Tegan cligna des yeux plusieurs fois, arrachée à son observation intense par la voix résonnante du professeur. Ah. Parler. Oui, c'était une bonne idée. Mais comment formuler une phrase normale quand on avait passé les dernières minutes à tenter de décrypter les subtilités du langage des fléreurs ? Elle prit une profonde inspiration, essayant de reconnecter deux neurones pour commencer.
— Oh ! Oui ! Oui, bien sûr carrément ! répondit-elle rapidement, sa voix un peu plus aiguë qu'elle ne l'aurait souhaité.
Elle tendit la main et attrapa le sac tendu par Lesley avec un enthousiasme débordant, qu'elle ne tenta même pas de camoufler. Malgré son esprit naturellement curieux et son talent pour dénicher les mystères cachés dans les recoins sombres de Poudlard, elle restait avant tout une adolescente fascinée par les créatures magiques.
Le sac, lourd dans sa main, exhalait une forte odeur, un mélange piquant de poisson séché et d'herbes aromatiques que les fléreurs semblaient adorer. Dès qu'elle en écarta légèrement l'ouverture, un frisson d'excitation parcourut la petite assemblée féline. Les oreilles de quelques fléreurs se dressèrent brusquement, et leurs queues fouettèrent l'air avec impatience. Les plus audacieux s'approchèrent déjà à pas feutrés, leurs museaux frémissants et leurs grands yeux dorés plissés d'attente, prêts à découvrir ce que contenait le sac.
Elle piocha une poignée de nourriture et la tendit à un fléreur audacieux, son pelage tacheté se fondant habilement parmi les ombres, qui s'était glissé le premier devant elle. Avec une vivacité surprenante, il lui arracha presque la friandise des doigts, sa langue rugueuse effleurant brièvement sa paume comme un papier de verre chauffé au soleil. Un petit rire lui échappa, léger comme le tintement d'une clochette dans l'air immobile.
Une idée espiègle lui chatouillait encore le bout du nez, comme un éternuement laissé par un vent capricieux. Depuis l'enfance, elle avait souvent joué avec sa métamorphomagie, un talent fascinant et capricieux. Elle se souvenait d'avoir emprunté les moustaches d'un chat pour amadouer celui de la voisine, ou encore de s'être donné une truffe de chien pour voir si cela lui permettait de mieux sentir les biscuits dans le four, dont le parfum sucré et réconfortant flottait dans la maison. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin lorsqu'on pouvait explorer de telles merveilles ?
Alors qu'elle plongeait à nouveau la main dans le sac, laissant glisser entre ses doigts les granulés de nourriture, elle laissa cette pensée se diffuser lentement jusqu'à son corps, comme une rivière s'écoulant vers la mer. La magie, fidèle compagne de ses explorations, fit le reste. D'abord imperceptible, la transformation se faufila sous sa peau comme une brise douce en été. Ses oreilles s'étirèrent en un mouvement fluide, se transformant en une fine silhouette féline. Un museau naquit lentement sur son visage, remplaçant avec délicatesse sa variante humaine. Rien d'excessif, juste ce qu'il fallait pour brouiller la frontière entre elle et les créatures qu'elle tentait d'approcher.
Un silence flottant s'installa alors, aussi fragile qu'une plume en équilibre sur le souffle du vent. Tegan, au fond d'elle-même, nourrissait plus d'attente pour ce moment que les créatures. Elle imaginait leurs grands yeux perspicaces et luminescents se fixant sur elle, pesés d'une intelligence ancienne, comme s'ils débattaient mentalement de l'étrangeté de ce qu'ils voyaient. Une humaine ? Une fléreur ? Une énigmatique créature entre deux mondes ? L'univers venait de leur offrir une énigme fascinante. Mais non, un fléreur, avec son pragmatisme instinctif, sait toujours apprécier la supériorité de la nourriture sur les curiosités sorcières. Pour l'heure, ils mangeaient, la tête plongée dans le repas offert.
— M'sieur Bowers c'est quoi votre créature préférée de tous les temps ?
Après un premier temps d'alimentation, un premier fléreur s'aventura à renifler son mollet. Elle rêvait, comme si elle était devenue l'une des leurs, qu'ils s'agglutineraient autour d'elle, réclamant leur part du festin et des câlins. Pas des masses, pour l'instant, mais Tegan, ravie quand même, distribuait la nourriture à pleines poignées, riant doucement en leur compagnie.