



Guérisseur-en-Chef du Service des Pathologies des Sortilèges 30 ans Hybride Irlandaise Notoriété
Elle n’a aucune idée de pourquoi le monde se couche toujours sur un lit de neige et de froid. Comme si tout était destiné à s’endormir sous ce voile immaculé, à se figer dans une immobilité trompeuse. Comme si l’hiver était une promesse qu’on contemple de loin, fascinés par son éclat, mais toujours réticents à abandonner la chaleur d’un été trop étouffant. Il y a quelque chose d’amusant dans ce paradoxe, dans cette façon qu’ont les gens de convoiter ce qui leur échappe. Ceux qui bravent la tempête, non pas pour la traverser, mais pour se laisser emporter par le courant. Pourquoi ? Par désillusion ? Par ennui ? Par ce besoin viscéral de se prouver qu’ils existent, qu’ils peuvent encore ressentir quelque chose ?
Peut-être.
Oonagh ne sait pas vraiment pourquoi elle a envoyé ce hibou. L’idée s’est insinuée, un matin, alors qu’elle regardait son jardin se couvrir lentement sous la morsure du froid. Un instant de flottement, une pensée errante entre deux gorgées de café. Ses yeux clairs avaient glissé vers le bureau, vers le papier encore vierge, prêt à accueillir une réponse à Miranda et à cette énième réunion familiale qui s’annonçait. Mais au lieu de cela, son esprit avait bifurqué vers un autre visage, un souvenir pas si lointain. Un intérêt étrange, renouvelé. Rien de sentimental, rien qui s’apparente à une envie persistante. Juste une curiosité qu’elle n’avait pas anticipée.
Alors, dans le doute, elle avait suivi son instinct.
Le cercle privé, ce n’est pas comme le travail. Il n’y a pas besoin de tout contrôler, de tout planifier. Il suffit de faire, et d’aviser ensuite, tant que rien n’entre en collision avec le reste.
Ses doigts glissent distraitement contre la vitrine devant laquelle elle s’arrête, effleurant du bout des ongles la surface froide du verre. Un reflet lui renvoie son image, et son propre regard l’analyse un instant, critique. D’un geste assuré, elle ajuste son rouge à lèvres, glissant une main dans ses cheveux soigneusement plaqués en arrière. Ils sont légèrement plus longs que d’habitude, un détail qu’elle note sans véritablement y accorder d’importance. Autour d’elle, la foule se meut avec son brouhaha habituel. Des murmures l’accompagnent sur son passage -certains admiratifs, d’autres plus discrets, plus mauvais. Elle y est habituée. Il est rare qu’on ne la remarque pas. Mais ce n’est qu’un bruit de fond, un souffle insignifiant qu’elle balaie d’un haussement d’épaules mental. Puis, enfin, elle aperçoit la silhouette qu’elle cherche.
D’un pas fluide, elle s’avance et s’installe aux côtés d’Alaska, un sourire léger au coin des lèvres. Une mèche de cheveux échappe à sa coiffure, et dans un geste instinctif, presque nerveux, Oonagh la glisse derrière sa propre oreille. Un tic, peut-être. Une brève dissonance dans son assurance habituelle. C’est drôle… Je ne pensais pas que tu aurais envie de me revoir. Il y a quelque chose de suave dans sa voix, alors qu’elle plisse des yeux. Comme une lueur qui frôle la provocation, teintée d’amusement. Les serpents savent danser, après tout, quand la mélodie leur répond. Comment vas-tu, Alaska ? Elle incline légèrement la tête, observant le monde autour d’elles. Le froid continue d'embrasser les gens dans le silence, déposant son empreinte sur les pavés. Marchons un peu, tu veux bien ? Il ne faudrait pas geler sur place. Tu ne crois pas ? Sa main glisse contre le tissu de son manteau, retenant un frisson invisible. L’hiver est un territoire qu’elle ne craint pas, mais elle préfère toujours être en mouvement.
L’immobilité, elle, est bien plus dangereuse.