Harry Potter RPG

Liste des messages de Charlie Carter

Charlie Carter

Femme

14 ans

Sang-mêlé

Britannique

Une année charnière

Message publié le 06/09/2025 à 10:20

Assise dans sa première robe neuve depuis son arrivée à Poudlard, Charlie observe les autres élèves s'échanger leurs anecdotes de vacances ; en terres moldues, en contrées lointaines, ou encore au summum de la farniente. Elle aurait préféré porter la vieille robe de sorcière d'Alison, légèrement élimée aux manches, mais plus réconfortante. Peu importe que le blazon Serdaigle cousu à la place du serpent laisse une trace disgracieuse, peu importe que le changement de couleur soit imparfait ; suivre le sillage de la cadette est une habitude rassurante pour elle. Sauf qu'avec les bonnes ventes de l'OCQ500, les filles ont eu le droit à des achats de rentrée des classes cette année et que personne n'a voulu entendre les arguments de la benjamine. "C'est quand on était obligés ça Charlichouquette. Regarde, tu vas avoir une cravate à ta taille." Vrai qu'elle était devenue ridiculement petite, sa cravate de 1ère année. Il faut dire que la rouquine a poussé depuis ses onze ans. 

 

Moins euphorique aujourd'hui qu'en septembre 2121, Charlie tourne la tête vers le directeur de la Maison Serdaigle, Edwin Pope, qui prend la parole. Son index redessine machinalement la gravure du manche de sa fourchette posée sur la table alors qu'elle écoute annoncer sa promotion au rang d'Adjoint du Directeur de Poudlard. L'adolescente ne réalise pas tellement ce que ça implique. Elle se perd dans sa propre expérience noétique du monde, où chaque mot se brouille en écho abstrait, et la ramène à son intrigue intérieure. Elle y voit Marley. Elle espère qu'il va bien. Elle se demande ce qu'il fait en ce moment. Elle a déjà hâte de rentrer samedi pour s'occuper de lui.

 

L'évocation du tournoi provoque soudain un brouhaha suivi d'un silence attentif. 

 

L'Écossaise jette un œil en direction de sa sœur attablée du côté des Serpentard. Cette dernière a juré de mettre son nom à l'intérieur de la Coupe, même contre l'avis de leur père, même en dépit du danger représenté par les épreuves. 


Mais où est Charli ?

Message publié le 01/09/2025 à 15:24

Emportée dans les airs depuis son plus jeune âge, par sa mère, par Owen Carter, ou même par Freya, la benjamine a toujours aimé voler, d'abord accompagnée, puis seule. Être en lévitation sur un balai donne des sensations indescriptibles qu'elle apprécie particulièrement. Elle n'a jamais eu peur, entourée d'adultes confiants, ses petites mains agrippées au manche alors que Pré-Au-Lard devenait minuscule et lointain. Ces souvenirs pour héritage, elle ne se pose que rarement des questions quant à sa sécurité en hauteur. Au contraire, elle cherche volontairement à frôler le danger, juste car l'adrénaline provoque des vagues addictives au creux de son ventre. Compétitrice, la rouquine emprunte volontiers le courant de ses aînés dans le monde du quidditch, déterminée à rejoindre l'équipe de Serdaigle dès qu'on lui autorisera de le faire. 

 

Pour l'heure, elle fronce les sourcils d'incompréhension au-dessus de Charli. Elle pensait le rendre heureux en proposant une visite de la cathédrale qui sert de laboratoire à sa sœur et Jun. Sauf qu'il grogne, râle, et se comporte comme un véritable gnome de jardin, encore une fois. C'est à n'y rien comprendre. Juchée sur un OCQ500 obéissant, l'adolescente assiste à l'explosion de colère du jeune Blackburn, et rétorque du tac-au-tac. Freya c'est pas une menteuse ! C'était une BLAGUE ! Le feu aux joues, elle pique en direction d'un établi et bondit du manche avant même l'atterrissage, ses deux pieds heurtant lourdement le métal. 

 

— Charlie ! interrompt l'aînée d'un geste de la main. Entre temps, Elliot s'est approché du 1er année qui continue de crier. J'en ai marre qu'il soit méchant ! chouine la jeune sorcière lorsqu'elle entend le Gryffondor se plaindre des balais en présence du joueur de quidditch et de sa grande sœur. Charlie c'est bon, regarde, Elliot s'en occupe. Il est sûrement fatigué. Allez descends. L'intonation modérée de Freya suffit à calmer la Serdaigle. Elle se laisse tomber vers le sol, visiblement amère, et fixe les frères en pleine conversation. Elle aurait aimé qu'ils passent un bon moment, que Charli teste l'OCQ500, et qu'Elliot puisse les voir voler. Mordillant sa lèvre du bas, la troisième année retient ses larmes face à la déception. Pourquoi faut-il qu'elle ressente tout si fort à chaque fois ?! Elle déteste ça. 

 

Elle et Charli s'observent avec morosité, puis les adultes mettent fin au supplice, et la benjamine salut d'un mouvement de tête le batteur des Catapultes, tandis que sa sœur se décide à les accompagner dans l'escalier. J't'en prie, répond Freya à Elliot, avant de lâcher un "c'est rien", au petit brun. Charlie voit que la Poufsouffle serre les dents. D'un pas traînant, elle suit le cortège silencieux jusqu'à la boutique où le store et la porte sont ouverts d'un mouvement de doigts. L'ambiance pèse une tonne et lui retourne l'estomac. 

 

C'est la main douce de Freya au creux de son dos qui fait couler la première larme sur la joue de Charlie. Elle recule, et se cache derrière un rayon de robes de quidditch, au moment où le 1er année décide de s'excuser. Pleurer devant Elliot Blackburn, la honte. Il ne voudra plus jamais la coacher un jour pour l'aider à devenir une joueuse accomplie, c'est sûr maintenant. Il va penser qu'elle est faible, elle nulle, probablement comme Charli le croit. Elle ferme les yeux, ne voit pas Freya sourire avec résilience aux deux Gryffondor, leur souhaiter une bonne soirée, et refermer la porte alors qu'ils disparaissent. Elle ne se doute pas que sa sœur souffre à l'intérieur, mais n'en montrera rien ce soir encore, habituée à encaisser. 


Mesures quantitative du flux magiques: cas appliqué, sujet numéro 6

Message publié le 29/08/2025 à 20:12

Collée aux bask' d'Owen depuis son retour à Pré-Au-Lard, Charlie s'est donnée trois missions : réconforter ses grandes sœurs visiblement plus affectées qu'elle par l'annonce du décès de leur mère, empêcher son père de repartir à travers le Monde, et accueillir le nouveau benjamin de la famille ; le petit Marley, de deux ans et quatre mois son cadet. Un souvenir de voyage curieux, attachant, auquel la Serdaigle donne la majeure partie de son temps désormais.

 

Pour commencer, il dort dans sa chambre, sous les étoiles ensorcelées du plafond azuré, et écoute chaque soir les nombreuses histoires qu'elle lui raconte en moitié d'Écossais gaélique et moitié d'Anglais, forçant son oreille à jongler avec le vocabulaire inconnu. Ensuite, elle l'initie à sa nouvelle vie au sein d'une famille sorcière, au coeur du quartier touristique du village, en expliquant le rythme des journées, les autorisations et les interdictions, et en se montrant un support essentiel au quotidien d'Owen et Freya, encore très bouleversés. Enfin, Charlie fait preuve d'une extrême patience lorsqu'il s'agit de donner la potion Tue-loup au gosse, traumatisé par son amertume. 

 

Alors aujourd'hui, l'adolescente a naturellement proposé de se joindre à son père et son frère, pour l'examen au Ministère de la Magie. Histoire de garder un œil sur Owen, et sur Marley.

 

D'ailleurs, ses yeux surveillent attentivement le benjamin, mais aussi le colosse, et la femme en face d'eux, et la quantité d'instruments exposés tout autour. Quand arrive la démonstration, Charlie glisse son pied sous ses fesses, et se rehausse, tandis que le jeune garçon saisit le bras de son père d'un geste inquiet. C'est rien, lui murmure la Serdaigle en écoutant les explications de Miss Hilswood, la langue de Plomb. Dans ses yeux bleus comme ceux de sa mère, le reflets des couleurs s'étire, ondule, et puis meurt après un flash blanc. Wah, réagit-elle, un sourire émerveillé sur la face.

 

— Moi ! répond d'ailleurs Charlie en levant la main pour tester l'appareil à son tour. Owen acquiesce, bien conscient que son fils n'osera jamais toucher la tige de son plein gré sans avoir vu sa grande soeur le faire d'abord. C'est vous qui l'avez inventé cette machine ?

 

Peu impressionnée par l'excentricité de la chercheuse, ou peu importe son titre, la sorcière prend la tige avec un certain enthousiasme qui ne tarde pas à intriguer Marley. Collé du côté d'Owen, il l'observe. Bonne élève, Charlie reproduit le mouvement de Miss Hilswood à l'exactitude, jusqu'à ce que cette dernière lui dise que ça suffise, et ne prononce la formule d'activation une fois le métal de gobelin reposé sur le bureau. Les volutes arc-en-ciel reviennent dans la boule argentée et l'étudiante applaudit sous le regard tendre de son père, qui avait oublié les expressions si vives de sa benjamine. À toi mon grand, lance-t-il après que la tige soit déchargée par la professionnelle. 

 

— Allez, t'inquiète pas, j'ai rien senti, affirme Charlie. L'hésitation persiste au fond des prunelles grises de Marley, même lorsqu'il obéit et prend la tige. Frotte ! 

 

Encouragé par son aînée et soutenu par son père, il imite le geste préconisé, et remet la tige sur la table vers laquelle se rivent désormais quatre paires d'yeux, sans un seul clignement. L'incantation résonne, et rien ne bouge.

 

Tandis que Charlie et Marley fixent toujours le polarisateur, Owen jette un regard à la femme.


Mais où est Charli ?

Message publié le 27/08/2025 à 14:52

L'air mi-prune dirigeable mi-raisin de Charlie trahit toujours sa déception du non-retour d'Owen Carter. Elle sourit à l'engouement du frère d'Elliot, mais sent bien son coeur peser dans sa poitrine. Il faut voir au-delà, dirait la psychomage, alors la rouquine s'évertue à présenter patiemment chacune de ses tactiques, ignorant les tâches de gras laissées par Charli au coin des pages de son cahier - Freya saura lui enlever. Les exclamations du garçon font s'ébrouer MicMac contre son cou, ça la chatouille, ça la réconforte. Elle rit quand il encense la girouette. J'l'ai recopiée d'un autocollant, à l'effigie du célèbre batteur bien sûr. Mais déjà le brun tourne la page, et découvre la stratégie suivante, impliquant une double-frappe du cognard pour accélérer sa vitesse. 

 

Du côté cuisine de la grande pièce à vivre, les adultes causent de sujets graves, comme le mystérieux courrier reçu en avril. Charlie entend des bribes de conversation, sait bien qu'elle est celle "qu'est soulagée" et qu'Alison "veut le renvoyer d'où il vient", se doute qu'après les retrouvailles, arriveront les questions. Car des questions, les trois sœurs ont eu le temps d'en nourrir, depuis l'été dernier. La benjamine reste muette, sauf lorsque le 1er année s'offusque soudain de ne pas être un bébé, ni un problème. 

 

— Ah ouais, par exemple quand vous avez lâché un cognard dans le dortoir des Serpentard ? entonne-t-elle malicieusement en direction d'Elliot, tandis que Freya retient un rire de lui échapper. Face au visage dubitatif du plus jeune, elle hausse les épaules. Tu savais pas ? -oui bon Charlie, toi aussi t'es pas censée l'savoir. 

 

L'intervention de l'aînée vibre joyeusement, en décalage avec les secondes précédentes. J'le dirai à personne d'autre, promis, récite l'adolescente pendant que Charli et son grand frère s'échangent des grimaces qui ne passent pas inaperçues aux yeux des deux Carter. Immédiatement après, la 3ème année se lève pour chuchoter quelques mots à l'oreille de Freya. Celle-ci hésite, puis avale la dernière gorgée de son verre et le repose sur la table. Charli, viens j'te montre l'endroit où on fabrique les balais, propose-t-elle, suivi de près par la Serdaigle, et de MicMac, dont le piaillement recommence. 

 

— Comme ça vous pourrez partir après, ajoute Freya à l'intention d'Elliot. 

 

Il suffit d'une poignée de minutes pour débarrasser le dîner et rejoindre l'immense laboratoire en passant par les escaliers en colimaçon. Plusieurs OCQ500 à l'essai lévitent en l'air, et la Poufsouffle en fait venir un jusqu'à eux. Poirier et plume de phénix, tu veux l'essayer ? 


Mais où est Charli ?

Message publié le 23/08/2025 à 08:52

— Ah oui oui, sûrement, répond Charlie au jeune Gryffondor persuadé qu'Elliot Blackburn pourrait le jalouser d'avoir réussi à quitter Poudlard en cachette. Dans tes rêves, penses-t-elle, mais bon, elle ne veut pas le contredire et provoquer la colère du gnome de jardin. Freya referme la porte et le store du magasin grâce à une combinaison de gestes de la main, puis remonte après tout le monde. 

 

 À l'étage, MicMac s'interrompt de picorer les miettes laissées sur la table pour piailler à l'intention de la Serdaigle. T'as vu Horace ? répond cette dernière en ébouriffant un peu le duvet du sommet du crâne de l'oiseau. L'aînée fait venir à table une bouteille de whisky et deux verres, dont elle remplit les fonds. J'ai pas de glaçons, ajoute-t-elle en se s'asseyant, juste avant d'envoyer un autre sortilège en direction de l'assiette de Charli. Les pommes de terre recommencent à fumer aussitôt, une odeur alléchante s'en dégage à nouveau. J'vais chercher mon cahier, annonce la benjamine en quittant la pièce à vivre.

 

Autour de la table, Freya débarrasse les assiettes vides sans bouger de sa chaise, et avale une gorgée d'alcool. Elle semble fatiguée. Elle surveille Charli. Mange, ça va te faire du bien. Elle se demande comment ils ont pu en arriver là, elle et Elliot, à ne même plus se regarder en face

 

— On a reçu un courrier d'mon père y'a un mois et demi, déclare finalement la rouquine en fixant le liquide ambré au fond de son verre. Au-dessus d'eux, les lanternes renvoient une lumière légèrement vacillante. Il est vivant, c'est déjà ça, souffle-t-elle avant de boire encore. Une grimace traverse son visage ; elle n'est pas du genre à s'enfiler des rasades de whisky normalement. Elle rajuste la manche de son t-shirt ample retroussé sur les épaules, et lève la tête en direction de sa petite sœur qui réapparaît. Regarde. Charlie étale un grand cahier plein d'annotations et de dessins à côté du 1ère année. Chaque page contient l'élaboration d'une stratégie pour marquer un but, contrer un adversaire, ou encore coincer le vif d'or. Ici c'est un petit pont, ça vient du foot moldu, c'est Mike de ma classe qui m'a donné l'idée, faut envoyer le souaffle derrière celui d'en face, et le récupérer avant lui. Son doigt désigne l'action. D'autres idées sont plus fantasques, impliquant le passage d'un oiseau au milieu du terrain, ou invoquant une météo en particulier.

 

Ses prunelles perdues quelques secondes sur les explications de la Serdaigle, Freya revient soudain à la disparition d'Owen Carter. Il m'a demandé de faire suivre du courrier pour lui, de pas le chercher. Il va revenir dès que possible, lâche-t-elle, sans vraiment savoir si Elliot sera soulagé ou non d'apprendre que les trois sœurs ont eu de maigres nouvelles de leur père. J'te l'dis parce que j'sais que tu diras rien. Car le prodige des Catapultes irait pas balancer une information à la presse ; il sait trop le mal que ça fait. 


Mais où est Charli ?

Message publié le 21/08/2025 à 19:54

L'odeur de pommes de terre aux oignons a suivi les deux sœurs jusqu'en bas des marches séparant l'habitation du magasin. Accablée par la déception, Charlie s'assoit au milieu de l'escalier, et observe vaguement les explications du première année. Elle aurait tant préféré qu'il s'agisse de son père ! Elle y croyait cette fois ! La fin du bout de pain passe difficilement dans sa gorge nouée. Devant Freya, le petit Charli gesticule. T'étais là-dedans ? questionne l'aînée en désignant à son tour la malle entrouverte, d'où vont et viennent des lucioles brillantes, probablement logées au creux des pièces de bois. 

 

Les rouquines n'ont aucun mal à comprendre comment le Gryffondor est entré chez elles maintenant. Mais surtout, ignorant l'accusation de kidnapping, Freya réalise en posant ses mains sur ses hanches. Tu peux sortir les weekends toi ? Nan, il peut pas, il peut pas sortir du tout, c'est un 1ère, répond la benjamine qui redessine machinalement le tracé d'une rune protectrice gravée dans le bois de la montée d'escalier. Ce faisant, elle aperçoit nettement les yeux du brun s'écarquiller face au stock de la boutique. Au lieu de ronchonner, il admire soudain les étagères remplies de matériel, équipement, gadgets, et autres fantaisies liées au quidditch, puis les affiches d'Owen placardées au plafond, la table basse décorée de cartes à collectionner- Oh, Charli, tu m'entends ? Parce qu'ils vont s’inquiéter là-bas si tu manques à l'appel, interrompt Freya. Elle referme la malle, prenant conscience un peu trop tard du problème d'être partie sans vérifier qu'un élève se soit glissé à l'intérieur. 

 

— T'as fait exprès ? demande curieusement la Serdaigle, toujours assise.

 

Les clients répètent souvent qu'ils rêveraient de se faire enfermer chez Owen Carter Quidditch la nuit, pour essayer les balais et les tenues à volonté, alors elle n'a aucun mal à penser que le jeune Blackburn ait sauté sur l'occasion. Tu dois mourir de faim, s'inquiète Freya, tandis qu'elle réfléchit à la meilleure façon de gérer son enlèvement involontaire. Elle fouille parmi les outils encombrant l'établi et trouve un morceau de parchemin. J'vais prévenir Horace, j'pense qu'il te cherche, marmonne-t-elle en griffonnant un message.

 

" Bonsoir Horace, 

Nous avons trouvé Charli Blackburn au magasin ce soir, 

il va très bien, je t'expliquerai.

Tu peux venir le chercher ? Je vais lui donner un repas en attendant.

Si tu préfères, il peut dormir ici et rentrer demain avec Charlie.

 

Freya "

 

— Voilà, ça nous laisse le temps de te nourrir, et de faire connaissance, maintenant qu't'es là. Ah oui, par contre ton frère est partout ici, pas seulement lui, mais tu vas beaucoup le voir, c'est normal. Elle pose ses yeux noisette sur l'élève, ignorant la sensation de brûlure qui comprime son coeur, et prépare le papier pour un envoi. Je vais donner ça à MicMac, elle se faufilera où elle peut, et trouvera Horace. Vous montez manger ?

 

L'aînée disparaît à l'étage après avoir caressé affectueusement les cheveux de Charlie en passant près d'elle. Ce geste suffit à faire comprendre à la Serdaigle que sa grande sœur aussi avait espéré qu'Owen soit là. Qu'elles en rediscuteront, plus tard sûrement. Viens, j'te montre en haut, dit-elle en se redressant. 

 

- -

 

L'appartement du foyer Carter surplombe la boutique comme un empilement d'étages, sans plan d’architecte ni souci de symétrie. Chaque extension semble avoir été créée sous le coup de l'impulsion, et pour cause. Dès l'installation d'Owen et Kate, il avait fallu s'adapter quand le colosse d'un mètre cinquante s’est cogné partout dans la salle de bain minuscule. Une baignoire démesurée a été installée au centre d'une petite pièce annexe ouverte à la va-vite, suspendue au-dessus de l'arrière-boutique comme un nid d’aigle. En 2100, la naissance de Freya a imposé l’ajout d’une première chambre mansardée. Puis, à chaque grossesse de Kate, les murs ont été repoussés à coup de charmes d’agrandissement, les plafonds rehaussés, les planchers rétrécis par endroits, jusqu'à ce que l’appartement ressemble à une étrange accumulation de souvenirs et de compromis. Ici, un palier penché donne sur un bureau minuscule, là, un couloir en zigzag débouche sur une verrière qui regarde le jardin. Quelques mezzanines accrochées entre les poutres cachent d'autres secrets. Rien n’est droit, rien n’est logique, mais tout raconte l’évolution chaotique de la famille. 

 

Il flotte dans l’air une nostalgie persistante qu’aucun sort de nettoyage ne parvient à faire disparaître. Au mur du premier couloir, les cadres désaxés témoignent de jours meilleurs : un article encadré de La Gazette du Sorcier titrant "La dynastie Carter, balais et boussoles", une photo animée de Kate saluant depuis les dunes de Gobi, un trophée du championnat d’Europe de Quidditch signé d’Owen en lettres flamboyantes.

 

Les promesses d'un avenir légendaire ont pris la poussière, les couleurs ont pâli, la pendule familiale tourne parfois à vide, et certaines pièces restent fermées des mois entiers.

 

La cuisine ressemble à une vieille dame côtoyant un vieux monsieur, le salon. Ils s'embrassent maladroitement et forment une scène de casseroles cabossées suspendues au plafond, tasses ébréchées alignées sur une étagère qui penche légèrement, large table de bois rayée par les années, entourée de chaises dépareillées. L’odeur du feu, du café, du cuir mouillé et d'un potage cuit la veille flotte dans l’air. Au mur, la pendule s'essouffle, amputée de deux aiguilles ; celle de Kate, au métal terni, pointe inlassablement vers "En voyage", une mention unique que Freya a elle-même gravée à la baguette quand l'aiguille refusait de se positionner ailleurs. Celle d’Owen a récemment glissé de "Inconnu" à "En déplacement".

 

Au fond du salon, une grande cheminée en pierre trône, accompagnée d’un vieux tapis râpé où s’entassent coussins fatigués et manuels de Quidditch. Au-dessus du manteau, trois rangées de livres se disputent l’espace avec des trophées rouillés et des cartes du monde annotées à la plume. Le fauteuil d’Owen est usé aux accoudoirs, toujours tourné vers l'âtre, tandis que celui de Kate reste vide, une couverture américaine soigneusement posée dessus.

 

Sur les meubles bousculés, on peut voir des photos animées d'Owen plus jeune, brandissant un Souafle sous les acclamations du public. D’autres révèlent Kate, casquée, en pleine ascension d’un glacier ou accrochée à un balai survolant une infinie étendue de sable, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Des babioles rapportées d’Amérique ou d’ailleurs - attrape-rêves, pierres gravées, statuettes ou carnets mystérieux, attestent d’un quotidien d'aventures brutalement interrompu.

 

Pourtant en regardant bien, la vie existe toujours ici. Dans le désordre d'une cape jetée à la va-vite, dans les miettes traînant au sol, Freya et ses sœurs empêchent l'appartement de se figer totalement. Derrière le grand canapé, un trait de rouge à lèvres mal essuyé rappelle les expérimentations audacieuses d’Alison. Sur le rebord d'une chaise, un manuel de sortilèges trahit la manie qu'a Charlie de lire n'importe où. Le plan de travail de la cuisine, lui, n’échappe pas à la routine de Freya : tasses empilées, parchemins annotés, et une boîte à recettes qu’elle consulte rarement. L'aînée est partout sans jamais s'imposer, à l'image des outils proprement alignés contre le mur de l'entrée, d'une boîte à courrier qu'elle seule contrôle, ou du kit de couture en plein raccommodage d'une paire de gants en cuir, ensorcelé pour travailler en autonomie.

 

- -

 

Sur la table deux assiettes entamées attendent Freya et Charlie, et une assiette fumante, tout juste servie, lévite jusqu'à une chaise libre. Assieds-toi, Horace va bientôt recevoir le courrier, je lui expliquerai que c'est d'ma faute quand il viendra, d'accord ? Il va rien te dire, j't'assure. Personne ne va mentir cette fois hein ? La grimace de Charlie en dit long à propos de son souvenir du début d'année, tandis qu'elle rejoint sa place et reprend le fil de son repas. 


Le banc des preuves

Message publié le 14/08/2025 à 13:48

À la promesse des lettres, Charlie secoue négativement sa tête. C'est trop dangereux pour les hiboux, décide-t-elle, résignée à rester sans nouvelles plutôt que de sacrifier la vie d'un animal pour garder contact avec Sasha. Il existe sûrement d'autres moyens ; ils vendent un tas de petits objets de communication à Pré-Au-Lard... son esprit y reviendra plus tard, soudain happé par l'énergie protectrice de l'animagus qui la prend sous son bras. 

 

— MacDuff surveille la boutique, toi t'es indispensable là-bas. Outre MicMac et ses gros yeux ronds, Sasha a pu croiser souvent la silhouette du grand-duc européen perché sur les cheminées du 76 Grand-Rue. La rouquine se laisse fondre contre le flanc bourru du Gryffondor. Elle s'y sent bien, en manque des étreintes d'un certain demi-géant. À lui aussi, elle avait trouvé des excuses, confrontée aux paroles amères d'Alison qu'elle ne voulait pas entendre. D'un revers de main, la benjamine essuie ses larmes, et sourit quand Sasha se confie au creux de son oreille, révélant l'importance de leur rencontre cette année. Elle acquiesce, et prend le temps d'inverser la situation avant de répondre. Si j'étais tombé sur toi en Ukraine, j'aurais sûrement pensé pareil, explique-elle, persuadée qu'ils auraient recréé la même alchimie de l'autre côté de l'Europe.

 

La conclusion, c'est qu'encore aujourd'hui, Charlie a un peu grandi. 

 

Grandir, ça force à voir au-delà du cocon familial, au-delà de notre propre petit confort. Grandir, c'est savoir que se morfondre est moins efficace que d'agir. Elle montrera l'Écosse à Sasha, ils se feront des souvenirs si solides qu'ils résisterons à l'éloignement. Promis, affirme la Serdaigle à son ami. 


Le banc des preuves

Message publié le 12/08/2025 à 09:27

Elle a quatorze ans depuis 12 jours maintenant, mais rien n'y fait pour Charlie ; elle se sent rétrécir de jour en jour. Petite, puis minuscule, elle s'efface. Moins vive qu'au début de l'année, moins pétillante, la benjamine cède progressivement au monstre de morosité qui tente de l'envahir depuis l'été dernier et le départ de son père. Les pages de ses journaux noircissent, jonchées de réflexions sur l'absence, l'attachement, l'intérêt des relations, le temps qui s'écoule- fatalement. La psychomage dit que c'est normal. De droite à gauche, et ensuite de gauche à droite, façon boustrophédon, elle sillonne le carnet de la rouquine en silence, note quelques mots, et conseille à Charlie de se reposer.

 

La Serdaigle ne veut pas dormir, la Serdaigle veut retrouver son innocence. La simplicité de l'enfance lui manque. Aujourd'hui, comme parfois, elle s'assoit à côté d'un groupe d'élèves en première année pour les observer échanger des cartes de chocogrenouilles et rêvasser d'une époque si proche mais tellement éloignée. C'est pas mes amis, se contente-t-elle de répondre d'un haussement d'épaules lorsque Sasha arrive et que les gosses partent. Elle sait déjà ce qu'il est venu dire. Probablement la même chose que Freya : qu'il doit s'occuper de sa famille. Les adultes ont toujours de bonnes excuses, et Sasha aussi.

 

— Salut Sasha. Un léger sourire soulève quelques unes de ses tâches de rousseur. La sorcière s'enroule mieux dans les pans de sa cape, les pieds remontés sur le banc, ses jambes cachées derrière le tissu sombre. Elle écoute le Gryffondor parler de l'Ukraine, de la guerre, de son village. Une boule au ventre, Charlie imagine Kalina et ses parents cachés au fond d'une cave, apeurés, affamés.

 

Elle voit l'inquiétude déformer le profil de Sasha tandis qu'il se justifie, encore et encore, et cherche à obtenir son adhésion. Je sais qu'tu dois y'aller, répond-elle, consciente de la situation. Ses cheveux voltigent autour de son visage, et ses prunelles bleues fixent le bracelet, puis l'adolescent. Elle retient la peine qui tambourine à son coeur d'arriver jusqu'à ses yeux en inspirant du mieux possible. Ça me fait peur quand même qu'il t'arrive quelque-chose, confie la jeune fille, déjà mille scénarios catastrophe en tête. Peut-être ne se reverront-ils plus jamais

 

Son menton se pose sur son genou, le nez en direction du lac où elle perd un regard songeur. C'est moi qui dois arrêter d'être triste pour les gens qui partent. S'ils partent, c'est qu'ils ont une bonne raison. Y'a toujours une bonne raison. Et lorsqu'elle est mauvaise, alors c'est une raison encore meilleure pour partir, n'est-ce pas ? Freya l'a dit, que la vie était faite de rencontres, de départs, de retrouvailles, de pertes, et que tout le monde finit par s'y faire en grandissant. Le paysage se floute devant Charlie. Triste, elle ferme ses paupières marbrées de vaisseaux bleutés et écrase une larme qui roule jusqu'à sa mâchoire. T'inquiètes pas, souffle-t-elle en rouvrant les yeux. Après ça va aller.


La poudre de perlimpinpin

Message publié le 09/08/2025 à 08:00

Plus Charli râle, et plus la Serdaigle le compare à un gnome de jardin dans sa tête. Si mon père avait été là, il t'aurait fait tourner au-dessus des balustrades, se murmure-t-elle intérieurement lorsque le concierge énonce la règle du conditionnel. Évidemment, la benjamine Carter n'a pas réellement envie de voir le jeune Gryffondor voltiger à travers les étages, mais son cerveau lui joue des tours parfois. Elle se rappelle parfaitement de la dimension d'une paume d'Owen Carter, à l'intérieur de laquelle elle peut déplier ses 14 phalanges entièrement. À côté, le frère d'Elliot ressemble à un bébé chouette. 

 

Soudain, elle cache sa bouche étirée d'un bout à l'autre d'entendre l'adulte parler de couilles qui deviennent des cacahuètes et des sucettes. Les gens devraient penser à devenir comme Horace en vieillissant ; le monde s'en porterait mieux. Il est l'une de ses grandes personnes préférées.

 

Le chiffon qu'elle tient s'agite et s'échappe de ses doigts blancs pour retourner à la tâche avec le reste du matériel sous les yeux émerveillé du première année. Charlie s'imagine déjà passer l'après-midi à aider les balais et les plumeaux jusqu'à retrouver la salle des trophées aussi brillante qu'à son arrivée, mais le Poufsouffle interrompt ses projets. Eh-sauf qu'Horace et tenace riment parfaitement. L'Écossaise abandonne la statuette d'Ubac Ward entre les pans d'une peau chamoisée très déterminée à lui rendre son panache et acquiesce face aux yeux gentils du concierge.

 

— Oui Horace d'accord. Elle devrait s'épousseter et essayer de faire une sieste. Elle pourrait tomber de fatigue après toute cette agitation et son accumulations de mauvaises nuits. Charlie offre un petit sourire à l'adulte, et s'éloigne dans la même direction que le Gryffondor en resserrant la chemise nouée à sa taille. Hey, tu sais voler sur un balai au moins ? le hèle-t-elle à distance. Sauf qu'il disparaît au prochain virage sans répondre, visiblement pressé de quitter la salle des trophées et la fille Carter elle-même. Bizarre ce mini-Gallois, se dit-elle. 


La poudre de perlimpinpin

Message publié le 26/07/2025 à 08:23

Il y a deux ans, Charlie répondait à toutes les questions qu'on lui posait, même les plus rhétoriques, sans comprendre les subtilités de l'éloquence sociale. Désormais, elle essuie ses larmes en sachant pertinemment qu'Horace ne veut pas la faire parler de son moral maintenant, devant un inconnu, aussi petit soit-il. 

 

La rouquine renifle, puis jette un œil au concierge, et à Charli. Il ressemble à un gnome de jardin qui aurait reçu un sortilège de pousse des cheveux. Il est colérique comme un gnome de jardin d'ailleurs. L'idée qu'une énorme main puisse surgir du plafond pour attraper le Gryffondor et le faire tournoyer dans les airs secoue discrètement les tâches de rousseur de la benjamine Carter en même temps que le rire de l'adulte retentit. 

 

Sans un mot, elle saisit une statuette légère sur le rayonnage à côté d'eux et reprend l'opération de nettoyage. Être occupée ne l'a jamais empêchée d'écouter ce qu'il se passe autour d'elle, au contraire. Et tandis que le brun parle de mensonges, repris par Horace, elle lève les yeux et sourit aux mots de ce dernier, et son index levé malicieusement. L'âge lui a appris les mensonges qui font du mal, et les mensonges qui protègent, et les mensonges qu'on espère bons du fond du coeur, en dépit des douleurs de ventre qu'ils procurent, et les mensonges par omission, plus faciles, moins culpabilisants. Grandir, c'est aussi apprendre que les notions ont des tonalités, qu'entre le noir et le blanc, il existe un ensemble de gris.

 

Charlie racle sa gorge au moment où le concierge l'interroge. J'ai appris qu'Elliot Blackburn a un petit frère à Poudlard, c'est déjà pas rien, affirme-t-elle, la statuette entre les mains, bien qu'elle sache qu'Horace veut entendre autre chose. 

 

— J'ai appris, mais ça j'le savais, qu'il faut pas jeter des sortilèges dans le dos des gens, sauf si c'est grave, car la défense contre les forces du mal donne des conseils bien au-delà des règles de savoir-vivre en société. Utilisant l'une des longues manches de la chemise rouge à carreaux de son père pour essuyer ses yeux, la Serdaigle est prise d'un éclair de lucidité. Hey- par contre. Son regard bleu toujours humide scanne la pièce, où l'explosion a projeté de la poudre blanche sur trois mètres autour de son centre, et encore à un deuxième endroit, et un troisième. Par contre ça, c'est pas Charli ça Horace. J'suis sûre que Peeves en a profité, parce qu'à la base, y'avait une seule bombapoudre ! Elle désigne les épicentres intrusifs d'un doigt accusateur. 


La poudre de perlimpinpin

Message publié le 25/07/2025 à 15:32

Rien ne pouvait laisser présager que la petite Serdaigle serait la première des deux sœurs encore scolarisées à se faire réprimander cette année. Quand Freya va recevoir un courrier de Poudlard au milieu du chaos que représente la rentrée des classes pour la boutique, et qu'elle apprendra que Charlie a menti, elle sera loin d'être fière. Cette idée fait couler une première larme qui fend la poudre blanche collée aux joues de la benjamine. Elle regrette. Elle n'aurait pas dû intervenir si durement. À quatre pattes au sol, elle frotte la substance volatile et mêlée de grosses gouttes salées mais silencieuses, ignorant du mieux qu'elle peut les ronchonnements et l'imitation moqueuse du Gryffondor.

 

— T'appuies trop fort, murmure enfin la rouquine en voyant Charli étaler au lieu d'absorber. À son grand regret, Horace se contente de les surveiller et n'active plus les balais pour leur venir en aide, comme il aurait pu le faire s'ils avaient juste commencer à nettoyer seuls, sans broncher. 

 

Le bras engourdi, le nez rougi par la tristesse et ses multiples éternuements, Charlie voit le première année s'approcher d'un trophée appartenant à son père tandis qu'ils atteignent enfin le coeur de la salle remplie de témoins du passé victorieux des élèves de Poudlard. Elle le surveille attentivement en lustrant la coupe du premier vainqueur britannique du Tournois des Trois Sorciers. Nan j'suis pas contente, chuchote-t-elle alors en retour, même si elle sait pertinemment qu'Horace a le don d'entendre tout, et surtout ce qu'il n'est justement pas supposé entendre

 

— Au lieu d'être à trois et avec la magie pour nous aider et une bonne ambiance, on tombe à deux, et j'déteste cette ambiance. Alors non, j'suis pas contente, ajoute la Serdaigle, jetant un œil au concierge qui sifflote malicieusement dans son coin. Un autre jour, si elle avait eu le coeur plus léger, elle l'aurait suivi sans hésiter. Ils auraient pu faire le ménage en chantant, accompagnés des armures joyeuses et des boursoufflets cachés derrière les tapisseries.

 

Les traces de poudre subsistant à l'intérieur des O, des A et des R de "OWEN CARTER" l'agacent. Elle s'approche du petit Blackburn. Laisse, j'vais le terminer. Voir la plaque gravée au nom de son père incrustée de saleté lui arrache encore un torrent de larmes lourdes et muettes, qu'elle ravale tant bien que mal.

 

— Tu l'diras pas à ma sœur Horace s'te plaît, chouine Charlie, persuadée que son comportement pourrait influer sur l'absence prolongée de son père, ou sur l'ambiance générale du Foyer Carter. Elle utilise un coin de torchon pour déloger la poudre récalcitrante, les yeux brouillés de chagrin. Cette année s'annonce difficile. Si seulement elle pouvait retrouver ses onze ans et la naïveté du brun. 


Et demain ?

Message publié le 23/07/2025 à 17:26

Le compliment de Sasha dessine un sourire fier sur le visage de Charlie. Posséder le plus grand coeur des îles d'Angleterre lui importe, et résonne en elle comme une force au milieu du chaos d'actualités négatives qu'elle absorbe chaque jour. L'adolescence a surgit dans la vie de la benjamine avec son lot de déconvenues, et rend plus précieux encore les moments de gentillesse. Naïvement, elle a l'impression que les adultes oublient cette part d'eux-mêmes, émerveillée de rien, empathique au sens primitif. De son côté, elle refuse de s'en séparer, et s'accroche à tout prix aux émotions enfantines dont elle se rappelle, déterminée à grandir sans s'oublier. Merci, je m'demande bien laquelle, de sœurs, rétorque-t-elle en pinçant ses lèvres amusées par sa propre répartie. C'est pas qu'Alison soit méchante, c'est qu'elle porte une armure de piques et de pointes pour cacher sa sensibilité. Au moins personne pourra croire qu't'es Russe maintenant, ajoute Charlie en désignant le bracelet aux couleurs explicites d'un geste du menton, satisfaite de l'utilité qu'il pourrait avoir. 

 

— En Écossais on dit "Gie me steam an’ stink afore ony fancy spell-chatter" et en Anglais, "Donne-moi la vapeur et la puanteur avant n’importe quel beau discours enchanteur." Alors bien sûr, elle ne risquerait jamais d'être déçue en évitant de penser au meilleur, mais la Serdaigle secoue son nez de gauche à droite le temps d'avaler sa bouchée de biscuit et mûres mélangés, et de donner son avis au sixième année. J'préfère imaginer qu'il va revenir. Et s'il revient pas, et qu'il me reste que l'imagination pour le retrouver, c'est toujours ça de pris, explique-t-elle, dégageant les mèches rousses du coin de ses babines collantes. Sans espoir, à quoi bon ? Les prunelles bleues de Charlie croisent les iris verts de Sasha, une lueur triste au fond de chacun d'eux. L'hiver a gelé beaucoup de perspectives, et l'absence d'Owen continue de hanter les filles Carter. Lorsqu'elle essaye de prendre du recul, Charlie pense à Sasha, à son départ chez les Veilleurs, à son éloignement de la famille. Elle se dit qu'elle est au moins avec ses deux sœurs, à Pré-Au-Lard, dans sa maison natale, et que ça pourrait être pire. Je comprends pourquoi ta mère disait ça, conclue la benjamine, consciente du bouleversement vécu par les réfugiés de guerre.

 

Et tandis que leur conversation s'éteint un peu bizarrement, le brouhaha du magasin reprend le dessus.

 

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Au début, Charlie ricane face à l'attitude ronchonne du Gryffondor lorsqu'elle lui parle d'Alison. La fin du deal entre les deux adolescents date d'il y a plusieurs mois maintenant, mais il continue d'être attentif aux fréquentations de la cinquième année, comme s'il était directement concerné. Quand Sasha évoque l'invitation au dîner en jetant des baies dans sa bouche, la jeune fille l'observe. Anh. Visiblement, elle n'avait pas eu l'information. Dubitative un court instant, elle se demande ce que répondra sa sœur, les yeux soudain écarquillés. -qu'à son quoi ?!! pouffe-t-elle, en réalité habituée à entendre le vocabulaire cru d'Alison et des autres élèves de l'école. Ça fait longtemps que Charlie n'espère plus préserver la Serpentard des garçons. J'sais, moi aussi ça m'énerve. Son regard dévie vers le rideau fendu au centre par la tête de Freya. Sasha ? La Serdaigle reçoit le fruit sur le nez, éclaboussant son arrête et ses pommettes de mûre fraîche. 

 

— Oh nan mais Freya ! Tu m'as déconcentrée ! s'amuse-t-elle en provoquant le sourire de son aînée tandis qu'elle essuie son visage. Bah bravo. Sasha tu peux nettoyer l'établi et l'arrière-boutique pendant que Fen' gère la fermeture ? Ça sera fait comme ça. La Poufsouffle désigne d'un geste rapide l'accumulation d'outils sortis au fur et à mesure de la journée, et qui s'ébrouent, roupillent, chahutent ou virevoltent autour de l'établi magique situé non loin de l'espace de pause. Dans le reste de la pièce, certaines étagères réclament aussi un peu d'ordre, leurs cartons déballés à la hâte entre deux clients, ou leurs badges éparpillés à cause d'une maladresse. J'vais l'aider ! s'écrie joyeusement Charlie, déjà debout, la joue encore violacée. 

 

— Qu'est-c't'as foutu toi ? questionne soudain Alison, apparue à la place de Freya. Elle croise les bras sous sa poitrine et fixe tour à tour Charlie puis Sasha, ses cils frôlant sa frange, une moue critique déformant sa bouche. Euh, c'est lui qui m'a lancé une mûre ! dénonce la benjamine, déjà affairée à balayer les copeaux valsant au sol. 

 

— Et pourquoi ?

— On rigolait, rôh, détends-toi !

— Bah c'est pas drôle en fait.

— Mais SI, c'était drôle y'a deux secondes, c'est toi qui rends le truc pas drôle !

 

Le regard marron glacé d'Alison cherche l'aiguille de son père, et revient vers Charlie et Sasha. 


Et demain ?

Message publié le 21/07/2025 à 16:47

À vrai dire, la benjamine Carter s'est sentie tellement concernée par l'histoire entre les peuples russes et ukrainiens qu'elle a demandé à Freya de faire un don aux enfants victimes de cette guerre à la place d'avoir un cadeau d'anniversaire le 21 avril dernier. Bien sûr, Fenella s'était empressée d'en toucher deux mots à Sasha, et lui-même de remercier Charlie lorsqu'il l'a croisée la semaine suivante dans les couloirs de l'école.

 

Le bracelet en main qu'elle noue correctement autour du poignet de l'adolescent, la rouquine en profite pour donner des nouvelles de cette épopée. Au fait on a reçu les livres sterling, on a fait une enveloppe à Londres avec un vrai timbre moldu, ET on a eu la réponse au courrier, c'est bien à l'association maintenant, chantonne-t-elle, heureuse d'apprendre que l'animagus passera l'été à leurs côtés. Ses doigts précis exécutent un nœud solide. Eux ils s'occupent de préparer des chambres et le suivi d'école et tout ce qu'il faut aux enfants réfugiés en Angleterre, des moldus mais bon, ça compte aussi, ajoute-t-elle en haussant les épaules, une fois le bracelet de perles correctement attaché. 

 

À la mention de son père, Charlie change de place, saisissant une deuxième poignée de mûres avant de s'enfoncer dans le fauteuil d'à côté. Ouais, c'est un secret, répond la Serdaigle en fixant d'abord le rideau, puis le sixième année. Vêtue d'un short d'uniforme au lieu de la jupe que portent souvent les filles du chateau, elle replie ses jambes en tailleur et parle moins fort. On a reçu un parchemin où il dit qu'on doit lui faire suivre du courrier, et qu'on doit pas essayer de le trouver. Et ensuite, plus rien. Elle cache son désarrois derrière une bouchée de fruits-rouges, ressassant intérieurement la dispute de dimanche dernier. Alison croit qu'il s'en fiche de nous, mais j'suis pas d'accord, j'pense qu'il va revenir. Ses prunelles semblent interroger celles du Gryffondor dans un bref silence. 

 

— J'en sais rien, même quand il était là c'était Freya qui s'occupait du magasin, déclare finalement l'élève de troisième année, suivant la trajectoire des yeux de Sasha jusqu'à l'aiguille d'Owen, une boule lourde au creux du ventre. 

 

Ignorant le bruit familier de la porte d'entrée, elle ricane aux paroles chuchotées par l'Ukrainien. Bah l'fils du brasseur, tu l'as déjà vu, c'est celui qui nous livre l'huile pour le bois. Un brun plus proche de l'âge de Freya que de celui d'Alison si l'on devait faire une moyenne. Un type travailleur la semaine, festif le weekend, habitué aux allers-retours Pré-Au-Lard/Londres où sa famille possède une seconde brasserie. 

 

— Tu cours encore après Alison ? demande soudain la benjamine, un sourire au coin des lèvres, les cheveux en pagaille. 


La poudre de perlimpinpin

Message publié le 11/07/2025 à 16:18

Quand Horace commence sa scène de théâtre, Charlie comprend qu'ils sont loin d'être sortis d'affaire. Le concierge semble avoir tout son temps pour s'amuser, et va le prendre, beaucoup trop heureux d'avoir les deux élèves à portée de main. En interclasse, il aurait fait les gros yeux, appelé de l'autre côté à cause d'un balai lâché au milieu des couloirs ou l'expérience catastrophique d'un élève avec les escaliers mouvants, mais aujourd'hui, il peut les cuisiner à base de dramaturgie.

 

La petite Carter sourirait volontiers face au jeu d'acteur du Poufsouffle, si elle ne connaissait pas parfaitement ses vraies intentions : résoudre l'enquête, trouver les coupables, et ne pas se contenter d'une histoire à dormir debout. Elle frotte son maillot de Quidditch vert et blanc, le pantalon de pyjama bleu, et l'immense chemise à carreaux rouges tandis que l'homme avance dans l'analyse de la scène de crime. Soudain, son museau se redresse, lorsqu'elle entend Horace parler du frère de Charli. C'est vraiment un Blackburn ? C'est vraiment le frère d'Elliot Blackburn, le Gallois batteur des Catapultes de Caerphilly, élève au château avec sa grande sœur ? Les yeux bleus, ronds, et humides de la sorcière dévisagent tour à tour le Gryffondor et le concierge. Ce dernier énonce impitoyablement les chefs d'accusation. Mais j'- commence la rouquine, interrompue par le premier année.

 

Autour d'eux, les ustensiles de nettoyage s'effondrent bruyamment, libérant toute la poussière ramassée jusqu'ici. La Serdaigle tousse, importunée. Le petit frère d'Elliot Blackburn s'indigne quand Horace retire 5 points à sa maison. Charlie craint que la situation ne s'envenime. Son appréhension s'avère juste. Elle fronce du nez.

 

— C'est vrai, répond-t-elle sans broncher, peu fière d'elle. Elle sort sa baguette car les adultes de Poudlard ont tendance à vérifier les sortilèges lorsqu'ils ont un doute sur la véracité des propos d'un étudiant. Je l'ai immobilisé, continue d'avouer la benjamine d'Owen, faisant tourner honteusement sa baguette claire en épicéa entre ses doigts couverts de poudre blanche. Un cheveux de vélane se trouve à l'intérieur, ce qui lui a valu le nom de Miss Pouêt, pour lutter contre le côté particulièrement caractériel de ce coeur. J'voulais qu'il m'aide à nettoyer avant qu'tu vois le massacre, ajoute l'adolescente, désignant le sol et les meubles pleins de résidus. Au bout du couloir, la salle des trophées ne brille plus, ne raconte plus l'histoire des héros de Poudlard, et de son père. 

 

L'empreinte d'Owen apparaît ça-et-là au château, en cours de vol, sur un palmarès de quidditch, quelques coupes, deux ou trois médailles. Autant de symboles qui font exister le colosse, en dépit de ses absences trop fréquentes. Charlie sent sa gorge se nouer encore. Moi j'aime bien venir ici, j'veux qu'ça reste beau, admet-elle tristement, la voix rétrécie, sans savoir si elle s'apprête à pleurer car elle va faire perdre des points à sa maison, car Charli a l'air de la détester, ou car elle veut les bras de son Papa et qu'elle n'accepte pas que la solution à ses cauchemars soit de prendre une potion qui l'empêche de rêver. Inconsolable et fatiguée, la troisième année traîne ses pieds jusqu'à un chiffon qu'elle ramasse. J'vais nettoyer Horace, j'ai rien à faire aujourd'hui, Freya m'a dit de rester ici ce weekend. 


De la forme à la fonction [Cours Méta]

Message publié le 11/07/2025 à 10:31

Charlie, encore accroupie près de la corniche où elle avait retrouvé son souffle, n'a rien manqué du sauvetage de Basil et de la deuxième tentative des Gryffondor, en équipe cette fois. Elle aperçoit d’abord Nikolaï apparaître au rebord, son visage impassible, à peine déformé par un rictus de concentration. Basil suit, agrippé à la roche. Ils reçoivent les félicitations du professeur à leur tour. Sans réfléchir, la sorcière avance vers eux, toujours un peu vacillante sur ses jambes trempées de sueur et de poussière.

 

— Bien joué Basil Banks, s'exclame-t-elle, un grand sourire accroché aux lèvres en prenant le brun par les épaules pour presque l'enlacer. Charlie tourne ses yeux vers Nikolaï, lui offrant un petit signe de tête, un peu impressionnée malgré elle. Elle ne connaît pas bien le Slave, et lui tend une poignée de mains de félicitation. Vous êtes une vraie équipe, glisse-t-elle, le coeur battant d’adrénaline et le visage rouge.

 

Alors qu’elle recule pour les laisser souffler, Charlie jette un coup d’œil vers le bas de la paroi. Les quelques élèves restants semblent hésiter. Plus haut, la jeune Poufsouffle dérive comme une montgolfière. Reviens vers nous ! s'écrie la benjamine Carter. Elle lui fait des signes encourageants, ignorant quelques secondes les gargouillements de son estomac. Le petit déjeuner dégage des odeurs délicieuses. Charlie va céder. Charlie cède. Elle prend place à table et dévore d'abord les brioches des yeux avant d'en prendre un morceau qui rend sa joue aussi ronde que la première année.

Liste des messages de Charlie Carter