley et tenter de le séduire s'était faite virée sans ménagement de l'équipe de l'historien. Il était temps de passer à une autre approche.

 

Bien sûr, assassiner purement et simplement ce gêneur avait été considéré dans le champ des possibles mais restait une extrémité que, sans l'écarter définitivement, le politicien trouvait un peu mesquine. Ou tout du moins prématurée. Cependant, Caecilia qui n'était pas la dernière à céder au vice et dont le cœur venait d'être brutalement brisé par la seule personne qu'elle aimât jamais risquait bien très prochainement de commettre un impair suffisamment scandaleux que pour ruiner l'image publique de son époux qui n'aurait alors d'autre choix de que se débarrasser d'elle ou d'être tellement humilié par l'opprobre que son nom serait à jamais entaché de déshonneur. C'était donc là la clef pour mettre un terme à l'union des Fawley. Une clef qu'il échoyait à Luke Huston d'aller quérir.

 

Mais il y avait bien du chemin à parcourir à ce malandrin pour correctement servir son nouveau maître. Bulstrode ne pouvait souffrir la compagnie régulière d'un chien galeux ramassé dans la rue. Il fallait d'abord lui faire une toilette soigneuse et lui inculquer une certaine base d'éducation. Et il existait deux méthodes pour dresser un animal domestique. S'il arrivait dans les dix minutes qu'il lui restait, Luke recevrait une flatterie et un encouragement à continuer de se comporter comme attendu. S'il mettait une seconde de plus, ce serait plutôt le fouet et la désapprobation qui l'attendraient derrière la porte du manoir Tudor où il était convié pour une leçon d'étiquette et la prise de ses mensurations afin d'être rhabillé convenablement.  

Luke Huston

Homme

20 ans

Sang-mêlé

Britannique

Maître du Pactole

Message publié le 18/02/2026 à 21:04

Luke Huston n'avait pas dormi de la nuit. Non pas parce qu'il dormait dans un squat miteux à côté d'une boîte de nuit à la musique assourdissante - ça, il s'y était habitué. Pas non plus parce qu'il avait dérangé son système digestif en mangeant les frites froides laissées par un quidam sur le plateau d'un fast-food non débarrassé - ça aussi, question d'habitude.

 

Mais parce qu'à chaque fois qu'il fermait les yeux, il pensait à Bulstrode et il avait envie de gigoter des pieds, et de se retourner, et de se retourner encore. Aucune position ne le calmait : il pensait à Son Nouvel Associé et à la carrière brillante qui découlerait forcément de leur rencontre. Quintus Bulstrode bientôt deviendrait Ministre de la Magie et Luke se voyait déjà repousser tel ou tel sorcier d'un bras ferme quand il prendrait un bain de foule, avec une petite oreillette dans l'oreille pour faire comme dans les films moldus.

 

Enfin, Son Nouveau Futur Associé, plutôt, parce que pour le moment, Luke devait faire ses preuves. Avant qu'il ne se lançât dans la pêche à la jeune femme, Quintus avait insisté pour lui enseigner quelques leçons et lui avait donné rendez-vous à une adresse notée sur une jolie petite carte. Luke était bon en adresses - il l'avait déjà dit - et même s'il connaissait moins Londres que Bristol, il s'était débrouillé pour se rendre à l'endroit convenu et, ô surprise, à l'heure.

 

Non, en réalité, il avait une heure d'avance. Parce qu'il n'avait rien d'autre à faire ce jour-là (d'ailleurs les autres jours non plus), et pour ne pas avoir l'air trop empressé de rentrer, il se planta devant les grilles en fer forgé du manoir pour observer à la dérobée la jolie allée saupoudrée de cailloux ocres et humides qui conduisait à une porte sombre et cossue. Les toits noirs s'étiraient en angles persuasifs qui crevaient le ciel gris anglais, et quelques ifs au feuillage sombre et touffu dissimulaient de grandes fenêtres élégantes, comme pour préserver une précieuse intimité familiale.

 

- Woah, souffla Luke à part lui, guettant les vitres pour essayer d'apercevoir quelqu'un.

 

Est-ce qu'il y aurait la fiancée de Quintus ? Est-ce qu'il avait du personnel ou des elfes de maison ? Soudain, il se sentit légèrement nerveux et contrôla sa propre tenue : veste en cuir par-dessus une chemise pourpre (oui, tout à fait, la même que la dernière fois, parce qu'il n'en avait qu'une seule), jean noir et baskets qui avaient un peu pris l'eau. Habituellement, il se trouvait cool. Mais ce n'était pas cool qu'il fallait être aujourd'hui. Que fallait-il être alors ? Luke se lécha les doigts et se les passa dans les cheveux pour les discipliner, essayant de ranger de côté ses mèches châtains qui ondulaient à cause de l'humidité ambiante.

 

Puis il repartit faire un tour du quartier.

 

Il marcha entre les feuilles mortes. Colla son nez entre les grilles d'autres maisons cossues. Contrôla son visage dans le rétroviseur d'un véhicule étincelant devant un hotel luxueux, avant de se faire gentiment envoyer paître par le voiturier.

 

Au bout d'un long moment à errer ainsi, ses pas le reconduisirent devant le manoir de Quintus. Encore dix minutes d'avance. Il haussa les épaules et sonna. Il s'attendit à devoir se présenter mais, ô surprise, la grille s'ouvrit toute seule, comme par enchantement. Probablement par enchantement, d'ailleurs. Et Luke entra dans le manoir, car la porte elle aussi s'était ouverte à son approche.

 

 

 

L'intérieur du manoir était aussi élégant que l'allure extérieure. Dans le corridor d'entrée, orné de portraits qui le toisèrent d'un air scandalisé, plusieurs portes s'alignaient, mais une seule était ouverte, ce qui lui indiquait le chemin à prendre. Luke se sentait obligé de marcher à pas lents pour ne pas faire de bruit. Il entra dans un salon doté de meubles en bois massifs, dont une table disposée sur un large tapis persan. Luke s'essuya les pieds dessus, avant de voir qu'un peu plus loin, sur un fauteuil en cuir, Son Nouveau Futur Associé l'attendait, une boisson à la main. Luke sentit son coeur battre la chamade et un sourire se peignit sur ses lèvres, éclairant son visage juvénile. Il s'avança, les mains dans les poches de sa veste.

 

- M'sieur Bulstrode ! Dites donc comment c'est vach'ment beau chez vous. Vous savez quand j'étais jeune j'allais en vacances dans un manoir tout pareil mais pas à Londres et y'avait une piscine. Vous avez une piscine vous ? Enfin c'pas la saison je sais c'est juste par curiosité.

 

Il se planta à deux mètres du politicien, et en détacha soudain ses yeux pour contempler encore son environnement - lustre, tableaux, bibelots.

 

- Et vous ça va ? Enfin ça a l'air d'aller plutôt pas mal...

 

Il sourit béatement. Il avait vraiment tiré le gros lot. Le type était très visiblement riche, ce qui était un signe qu'il était sûrement très bon en affaires, bien meilleur que John - son ancien associé.

 

- Vous êtes tout seul ? Vous d'vez vous ennuyer si vous êtes ici tout seul. Vous savez moi j'peux v'nir jouer au billard ou au babyfoot magique avec vous si vous vous ennuyez, vous avez une salle de jeux ? J'sais jouer aux fléchettes sorcières aussi mais j'suis moins bon, mais c'est juste car je manque d'entraînement, parce que j'suis pas si mauvais en fait pour lancer des trucs, en fait. Parce que les jeux sorciers des fois c'est un peu piégeux et une fois j'ai lancé une fléchette et elle a fait un demi-tour et elle a failli me transpercer l'oreille. Remarquez ça m'aurait fait un piercing ! Faut dire comme on dit les choses finissent toujours par revenir, mais pas toujours de la manière qu'on croit... 

 

Il continuerait longtemps s'il n'était pas interrompu, mais il savait qu'il serait interrompu, alors autant caser autant de mots que possible avant que cela n'arrivât.

 

- ... et alors du coup j'ai appris à jouer au billard avec les moldus moi et croyez-le ou pas les boules elles bougent pas quoi y'a pas d'effets spéciaux sur aucune boule vraiment ben ça les amuse quand même et alors bon moi aussi en fait il m'en faut pas beaucoup moi vous savez puis tant qu'il y a une bonne ambiance moi ça m'va bien et...

Quintus Bulstrode

Homme

23 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 19/02/2026 à 19:48

C'est presque avec déception que Quintus accueillit silencieusement Luke à l'heure. Un dernier coup d'œil à l'horloge que l'idée d'avancer d'un discret mouvement de baguette lui traversa l'esprit. Ce ne serait pas bien compliqué de faire croire à son invité qu'il avait manqué de ponctualité et de le houspiller généreusement. Mais pas nécessaire. L'attitude nonchalante de Huston et le flot ininterrompu de son monologue suffirent amplement à justifier l'irritation naissante de son hôte. Heureusement que le personnel avait été congédié pour ne pas le voir s'acoquiner avec pareil traîne-savates. Cependant, Quintus réservait sa malhonnêteté à autrui et, par souci d'intégrité envers sa seule personne, s'en tint presque à sa décision d'encourager Luke. Il attendit donc que ce dernier reprît son souffle pour l'interrompre.

 

— Bonjour, plaça-t-il stoïquement comme un rappel à la plus élémentaire politesse. Lucky Luke.

 

Puisqu'il fallait manifestement commencer par des bases censées être accessible même à la lie du bas peuple, le maître des lieux se leva et servit un verre de whisky au sorcier bavard et inconvenant pendant qu'il entamait sans préambule sa leçon concernant les habitudes à prendre pour au moins avoir l'air d'un gentleman.

 

— Lors de notre rencontre, ta poignée de main était un peu... commença-t-il en cherchant un adjectif adéquat. Trop enthousiaste. Elle doit être ferme mais pas agressive et tes yeux doivent sourire à ton vis-à-vis.

 

Tout en tendant à Luke le délice ambré, un Bowmore distillé un demi-siècle plus tôt, Quintus énonça le programme du jour. Dont une certaine partie ne serait par ailleurs pas du luxe au vu de la dégaine malpropre du sorcier qui portait encore la même chemise — le Sang-Pur espérait que ce ne fût qu'un hasard — et des chaussures, si l'on pouvait les qualifier comme telles, usées. Pour ne relever que le pire. 

 

— Tu vas devoir apprendre à saluer chacun comme il se doit. Tes pairs avec une poignée seyante, tes supérieurs avec une révérence adéquate. La première impression compte et détermine comment va te jauger une personne que tu viens de rencontrer. Ensuite on verra comment te tenir en société. Il faudra que tu apprennes les bonnes postures, pas à te balader avec les mains dans les poches. Ça devrait déjà nous occuper un moment. J'ai aussi invité un tailleur qui prendra tes mesures afin de t'habiller. L'élégance est un levier puissant.

 

Quintus accorda quelques secondes à Luke pour assimiler les informations et éventuellement goûter son breuvage. Puis, planté bien droit face à lui, tendit la main droite.

Luke Huston

Homme

20 ans

Sang-mêlé

Britannique

Maître du Pactole

Message publié le 21/02/2026 à 11:21

- Ah ouais ouais, bonjour.

 

Il n'avait pas dit bonjour ? Il ne se souvenait plus. Luke haussa les épaules, toujours les mains dans les poches.

 

- C't'à-dire, mon vis-à-vis ? osa-t-il questionner en plissant la lèvre supérieure de circonspection. Nan mais j'sais qu'j'suis un peu trop enthousiaste on me l'a déjà dit. Mais j'suis comme ça moi m'sieur Bulstrode, je bouillonne de l'intérieur que voulez-vous ! C'est qu'j'ai de l'énergie à distribuer quoi !

 

Luke s'empara du verre de whisky avec ce même enthousiasme certain, et y trempa les lèvres - parfaitement inconscient de la qualité du breuvage. Son palais n'était guère habitué à faire beaucoup de différences entre les alcools, bien qu'il eût déjà copieusement bu lors de soirées par le passé. Il sirota longuement tout en observant Quintus de ses prunelles écarquillées au-dessus du verre, lui donnant momentanément l'allure d'un poisson aux yeux globuleux gobant tout ce que le politicien avait à dire. Puis il déglutit avec une petite grimace.

 

- Ah ouais ouais.

 

Non, en réalité, vraiment non, il ne comprenait pas tout. Ca devait se voir à son expression légèrement confuse - bouche entrouverte. Mais il ne voulait certainement pas froisser monsieur Bulstrode, ça non. D'ailleurs, il sortit lentement celle de ses mains qui était encore dans sa poche - un peu comme si, par la lenteur de ce geste, Quintus aurait pu ne pas le remarquer. Comme il ne savait pas quoi en faire, il la posa sur sa hanche, épaule un peu trop haute pour que ce fût tout à fait naturel. Puis, tandis que les propos du politicien infusaient lentement dans sa tête, il lui serra très mollement la main.

 

Ce fut à cet instant qu'il réalisa.

 

- OH ? Un tailleur ? Pu-tain...

 

Ca lui était sorti tout seul et aussitôt il lâcha aussitôt la main de Bulstrode pour plaquer la sienne contre sa bouche, histoire d'empêcher d'autres jurons de franchir le seuil de ses lèvres, les yeux écarquillés.

 

- Pardon m'sieur Bulstrode mais quand même, là j'vous jure c'est abusé, un tailleur quoi, faut pas aller jusque là, moi aussi j'vous aime bien, j'vous aime même vachement vous avez d'la gueule et tout puis la classe tout ça puis vous parlez comme un pharmacien, non sans blague j'ai vachement pensé à vous moi aussi même que j'ai acheté deux cafés chez Starbucks en imaginant qu'j'étais en rendez-vous avec vous et tout 'fin voilà c'est pour dire, c'est partagé hein vraiment cette amitié, c'est comme un coup de foudre entre moi et vous, à Starbucks genre j'parlais tout seul en imaginant qu'on s'racontait nos vies, ah !

 

Il s'interrompit le temps de faire taire un éclat de rire tout embarrassé, levant une main en l'air, les joues un peu rouges, mais après moults mimiques et roulements involontaires des épaules, il parvint à retrouver un peu de son calme. Son whisky toujours à la main, son sourire s'évanouit peu à peu pour offrir à Quintus un regard plein de compassion. Il secoua la tête doucement en un signe négatif.

 

- Mais là m'sieur Bulstrode, c'est trop, vraiment, soupira-t-il. J'peux pas accepter pour le tailleur. Une statue de moi quoi, non mais vous en faites beaucoup trop là...

Quintus Bulstrode

Homme

23 ans

Sang pur

Britannique

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Maren

Maître du Jeu

Message publié le 22/02/2026 à 16:53

Ça s'annonçait beaucoup, vraiment beaucoup plus compliqué que prévu. Luke étalait ses défauts comme un gosse qui sort tous ses jouets sans réflexion, sans but, simplement au nom du chaos ; seule chose qu'un embryon d'esprit dénué d'intelligence peut concevoir. Incapable de comprendre, d'apprécier, de se modérer. Si ce type-là possédait réellement quelque qualité, ce serait un travail d'excavation archéologique que des les dévoiler au grand jour. Alors qu'il serrait la mâchoire, un creux visible se forma sur les tempes de Quintus dont l'œil se contracta légèrement. Comment ce manant parvenait à le faire sortir de ses gonds aussi rapidement ? Du calme et de la patience, se morigéna-t-il tant bien que mal.

 

— Ton vis-à-vis. Tu ne sais... C'est la personne en face de toi. Et ton enthousiasme peut être une bonne chose. Si on le canalise à bon escient.

 

Le Sang-Pur se massa brièvement les sourcils avec son pouce et son index. C'était à lui de faire un effort afin que Luke le comprenne plus aisément. Mais il ne savait pas comment abaisser son langage à son niveau. Le fait que Caecilia fût parvenue à se défaire de sa diction et de son vocabulaire soutenu pour imiter le phrasé grossier de Scott demeurait un des mystères qu'il ne s'expliquait pas. Et c'était d'ailleurs fort regrettable qu'une femme de sa qualité ternisse son charme en s'exprimant comme une guenon, avec davantage de cris et de mimiques disgracieuses que de mots bien choisis. Quintus claqua la langue pour chasser son humeur chafouine et ses pensées acerbes envers une sorcière merveilleuse qui ne méritait pas tant de jugement.

 

Quant à Huston, il s'acharnait à démontrer qu'avoir atteint le fond d'un gouffre n'empêchait nullement de continuer à s'enfoncer. Ses expressions grotesques, son juron et son nouveau monologue atterrant abasourdirent leur témoin qui commençait à ne pas se sentir en mesure de corriger tant de lacunes. Qu'est-ce que c'était que cette histoire de rendez-vous fantasmé chez un Starbucks que Quintus ne connaissait pas ? Et la conclusion tellement aberrante que le barrage fragilisé de l'hôte se volatilisa, déchaînant son dépit atrabilaire sur Luke.

 

— Un tailleur-couturier, imbécile ! Pour t'habiller, tu n'as pas écouté ?

 

Excédé, il arracha des mains de son interlocuteur le verre qu'il claqua sans délicatesse sur le meuble le plus proche en soufflant des naseaux. Organe olfactif d'ailleurs las d'être incommodé par les effluves nauséabonds du vagabond.

 

— Tu vas aller prendre une douche avant que je ne perde patience.

 

Comme si ce n'était pas déjà le cas. Pour régler le problème des vêtements sales de Luke, Quintus pouvait se résoudre à lui céder une tenue du mois précédent qu'il n'avait plus envie de porter. La différence de carrure entre les deux sorciers n'était pas excessive et au fond il se fichait que ce va-nu-pieds se retrouve affublé de fripes inconfortables pour lui tant qu'il était propre. S'il ne faisait pas quelque chose pour le rendre plus supportable immédiatement, il finirait immanquablement par l'étrangler.

 

— Suis-moi, Luke.

 

Avec l'espoir que ses facultés simiesques comprennent le message tacite derrière cette appellation moins complaisante, Quintus partit à grandes enjambées vers une des salles de bains pour les invités et fournit le nécessaire à ce maudit Huston avant de s'apprêter à claquer la porte derrière lui en ressortant.

 

— Quand tu auras fini, tu trouveras des vêtements propres sur le lit dans la chambre directement à droite en sortant d'ici. S'ils ne te vont vraiment pas, débrouille-toi avec ta baguette pour les arranger. Tu dois bien être capable de ça au moins, non ?

 

Une grimace exaspérée en guise conclusion et bam. Bulstrode s'adosse un instant de l'autre côté du panneau de la porte en poussant un long soupir. Il allait avoir besoin d'une grande quantité de whisky.

Lola Lovell

Femme

25 ans

Sang-mêlé

Britannique

Message publié le 23/02/2026 à 23:45

Lola couve des yeux le bébé qui émerge doucement du sommeil. Elle a laissé son livre ouvert sur le bureau de la chambre, un crayon négligemment glissé entre les pages jaunies pour marquer l’endroit d’où elle recopiera bientôt les ingrédients de sa future liste de courses ; Quintus Bulstrode semble boire son polynectar comme du petit lait ces derniers temps.

 

La jeune femme sourit sous les babillages de l’enfant qui semble lui raconter ses rêves. Elle caresse le petit ventre chaud tandis qu’Ayden tente de lui attraper les cheveux, puis les doigts pour essayer de se redresser. Tout doux petit prince, murmure Lola en récupérant le bébé dans ses bras. Elle lui tend d’une main distraite l’anneau de dentition qu’il ne quitte plus pour le laisser mâchouiller quelque chose en attendant un apport nourricier plus consistant. Les yeux du garçonnet n’apprécient pas la luminosité qu’elle rend à la pièce, chassant avec délicatesse les derniers effluves de la sieste.

 

Monsieur Bulstrode l’a prévenue : aujourd’hui, ils ont de la visite. La jeune apprentie potionniste s’arrête donc quelques instants devant un miroir pour vérifier l’impeccabilité d’un corps élancé coincé dans son corsage. Ayden sourit et tend la main vers son reflet avec un petit bruit amusé, Lola secoue doucement le minuscule poignet avant de lisser sa jupe du bout des doigts : il est beau ce petit bébé, un baiser sur le front.

 

Et puis quelques éclats de voix, celle de Quintus ? Lola fronce les sourcils alors que la petite éponge dans ses bras se met brusquement à pleurer sans réellement savoir pourquoi. Elle rattrape de justesse le jouet du bébé avant que celui-ci ne dégringole jusqu'au sol et berce un peu son fils en se rapprochant de la source du vacarme. L’idée d’une interaction l’étonne ; elle n’a jamais entendu ni même imaginé Bulstrode avoir un mot plus haut que l’autre. Mais c’est pourtant bien lui qui est à l’origine de ce bruit, elle en est sûre : le quotidien l’aurait rendue capable de reconnaître sa voix entre mille.

 

Le tableau du jeune homme désespéré, adossé à une salle de bain dont il vient indéniablement de claquer la porte à en faire trembler les murs et le cœur d’Ayden offre à Lola une vague d’inquiétude. Le bébé, trop heureux d’observer un second visage familier, tourne vers lui une frimousse qui semble avoir oublié toute contrariété pour concentrer son attention sur le diplomate au visage éreinté. Quelques secondes d’observation, puis la main qui se tend vers l’anneau pour le réclamer avec un petit bruit. La Lovell le lui rend distraitement : tout va bien Quintus ? Elle s’approche, cherche son regard en relevant le visage du sorcier des quelques doigts manucurés de sa main libre qui sent probablement le sommeil et le lait chaud : rappelez-moi de vous mijoter un petit philtre de paix, sourit-elle en reculant légèrement. Un coup d’œil suspicieux pour la porte derrière eux : alors, notre invité… ?

Accueil En dehors du Château Londres Mieux vaut être craint qu'aimé si l'on ne peut être les deux