Julian sourit à Ambrose. Puis elle soupire quand elle observe Sasha. Elle a l’impression que c’est toujours la même chose, avec tout le monde. Encore une fois, tout se répète, inlassablement. Les mêmes situations, les mêmes réactions. Il n’y a rien qui tourne rond pour elle. La blonde ne comprend pas toujours pourquoi les gens réagissent comme ça. Elle ne sait pas si c’est parce qu’elle pense différemment ou si les autres sont juste bizarres. Les humains s’attendent toujours à une réponse bien précise, une réaction attendue, et pourtant, dès qu’elle essaie de jouer le jeu, le résultat lui échappe. C’est comme s’il y avait un décalage constant entre ce qu’elle donne et ce que les autres attendent. Imiter les humains, parfois, c’est fatiguant.
Elle se demande si ce n’est pas une malédiction, ce sentiment d’être toujours en dehors du cadre. Une peinture qui dépasse, une note qui sonne faux dans une mélodie bien réglée. Elle sait s’adapter, elle sait feindre, mais ce n’est jamais naturel. Tout ce qu’elle fait donne l’impression d’être minutieusement orchestré, comme une pièce de théâtre dont elle ne comprend pas vraiment le scénario.
Se mordant la lèvre, elle écoute patiemment le professeur. Ses yeux glissent à la recherche de sa camarade de classe. La seule qu’elle connaît un peu dans ce capharnaüm. Les autres ne l’intéressent pas. Elle les observe, bien sûr, mais comme on regarde une fourmilière en mouvement. Ils ont l’air d’avoir un but précis, une direction claire. Elle, elle avance souvent sans savoir pourquoi. Juste parce que c’est ce que l’on attend d’elle.
Puis, elle se met en place. Elle ne sait pas trop quoi faire cette fois-ci. Ce n’est plus une question d’être original maintenant, mais d’être efficace. Hum. Oui, elle va partir là-dessus. C’est ce qu’elle se dit à chaque fois. Elle sait que ça ne sert à rien d’être simplement remarquable si ça ne fonctionne pas. Si elle veut être perçue comme exceptionnelle, il faut avant tout qu’elle réussisse.
Doucement, Julian tourne la tête. Un instant de flottement avant le drame. Quelques secondes passent, une catastrophe est sur le point d’éclater… mais le professeur sauve la mise juste à temps. La magie, c’est dangereux. Peu importe l’âge ou l’expérience, si on ne sait pas réagir vite, on ne reste pas entier bien longtemps. Elle fronce légèrement les sourcils, pensive. C’est une drôle de chose, la magie. Aussi instable qu’elle est fascinante. Elle se demande combien de duels, d’accidents, combien d’instants suspendus comme celui-ci ont marqué l’histoire du monde sorcier. Probablement trop. Assez pour que tout devienne une question de survie.
La blonde se tourne vers sa partenaire et observe le mannequin. Agissons avant qu’il ne se mette à répondre trop bruyamment, dirons-nous. Sa main se resserre autour de sa baguette. Son regard s’affermit. Elle inspire profondément. Un frisson remonte le long de sa colonne vertébrale. Un mauvais pressentiment ? Non. Juste l’excitation. L’adrénaline. Cette sensation qu’elle apprécie plus qu’elle ne devrait. Un battement de cœur. Une seconde d’hésitation. Une étincelle dans ses yeux. Inanimatus Apparitus Elle veut l’écraser, au sens propre du terme.
Une ancre mal formée, ridiculement petite et tordue, apparaît au-dessus de Julian et de sa partenaire. Par réflexe, Rosenberg pousse Avery hors de la trajectoire et l’objet atterrit droit sur le pied de Julian. Elle se fige, sentant l’onde de douleur remonter jusqu’à son crâne. Putain de Merlin ! C’est pire que marcher sur un scrout à pétard !