T’as beau aimer les situations absurdes, y a un moment où faut savoir où s’arrêter. Et ce moment précis, c’est quand tu vois Basil virer au blanc maladif et que ses mouvements, déjà désordonnés, deviennent franchement inquiétants. Le sarcasme, il l’a même pas dans la voix. Juste un fond d’angoisse mal maquillée derrière une phrase trop légère pour être sincère. Et t’as beau aimer te moquer, là, ça passe plus.
— Ok, t’as officiellement dépassé le stade de la blague, là.
Il tourne toujours lentement sur lui-même, et t’as jamais vu quelqu’un aussi désespérément à la merci de l’air. C’est pas naturel, ça. Y a un truc profondément perturbant dans le fait de voir un môme flotter sans le moindre contrôle, comme un ballon qui va se barrer à la moindre bourrasque.
Puis il monte encore.
— Non, non, non, arrête ça tout de suite.
Tu le vois tendre la main vers toi, et merde, il est trop loin. Tu fais un pas en avant, tends la tienne aussi, essayes d’accrocher ses doigts du bout des tiens. Juste un centimètre, un foutu centimètre de trop. Il jure, toi aussi, et t’as un demi instant où tu considères réellement l’idée de lui sauter dessus et de le tirer vers le sol par la force. Et puis, comme si l’univers avait décidé que le grand cirque avait assez duré, la gravité revient d’un coup.
Aucun avertissement. Pas de descente progressive, pas de ralentissement. Juste un effet magique qui se dissipe brutalement et un Basil qui tombe comme une pierre.
— OH, MERDE !
Ton premier réflexe est d’aller vers lui. Le deuxième, c’est de t’arrêter net en l’entendant s’écraser comme un pantin désarticulé. Ça fait un bruit peu rassurant, un mélange de souffle coupé et d’impact sourd, et t’as franchement pas envie de voir à quoi il ressemble après une chute pareille.
T’attends une seconde. Il bouge pas.
— Basil ?
Une autre seconde.
Puis, au lieu de te répondre, il vomit.
— … Ah.
Tu plisses les yeux, reculant instinctivement d’un pas parce que t’es pas du genre à vouloir partager ce genre d’expérience. Y a des limites à la solidarité. Tu le regardes faire, assis là comme une loque, le teint livide, le corps visiblement pas remis du contrecoup.
Et franchement, tu pourrais te moquer. T’en as envie, un peu.
Mais il parle avant toi, d’une voix rauque, presque étrangère.
— J'crois j'aurais préféré qu'ils soient explosifs, tes trucs.
T’éclates de rire. Un vrai, cette fois.
— Putain, mec. J’suis pas sûr que ça aurait été mieux pour toi.
Tu passes une main dans tes cheveux, secouant la tête en soufflant.
— Bon. J’suppose que t’es en un seul morceau, c’est déjà ça.
Tu poses une main sur ta hanche, jaugeant son état. Il a l’air d’un gars qui vient de survivre à un duel contre son propre estomac. Ce qui, honnêtement, est une victoire en soi.
Tu sors le sachet de bonbons de ta poche, le secoues légèrement devant lui.
— Tu veux que je termine le travail ou t’as eu ta dose de sensations fortes pour la journée ?
C’est pas une vraie question. T’as déjà ta réponse rien qu’à voir son expression.
Alors, dans un geste théâtral, tu lances le sachet derrière toi, sans même regarder où il atterrit.
— Allez, c’est bon, j’te dois bien ça. Viens, j’te paye un truc qui donne pas envie de t’envoler.
Avant de lui tendre la main pour l'aider à se relever, tu pointes vaguement ta baguette vers la marre de vomis qu'il a rendu.
T’agites ta baguette avec confiance… mais rien ne se passe. La flaque est toujours là, toujours aussi nauséabonde, et même si tu répètes le sort une seconde fois, l’univers semble avoir décidé de te punir pour quelque raison obscure. T’attends quelques secondes, espérant que la magie finira par agir d’elle-même, mais non. Va falloir trouver un autre plan.