Le coup part trop vite pour que j’aie le temps d’intervenir. J’ai vu l’instant où tout a basculé – l’éclair de rage dans le regard de Ferguson, la provocation volontaire de Ryder. J’aurais pu les séparer avant que ça ne dégénère, mais cette seconde-là, je l’ai laissée filer. Parce qu’au fond, c’était inévitable.
Le bruit du choc résonne dans la salle, brutal, sec. Un os craque. Ryder se plie en deux, ses mains couvertes de sang, tandis que Decker fulmine, prêt à recommencer.
— Assez !
Un mouvement fluide de ma baguette, et la dalle de pierre que j’avais invoquée plus tôt s’élève du sol, venant se matérialiser entre les deux élèves comme une muraille impassible. Le bruit sourd du bloc qui se pose coupe net l’élan de Decker, qui serre les poings de l’autre côté.
Mon regard glacial tombe sur lui.
— Monsieur Decker.
Ma voix est basse, maîtrisée. Pas un éclat de colère, pas une once d’hésitation. C’est plus tranchant qu’un cri.
— Vous venez de prouver, avec éclat, que vous n’avez rien à faire ici.
Silence pesant. Tous retiennent leur souffle.
— Ce cours vise à vous préparer à un tournoi de haut niveau, où votre intelligence et votre maîtrise de la magie seront les seuls outils tolérés. La violence physique ? Elle n’a pas sa place ici, ni ailleurs dans cette compétition. Vous avez échoué avant même d’avoir commencé.
Je marque une pause.
— Vous êtes exclu de ce cours. 50 points en moins pour Poufsouffle. Et je vous attends en retenue lundi soir.
Il y a des murmures autour. Certains semblent choqués, d’autres s’y attendaient. Quant à Ferguson, il n’a pas encore réagi. Il me fixe avec cette expression d’incompréhension et de colère pure. Je le devance, coupant court à toute tentative de protestation.
— Sortez.
J’attends. Une seconde. Deux. Il finit par tourner les talons avec une dernière œillade furieuse, mais il ne dit rien. Une porte claque.
Je laisse le silence planer une seconde de plus, puis je baisse légèrement ma baguette. La dalle de pierre s’efface, se fondant à nouveau dans le sol. Mon regard se pose sur Ryder, qui a toujours les mains couvertes de sang.
— À l’infirmerie. Maintenant.
Je ne lui laisse pas le choix. Malgré son sourire arrogant et son ton moqueur, son nez cassé le lance à chaque battement de cœur, et il le sait. Je pourrais soigner ça en quelques secondes, mais je veux qu’il sente le poids de sa provocation. Qu’il assume les conséquences de ses jeux dangereux.
— Et si vous cherchez encore des moyens de "gérer votre colère", je rajoute en appuyant bien sur ses propres mots, assurez-vous que ce soit avec votre baguette, pas avec votre langue.
Je ne lui adresse plus un regard de plus et me tourne vers le reste de la classe. Certains sont crispés, d’autres mal à l’aise. Ambrose et Sam échangent un regard, probablement peu convaincus du départ forcé de Gus. Mais je ne leur laisse pas le loisir de remettre en question mon autorité.
— Bien. Maintenant que nous sommes débarrassés des distractions inutiles, nous reprenons.
Je jette un rapide coup d'œil à Alison, qui semble encore absorbée par ce qui vient de se passer.
— Miss Carter, vous passerez à l’atelier Précision. En binôme avec Ryder dès son retour.
J’ignore totalement le regard qu’elle me lance. Je me fiche de savoir si elle est ravie ou non. Elle a le niveau pour cet exercice, et Ryder devra prouver qu’il est capable de se concentrer ailleurs que sur ses guerres personnelles.
— Quant aux autres, retour à vos postes. Et que cela serve de leçon : ici, c’est votre esprit qui prime. Pas vos poings.
Un dernier silence plane.
Puis, le cours reprend.