J'ai l'impression que la journée n'a été que stress et empressement.
Je suis arrivée chez William sur les coups de dix heures. Il était déjà en pleine activité, agitant sa baguette pour déplacer les meubles, les agencer autrement, libérer de la place dans son grand appartement londonnien qui comporte déjà plus de place que je n'en ai dans mon propre logement.
Je l'ai aidé dans l'installation des décorations avant que ne déboule le reste de la fratrie, c'est-à-dire Nahid, toujours enceinte jusqu'aux dents accompagnée de son mari Farid et de ses deux plus jeunes enfants Samir et Devon -Victoria, l'ado de 14 ans, étant à Poudlard.
Comme toujours, elle a voulu se rendre utile, faire quelque chose. On a dû s'y mettre à trois (William, Farid et moi) pour la clouer sur le canapé. Elle se déplace déjà difficilement avec son gros ventre, a des cernes jusqu'en bas des joues et doit se reposer, ordre du médicomage qui la suit. Elle contrecarre en disant qu'elle est elle-même médicomage et qu'elle connaît ses limites, si elle dit qu'elle peut, elle le peut. Je ne la crois pas. Nahid ne s'est jamais imposé aucune limite. Férue du travail bien fait et acharnée à la tâche, elle serait totalement du genre à vouloir tenter de combiner accouchement et petits travaux manuels qu'elle n'a pas pu terminer.
Cédant face à notre triple insistance, elle est restée sur le canapé à jouer avec le petit Devon de 8 ans, tandis que son grand frère de 10 ans nous a aidé pour terminer la décoration.
Il a ensuite fallu se rendre chez le traiteur Moldu du coin de la rue, une bonne connaissance de William qui lui a délégué la responsabilité d'alimenter son buffet d'anniversaire en petits fours et amuse-bouches.
Evidemment, les imprévus de dernière minute ne nous ont pas loupé. Un plateau manquait -retrouvé entre-temps. Une déco qui se casse la gueule. Des boisson qui ne seront peut-être pas en nombre suffisant. Il a fallu un transplanage en urgence dans chacun des bars sorciers pour acheter ce qu'ils avaient encore à vendre en termes de bouteilles. Nous avons entendu Nahid commencer à dire un "moi je peux..." et nous avons répondu, dans un choeur parfait "non !"
Bref, tout était tout de même prêt pour l'heure de la fête.
William y a invité nos parents, évidemment. Des amis, des collègues. Une certaine Jana qui a son atelier de plumes qu'elle revend en grande majorité à des enseignes comme les Plumes d'Amanuensis. Je soupçonne fort William d'avoir des vues sur cette soi-disant "amie", même s'il nie toute implication dans ces accusations.
Les grandes fêtes ne sont pas celles où je me sens le plus à l'aise. Je préfère souvent les soirées en petit comité. Celles où on peut partager, faire connaissance et apprendre à connaître les gens en profondeur pour éviter un small-talk ennuyant à mourir.
Mais je ne pouvais évidemment pas rater cette occasion. C'est pas tous les jours que son frère fête ses quarante ans ! Ca lui aurait brisé le coeur que je ne vienne pas.
Un verre d'hydromel à la main, je déambule, observant les invités qui se laissent porter par l'ambiance feutrée, animée d'une petite musique de fond diffusée par deux enceintes ramenées par notre mère. Mère qui, d'ailleurs, semble en grande discussion avec un type que je ne connais pas. En passant près d'eux, je l'entends lui expliquer ce que c'est qu'une éducatrice spécialisée dans le milieu des enfants placés. Il a l'air totalement passionné.
Une petite table regroupe les quelques enfants qui jouent ensemble.
Les gens font des allers-retours vers le buffet. Attrapant un petit-four, remplissant leur coupe, grignotant un tapas.
Mais il y en a un qui ne fait pas d'aller-retour et qui reste plutôt figé près de ce spot qui représente un réel bon plan.
Je reconnais l'Auror que j'ai vu à la coupe du monde de Quidditch. Celui que m'avait désigné William, celui qui aidait les gens à monter leur tente. Je me souviens même m'être étonné du fait que les Aurors fassent cela.
Il n'a vraiment pas l'air de se sentir à sa place. Et je me demande pourquoi il ne discute pas avec quelques uns de ses collègues. Il doit bien connaître quelques personnes, dans ce flot d'invités.
Je l'observe un moment et, constatant qu'il ne semble pas vouloir décoller du buffet, je décide d'aller vers lui.
-Alors c'est toi, l'Auror qui aide à monter des tentes ? je lance en guise de salutation.
Je ne sais plus comment William l'a appelé, lorsqu'il m'a parlé de lui.
Je ne sais pas non plus s'il va comprendre l'allusion, alors je m'empresse de préciser :
-Lors de la coupe du monde du Quidditch.
M'adossant contre la table, je bois un petite gorgée d'hydromel et reprends :
-Quelque chose me dit que tu ne te sens pas à ta place ici. Je me trompe ?