Malgré le sortilège qui n'a (encore une fois) pas fonctionné aussi bien qu'elle l'espérait, Amanda se sent particulièrement fière devant le regard écarquillé de Basil. On dirait que c'est la première fois qu'il le voit. Elle s'était dit que peut-être il connaissait... et puis non. Alors elle est heureuse de lui apprendre quelque chose. Il dit même c'est trop cool. Elle a un sourire ravi aux lèvres. On ne l'a jamais particulièrement désignée de cool ni accolé cet adjectif à ce qu'elle pouvait faire. Amanda est l'élève discrète, gentille mais secrète qui se fond dans le décor et n'aime pas faire de vagues. Rien de très cool de l'avis général pour lequel, cool veut dire : avoir une attitude un poil rebelle mais pourtant sympa sans trop l'être, ne pas se laisser marcher sur les pieds mais quand même venir en aide à ceux qui en ont besoin, avoir des piques bien mordantes en réponse à toute situation et savoir faire rire l'assemblée. Amanda n'est rien de tout ça. Alors elle apprécie que Basil dise que c'est trop cool, même si, évidemment, il parle de son sort et non d'elle.
Puis, intriguée, elle regarde son camarade se redresser, prêt à faire ses preuves également. Il lui indique qu'en ce moment, il tente de maîtriser ce sort-là. Elle est curieuse. Est-ce un sortilège utilitaire ? Rigolo ?
Elle le voit prendre pour cible l'un des parchemins qu'elle a amené et il prononce sa formule. Ca lui parle vaguement...
Sauf qu'a priori, l'effet escompté n'est pas au rendez-vous. Le son est sec, claquant, faisant presque sursauter la jeune fille qui ne s'y attendait pas. Et, en plus de louper, le sortilège vient percuter la mauvaise cible. Amanda se décompose. Sa plume ! Encore ! En une fraction de seconde, elle l'imagine reprendre vie et, surtout, reprendre ses inepties là où elle les a laissées.
Elle est donc presque rassurée de constater qu'il ne s'agit que d'encre. Certes, qui fuit de partout. Qui salit le bureau, éclabousse les mains de Basil et un pan de la robe de la Poufsouffle. Mais ce n'est que de l'encre. Pas d'autres propos abscons.
Amanda ne peut s'empêcher d'étouffer un petit rire tandis que son camarade s'exclame que ce n'était pas ça et, l'air paniqué, d'excuse platement.
-Franchement, ça aurait pu être pire, dit-elle dans un rire. Imagine, elle aurait repris ses écrits ?!
Puis elle rit à nouveau lorsque Basil lui demande si Pope va leur demander un devoir sur l'interaction catastrophique et accidentelle entre sortilèges inoffensifs.
-Oh lala, j'espère pas ! Par contre il serait bien capable de nous mettre une retenue s'il découvre le bureau dans cette état.
Elle observe un moment ledit bureau, dont le bois a semblé boire une partie des tâches d'encre et qui demeure recouvert des quelques phrases obscènes rédigées par la plume folle. Elle ne sait pas quels élèves ont l'habitude de s'asseoir à cette place du premier rang. Elle n'arrive plus à se figurer qui, dans leur promotion, est généralement installé ici. Mais elle se dit que cette personne aura une bien mauvaise surprise le lendemain s'ils ne parviennent pas à effacer tout ça. Tout à coup, un sortilège lui revient en tête et elle brandit à nouveau sa baguette.
Elle inspire profondément : elle n'a pas le droit à l'erreur ! Il ne faudrait pas aggraver leur cas.
-Tergeo, prononce-t-elle d'une voix forte, emplie de concentration.
Amanda sent le flux magique se troubler et le sortilège finit en poc accompagné d'une petite étincelle. Et puis rien. Les tâches sur le bureau demeurent, tout comme les écrits.
-Zut, marmonne Amanda. Qu'est-ce qu'on fait ?