Il y a toujours quelque chose qui cloche quand la nuit tombe. Une impression fugace, un frisson imperceptible qui glisse le long de l’échine. Dans le silence absolu, il est facile de se laisser happer par des sensations qu’on ignore en plein jour. Les couloirs murmurent autrement à cette heure-ci. On ne sait jamais si l’on écoute vraiment ou si c’est l’obscurité elle-même qui amplifie les craintes. Les battements de cœur résonnent presque aussi fort que les pas feutrés de ceux qui bravent l’interdit. Dans ces instants volés, entre l’audace et la prudence, tout semble plus intense. Est-ce que ce bruit au loin, n’est que le vent qui s’engouffre ou une présence indésirable ? Un professeur qui fait sa ronde, prêt à interrompre l'escapade. Ou bien la chance de votre vie, pour effrayer quelqu’un d’autre ?
Julian, elle, observe. Depuis son recoin, baignée dans la lumière de la lune. Elle reste en retrait. Ce n’est pas la première fois qu’elle quitte son dortoir en pleine nuit. Quand l’insomnie s’accroche, quand l’air se fait trop lourd et les pensées trop bruyantes. Sa tête blonde repose contre la pierre froide. Elle est bien, là, seule avec elle-même, à écouter le silence prendre vie. Puis, elle entend les pas. Réguliers, non dissimulés. Quelqu’un qui veut être entendu. Une figure d’autorité, sûrement. Ou alors, un élève trop inconscient pour comprendre le sens du mot discrétion.
Rosenberg soupire, elle ne bouge pas tout de suite. Elle tend l’oreille, essaye de deviner la trajectoire, le rythme, la destination. Pour aller dans le sens inverse. Doucement, sans un bruit, elle se fond dans l’ombre. Se faire attraper ne l’effraie pas. Ce ne serait pas la première fois. Mais tant qu’elle peut rester ici encore un peu, elle préfère éviter l’interruption. Quitte à devoir s’éclipser pour mieux revenir plus tard. Parce qu’entre les murs d’un dortoir ou les profondeurs d’une salle sous l’eau, elle étouffe. Lentement, elle se glisse et elle voit l’ombre s’éloigner à l’opposé. Mais ses yeux gris se posent sur autre chose. Enfin, plutôt quelqu’un. C’est Jennifer, de dos. Qui a l’air occupée par la silhouette qui s’évapore au loin. Julian s’approche silencieusement, et lui tapote l’épaule. Un doigt sur la bouche pour lui faire signe de se taire. Elle lui fait signe de la suivre, pour aller plus loin, dans un lieu plus tranquille.