Homme
17 ans
Né-moldu
Britannique
Identité
-
- Septième année
- Surnoms : --
- Nationalité : Britannique
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 08/02/2026 à 02:42
Pendant un très court instant, Mellitus se dit que ça va passer. Qu'Isha s'en sortira avec une tape sur les doigts, que personne ne creusera davantage la question et que tout rentrera dans l'ordre. Mais ce qu'il craignait le plus se produit. De nulle autre que la personne qu'il voulait à tout prix tenir à l'écart de l'affaire pour que son implication ne soit jamais découverte. Et maintenant, que va-t-il advenir ? Ça ne peut pas se passer comme ça.
À peine l'infirmière a-t-elle enlevé le rideau que Nellie vient déjà rejoindre Mellitus. Cela suscite en lui un sentiment mitigé entre la joie de la voir bien portante à ses côtés et l'appréhension de devoir se lancer dans de nouveaux exercices de déformation de la vérité en soutenant son regard. Alors qu'elle s'assied sur le lit et que leurs mains s'agrippent comme une réaction physique immuable, les deux adolescents échangent un looong regard.
Dans celui-ci, Mellitus essaie de communiquer mentalement avec elle. "Désolé, ne m'en veux pas mais je dois te protéger coûte que coûte. Joue le jeu, confirme ma version. je t'aime." En même temps, son cerveau échafaude à toute allure un mensonge tout simplement aberrant qui n'a aucune sorte de crédibilité. La vitesse de réflexion n'est pas synonyme de qualité, d'autant moins que les connexions neuronales de Mellitus sont inversement proportionnelles à sa connexion avec la sorcière dont il est amoureux.
— Amortentia.
Le regard du Serdaigle glisse difficilement, à contrecœur, de Nellie à Adaline McBride. Pas vaillant mais il essaie de se donner l'air convaincant et sûr de ce qu'il avance.
— Je voulais tellement rejouer au Quidditch que j'ai utilisé de l'Amortentia sur Isha. Pour qu'il ait envie de me faire plaisir. Mais je n'ai pas anticipé les effets indésirables de la potion que je n'étais pas prêt à assumer. Comme je le disais, c'est pour ça que j'ai provoqué cette bagarre. Volontairement, en espérant qu'énerver Isha contrecarrerait l'envoûtement.
Restait à justifier que Nellie puisse savoir cela et lui éviter d'être taxée de complice. Mellitus avait l'impression d'être dans un train lancé à toute vitesse sur des rails qu'il devait poser devant au fur et à mesure pour ne pas se crasher. Pas fichu de réaliser que le train avait déraillé depuis longtemps et qu'il se débattait dans le vent. Son regard rejoint celui de la demi-vélane. Quelle horreur de devoir mentir éhontément droit dans ses yeux.
— Je suppose qu'en attendant que je revienne dans la salle commune, tu as cherché après moi ou un indice pour savoir où j'étais. Et comme j'ai laissé traîner mes affaires, tu as fini par tomber dessus et donc sur la fiole que j'ai utilisée. Trop tard pour prévenir un professeur. J'aurais dû la jeter mais je suis trop pingre pour ne pas recycler. Je fais un piètre empoisonneur.
Mellitus baisse le regard, n'a aucun mal à feindre la culpabilité de ses faux aveux car il porte bel et bien celle de les fabriquer.
— Voilà, tout est de ma faute. J'essayais de me couvrir en faisant semblant de protéger Isha. Mais je me suis planté, je n'ai plus qu'à affronter la sanction.
Message publié le 07/02/2026 à 04:12
Forcément. Son absence de la veille a alerté Nellie qui s'est inquiétée au point de s'en rendre malade. C'est déjà trop, mais mieux vaut ça que quelque chose de pire. Il lui suffira d'être rassurée et d'un peu de repos pour aller mieux. Et Mellitus veillerait à son chevet.
— Tout va bien, Nel. Tout va bien. Tout va bien. Repose-toi, mon amour.
Le Serdaigle n'a pas le temps de regretter d'avoir promis des réponses à l'infirmière. Finalement Isha n'y est pour rien. Enfin si, mais pas directement. Tant mieux, tant pis ? Mellitus voudrait revenir sur ses paroles mais c'est trop tard. Il s'en voudrait encore plus de se parjurer. Et déjà Adaline McBride l'entraîne sans concession vers le lit qu'il vient de quitter. Il n'a pas le temps de lui proférer une excuse ou de lui dire qu'il va nettoyer que c'est déjà fait. Assis sur le rebord du lit, son regard ne peut se détacher de la direction de Nellie. Elle ira bien puisque l'infirmière reprend son interrogatoire.
— Vous vouliez savoir ce qui est vraiment arrivé.
Comme si elle avait oublié. La question d'Adaline n'était que rhétorique, un moyen de l'inviter à délivrer ses explications. "J'ai été attaqué de dos, je n'ai rien vu." Ou encore "J'ai oublié, ce doit être le choc." Pas convaincant. De toute façon la vérité va devoir sortir. Mais ça ne signe pas la fin des négociations pour autant.
— C'était un incident isolé, croyez-moi. J'en suis sûr, je peux même m'en porter garant. Il n'y aucune raison que ça se reproduise. Et puis c'est moi qui ai provoqué cette bagarre.
Déjà à court d'idées, d'arguments. Décidément, ça avait dû cogner plus fort qu'il ne pense. Comment s'échapper ? Par quel artifice couvrir le responsable ? Qu'est-ce qu'il lui avait pris de promettre des explication à McBride ?
— C'était pas si grave. Je suis déjà sur pied, j'ai plus rien. Ça doit jouer en sa faveur, non ?
Allez, il fallait cracher le morceau. Même si c'était pire. Pire que quoi ? Mellitus se fichait de tout ça au fond. Ses rétines toujours braquées vers Nellie. Rien ne compte plus qu'elle. Tout le reste on peut s'en moquer.
— C'était, heu... Isha.
Voilà. C'était pas si compliqué. De trahir Isha. D'être un lâche en plus d'un félon. De se déshonorer en vendant quelqu'un par égoïsme. "T'es qu'une sale petite ordure, Mel." Ouais. Je sais. Mais du regret instantané nait une idée.
— Mais ça vaut rien ce que je dis. C'est pas une preuve. Je pourrais accuser n'importe qui.
Ses yeux s'agrippent à ceux de Madame McBride comme une supplication. Il voudrait tellement qu'elle lui dise qu'il a raison, que faute d'un témoin impartial, Isha ne serait pas inquiété. C'est la seule chose à laquelle il peut se raccrocher.
Message publié le 06/02/2026 à 12:56
Je tentai de rassurer Solange sur le fait que sa façon de me saluer ne m'avait pas dérangé, juste un peu surpris. Et puis je fus re-surpris quand elle me dit qu'on s'amusait à l'appeler Dark Angel, pas sûr de comprendre s'il y avait là un sous-entendu.
— Comme tu préfères. Désolé d'écorcher ton nom.
Que se passait-il quand on rassemblait trois jeune gens un peu mal assortis et apparemment un peu à part ? Silence un peu gêné. Le sentiment de devoir dire quelque chose sans savoir quoi. L'impression d'être la mise en situation d'une blague qui se terminait sur une mauvaise punchline. C'est une jolie demoiselle, une gothique extravertie et un boulet qui montent dans une calèche...
Et ensuite ? Une providence nommée Nellie. J'approuvai un peu vivement quand elle dit qu'on partageait la même maison. Et puis sa question me prit au dépourvu. Je la regardai un instant avec des yeux ronds de biche prise dans la lumière des phares. D'habitude c'était Isha qui me traînait derrière lui, à décider où on allait avant de m'abandonner devant le salon de thé de Madame Pieddodu. Je pouvais au moins procéder par élimination.
— Je serais déjà content de pas me coltiner Madame Pieddodu. On peut faire ce que vous voulez, je voulais juste prendre l'air. Je préconiserais d'éviter Zonko et Honeydukes en début de journée si vous voulez éviter un bain de foule. La plupart des élèves se précipitent là-bas et c'est bondé. Vaut mieux attendre l'aprèm. Heu...
J'étais à peu près sûr de commettre une bourde mais les interactions sociales n'étaient pas mon point fort et je n'avais hélas que des préjugés pour essayer de participer à la conversation alors tant pis, je tentai le tout pour le tout en m'adressant surtout à Solange.
— On peut commencer par aller voir la cabane hurlante si vous voulez. Enfin, genre, sans vouloir vous dire quoi faire. C'est genre vous qui voyez.
Ha ! que j'étais glorieux cerné de ces deux demoiselles qui se connaissaient et qui me faisaient la politesse de m'accepter parmi elles. J'aurais voulu disparaître dans mon siège si cela avait été possible.
Message publié le 06/02/2026 à 11:07
La réponse de l'infirmière le laisse songeur. Étrangement, il s'inquiète moins de s'imaginer vivre avec un seul œil que de se demander si Nellie ne le trouverait pas moins à son goût s'il devenait borgne. Le surréalisme de cette pensée lui arrache un hoquet de rire incongru. C'est qu'il s'y est accroché si vite et qu'il y tient si fort à son adorée demi-vélane et qu'il a l'impression qu'un rien pourrait la détourner de lui.
Mais Madame McBride ne lui laisse pas le loisir de s'inquiéter pour ses émois d'adolescent et lui fait comprendre que l'agression d'Isha pourrait encore être un problème ultérieur, ce qu'il n'a pas envisagé à ce stade. Mellitus se soucie trop peu de sa propre intégrité physique pour cracher le morceau mais la perspective que son ancien capitaine puisse réitérer avec quelqu'un qui aurait le malheur de se montrer trop familier avec la personne qu'il convoite rend l'acrobate mal à l'aise et le place dans un dilemme inconfortable. D'une part, protéger son ami et garder Nellie en dehors de ça. D'autre part, le bien commun. Tout le pousse à préférer la seconde option : son pragmatisme, son éducation dévote, le bon sens même. Pourtant, il hésite.
L'interruption presque immédiate de leur conversation ne lui donne pas l'occasion de méditer davantage sur le sujet. L'infirmière a des obligations et Mellitus hoche la tête avec entendement quand elle lui dit qu'elle revient. Pendant quelques secondes, le Serdaigle considère la possibilité d'entamer le petit-déjeuner sauf que... Nellie ? Est-ce que tu m'entends ? Nellie ?
La plateau vole par terre dans un fracas tandis que Mel saute de son lit sans aucune considération pour les blessures dont il se remet tout juste. Il ne lui faut qu'un instant pour être au chevet de Nellie à s'enfoncer les ongles dans la paume pour se retenir de la toucher de peur d'entraver le travail de Madame McBride. Mais ce n'est pas tenable et sa main ne tarde pas à se loger dans celle de l'être aimé. Envolées les considérations au sujet d'Isha, de la sécurité des autres élèves. Elle seule compte. Et son apparition finit de convaincre le jeune homme que le problème de l'école et de ses étudiants n'est pas le sien.
— Nel ! Que se passe-t-il, ma Lumière ? Madame, qu'est-ce qu'elle a ? Faites quelque chose !
Force est de constater que c'est là le point de rupture de Mellitus, la frontière de sa politesse et de sa calme réserve. Voilà qu'il se permet de donner des ordres à une adulte, triste déchéance d'un élève modèle. Mais n'a-t-elle pas déjà commencé quand il a décidé de couvrir Isha ? Même si les rouages de son esprit ne tournent pas rond dans ces circonstances, quelque part dans son subconscient s'inscrit l'information que les personnes auxquelles il tient constituent son point le plus faible et peuvent altérer son jugement.
Puis, succédant au reflux, le raz-de-marée s'abat subitement. Et si Isha s'en était pris à Nellie après lui ? Toute once de considération pour ce sale type déserte la raison et le cœur de Mellitus qui le voue au gémonies intérieurement et fait volte-face dans sa résolution fragile. Décidément pas réaliste quant à sa posture pour négocier avec l'infirmière dont c'est de toute façon sans aucun doute la priorité, il pose un regard intense sur cette dernière.
— Je vous dirai ce que vous voulez si vous l'aidez.
Comme si ça avait du sens. Mais le jeune amoureux apprenait seulement ce que pouvait faire ce sentiment. À commencer par détraquer la machine d'ordinaire rationnelle qui siégeait sous son crâne pour le faire parler et agir sans réfléchir.
Message publié le 05/02/2026 à 17:33
Assis dos contre la tête de lit, l'élève regarde distraitement son plateau qu'il triture sans manger. Ses yeux ne cherchent qu'à fuir le regard inquisiteur de l'infirmière car la honte qui le tiraille ne peut que l'empêcher d'entretenir son piètre mensonge. S'il avait été un peu plus en état de réfléchir la veille avant d'échouer dans le domaine d'Adaline McBride, il aurait pu élaborer quelque chose de plus convaincant.
— Aveugle... c'était si grave que ça ?
Futile tentative pour gagner du temps. Bien que la médicomage de l'école ait fait un travail remarquable, le traumatisme subit et la pénible nuit passée avec d'insoutenables picotements qui auraient fait passer le tabassage pour une sinécure forment des conditions dans lesquelles Mellitus ne peut tout simplement pas fonctionner normalement. Et puis mentir n'a jamais été son fort ni même sa volonté. Autant aborder une autre stratégie et tenter de négocier.
— Je comprends que je vous manque de respect avec cette histoire d'escaliers. Je vous prie de bien vouloir m'excuser de vous mentir mais j'ai besoin que ça reste l'explication officielle. S'il-vous-plaît, Madame McBride.
Quelque part en lui, le Serdaigle trouve la force de soutenir le regard d'Adaline, cherchant à démontrer sa détermination à maintenir sa version. Impossible de la duper, elle sait que son tour de passe-passe n'est qu'une illusion. Mais tant qu'il ne lui révèle pas l'astuce, elle ne peut deviner dans quelle manche il a caché ses cartes et c'est tout ce qui compte. Mel baisse pourtant rapidement les yeux, cesse de jouer avec son petit-déjeuner. Il n'a pas faim et il serait discourtois de manger pendant la conversation. Ce n'est vraiment pas le moment pour ça mais quitte à se retrouver en tête-à-tête avec l'infirmière et faute d'avoir eu le temps de trouver une alternative à sa demande optimiste, il pousse un soupir avant de faire le saut de l'ange en relevant les yeux.
— Dites... j'ai conscience que c'est déplacé de vous poser la question maintenant mais, heu... Est-ce, est-ce que ce serait envisageable de faire genre, comme un genre de stage ? Ici, cet été. Je veux dire, observer votre travail et vous donner un coup de main. Je peux faire le ménage et, je sais pas, des trucs quoi. Si c'est possible. Mais je suppose que vous restez pas ici quand y a pas d'élève. Laissez tomber. Désolé de vous avoir importunée.
Le regard du jeune homme se perd dans le vague. Peut-être que dans l'Allée des Embrumes il pourrait trouver un établissement pas trop regardant qui l'hébergerait contre services. Aucune chance d'approfondir son cursus d'éducation magique dans pareilles conditions mais ce serait mieux que d'être à la rue. Et puis, tout moldu qu'il se considère encore, il n'a plus sa place depuis longtemps dans ce monde-là qui l'a vu naître. La voix intérieure n'a pas besoin de plus pour revenir le tourmenter et le harceler de tous les défauts qu'il accumule. Notamment son ingratitude chronique.
— Au fait. Merci, Madame. Pour vos bons soins. Je me sens mieux, tente-t-il de lui sourire un peu pathétiquement.
Message publié le 04/02/2026 à 22:07
Mellitus ne répond pas. Ses yeux sont baissés de honte à cause du secret qu'il doit s'efforcer de garder et de l'ingratitude manifeste dont il fait preuve, et pas qu'envers son interlocuteur.
— Elle a dit que tu devais être là, pauvre tache. Tu comprends ce que je dis ? Elle ne viendra pas me voir si tu ramènes pas ton cul de fayot sur le terrain. Je t'ai prêté mon balai, je t'ai rendu ta place dans l'équipe, tu me le dois.
Forcément, puisqu'il ne le regardait pas, Mel est surpris quand les chaussures d'Isha apparaissent sous son regard et que ce dernier le saisit par le col sans ménagement pour le soulever. Les poings de l'accusé se crispent mais il n'a aucune intention de frapper. Pas son ami. C'est une autre barrière qui cède à la place. Il n'est pas fait pour le mensonge, autant lui dire ce qu'il en est exactement. Enfin, peut-être pas exactement, pour ne pas embarrasser Nellie davantage mais pour clouer le bec du capitaine.
— Et pourquoi elle t'a demandé de me reprendre à ton avis ? Elle sort avec moi. C'est moi qu'elle viendrait voir aux matchs !
— Fils de...
Le dernier mot de l'insulte produit étrangement le son sourd d'une arcade sourcilière qui s'ouvre tandis qu'une vive douleur étourdit Mellitus dont la vue se trouble à cause du sang qui coule dans son œil. Isha le laisse retomber sur ses pieds et il titube brièvement avant d'être agenouillé par un second coup de poing dans le foie. L'enfoiré sait cogner, c'est clair. L'acrobate n'envisage même pas de répliquer, il accepte son sort. De toute façon, il n'est déjà plus en état de se battre, même s'il voulait essayer. C'est la mâchoire qui encaisse le dernier coup de poing qui l'étale sur le sol de la tour de l'horloge où Isha devait "lui parler d'un truc hyper important". Une fois par terre, c'est à grands coup de pieds dans les côtes que son ami l'achève en crachant tout le vocabulaire fleuri qu'il connaît.
Une fois l'ouragan passé, Mellitus ne sait plus trop où il est exactement. Il a bien senti que quelques craquements advenus durant le passage à tabac étaient des côtes qui se fêlaient, il sait qu'il voit rouge au sens littéral et que ses jambes n'ont tout simplement pas la force de le porter. L'escalier n'est pas loin. Lentement, fastidieusement, Mellitus rampe jusqu'en bas en prenant le risque insensé de les dégringoler. Ce n'est qu'une fois dans les couloirs plus fréquentés que deux condisciples en grande conversation l'aperçoivent et ont la bonté d'âme de l'emmener à l'infirmerie à l'aide du sortilège Mobilicorpus. Dieu soit loué. Le Serdaigle n'est pas bien sûr d'avoir réussi à articuler un remerciement, pas faute pourtant d'avoir essayé tout le long du trajet.
Une fois installé dans un lit de l'infirmerie et couvert du regard inquiet et bienveillant d'Adaline McBride, dont il peine à identifier les sons qui sortent de sa bouche, il s'efforce de prononcer quelques mots pour, en dépit de tout, couvrir son meilleur ami.
— J'ai... chute... esca... liers.
Bien que dans un état second, il est encore suffisamment lucide pour savoir pertinemment qu'il insulte l'intelligence de l'infirmière. Mais qu'importe qu'elle insiste et le presse de toutes les questions qu'elle voudra, sa version ne changera pas. Mellitus est déjà un lâche, un traître et un ingrat. Pas question d'ajouter balance à la liste.
Notes de musique et notes de recherches
Message publié le 04/02/2026 à 03:04
Obscurité, un froissement vague. Que se passait-il ? Impossible de distinguer plus que la rumeur d'un tissu qui virevoltait dans l'air. Puis la voix de Nel, hésitante, un peu tremblante. Le jeune homme répondit par l'affirmative avant de juger sûr d'enlever l'écharpe qui l'aveuglait. Mais ce n'était pas sûr. Les mains vibrantes de la sorcière alarmèrent Mellitus qui s'en saisit en soutenant le regard aimé.
— Nel ! Qu'est-ce qui ne va pas ?
Évidemment. Il n'était pas le seul à être mis à l'épreuve ce soir. Elle aussi devait résister à la tentation, se forcer à ne pas le forcer. Comme toujours avec les deux cœurs battant à l'unisson, ce ne pouvait pas être elle contre lui. C'était encore eux deux, ensemble. C'était à peine un début qu'une pause s'imposait déjà. Une embrassade, quelques mots pour la rassurer. Lui dire et lui montrer qu'elle n'avait rien à craindre, qu'il souhaitait lui appartenir. Mais pour toute chose une preuve était nécessaire.
— En toute logique, si je ne sais pas que tu libères ton pouvoir, je ne risque pas d'y succomber. Mais je ne peux pas fermer les yeux à chaque fois qu'on est ensemble. Faisons un test pendant que je te regarde. Il n'y a pas de raison que je résiste mais ce n'est pas grave. Ne t'arrête pas, laisse-moi un peu de temps pour essayer de... rassembler mes esprits. Mais avant...
Deux gourdes de chocolat chaud. C'était niais et il le savait mais Mellitus avait dessiné la moitié d'un cœur sur chacune. Il en but une généreuse lampée avant de planter des yeux déterminés dans ceux de Nellie et de hocher la tête.
— Prête ? Désolé d'avance pour tout ce que je vais dire. Je le pense, tu sais. C'est juste que ça ne sort pas comme je le voudrais. Mais surtout, je tiens à ce que tu saches. Le besoin de toi ne remplace pas l'envie. Il ne fait que s'ajouter. Bien, quand tu veux.
Le Serdaigle poussa un souffle pour se motiver. "Et si elle t'envoûte pour de bon ? Enferme ton esprit et te garde contre ta volonté ?" Chut. Pas maintenant. C'est Nel, c'est ma Lumière. Elle ne ferait jamais ça. "Elle pourrait. Il suffit qu'elle veuille. Est-ce qu'elle en vaut le risque ?" Oui. Évidemment. C'est ma Lumière, Nel. On s'aime. "Regarde, comme elle scintille. Tu as besoin..."
Même la voix s'était tue. N'était-il pas mieux ainsi, sans cette perfide compagnie de tous les instants ? Qui se permettait l'impertinence de douter de sa Déesse, rien que ça. Le silence. Et la grâce parfaite de cette demi-vélane à laquelle il appartenait, voulait appartenir pour toujours. Qu'est-ce que c'était que ça, à l'instant ? Une pensée ? Lutter ? Pourquoi penser, pourquoi lutter ? N'était-ce pas tellement plus simple, plus agréable de se laisser aller ? Oui, tout était si simple quand on était à Nellie. Nul besoin de réfléchir, seulement de la servir. Faire tout ce qu'elle voulait. Cette Nellie qui était non pas une mais La Déesse. La seule. Elle savait forcément ce qu'il fallait à Mellitus, ce qui était mieux pour lui. Et le mieux c'était de s'abandonner.
Message publié le 03/02/2026 à 04:22
Si ça ce n'était pas un exploit de s'embarrasser en embarrassant quelqu'un d'autre. Emmêlement et confusion se chevauchaient alors que cette demoiselle acceptait que je les rejoigne, ou demandait de nous rejoindre ? J'étais perdu. Et puis, des formalités certes polies mais qui me semblaient un peu protocolaires pour un trinôme d'élèves en sortie scolaire. Suivies de... "Mais qu'est-ce qu'elle fait ?" Je restai bouchée bée de la soudaine familiarité de Solange qui me prit dans son parfum si vite après s'être fendue d'un "enchantée". Je lui souris en essayant de ne pas avoir l'air trop décontenancé par ses bises avant que Nellie ne revienne à la charge aussi, quoiqu'avec moins d'audace.
— Enchanté également, Soulhenge, Nellie, articulai-je tant bien que mal malgré la difficulté pour appliquer la prononciation correcte du prénom de Solange. C'était plus facile avec Nelly où il me suffisait de faire traîner un peu le dernier son.
Pourquoi une ancienne amie ? Elles m'avaient l'air de toujours être parfaitement amies toutes les deux. Puis je compris qu'elles n'avaient simplement plus eu l'occasion de se voir et me tint un peu en retrait de leur conversation pour leur laisser rattraper le temps perdu. Elles avaient forcément plus envie de discuter entre elles qu'avec le mec un peu parasitaire qui se tapait l'incruste. Je me surpris à penser qu'on devait être le trio le moins assortis de l'école entre la tenue relativement classique de Nellie, le style gothique de Solange et ma dégaine décontractée de moldu. Je souris pour moi-même à cette idée en me disant que c'était quand même plus sympa de se retrouver fortuitement avec des personnes si différentes et d'apprendre à connaître, même superficiellement, des cultures et des caractères variés. Tout à coup, Isha me manquait beaucoup moins.
Notes de musique et notes de recherches
Message publié le 02/02/2026 à 03:14
Dès que Nel était à portée, c'était comme si un puissant aimant attirait leurs mains, leurs lèvres. Avec le manque de distance, Mellitus avait cette irrépressible envie d'être collé à elle, de sentir sa chaleur au bout de ses doigts, son souffle sur sa nuque. Mais ils n'étaient pas seuls et cela ne se faisait pas alors il se contenta du contact agréable de leurs paumes l'une contre l'autre, discrètement, innocemment. Par petits coups d'œil, une conversation secrète prit place entre les amoureux.
Si tu as peur c'est contradictoire avec le fait d'être prête. On n'est pas obligés.
Comment ça, un poème ? Il s'était déjà suffisamment couvert de honte en essayant de lui en déclamer à l'improviste quand il était sous son charme, il n'était pas question qu'il lui inflige encore la pénible expérience même sous la forme d'un billet doux. Pourtant elle le lui demandait et ils étaient en train de communiquer en s'échangeant des phrases sur leurs parchemins respectifs. C'était peut-être la meilleure occasion d'accéder à sa requête sans être trop ridicule estima-t-il. Et puis la salle n'était toujours pas vide alors il avait un peu de temps devant lui.
Non, je fais seulement semblant d'écrire mon devoir. Mais attends, je vais essayer de faire quelque chose si tu y tiens.
Tout en continuant sa discussion muette avec Nel, Mellitus profitait des moments où celle-ci écrivait pour lui répondre afin de tenter l'exercice. Après tout, elle avait bien accepté la lubie du Serdaigle, il pouvait tout autant lui accorder ce petit geste. Il griffonna fastidieusement, petit à petit, une ballade. Le résultat à la fin était techniquement parfait : structure, rythme , forme... tous les aspects théoriques qui définissaient cette forme de poème étaient présents. Mais le fond manquait cruellement. Les mots n'exprimaient pas ce qu'il voulait dire, la formulation était artificielle, sans la saveur de l'art. Mellitus n'était pas dupe, la médiocrité de son œuvre ne faisait aucun doute. Néanmoins, il soumit le poème raté à Nellie avant de jeter un coup d'œil circulaire. Cela lui avait pris longtemps car les derniers élèves allaient rejoindre leur dortoir.
Sitôt seuls, Mellitus se pencha vers Nel pour lui prendre un petit baiser chaste avant de l'enlacer et de profiter pleinement de cette sensation de plénitude qui n'existait que dans l'étreinte avec sa Lumière. Puis il se dirigea vers la cheminée pour tenter d'en raviver la flamme en l'éventant avec son cahier. Les réflexes de sorcier n'étaient toujours pas un acquis pour lui.
— Malheureusement, je n'ai pas découvert quoi que ce soit de probant à la bibliothèque. Donc je propose de passer directement à la phase de détermination des circonstances dans lesquelles tu pourrais me... enfin, tu sais quoi. Comme notre cerveau interprète notre perception du monde à travers les cinq sens, je me suis dit que ce serait un bon début de voir si l'un d'eux est plus affecté par ton pouvoir. On va essayer avec un truc à la fois et puis on passera aux choses sérieuses.
L'écharpe fut le premier objet extirpé du sac à dos, suivi de près par le petit carnet de notes dédié.
— Vu qu'il y a une certaine transformation physique, je me suis dit que le plus évident était la vue. On va essayer de me bander les yeux et de définir dans quel mesure ça impacte l'efficacité de ton pouvoir.
Ça avait l'air simple en apparence mais tout ceci avait des implications somme toute importante pour l'avenir des deux tourtereaux. Et puis, Mellitus réalisait que lui permettre d'essayer de trouver le moyen de lui résister était un grand gage de confiance que lui accordait Nellie. Il prit donc la peine de profiter d'un moment de tendresse insouciante avec elle et de la couvrir d'amour tout en s'assurant une énième fois qu'elle était déterminée à poursuivre le sabotage d'une part d'elle-même. C'était beaucoup plus délicat qu'il n'y paraissait.
Message publié le 01/02/2026 à 15:55
J'allais répondre à ma condisciple quand une demoiselle au style excentrique s'approcha de nous et l'aborda dans une langue étrangère que j'identifiai vaguement comme d'origine latine mais sans savoir de laquelle il s'agissait exactement. En tout cas, elle connaissait manifestement Nellie et malgré ce que venait de me dire celle-ci, l'impression d'être de trop m'envahit subitement. Certes, ma camarade de maison était d'accord pour que je l'accompagnasse mais son amie partageait-elle son opinion ? Déjà près de la calèche, je leur tends à toutes les deux la main pour les aider à monter.
— Nellie, heu... mademoiselle ? tentai-je, n'ayant pas compris un mot de ce qu'elle avait dit. Je demandais à Nellie si je pouvais me joindre à vous. Au fait, Mel. Enfin, Mellitus.
J'espérais que cette personne qui rejoignait son amie ne verrait pas non plus d'inconvénient à ma présence. Je pouvais m'accommoder qu'elles discutassent entre elles sans que j'y comprenne rien, c'eût même peut-être été mieux que de devoir leur infliger ma conversation. Mais si cette jeune femme me trouvait importun, je revenais un pas en arrière et n'avais plus qu'à traîner mes pieds vers le château et rentrer défait me coucher dans mon lit à côté d'un ami qui ne m'attendait pas.
Notes de musique et notes de recherches
Message publié le 01/02/2026 à 14:52
Même avec l'esprit captif des brumes oniriques du royaume de Morphée, Mellitus sentait que cette minuscule pause lui avait été grandement bénéfique. Il releva la tête et se gratta la joue où le contact prolongé avec le vieux cuir rêche l'avait un peu irrité et s'étonna d'y sentir de profond sillons aux formes étrangement régulières, comme taillés au biseau. Son regard s'attarda sur la couverture du livre qui lui avait servi d'oreiller de fortune et il lui fallut un peu trop longtemps pour faire le lien entre les traces sur son visage et les lettres en laiton qui en dépassaient pour écrire le titre "Mille et deux envoûtements et leurs contres". La consultation de sa montre lui apprit que sa petite pause avait duré trois heures. Sans plus de temps pour ses vaines recherches avant le rendez-vous fixé avec Nel, Mel se dépêcha de remballer la pile de livres et le "Viyli ot Balgariya" encore ouvert en vis-à-vis d'un tableau phonétique de l'alphabet cyrillique et d'un dictionnaire bulgare, comme si lire une langue étrangère s'improvisait.
La phase théorique de ses recherches sur le moyen de résister au charme de vélane de Nellie n'ayant pas abouti jusqu'ici, le nombres d'archives évoquant seulement cette possibilité faisant cruellement défaut, l'heure était venue de passer à la pratique et à l'expérimentation. La première étape pour Mellitus consistait à déterminer quelles étaient les conditions d'exposition à la magie séductrice. Avait-il besoin de voir Nellie pour lui succomber totalement ? Pouvait-elle l'envoûter avec sa voix ? Est-ce que la musique qu'elle jouait amplifiait la puissance de son pouvoir ? S'il devait être tout à fait franc, ces questions lui apparaissaient d'autant plus passionnantes qu'il s'était piqué de curiosité concernant leurs réponses en plus de la nécessité de régler le problème de potentielle dépendance dans le couple que formaient désormais la demi-vélane et l'acrobate. Mais il devait essayer de ne pas se montrer trop enthousiaste pour éviter que Nel pense qu'il prenait ça pour un jeu.
Le Serdaigle quitta la bibliothèque pour monter dans la tour de sa maison et prépara ce qu'il avait prévu pour cette première tentative. Écharpe, bouchons d'oreilles fabriqués avec de la cire de bougie fondue et carnet de notes vierge. Plus deux thermos de chocolat chaud purement pour le plaisir. Tout ça fourré dans son sac d'école, il s'installa à une table d'étude en prétextant entamer un devoir à faire pour le lendemain matin qui était en réalité déjà prêt à remettre au professeur. Tout en griffonnant distraitement sur le parchemin étalé devant lui, Mellitus regardait impatiemment la salle se vider alors que la nuit avançait. "Allez, on dégage les lieux, disait la voix muette de son esprit. J'ai rendez-vous avec la science. Et surtout, avec ma Lumière."
Trois paires d'ailes, deux aigles, un seul cœur
Message publié le 30/01/2026 à 00:52
Ses grands yeux expressifs qui jonglaient entre joie, surprise, embarras... que c'était douloureux de les voir brillants, déversant sur les joues de Nel un hameçon d'ondée pour aller pêcher un sourire fragile et le remplacer par la grimace de toute la peine accumulée d'une jeune fille si douce qui évoluait dans un environnement impitoyable. Mellitus avait à moitié ri en la voyant s'étonner qu'Isha se soit complètement entiché d'elle et il hésita à lui dire qu'il disait déjà ça pour les nombreuses autres "femmes de sa vie" qui avaient précédé Nellie.
— Oui ! et je ne te fais pas la liste exhaustives des éloges qu'il t'a faites. Certaines n'étaient pas tout à fait du meilleur goût.
Puis il écouta attentivement sa petite amie se confier à lui au sujet de sa famille. Des sœurs et une maman qui n'hésitaient pas à profiter des avantages de leur nature, les doutes que Nellie avait éprouvés concernant le fait d'être comme elles et finalement la déchirante confession qu'elle se sentait comme un monstre. Mellitus ne sut pas quoi répondre, se contenta d'être l'épaule sur laquelle elle pouvait poser ses angoisses en toute confiance. Parfois, les mots ne servaient à rien. Peut-être qu'elle avait juste besoin de partager les lourds secrets de son cœur. Il lui prit la main et fixa intensément son regard. Au pire moment possible, il n'eut pas le temps de comprendre ce qui se jouait sous ses yeux que déjà l'envoûtement le happait, lui volait ses pensées et l'emprisonnait dans le besoin de Nellie. Sa mâchoire se décrocha légèrement, il se laissa tomber à genoux devant sa bien-aimée, la seule femme qui importât jamais dans l'univers, sa Déesse. Le Créateur pouvait bien bouffer son omnipotence, elle ne valait rien à côté de la grandeur de Nellie.
— Ma Déesse, comment douter de ce que je ressens ? Ma dévotion est à toi pour l'éternité. Enchaînes-moi si tu veux, je porterai fièrement la laisse si tu la tiens de tes doigts si agiles. Le monde t'appartient, tout le monde devrait clamer ta grandeur et ta beauté. Je fabriquerai des bijoux faits de feu pour te parer, je volerai jusqu'à Uranus pour dévier sur ton corps ses pluie de diamants, je créerai un royaume pour t'en faire Reine. Ce ne serait pas encore suffisant pour que je mérite l'honneur de ton regard posé sur moi. Je t'en supplie, ne détourne pas les yeux sinon j'en mourrais de chagrin.
Privé de sa lucidité, Mellitus se répandit longuement en éloges et débita sans retenue ses pathétiques tentatives poétiques. Sa verve finit par s'amenuiser quand les engrenages reprirent doucement leur cours habituel et accablèrent Mellitus de la réalisation de ce qu'il venait de faire. Tétanisé, il sentit remonter en lui cette envie de fuir, la peur que Nellie pût d'un seul regard lui dérober quelque chose qu'il ne voulait pas lui céder. Son bon sens, son esprit critique, son libre arbitre. Et la nausée accompagnait cette horrible sensation. Ses yeux perdus se raccrochaient désespérément à ceux de Nellie, cherchant à y lire si c'était sa peur de le perdre qui avait libéré malgré elle son pouvoir ou si elle s'était laissée aller consciemment. Il n'était pas sûr de vouloir connaître la réponse à cette question.
Il se releva et tourna le dos à Nellie, plongeant son regard vers le soleil pâle dissimulé derrière les nuages d'hiver comme s'il voulait s'y brûler la rétine pour ne jamais plus que ses yeux succombent au charme de la demi-vélane. Et surtout, il ne voulait pas qu'elle y décèle le trouble qui le torturait, la pensée fugace que ça ne pourrait pas marcher, qu'il ne supporterait pas d'être à chaque instant à sa merci. Il fallait réfléchir. Trouver une solution. Aucune énigme n'était sans réponse. S'il le fallait, Mellitus trancherait le nœud gordien qui risquait de lui coûter Nellie. Il ne pouvait la perdre si vite après avoir découvert l'amour. Ils venaient de s'en faire la promesse : elle était sienne et il était sien.
— On va trouver quelque chose. Je suis sûr de... de moi, de mes sentiments. De t'ai...
Non, pas comme ça. Il se retourna, tant pis si elle voyait la larme traîtresse qui lui avait échappé de l'œil.
— De t'aimer. Je t'aime, Nel. Ma Lumière. J'atomiserai le moindre reflet de doute que tu pourrais avoir à ce sujet. On surmontera ça. Je ne veux pas te perdre, je ne peux pas.
Mellitus s'approcha d'elle, lui prit les mains, posa son front contre le sien.
— Je vais fouiller la bibliothèque. On fera des expériences. J'apprendrai. Je serai tiens, inconditionnellement. Mais je le serai volontairement. Tu en vaux la peine. On y arrivera, je le sais. Ensemble, Nel. Ensemble.
Trois paires d'ailes, deux aigles, un seul cœur
Message publié le 28/01/2026 à 09:22
L'adrénaline chuta vite et fort, comme il aurait pu le faire lui-même au moindre faux pas lors de ce ballet aérien. Et en atterrissant, la chute brisa non pas ses os mais sa confiance et sa satisfaction. Nel était manifestement très inquiète, ce à quoi il pouvait s'attendre un peu car il avait compris qu'elle tenait à lui et qu'il prenait des risques insensés là-haut dans le ciel pour un frisson d'extase qui était certes jouissif mais loin de valoir d'y laisser la vie. Et puis il comprit que la racine de son inquiétude était plus profonde que cela en réalité alors qu'elle parlait d'Isha. Et cette façon qu'elle avait de lui voler ses mots. Mellitus, en guise de réponse, la serra dans ses bras avec toute la force qu'il osa déployer sans lui faire mal. Il lui fallut du temps pour lui dire quelque chose.
— Nel, comment pourrais-je être fâché ? Moi aussi je croyais vouloir rejouer. Mais c'est grâce à toi que j'ai compris que ce n'était pas ma vocation. J'ai besoin de voler à ma façon. Et sans toi je ne suis pas sûr que je serais jamais remonté sur un balai. Merci, Nel, c'est vraiment grâce à toi.
Mellitus aurait pu s'arrêter là. Peut-être même dû. Mais le mensonge qu'il avait servi à Nellie pesait déjà comme une boule de plomb dans son estomac et il avait du mal à ne pas vouloir s'expliquer, justifier la réflexion qui motivait ses gestes. Emmêlé dans le travers de son habitude de trop s'étendre, il parla parce qu'il croyait que c'était nécessaire, pour être honnête avec Nellie et pour essayer de ne pas tomber dans les malentendus.
— Isha va vouloir me démolir en apprenant que je sors avec "la femme de sa vie". Mais j'ai son balai en otage, ça devrait me couvrir. Et je suis désolé de t'avoir fait peur. C'est que... je ne peux pas rejoindre l'équipe. Je sais que tu es allée voir Isha pour me faire plaisir, je n'ai aucun doute à ce sujet. Mais je ne peux pas rejouer en sachant que tu t'es sacrifiée pour ça. L'autre soir, dans la salle commune, j'ai vu ton désarroi. J'ai senti que ce pouvoir t'empoisonnait l'existence depuis l'intérieur. Je ne veux pas que tu aies l'impression que ça te définit. Tu es Nel, pleine et entière. Je t'aime pour ce que tu es, pour la sorcière douce et attachante qui m'enlève les mots de la bouche. Je t'aime avec cette partie vélane en toi. Tu n'es ni juste l'une ni juste l'autre. Tu es les deux à la fois, Nel. Et tu es parfaite comme ça.
Trois paires d'ailes, deux aigles, un seul cœur
Message publié le 26/01/2026 à 04:02
La voix de Nellie semblait dicter le rythme du muscle cardiaque de Mellitus. Une question incongrue surgit dans sa tête, énoncée par la voix familière. "Est-ce qu'elle chante ?" Mais ce n'était pas le moment pour ça. Au début, il souriait. Il souriait depuis le début en fait, mais peut-être un peu plus de savoir que dans sa sincérité touchante, Nel était allée à la rencontre d'Isha pour défendre sa cause. Le Serdaigle n'imaginait que trop bien son ami fondre devant les beaux yeux pâles — pour Isha c'étaient toujours les yeux — et acquiescer... n'importe. Quoi. Les engrenages du cerveau de Mellitus s'enrayèrent, grincèrent, ralentirent et finirent par bloquer sur ce qu'il ne voulait pas mal interpréter. Isha avait accepté de le réintégrer. Parce qu'il était sous le charme de Nellie. Sous son charme. Cette fois, la voix qui lui renvoyait des échos indésirables était celle du capitaine. "La femme de ma vie. Une Dame. Elle va venir me voir au prochain match."
C'était presque trop évident. Et par toutes les extrapolations possibles et inimaginables, Mellitus s'acharna à essayer de faire en sorte que deux et deux donnent cinq ou six ou peu importe, tout mais pas quatre. Sauf que deux et deux faisaient toujours quatre. La logique ne se préoccupait pas des émotions ni des sentiments. Elle se contrefichait éperdument de ce que ressentait un adolescent qui essayait d'échapper à la conclusion que sa petite amie avait séduit son meilleur ami. Par magie, tant qu'à faire. Il ne souriait plus.
Il entendait Nel parler, comprenait ses mots mais était incapable de répondre. Alors c'était tout ? Quelques rendez-vous plus ou moins impromptus, des émois qu'on ne voyait pas venir et des jours de migraine à se taper la tête contre un mur parce qu'on ne ne savait pas ce qu'il se passait ; tout ça pour finir par sentir un château construit de verre s'effondrer sous nos pieds. À cause de la jalousie. Ce laid mot que les amoureux posaient entre eux et le monde pour préserver leur relation. Parce qu'ils avaient peur que laisser l'autre vivre sa vie ne gâchât leur petit bonheur égoïste. Parce qu'ils ne partageaient pas leur amour, ils le possédaient. Cette mauvaise façon d'aimer qui rendait tout si fragile, fragile comme un château de verre. Cet amoureux-là n'avait pas envie d'être jaloux. Mais le choisissait-on ?
Le visage inquiet de Nel se dessina sans que Mellitus sût si c'était réel ou le fruit de son imagination. Sourcils froncés, ride ingrate, lèvres affaissées. Il avait peur de cela. De voir le sourire disparaître, de replonger Nel dans ses angoisses et la faire se sentir un monstre à nouveau. Elle n'était pas un monstre. Pas si il refusait ce cadeau empoisonné qu'elle lui présentait en toute innocence. Il n'en avait aucune envie mais c'était nécessaire. En espérant que cette fissure ne fût pas à l'avenir celle qui ferait s'effondrer leur château de pierre. Que Nel ne chercherait jamais plus loin. Il lui mentit.
— Nel, je... te remercie. D'avoir fait ça pour moi.
Il n'était pas reconnaissant.
— Mais je ne voulais pas rejouer au Quidditch. Pas vraiment. Je voulais juste voler. Je sais que cette chose qui t'a sauté aux yeux chez moi existe mais tu ne l'as pas encore vue. Je vais te montrer.
Le menteur enfourcha de nouveau le balai pour décoller seul cette fois. Il avait eu le temps, avec Nel, de le comprendre, de l'apprivoiser. N'en avait pas vraiment eu besoin. Il était si docile, ce serait presque trop facile. Mellitus avait l'impression de tricher. Le bolide démarra à toute allure en ligne droite vers le ciel et l'aigle se dévoila. Vrilles, looping, tail whip, superman. Des acrobaties empruntées à droite et à gauche dans les sports moldus. De plus en plus audacieux. Peu avant son apothéose, Mellitus se mit debout sur le balai pour effectuer un salto arrière à des dizaines de mètres d'altitude. Le sortilège de Nellie ne ferait pas une grande différence s'il chutait ainsi. Mais c'était impossible. Le balai n'était qu'un accessoire, une décoration. C'étaient les ailes de l'aigle qui le portaient. Et pour finir de très haut, sa figure préférée. Le saut de l'ange. Tête en bas, bras écartés et le balai à peine retenu entre ses chevilles. Un tour qui n'en était pas vraiment un s'il ne redressait pas au dernier moment pour repartir en rase motte avant de rejoindre Nel et se poser, non sans style, à ses côtés.
— On peut difficilement appeler ça du Quidditch mais qu'est-ce que c'est bon ! Et surtout, je n'ai pas besoin de m'entraîner. Ça nous laissera plus de temps ensemble.
Révélé dans toute sa splendeur et sa laideur. La modestie n'avait pas su le suivre, était restée quelque part là en l'air, loin. Le péché de Mellitus apparaissait avec limpidité. L'orgueil.
Trois paires d'ailes, deux aigles, un seul cœur
Message publié le 24/01/2026 à 05:06
Ce fut comme une éternité qui passe en un instant. Une addiction créée d'un claquement de doigt. Sitôt les lèvres aimées éloignées des siennes, elles manquèrent à Mellitus. Pour être remplacée par un autre doux miel qui le plongea dans une léthargie extatique. On s'abandonne pas.
— Non, jamais. Je ne veux pas me souvenir de ce qu'est la vie sans toi.
Le compliment, s'il était sincère et agréable dans la bouche de Nel, laissa pourtant un goût amer au jeune homme. Il se dit que ses doutes trouveraient peut-être une oreille attentive en elle. Mais allait-elle accepter de l'écouter se plaindre ? Surtout se plaindre de la chance qu'il avait, ingrat qu'il était. Où n'était-elle pas là avec lui que pour les bons moments et le frisson du plaisir, d'un désir qui avait mué l'amitié en amour ? Peu importe, il devait lui annoncer quelque chose de toute façon, autant expédier les incertitudes dans la foulée. Mais Mellitus n'eut pas le temps de retrouver l'usage des mots et de la parole. Déjà, ces lèvres si délicates revenaient le chercher, l'emmener avec ardeur. Le Serdaigle oublia qu'il ne savait pas embrasser. Il s'abandonna et rendit à... "Mon amour, mon cœur, ma vie..." ; son baiser avec passion. Elle était tout cela et tellement plus à la fois.
Il fit tout pour profiter de l'instant, pour prolonger ce merveilleux moment. Quelque part, tapi tout autour d'eux, le temps attendait que les amoureux daignent lui rendre son emprise. Il attendit longtemps. Pas besoin de beaux mots ni de longs discours, ensemble ils échangèrent tant et plus encore en regards et en silences. Il s'aimèrent toute une vie avant de permettre à la vie de continuer.
Ce n'est que quand il sembla à Mellitus que le choix ne s'offrait plus à eux, que s'ils continuaient comme cela ils finiraient par se consumer ; qu'il aborda un autre sujet. ils auraient encore tant et tant d'occasions de s'aimer, de se dire et de ne pas se dire tout ce qu'ils ressentaient. D'enrichir leur idylle naissante d'expériences et de souvenirs.
— Je n'ai pas ma place dans une équipe de Quidditch. Je sais voler, oui. Mais je ne t'ai pas montré comment. Tu aurais peut-être eu peur. Ou plutôt, j'aurais eu peur pour toi. Mais il y a une chose que je ne comprends pas. Isha m'a prêté son balai et m'a dit de m'entraîner pour revenir dans l'équipe. Ils font des matchs clandestins. Pourquoi me demander de revenir maintenant ?
Avec les pieds un peu mieux ancrés sur terre, l'inévitable redevenait une préoccupation. Le quotidien de l'école, les ASPIC et maintenant la reprise des entraînements pour lui. La vie ne pouvait hélas pas se résumer à se regarder et se toucher avec Nel, à se perdre dans la profondeur de ses yeux clairs et à s'oublier dans sa voix. Mais Mellitus avait envie de plus avec elle. De plus d'elle.
— J'aimerais qu'on puisse passer plus de temps ensemble. Mais on ne peut pas empêcher l'horloge de tourner. J'ai promis à Isha que je m'entraînerais avant cet après-midi. J'aimerais revenir sur ma parole et te consacrer toute la matinée, la journée même. Et celle de demain et toutes les autres à suivre. Mais on peut pas se dérober à l'ordre des choses. L'après-midi viendra quand bien même je le refuserais de toutes mes forces.
Les yeux plantés dans ceux de Nel, il lui reprit la main avec fébrilité. Serait-ce exagérer que de l'embrasser de nouveau ?
— J'ai un goût de trop peu de toi mais je suis heureux. Que nous soyons plus que des amis. Si c'est ce que tu désires aussi.