Femme
25 ans
Sang-mêlé
Britannique
Identité
-
- Diplômé·e
- Surnoms : Frey', Yaya
- Nationalité : Britannique
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 25/07/2025 à 17:28
Les leçons de morale d'Elliot sonnent étrangement aux oreilles de Freya. Déjà en octobre au Pays de Galles, le batteur lui a conseillé d'arrêter d'être la mère d'Alison, comme si c'était aussi simple. Comme s'il comprenait quelque-chose aux relations entre l'aînée Carter et ses deux petites sœurs. "Même si clairement elle a pas envie d'être la même adulte que t'es devenue." Mh, rétorque la rouquine, vexée par le sous-entendu.
Les deux mains accrochées au manche du balai, elle prend la route du retour, un rire amer aux lèvres. Nan bah c'est clair. C'est clair que j'la fais pas rêver. Travailler un nombre d'heures incalculable pour finir toujours coincée au magasin du matin au soir, en pantalon cargo tâché d'huile nourrissante et de crème à polir, et se taper encore des weekends à remplir la paperasse en surveillant les devoirs et l'état mental de Charlie, bien sûr, qui voudrait de cette vie ? T'as raison, concède Freya, une mine dégoûtée ourlant légèrement ses lèvres tandis que son balai dessine des cercles au-dessus de la trappe camouflée dans l'entrée d'un terrier bordé de fougères cristallisées par le froid.
— D'ailleurs ma vie de con m'attend, on va rentrer. Elle ponctue sa phrase d'un geste du menton pour désigner l'ouverture vers laquelle pique déjà son OCQ. Les doigts de la Poufsouffle ont à peine de le temps d'ouvrir le passage que son corps s'y engouffre, suivi par le balai d'Elliot encore rattaché émotionnellement à l'atelier.
Leur retour est moins jovial que l'aller, des pensées intrusives envahissant l'esprit de Freya. Elle voit sa sœur céder aux avances de Spike et n'importe quel autre garçon de l'école (ou de l'équipe), et elle entend le brun affirmer que "c'est normal". Elle s'interroge sur la manière dont Elliot la voit, elle-même, après ça. Elle qui évite tout simplement de réfléchir à sa vie, ou plutôt à sa non-vie, et qui avance, évitant de poser la moindre question d'ordre de développement personnel, sous peine de s'écrouler immédiatement.
Les balais connaissent le chemin et appréhendent chaque virage avec fluidité. En accompagnant seulement le mouvement du manche, zigzaguer au milieu du dédale est d'une facilité enfantine. Sans que la sorcière de s'en rende compte, ils atteignent déjà les portes du placard et l'atelier.
Descendre du balai donne une impression de lourdeur à laquelle la fille d'Owen est habituée. Elle abandonne son OCQ en lévitation, et souffle en remettant ses cheveux en arrière. Déso pour l'humeur, j'suis fatiguée. Ça ne l'empêche pas d'ouvrir un tiroir rempli de parchemins et d'y chercher le contrat qui lie le joueur à l'objet. Déroulant sur un plan de travail une feuille dupliquée en trois exemplaires, elle dévoile un texte pré-signé par le président des Catapultes de Caerphilly et le manager de l'égérie. Manque plus que ton autographe et tu peux repartir avec, explique la rouquine avant d'attirer une plume entre ses phalanges, qu'elle tend à Elliot.
— Tu le testes en entraînement et tu m'fais tes retours fin janvier, on le modifiera s'il faut. Délaissant le brun face aux contrats, elle s'éloigne vers l'escalier. J'arrive, dit-elle en commençant à monter les marches 3 par 3.
Il suffit de quelques minutes pour faire réapparaître Freya, un peu essoufflée bien qu'athlétique, une boite moyenne et cubique emballée de papier kraft dans les mains. On n'avait pas dit si on se faisait un cadeau ou pas, mais j'ai ça pour toi. Elle lui donne en sentant son coeur frapper contre sa poitrine, soudain incertaine.
— C'est pas grand-chose, j'sais que- rien. J'me tais. Combien de fois a-t-elle hésité, convaincue qu'il n'était plus hanté par les mêmes souvenirs qu'elle ? Sous l'emballage, le carton contient un mug rénové, dont les fissures traversent la céramique ça-et-là comme d'autant d'éclairs. Une note l'accompagne : "Tu le voulais tellement, maintenant il est à toi. Prends-en mieux soin qu'à l'époque ;) Joyeux Noël. Tendrement, Yaya."
Ce mug, c'est un cadeau de Kate à Owen, puis d'Owen à sa première fille, Freya, pour l'accompagner à Poudlard. L'objet vintage, beige, un peu tordu, possède la particularité de faire pousser des moustaches de chat à quiconque enfonce son nez à l'intérieur pour boire. Un sortilège très populaire aux État-Unis mais rare en Écosse dans les années 2100. Ce mug, c'était aussi l'obsession d'Elliot dès qu'il squattait la table des Poufsouffle au petit-déjeuner. Ou alors c'était juste un moyen d'attirer l'attention de Freya.
Un matin d'hiver lors de leur quatrième année, il s'était exclamé à propos du résultat d'un match de Quiditch, et avait fait voler en éclats la céramique. S'en était suivi un silence retentissant. Pourtant aujourd'hui, l'objet semble recomposé, et rempli d'un sachet de chocolat en poudre et de mini-guimauves. C'est un artisan du Chemin de Traverse qui me l'a récupéré y'a 5 ou 6 ans, j'avais gardé tous les morceaux, confie la jeune femme, un sourire nostalgique déformant ses tâches de rousseur. Mais en fait, à chaque fois qu'elle l'utilise, elle pense à Elliot.
— J'sais qu't'as pas besoin d'un mug. C'est juste pour le souvenir.
C'est juste pour le message.
Message publié le 18/07/2025 à 12:18
Voler au-dessus de Poudlard est légal, contrairement à d'autres zones que les sorciers doivent éviter en balai pour rester discret aux yeux des moldus. Le contrôle des périmètres aériens demeure un sujet complexe depuis sa mise en oeuvre avec la création du secret magique. Peu d'usagers connaissent l'ensemble des règles sur le bout des doigts, et les sanctions amènent leur lot de protestations. Dans le ciel de Pré-Au-Lard et ses alentours, Elliot et Freya ne risquent rien. Travis ? Oh, cool, répond la rouquine au batteur, en revoyant le portrait des 4 garçons lorsqu'ils traînaient ensemble sur les chemins du parc de l'école.
L'intérêt soudain d'Elliot pour son réveillon de Noël surprend l'aînée Carter. Elle le fixe, un peu confuse, et cherche à rassembler l'histoire tandis qu'un groupe de hiboux passent sous leurs pieds. On a gardé les charities de ma mère, donc le 24 on rejoint une maraude sociale avec les filles et on distribue des repas et des petits cadeaux aux personnes qui peuvent rien se payer, elle lui a sûrement déjà raconté cette partie lors de leur adolescence, mais prend le temps de répéter, consciente que le Gallois n'a pas pu tout retenir depuis Poudlard. Bref normalement mon père nous accompagne et c't'année Alison a décidé que puisqu'il se fiche de nous, elle se ficherait aussi de lui, et de Maman, et qu'elle en avait marre d'être bloquée le 24 décembre à cause d'eux. Et j'la connais, c'est juste par principe, parce que la maraude et les charities, ça la touche quand même tu vois. Élevées avec la sensibilité de Kate et la générosité d'Owen, les sœurs Carter ont baigné très tôt dans la philanthropie.
— Ça a fini en hurlements, Alison qui se barre j'sais pas où, la petite en larmes, ambiance de merde quoi. Son regard dérive au loin, en direction du paysage froid et blanc. L'Écossaise a vécu cette énième dispute comme un énième échec face aux responsabilités qu'elle endosse. Elle soupire lourdement. J'veux même pas savoir c'qu'elle fera avec le permis de transplaner à ce rythme, ajoute-t-elle, l'impression désagréable d'avoir une famille brisée en morceaux au fond du ventre. Alison finira par disparaître à son tour, et les Carter n'auront rien su faire pour la retenir.
La suite est loin de rassurer Freya qui écoute Elliot sans cacher son exaspération. Sérieux ? Le joueur de quidditch s'en amuse presque. Un peu plus et c'est elle la vieille aigrie. Elle opère un virage en ramenant une main sur le manche de son balai, les joues rouges, mordues par le froid, la frustration, et l'indignation. Et ils peuvent pas se contenter de se rouler des pelles comme les gens de leur âge ? Ils ont quin-seize ans, c'est pas tant naturel hein, c'est hyper jeune ! L'idée même qu'Alison puisse démarrer sa vie sexuelle en cinquième année offusque sa grande sœur, bien ailleurs lorsqu'elle avait seize ans. J'te jure heureusement que Charlie est plus intelligente sinon elle l'embarquerait dans ses trucs de magazines. Elle a besoin de prouver quoi exactement là ? Qu'elle est adulte ? Y'a d'autres moyens hein. Agacée, Freya foudroie l'air goguenard d'Elliot d'un regard oblique avant de piquer vers la cime des arbres d'une forêt bordant la région de Pré-Au-Lard. La mer blanche prend des allures de lac vert et l'odeur des sapins transperce l'hiver.
— Elle me rend dingue, j'la comprends plus du tout depuis c't'été.
Message publié le 17/07/2025 à 20:02
Alors que l'horloge de l'arrière boutique indique Charlie et Alison "En route" grâce à deux aiguilles semblables à des cuillères ornées de leurs prénoms, celle d'Owen est revenue sur "En déplacement" plutôt qu'"Inconnu". Quant à l'aiguille de Kate, elle n'apparaît que sur la pendule familiale du salon depuis que les Carter ont opté pour la discrétion à propos de sa disparition. Assise en face du tic tac familier et des consignes chantonnées irrégulièrement, Freya surveille l'aiguille de son père, espérant la voir glisser vers "En route" à son tour. Ainsi, elle jette parfois des coups d’œil à l'horloge pendant les silences de Sasha, mais reste attentive aux explications de ce dernier.
La mention du Ministère l'interpelle, puis de Fenella, puis l'idée même d'avancer sa majorité. Fronçant les sourcils, l'aînée fixe le parchemin torturé entre les mains de l'Ukrainien prête à lui couper la parole au moment où il reprend. Le manque de confiance de Sasha se heurte souvent au manque de temps de Freya. Celle-ci termine les phrases qu'il peine à articuler, ou le pousse à aller droit au centre de la marmite, l'esprit déjà ailleurs. Aujourd'hui, elle retient sa question, suspendue au bout de ses lèvres tâchées de rousseurs, tandis qu'il évoque les réfugiés, et donc les Russes. An-anh, je vois, acquiesce la sorcière, consciente des tensions qui peuvent gronder sourdement d'un côté ou de l'autre des deux camps, surtout après avoir appris que Sasha est le seul réfugié d'origine ukrainienne à l'école. Elle récupère quelques baies noires au creux de sa paume et les fait rouler distraitement en imaginant les possibilités du Gryffondor.
— Alison m'a dit qu'tu pars en août ? révèle-t-elle, l'information gardée secrète tant qu'il ne se décidait pas à en parler lui-même. Ses yeux noisette sondent ceux du garçon. Elle y lit une volonté d'être honnête, en dépit du bagage sombre et mystérieux qu'il porte en permanence sur les épaules. Freya pense mieux cerner Sasha depuis les dernières semaines, certainement grâce aux échos positifs de Fenella. Quoiqu'il en soit, c'est noble de vouloir travailler jusqu'à la fin. Certains se seraient juste planqués. La rouquine croque les trois mûres qu'elle tenait dans sa main, et opine du chef, comme pour souligner la bravoure de l'étudiant. En tant que fille Carter, elle apprécie ce genre d'attitude. Moi je peux te faire un courrier, et j'peux même te faire bosser, c'est pas le problème ça. Elle quitte le regard de son interlocuteur et saisit sa tasse chaude, dont le contour est décoré d'une aquarelle représentant les boutiques du Chemin de Traverse à Londres, à l'époque où OCQ y avait pignon sur rue. Ses prunelles retrouvent Sasha. Détends-toi, j'ai l'impression d'être une harpie des fois quand on discute ensemble, plaisante Freya pour lui arracher un sourire soulagé.
— Je comprends ta situation, répète-t-elle plus sérieusement, j'peux te prolonger ton contrat, il y aura de quoi faire de toute façon. Sans certitudes de la présence d'Alison cet été en boutique, ni du retour de son père, la gérante préfère miser sur la motivation de l'adolescent. Les parents de Fen' ont transformé d'anciennes étables en chambres qu'ils louent occasionnellement contre des services rendus à la ferme, tu devrais voir avec eux pour te loger et compléter tes occupations la semaine. Confiante, elle termine sa phrase d'un hochement du menton satisfait. Chaque problème doit rapidement rencontrer sa solution lorsqu'on dirige un commerce, et Freya s'enfonce un peu mieux dans son fauteuil en savourant l'unique gorgée de thé qu'elle boira chaude cette fin de journée, elle le sait pertinent. De l'autre côté du rideau, le brouhaha des clients sonne comme un compte-à-rebours vers la fin de leur courte pause. La jeune femme revêt à nouveau une expression préoccupée. Alison m'a aussi dit que Charlie est pas au courant de ton retour en Ukraine. Enfin, elle lui a pas dit. Je sais pas si toi tu lui as dis, mais Sasha, ça risque d'être difficile pour elle avec la situation familiale, donc- Coucou ! s'écrie justement la troisième année, fraîchement débarquée de l'extérieur, la cape couverte de gouttelettes.
Depuis que Sasha et elle ont discuté sous le saule cogneur, Charlie a continué de se renseigner à propos du conflit entre l'Ukraine et la Russie, affinant ses connaissances sur le sujet. Tandis qu'elle essaye d'arriver quelques heures avant la fermeture du magasin les samedis pour passer du temps aux côtés de Fenella et Sasha, ce dernier a retrouvé une place de choix dans son coeur d'artichaut, et Freya l'a bien compris. Elle interrompt immédiatement sa mise en garde et se lève, sa petite sœur déjà collée contre elle.
— Salut toi. Ta sœur est pas là ?
— Elle discute devant, on a croisé le fils du brasseur en arrivant. Alors, t'as des nouvelles de Papa ? s'empresse de questionner la plus jeune des Carter en posant son sac au sol tandis que Freya la sèche d'un sortilège jeté du bout des doigts.
— Nan j'suis déso -Freya j'ai besoin de toi- j'arrive ! Toi t'as pas oublié de dire bonjour à Sasha par hasard ? Un ballet s'opère donc, entre l'aînée qui oublie sa tasse dans l'arrière-boutique pour rejoindre Fenella, et la benjamine qui attrape une poignée de mûres avant de s’asseoir sur l'accoudoir aux côtés du sixième année. Ch'alut Ch'asha, marmonne-t-elle, la bouche pleine de fruits, les prunelles attrapant au vol le parchemin brouillon qu'il tente de dissimuler. C'est quooooi ?! C'est une lettre d'amour ? Elle ricane et se penche afin de prendre un biscuit.
— C'est une lettre pour Kalina ? OH ! s'exclame-t-elle finalement en pinçant le gâteau avec ses lèvres, le temps de fouiller parmi ses bracelets. Charlie en extirpe un confectionné de perles jaunes et de perles bleues, et le tend à Sasha. J't'ai fait un bracelet aux couleurs de l'Ukraine ! Tiens, mets-le !
Message publié le 11/07/2025 à 18:20
Le printemps mal dégrossi gratte la grisaille écossaise. L'herbe verte tâche les flancs du village de Pré-Au-Lard pour rappeler qu'ici, la nature s'obstine chaque mois de mai à revenir malgré la brume dense. Sur les toits d'ardoise Grand-Rue, et au coin des volets de bois, quelques rayons timides du soleil font briller la rosée en dentelle de perles. Il est quinze heures mais il pourrait être sept heures ou midi, que ça ne changerait rien ; le ciel est aquarelle. C'est une journée humide, délavée d'averses, et bientôt le visage des visiteurs s'élève. Un arc-en-ciel surplombe le village.
Chez Owen Carter Quidditch, l’air sent l'aube des examens et l'imminence des vacances scolaires. Certains étudiants espèrent se changer les idées entre deux révisions, d'autres clients prévoient de voyager en balai au mois de juillet et viennent chercher un équipement, ou améliorer leur monture. Côté sports volants, les clubs préparent le matériel des camps d'été, et toujours plus de curieux espèrent pouvoir essayer un OCQ500 après qu'Elliot Blackburn ait été la meilleure des égéries. En rayon, les gants légers ont remplacé ceux d'hiver, et des collections aux couleurs estivales ont pris place sur les portants à vêtements. Tête de gondoles, les kits de réparation express et les rangements extensibles sont les stars du fly-trip, à côté des nouveaux maillots d'équipes.
Au-delà du quotidien de la boutique en cette saison, une ambiance pesante règne au-dessus du foyer Carter. Le courrier d'Owen a redonné à Freya l'espoir de voir son père rentrer. Sans le vouloir depuis la semaine dernière, elle surveille la rue, tourne la tête machinalement vers l'entrée à chaque tintement de clochette, ronge la peau du contour de ses ongles quand elle n'utilise pas ses mains pour jeter des sortilèges ou lire des parchemins. Peut-être arrivera-t-il cet après-midi ? Peut-être demain ? L'incertitude lui renverse les tripes de temps à autre. Elle serre les dents.
Au comptoir Fenella sifflote gaiement, au service des clients qui veulent passer en caisse, un balai miniature tournoyant au-dessus d'elle. La Serdaigle demeure pimpante en dépit de l'inquiétude creusant le front de Freya. En quelques mois, elle est devenue vendeuse référente du samedi en boutique, remplaçant souvent l'aînée Carter pour lui libérer du temps. Son sourire illumine le commerce et aide Sasha à gagner en confiance. "Travail d'équipe", répète-t-elle lorsqu'ils se divisent les tâches, l'élève en charge du réassort et des besognes plus simples, Fenella à la rescousse quand il s'agit de conseiller un visiteur aux questions pointues, ou pire, qui ne s'exprime qu'en Écossais. Au fil des weekends, le binôme a pris des marques solides, utiles pour survivre aux rushs de Pré-Au-Lard.
Les deux jeunes femmes ont gardé un avis nuancé à propos du passé de l'Ukrainien. Si au début elles l'observaient de biais, conscientes du bagage lourd et invisible dans son dos, elles se sont toujours efforcées de rester bienveillantes, de penser avec compassion à l'égard de son histoire douloureuse, et surtout respect à l'égard de son courage. Cependant une part de l'aînée Carter surveille Sasha de loin, pas pour le piéger, pas pour le juger, mais pour veiller au bon déroulement des choses, au village comme à Poudlard.
Aujourd'hui d'ailleurs, il a demandé à lui parler. Alors qu'elle dépose une tasse de thé sur le comptoir à l'intention de Fenella, la rouquine interpelle le sixième année. Sasha ? Tu viens derrière du coup ? Après un coup d’œil vers l'entrée, sa tête disparaît de l'autre côté du rideau qui sépare le magasin de l'arrière-boutique. Elle a servi deux tasses de thé sur la table basse jouxtant trois fauteuils dépareillés au confort incontestable. Installe-toi, on va s'mettre là, dit-elle en désignant le Chesterfield abîmé. Près des boissons fumantes, quelques biscuits et une barquette de mûres attendent de rassasier l'appétit légendaire du Gryffondor. Sers-toi, indique Freya en prenant une baie noire qu'elle jette dans sa bouche.
— Alors, tu voulais me dire quelque-chose ?
Message publié le 11/07/2025 à 13:01
Elle voudrait qu'il ne s'arrête plus. Qu'il vole jusqu'au-delà des frontières, et qu'elle le suive, laissant tout derrière. L'air glacial d'Écosse peut bien lui mordre les joues, Freya s'en fiche, riant aux éclats tandis que son coeur s'emballe une fois encore. Les chants de Noël diffusés h24 en boutique l'ont rendue mièvre, ou l'était-elle déjà avant ? C'est pas de sa faute si Elliot a toujours la bouille de leurs treize ans lorsqu'il la taquine, pas de sa faute s'il la ramène à l'âge où n'importe quoi était possible, pas de sa faute si à ses côtés elle se sent heureuse, comme avant. Jouant des coudes et des épaules avec le batteur, la rouquine entend son corps réclamer plus. Plus de frôlements, plus de contacts - aussi brusques soient-ils parfois - plus de regards échangés et le monde qui disparaît autour.
Est-ce qu'on appelle ça l'amour ?
Dans son cas, c'est plutôt une malédiction.
Les balais se calment, les souffles s’apaisent, mais Freya vient de reprendre une dose dangereuse à proximité du brun. Elle est accro, soyez-en sûrs. Elle plane, littéralement. Son esprit imagine l'impossible, loin de penser à la descente sévère qu'il faudra encaisser ce soir, demain, lorsqu'il aura disparu et qu'elle ramassera les miettes de ses souvenirs pour affronter le vide qu'il laisse à chaque fois.
Leurs jambes au repos, les OCQ500 à faible allure, ses bras libres, l'aînée Carter rend son sourire au Gallois, une lueur de fierté au fond de ses yeux fatigués. En match, ça va être fou. On a déjà programmé six mois de fabrication avec Jun là, on a des contrats de partout alors qu'on montre juste des prototypes quand on démarche les équipes, informe-t-elle, soulagée d'avoir réussi son pari, à presque rien d'assurer un retour au succès familial dans l'univers du quidditch. Le batteur risque d'y gagner aussi en notoriété, pour un peu que la sphère des entraîneurs nationaux commence à s'intéresser au joueur qui a eu le privilège d'être le premier à chevaucher un 500.
Plus bas, sous les nuages et la brume, Pré-Au-Lard et sa campagne frissonnent, et le château attend la fin des vacances, protégeant les élèves restés en son sein jusqu'à la nouvelle année.
— T'as eu un bon Noël ? T'as réussi à te reposer ? questionne Freya, sincèrement soucieuse des conséquences du rythme de son égérie, et des répercussion de la pression qu'il subit au quotidien. Elle observe Elliot sans oser laisser trop traîner ses yeux sur son profil ravageur. Elle avait secrètement espérée qu'elle le trouverait moins beau en grandissant, que ça l'aiderait à tourner la page, mais devinez quoi ; il est craquant. L'aînée rabat ses cheveux chaotiques en arrière, ces derniers qui reviennent aussitôt lui lécher les joues et le front, comme si son visage était une torche rousse, flamboyante. Pour nous c'est joker, ça a fini avec Charlie en pleurs et Alison en fugue, j'veux oublier ça, confie-t-elle honteusement. Son regard balaye la mer blanche qu'ils survolent, un soupir au bout des lèvres. Il faudra bientôt rentrer. D'ailleurs Elliot, tu sais c'qu'il se passe entre Alison et Spike Ryder ? J'veux dire, j'me doute de c'qu'il se passe hein. Mais des fois elle dit des trucs juste pour m'emmerder, alors j'sais jamais c'qui est vrai. Tu l'sais toi ? Il en parle ?
Message publié le 29/06/2025 à 13:20
Fille d'Owen Carter, la jeune Freya était prédisposée à suivre les pas de son père dans le quidditch, elle-même particulièrement douée sur un balai. Les recruteurs de talents des ligues suivaient sa progression avant celle d'Elliot, rien que grâce à son nom de famille, sans qu'elle n'ait encore l'âge d'intégrer les équipes scolaires de Poudlard pour briller. Poursuiveuse au départ, et très vite en route vers une carrière d'attrapeuse, la rouquine a éloigné d'elle-même toutes les opportunités dès lors que sa mère a disparu. Elle a refusé un poste dans l'équipe de Poufsouffle, partagée entre l'école et Pré-Au-Lard, a tourné le dos aux chasseurs de têtes et c'est mieux comme ça.
La voie d'Elliot n'a d'enviable que le temps qu'il passe sur un balai.
Freya n'aurait jamais supporté le reste.
Elle l'admire, heureuse pour lui, attentive depuis le début à sa progression, match après match, d'une équipe à l'autre. Aujourd'hui encore, l'aînée des trois filles Carter sent bien qu'il a fait une place qu'elle n'aurait pas pu assumer. Un sourire un peu con aux lèvres de le voir prendre en main l'OCQ500, Freya vit le bonheur d'Elliot par procuration.
Le batteur des Catapultes de Caerphilly peut apprécier son travail à sa juste valeur, et se rendre compte du bouleversement que va provoquer l'arrivée des nouveaux balais Carter sur le marché du sport volant. Sentir la reconnaissance d'Elliot donne des ailes à Freya. Elle oublie un instant la fatigue des dernières semaines, des dernières années. Une chaleur douce au fond du ventre, elle se concentre pour graver l'image dans sa mémoire, bien consciente qu'il s'agit d'une miette de pain au cœur de la vaste vie de son égérie.
L'exclamation du brun réveille l'ancienne Poufsouffle qui saisit alors son propre OCQ500, en chêne blanc aussi, moins tape-à-l'œil cependant. En trois secondes, elle s'élève à la hauteur du prodige, baguette rangée. Tu vas pas te contenter du plafond quand même ? demande-t-elle sur le ton du défi. Ses doigts envoient un sortilège à la penderie faisant office de passage vers les souterrains de Pré-Au-Lard, et Freya virevolte autour d'Elliot. Passe devant, prends ta revanche ! Elle rit, l'esprit léger, la sensation d'avoir douze ans. Son balai donne des à coups, impatient, et la rouquine dessine de grands lacets pour l'apaiser en attendant que le Gryffondor ne fonce droit vers les portes ouvertes du meuble. Son rythme cardiaque accélère, ses phalanges serrent le manche. Elle est prête à suivre Elliot.
Message publié le 19/06/2025 à 19:02
En dehors d'Elliot , chaque membre de l'équipe des Catapultes de Caerphilly aura bientôt son OCQ500, puis quelques autres célébrités du quidditch choisies pour leur rayonnement parmi la sphère sportive. Freya et Jun doivent distribuer pas moins de 30 balais avant fin janvier, alors l'atelier aux dimensions de cathédrale d'Owen s'en trouve encombré. Après elle sous-traitera certaines étapes de fabrication et ne s'occupera plus personnellement des tests de compatibilité, mais les premiers modèles ont le privilège d'être entièrement assemblés dans le sous-sol grandiose de l'arrière-boutique.
Surplombées par des lanternes flottantes, les tables de travail témoignent de tâches interrompues, diverses et variés. Là, un manche en mélèze à moitié poncé, ici des outils de gravure près d'une bague en laiton brossé, au fond quelques plumes abandonnées en pleine taille, et partout, des parchemins remplis de croquis dont certains bougent en silence. Mais le véritable spectacle se passe en l'air, entre les lanternes.
Jusqu'alors distraite et incapable de répondre aux provocations d'Elliot, la rouquine se tourne dans sa direction quand il réclame son balai. Ton bébé ? Essaye de le faire venir, défie-t-elle en donnant un coup de menton vers le plafond. Là-haut, l'OCQ500 montre des signes d'impatience, dessinant des cercles larges, irréguliers, ponctués parfois de feintes nerveuses. Devine quoi, j'crois qu'il s'ennuie, ajoute Freya en souriant. Elle attend depuis longtemps la réaction du Gryffondor qui tient une place particulière au centre de sa vie, quoiqu'il en fasse. Siffle-le, conseille-t-elle en se positionnant à ses côtés pour fixer le balai taillé dans un chêne blanc noueux et dense, portant encore les stries naturelles du bois, comme autant de cicatrices de combattant. Couvert de vernis mat texturé, légèrement bruni, l'engin semble capturer la lumière aux endroits où sa patine tire vers le doré. Chêne blanc, oiseau tonnerre. Les propos de l'aînée Carter confirment l'impression d'apercevoir des plumes immenses mêlées aux branches de la queue imposante du balai, retenues par plusieurs cerclages en alliage de bronze et d'or. Les étriers sont forgés de ce même mélange, inclinés en avant pour un meilleur dynamisme. Au-dessus, un siège couvert de cuir végétal languit d'être chevauché, tandis que les plumes vibrent à l'arrière, arrogantes.
Fruit de longues conversations entre le synthétiste et Freya, le balai possède un tempérament incompatible avec l'hésitation. Il toise les deux sorciers en produisant un bourdonnement grave quand la Poufsouffle ricane. On faisait les ajustements la semaine dernière, et il a failli péter les côtes de Jun, il lui faut du répondant, ce qui ne devrait pas poser de problème, a priori, mais sait-on jamais. Ses yeux cernés observent le batteur, surveillant la moindre de ses attitudes jusqu'à ce qu'il enfourche enfin son OCQ500.
— À toi de jouer. Impressionne-moi. Elle enfonce une main dans sa poche, prête à sortir sa baguette au besoin.
Message publié le 16/06/2025 à 14:24
"Les crédits de 2124 expirent le 22 janvier. Pensez à faire valoir vos gallions avant qu’ils ne se dissipent !" scande une affiche au-dessus du comptoir tandis que la foule se presse entre les rayons d'OCQ. L'effervescence est palpable au 76 Grand-Rue. Certains clients viennent échanger leur cadeau de Noël, déçus d'avoir reçu le t-shirt de la mauvaise équipe, ou des protections trop petites. D'autres sont là pour utiliser le bon d'achat offert par une tante qui ne savait pas quoi choisir, ou juste pour dépenser l'argent économisé toute l'année. La visite à Pré-Au-Lard est un classique des vacances scolaires auxquelles les familles de sorciers dérogent rarement. Le charme du village en hiver profite aux commerces, et Freya ne lâche rien malgré la fatigue accumulée depuis la rentrée.
— J'dois prendre la résine de saule argenté en bas, tu vois le brun là qui vient d'arriver ? C'est Elliot. Dis-lui de venir derrière s'te plaît, demande la Poufsouffle à Charlie en désignant Nikola Brutcell. Les bras chargés d'une caisse avec des items à remettre en boutique, la benjamine opine et se précipite au comptoir tandis que Freya emprunte l'escalier en colimaçon, et disparaît. Ali, tu vois le brun qui vient d'arriver ? C'est un héritier de la monarchie française hyper blindax et célibataire il faut l'appeler Monseigneur Munster. J'ai la flemme, j'te le laisse du coup, déclare-t-elle avant d'emporter sa caisse plus loin, à un endroit d'où elle pourra suivre discrètement la scène, si personne ne l'interrompt. Alison fixe l'étranger et rajuste sa frange.
Les sœurs Carter ont encaissé l'absence d'Owen à Noël chacune à leur manière, la déception nourrissant chez elles des émotions différentes, entre résignation, tristesse et colère.
Forte d'avoir enfin seize ans, la Serpentard s'approche du joueur gallois sous couverture. Monseigneur Munster, bienvenu chez Owen Carter Quidditch, déclare-t-elle maladroitement en effectuant un genre de courbette. Dans un coin, Charlie se tient le ventre, prise d'un fou-rire incontrôlable. Les clients jettent quelques œillades à l'étrange duo formé par Alison et son interlocuteur. Permettez que je vous escorte humblement vers notre matériel d'exception. Que cherchez-vous exactement ? Les pommettes rouges, l'adolescente s'essayer à franciser son accent, sans grande réussite ; on dirait plutôt qu'elle parle avec une pomme de terre trop chaude sur la langue. Alors que derrière eux, une affiche représente Elliot Blackburn en train de poser torse-nu chevauchant un OCQ500 au milieu des Highlands, elle s'explique. Vous avez besoin d'une perle rare comme notre prochain balai. Ignorez le modèle, les Anglais n'ont pas l'élégance à la Française, vous serez bien plus chic que lui Monseigneur Munster, signale-t-elle en cachant la silhouette musclée du sportif.
— Ali, qu'est-c'tu fout ?! interrompt Freya au bout de cinq bonnes minutes de comédie. Hein ? Bah je- viens Elliot, murmure la responsable du magasin qui fait signe au Gryffondor de rejoindre l'arrière-boutique. Alison s'interroge, puis fulmine en découvrant Charlie, toujours morte de rire entre les écharpes de supporters et le présentoir à multiplettes. Putain mais quelle petite- Alison, CAISSE, dépêche. Charlie, reprends-toi il reste moins d'une heure, s'te plaît. Freya referme la porte derrière Nikola sans prendre le temps de vérifier que ses sœurs se soient remises au travail. "Inventaire J-4, fermeture annoncée de deux jours minimum !" chantonne l'horloge accrochée au mur pendant que la rouquine semble faire un point mental dans sa tête. Ça, c'est ok. -ça... c'est demain. ... Ah merde, bon. J'lui dirai après- Elliot, réalise-t-elle soudain en croisant pour la première fois le regard de son ancien camarade de classe. Elle est clairement surmenée. Ça va ? Un peu le speed ici comme tu vois. Bravo pour votre match au fait. Bon on descend ?
Message publié le 30/05/2025 à 21:06
À quinze ans, Freya a géré par intermittence le foyer à la place de son père qui plongeait dans une dépression sévère. À seize ans, elle a décidé de la meilleure façon d'accompagner l'anorexie mentale de sa sœur, Alison, sans que les services magico-sociaux ne puissent être alertés. À dix-sept, elle éconduisait les journalistes trop curieux, pressés aux portes de la boutique. L'année de ses dix-huit ans, elle a redressé le commerce OCQ, et maîtrisé les catastrophes causés par l'éveil du don magique de Charlie, et ses multiples idées fantasques. Le reste n'a été qu'une succession de défis, de choix impossibles mais essentiels, de beaucoup de résilience.
Alors face à la réaction confuse de Sasha, elle acquiesce, ravalant ses doutes comme la centaine de fois où elle a été obligée de prendre une décision hâtive. À samedi, rentre bien, se contente-t-elle de répondre en le suivant des yeux, persuadée qu'il gardera un souvenir amer de cette conversation. La silhouette de Sasha s'éloigne et la Poufsouffle espère avoir su trouver les mots quand même, et qu'il comprendra. Un soupir d'épuisement traverse ses lèvres.
C'est seulement lorsqu'elle rentre dans la boutique que Freya remarque une lettre au sol, probablement glissée sous la porte. Elle referme derrière elle et ouvre le courrier, observée par différents posters d'Elliot Blackburn, quelques uns de Spike, et un étendard représentant son père. Le parchemin porte l'écriture raffinée de Jun.
Il l'invite à sortir avec lui pour la St Valentin, après leurs journées de travail respectives. La rouquine relit deux fois la formulation parfaite du Japonais et sourit. Elle ne le pensait pas capable d'un tel bond en avant. Les phrases sont sobres, pudiques, sans débordement de quoique ce soit, comme l'est son collègue au quotidien. Freya lève la tête et croise le regard d'Elliot Blackburn qui s'arrête de cirer son balai pour lui envoyer un clin d’œil.
Elle se remémore leur seule St Valentin, en quatrième année, quand le Gryffondor a fini par dessiner un coeur sur le joint qu'il était en train de rouler et le tendre à la rouquine, accompagné d'une fleur, et d'une réplique inoubliable : "Tu diras pas j'suis pas romantique, j'peux même t'allumer la mèche s'tu veux".
Bien-sûr, Freya a gardé le joint, et la fleur. Bien-sûr, elle n'a jamais offert son cadeau ce jour-là, honteuse d'en avoir fait "trop", de s'être enflammée. Les joues rouges, la Poufsouffle relit encore la lettre ; c'est sa première invitation pour une Saint Valentin. Elle marche un peu dans le magasin, sentant les yeux de quelques posters la suivre. Tu vas faire quoi ?! demande l'aînée Carter sur un ton de défiance à son ancien petit-ami occupé à dessiner des loopings devant un coucher de soleil. Il a probablement déjà reçu un sac entier d'invitations à partager des dîners et des hôtels pour la St Valentin, se dit-elle, amère. J'vais y'aller Blackburn. Je mettrai peut-être même une mini-jupe, affirme-t-elle à haute voix, provoquant l'indignation d'Owen Carter en banderole.
— Faudrait d'jà que vous soyez là pour m'en empêcher, signale Freya, appuyant son regard sur les portraits de son père et d'Elliot. La scène lui provoque un rire, comme une soupape laissant échapper la pression de cette fin de semaine. Elle range le parchemin et quitte la boutique sans leur dire "bonne nuit".
Message publié le 30/05/2025 à 19:12
Lorsqu'Elliot affirme son choix pour le chêne blanc, Jun acquiesce, un sourire de satisfaction aux lèvres, et Freya opine aussi en mordant l'intérieur de sa joue pour retenir sa joie d'être trop virulente. L'adolescente profondément amoureuse du batteur hurle en elle que c'est un signe, dingue d'avoir le même bois de prédilection. L'adulte raisonnable se contente de continuer à ranger le matériel, écoutant Jun donner quelques explications au Gryffondor. On parle plutôt d’appréhension de l'espace, rectifie-t-il tout en emballant les échantillons de bois dans différents tissus, visiblement beaucoup plus précautionneux que l'aînée Carter. Basiquement, les humains et les animaux terrestres vont en avant, en arrière, Z et X, et parfois en bas ou en haut, Y, mais à petite échelle. On évolue sur une surface plane- sauf les mecs en balais, ajoute Freya, occupée à faire léviter du bout des doigts les housses pleines l'une après l'autre jusqu'à l'intérieur de la malle.
Dehors, le vent souffle contre les parois en tissu de la tente qui claque par endroit. Sauf les mecs sur des balais, reprend Jun d'une voix professorale. Justement, quand tu voles ou quand tu nages, t'utilises constamment les trois dimensions, X, Z, et Y. Son index dessine les trois axes puis se promène au milieu pour illustrer son propos. La rouquine jette un œil au Japonais, puis à Elliot, son ancien camarade de classe parfaitement incapable de suivre un cours sans jouer au pitre. Elle se marre en devinant qu'il regrette probablement d'avoir posé la question. Mais Jun poursuit. Dans l'OCQ500, on va chercher cette appréhension du monde en 3D pour implanter la mémoire sensorielle de la créature directement au coeur du bois. Ses perceptions spatiales vont apporter la fluidité du mouve- Jun, tu l'as perdu. Quoi ? Freya ricane et s'approche en prenant le bras du synthétiste.
— Garde ça pour la conférence de presse, pour les journaleux du Plume & Particules, tu seras parfait, ajoute-t-elle d'un ton assuré en hochant la tête avant de lâcher Jun qui semble réaliser s'être enflammé, au moment même où un membre du staff d'Elliot interrompt leur conversation. Il est temps que chacun retourne à ses occupations.
Le résultat de la séance photo sera communiqué par le studio Altitude directement au producteur du batteur et à la fille d'Owen Carter, sans même qu'ils n'aient à se déplacer. On se voit à l'atelier pour finaliser ton balai, ils doivent me dire si t'es dispo dimanche ou celui d'après, qu'on fasse ça vite avant décembre, lance Freya à Elliot tandis que quelques sorciers brandissent leurs baguettes et font disparaître les trois larges tentes.
Message publié le 27/05/2025 à 09:21
Freya écoute attentivement l'étudiant en essayant de jauger sa sincérité. À travers l'embarra de Sasha, elle reconnaît l'honnêteté qu'elle aimerait y voir, et décide de le croire. J'te fais confiance, répond-elle sans quitter le regard fuyant de l'adolescent. Son père n'aurait pas eu la même clémence. Owen Carter aurait demandé au Gryffondor de prendre ses distances avec la famille, et Freya le sait. Mais les samedis passés en compagnie de l'Ukrainien et le repas ce soir lui font penser qu'il a laissé là-bas les stigmates de guerre, et qu'il profite de l'Écosse pour changer d'air, et oublier la violence.
— Sasha, c'que j'ai dit avant est toujours d'actualité, j'apprécie ton engagement dans le job, j'aime bien ta façon d'être, donc ça change rien là-dessus, ok ? insiste-t-elle, endossant à la fois le rôle de responsable d'OCQ et de cheffe temporaire du 76 Grand-Rue. C'est sa casquette de grande sœur qui sera plus difficile à convaincre. Freya dévisage Sasha dont elle connaît la relation avec Alison à travers les récits de Charlie depuis le mois d'octobre. Je parlerai à Alison et Charlie, parce qu'Alison abordera jamais le sujet avec moi, quoiqu'elle en pense, et Charlie cogite trop, elle a déjà plein de questions en tête. Je trouverai les mots pour expliquer ta situation, et qu'elles restent indulgentes, et discrètes. Mais elles doivent savoir si elles te fréquentent. Pour leur sécurité. Le ton ne laisse aucun doute sur les intentions de la Poufsouffle, déterminée à prendre les choses en main. Ses sœurs sont intelligentes, elles sauront écouter, se persuade-t-elle.
Un rapide calcul permet de comprendre que Sasha s'est engagé entre douze et treize ans ; un âge où personne ne devrait avoir à rejoindre des unités de combat et les horreurs du terrain. Freya choisit de transformer cette perspective effrayante en compassion. Moi aussi j'ai dû grandir vite, j'ai pas eu le choix, même si c'était dans un contexte moins violent, se confie-t-elle alors que le froid traverse son châle.
La conversation importe davantage, et l'aînée Carter humecte ses lèvres, traversée par le souvenir de son adolescence catastrophique. C'est difficile de se construire une personnalité quand on nous impose un chemin si brutalement, et toi encore plus. J'veux continuer à te soutenir, mais tu dois m'dire s'il y a des choses pas claires qui t'ont suivies ici en Écosse ok ? Comment savoir ce qu'il a entendu, ce qu'il a vu, ce qu'il a enduré, et ce qu'il a fait avec les Veilleurs de l'Aube ? Au-dessus du toit, le rapace rappelle sa présence et sa surveillance du foyer en poussant un unique cri strident. Freya se tourne et aperçoit Charlie derrière la fenêtre du salon. Celle-ci disparaît aussitôt. Soudain, la Poufsouffle se souvient du couvre-feu et couvre son front. Tu vas être en retard, t'auras qu'à dire que j't'ai retenu au magasin d'accord ? J'écrirai un courrier s'il faut. On en reparlera la semaine prochaine.
Message publié le 26/05/2025 à 00:33
Pourquoi a-t-il souhaité bonne chance à Charlie pour cette nuit ? s'interroge l'aînée Carter en suivant Sasha vers la grande porte en bois du magasin. Elle remonte autour de son cou le châle écossais attrapé au vol dans les escaliers alors qu'ils sortent, leurs visages éclairés par les lanternes de la Grand Rue et quelques insectes luisants. C'est rien ça, répond très sincèrement Freya aux remerciements mêlés d’inquiétudes du Gryffondor.
S'il y a bien une chose qu'elle a remarqué sur Sasha depuis le mois de janvier, c'est qu'il est un garçon poli, soucieux de se rendre utile, et embarrassé par sa propre présence quelque-part, comme s'il avait peur de gêner. Elle croise les bras au-dessus du châle en souriant. Mon père fait deux mètres cinquante, j't'assure qu'il mange plus que toi ! Le potage entier aurait pu passer dans l'estomac d'Owen, la miche de garlic bread aussi, et encore une omelette géante. La rouquine observe l'adolescent et se décide à lui ouvrir un peu son coeur. Au contraire, tout le monde était content de t'avoir à table, d'habitude on laisse des restes quand j'suis toute seule avec Charlie, dit-elle en espérant le rassurer. En vérité, ça avait été bon de sentir l'agitation remplir à nouveau l'appartement durant ce repas. Freya hausse ses épaules pour se donner un air de rien. Même au magasin, je trouve que t'as fait ta place, faut pas douter de ça hein. Grattant un morceau de mousse accroché aux pavés du bout de sa chaussure, elle cherche ses mots avant d'aborder le prochain sujet - celui qui la tracasse.
— Par contre Sasha, commence la Poufsouffle en reprenant une posture droite, les deux pieds stables sur le sol. Elle observe minutieusement les réactions de l'étudiant. On n'avait jamais vraiment parlé de ton histoire, c'est sûrement d'ma faute, j'aurais dû poser des questions. Elle avait choisi d'accueillir Sasha comme n'importe quel autre élève de Poudlard, ignorant la méfiance de certains villageois envers les réfugiés slaves. Aujourd'hui, Freya regrette de ne pas s'être intéressée davantage à son employé. J'suis désolée, j'ai du mal à toucher terre depuis la fin de l'été, j'ai manqué de lucidité, j'aurais dû prendre des nouvelles de ta famille, ou même juste te demander comment tu vis la situation. Fenella y avait pensé directement, elle. Le regard de l'aînée Carter voyage d'une blessure à l'autre sur le visage de son interlocuteur. Elle voit encore la façon dont il a bombé le torse tout à l'heure pour annoncer qu'il s'était engagé parmi les sorciers combatants d'Ukraine. Chez les Veilleurs, ça a duré longtemps ? s'enquiert-elle soudainement.
L'ambiance change quand Freya pèse chacun de ses mots, consciente de la délicatesse du sujet. Elle reste toutefois déterminée à obtenir ce qu'il faut d'informations pour défendre son foyer, et d'abord ses sœurs. J'veux dire, sans vouloir juger... C'que t'as vécu là-bas, ou c'que t'as dû faire, ça laisse des traces j'imagine. De plus en plus de journaux décrivent les groupes de combattants slaves comme des monstres prêts aux pires horreurs, y compris entre eux.
Depuis le toit, un hibou grand-duc écoute vaguement l'échange, surveillant le ciel sombre de Pré-Au-Lard.
— J'ai rien à te reprocher, mais- la rouquine s'interrompt, mal à l'aise avec la conversation. Son père aurait dû être là et gérer ça, ainsi que beaucoup de choses. J'dois veiller sur Alison et Charlie, j'peux pas fermer les yeux, tu comprends ? Elle prend une respiration d'encouragement.
— Est-ce que des fois tu sens que tu pourrais être dangereux à cause de tes souvenirs ? Est-ce que j'dois m'inquiéter Sasha ?
Message publié le 23/05/2025 à 20:12
— Elle s'appelle comment ? questionne Charlie, les yeux posés sur le vif d'or, puis vers le visage triste de Sasha dont les paroles semblent la toucher. La suite du récit force les trois filles à imaginer une situation qu'elles ne connaissent pas, mais dont le Gryffondor parle avec tant de franchise qu'il arrive à en dessiner les contours au fond de leurs esprits. Exempté, se contente de rectifier Fenella alors que le silence ponctue chaque phrase du garçon, jusqu'à ce que Charlie comprenne le sens de ses derniers mots. Tu t'es battu à la guerre ?!
— Charlie, il veut pas en parler, intervient immédiatement Freya, à la fois consciente que l'image peut heurter la Serdaigle, et que le souvenir risque d'affecter Sasha. "Les Veilleurs de l'Aube" ? Ils ont rendu ça presque poétique pour c'que c'est, commente l'ancienne étudiante, une lueur amère dans le regard tandis que Charlie cogite de manière palpable, ses doigts entortillés entre les dizaines de bracelets de perles qu'elle porte au poignet. T'as été très courageux de t'engager. L'aînée Carter appuie ses propos d'un hochement de tête, ignorant la curiosité dévorante de sa petite sœur qui retient visiblement un millier et demi de questions derrière une moue contrariée. J'suis pas un enfant, j'suis une adolescente. Allez, à ton tour, sers-toi Charlie, répond Freya en désignant le potage.
L'insistance de la Poufsouffle avait suffit à contenir les interrogations de la benjamine, mais pas à les anéantir.
L'appétit de Sasha contraste avec celui d'Alison cette année - sauf lorsqu'elle se donne comme excuse d'être stressée afin d'engloutir les gâteaux laissés intentionnellement sur la table par Freya pour la faire manger.
— Moi j'me rappelle pas d'ma mère, souffle Charlie, une bonne moitié de potage encore dans son bol, ses épaules levées en signe d'embarras. Mais on a des photos et des livres qu'elle a écrit, et Papa m'a raconté toutes ses explorations. Elle accompagne sa déclaration d'un léger sourire, puis continue de repêcher les morceaux de pain imbibés de soupe pour les manger, un à un. Alison ? Mh-
Hésitante, Freya prend le temps de terminer sa bouchée en silence. Oulala.
— Pas trop bien. C'est un euphémisme, confirmé d'un geste du menton par Fenella qui a grandi auprès des trois sœurs Carter, elle-même originaire de Pré-Au-Lard. Charlie, tu peux aller prendre l'album photo de Maman au bureau ? On va les montrer à Sasha. Et pendant que cette dernière s'exécute promptement, Freya poursuit à l'intention du sixième année, sur un ton plus bas, imposant la discrétion. Alison, elle se rappelle parfaitement du départ de notre mère. Même si elle avait que cinq ans, elle est capable de ressortir des détails hyper précis, comme c'qu'elle avait mis dans sa valise, ou ce qu'on avait mangé la veille ensemble. Et en fait, le problème, c'est que Charlie avait deux ans tu vois, donc moi quand je rentrais le weekend de l'école, je m'occupais en priorité de Charlie parce que notre père il était là, mais dans sa tête, il était ailleurs quoi.
— Il partait même des fois, Ali et Cha venaient à la ferme, Ali dormait dans ma chambre, complète Fenella, attentive à la conversation et au sentiment de culpabilité qui se dégage du visage de Freya.
— Ouais. Fin en gros, à partir de ses six ans, elle est beaucoup restée dans son coin. Elle nous rejetait, elle faisait l'effort pour Charlie, mais vite-fait. Après la rentrée à Poudlard ça allait un peu mieux, mais maintenant qu'mon Père aussi est reparti longtemps- elle a encore l'impression d'se faire abandonner. Ouais voilà, moi j'pense qu'elle se protège en devenant agressive, juste parce que c'est trop dur. C'est trop dur pour elle de- l'aînée s'interrompt lorsque Charlie revient avec un gros classeur à la couverture en cuir, qu'elle pose juste devant Sasha. TADAA !
— Faut surveiller l'heure aussi hein, y'a le couvre-feu. Tu rentres en combien de temps Sasha ? Sur cette remarque, les deux jeunes femmes se lèvent et débarrassent la table.
Message publié le 21/05/2025 à 12:14
L'appartement du foyer Carter surplombe la boutique comme un empilement d'étages, sans plan d’architecte ni souci de symétrie. Chaque extension semble avoir été créée sous le coup de l'impulsion, et pour cause. Dès l'installation d'Owen et Kate, il avait fallu s'adapter quand le colosse d'un mètre cinquante s’est cogné partout dans la salle de bain minuscule. Une baignoire démesurée a été installée au centre d'une petite pièce annexe ouverte à la va-vite, suspendue au-dessus de l'arrière-boutique comme un nid d’aigle. En 2100, la naissance de Freya a imposé l’ajout d’une première chambre mansardée. Puis, à chaque grossesse de Kate, les murs ont été repoussés à coup de charmes d’agrandissement, les plafonds rehaussés, les planchers rétrécis par endroits, jusqu'à ce que l’appartement ressemble à une étrange accumulation de souvenirs et de compromis. Ici, un palier penché donne sur un bureau minuscule, là, un couloir en zigzag débouche sur une verrière qui regarde le jardin. Quelques mezzanines accrochées entre les poutres cachent d'autres secrets. Rien n’est droit, rien n’est logique, mais tout raconte l’évolution chaotique de la famille.
Il flotte dans l’air une nostalgie persistante qu’aucun sort de nettoyage ne parvient à faire disparaître. Au mur du premier couloir, les cadres désaxés témoignent de jours meilleurs : un article encadré de La Gazette du Sorcier titrant "La dynastie Carter, balais et boussoles", une photo animée de Kate saluant depuis les dunes de Gobi, un trophée du championnat d’Europe de Quidditch signé d’Owen en lettres flamboyantes.
Les promesses d'un avenir légendaire ont pris la poussière, les couleurs ont pâli, la pendule familiale tourne parfois à vide, et certaines pièces restent fermées des mois entiers.
La cuisine ressemble à une vieille dame côtoyant un vieux monsieur, le salon. Ils s'embrassent maladroitement et forment une scène de casseroles cabossées suspendues au plafond, tasses ébréchées alignées sur une étagère qui penche légèrement, large table de bois rayée par les années, entourée de chaises dépareillées. L’odeur du feu, du café, du cuir mouillé et d'un potage cuit la veille flotte dans l’air. Au mur, la pendule s'essouffle, amputée de deux aiguilles ; celle de Kate, au métal terni, pointe inlassablement vers "En voyage", une mention unique que Freya a elle-même gravée à la baguette quand l'aiguille refusait de se positionner ailleurs. Celle d’Owen a glissé de "En déplacement" à "Inconnu", tremblant comme si elle tentait de retrouver un signal.
Au fond du salon, une grande cheminée en pierre trône, accompagnée d’un vieux tapis râpé où s’entassent coussins fatigués et manuels de Quidditch. Au-dessus du manteau, trois rangées de livres se disputent l’espace avec des trophées rouillés et des cartes du monde annotées à la plume. Le fauteuil d’Owen est usé aux accoudoirs, toujours tourné vers l'âtre, tandis que celui de Kate reste vide, une couverture américaine soigneusement posée dessus.
Sur les meubles bousculés, on peut voir des photos animées d'Owen plus jeune, brandissant un Souafle sous les acclamations du public. D’autres révèlent Kate, casquée, en pleine ascension d’un glacier ou accrochée à un balai survolant une infinie étendue de sable, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Des babioles rapportées d’Amérique ou d’ailleurs - attrape-rêves, pierres gravées, statuettes ou carnets mystérieux, attestent d’un quotidien d'aventures brutalement interrompu.
Pourtant en regardant bien, la vie existe toujours ici. Dans le désordre d'une cape jetée à la va-vite, dans les miettes traînant au sol, Freya et ses sœurs empêchent l'appartement de se figer totalement. Derrière le grand canapé, un trait de rouge à lèvres mal essuyé rappelle les expérimentations audacieuses d’Alison. Sur le rebord d'une chaise, un manuel de sortilèges trahit la manie qu'a Charlie de lire n'importe où. Le plan de travail de la cuisine, lui, n’échappe pas à la routine de Freya : tasses empilées, parchemins annotés, et une boîte à recettes qu’elle consulte rarement. L'aînée est partout sans jamais s'imposer, à l'image des outils proprement alignés contre le mur de l'entrée, d'une boîte à courrier qu'elle seule contrôle, ou du kit de couture en plein raccommodage d'une paire de gants en cuir, ensorcelé pour travailler en autonomie.
— ... -l'idée, c'est la place que tu donnes à la personne au milieu de ta tête, même si tu penses déjà à beaucoup de choses, explique Freya à Charlie qui continue de cogiter sur la signification de la citation choisie par Sasha. Ce faisant, l'aînée lave ses mains et la plus jeune s'empresse de donner des caresses à une petite chouette aux grands yeux ronds perchée en haut d'une maisonnette miniature collée à l'une des fenêtres de l'appartement. Mh-mh, coucou MicMac, ça va ? demande-t-elle affectueuse au rapace gris cendré, strié de plumes crème. Quelques piaillements retentissent alors, et l'animal ébouriffé semble confus, entre raconter sa semaine à la Serdaigle et tendre le cou pour observer curieusement les deux invités. C'est Fanfan et Sasha ! Tu connais Fanfan, et Sasha est cool, commente Charlie en souriant.
— Attends, je t'aide à mettre la table, propose Fenella en voyant Freya qui se lance dans la confection d'un garlic bread improvisé à base de sortilèges lancés sur de la farine et des épices. Les ingrédients s'assemblent, l'eau jaillissant du robinet vers la pâte gonflée et déjà odorante. Sasha, bienvenue chez nous au fait, dit-elle en jetant un œil au Gryffondor. Reste pas planté là, assieds-toi si tu veux, ajoute la rouquine, amusée par l'embarras de l'adolescent. Du bout des doigts, elle allume la gazinière pour y mettre à réchauffer du potage, tandis que les assiettes et les couverts traversent la pièce, guidés à la baguette de Fen'.
Depuis son nid, la chouette continue d'observer l'animagus. Ça se passe comment en Ukraine, pour ta famille restée là-bas ? questionne l'ancienne étudiante.
— Il vit dans un village moldu ! s'écrie Charlie, attirant l'attention de Freya qui vient de mettre le pain en cuisson à l'intérieur d'un petit four surmontant la cheminée. T'as d'autres sorciers dans ta famille ? demande-t-elle en se tournant vers eux, les mains encore blanches de farine.
— Pourquoi ils peuvent pas venir ici ?
Message publié le 17/05/2025 à 13:43
L’après-midi avait ramené son lot de clients décidés : ceux qui savaient exactement ce qu’ils venaient chercher pour la Saint-Valentin, pour agrandir leur collection, ou pour voir le nouveau balai OCQ500. Sasha s’était trouvé face aux interrogations d’un sorcier à la cape élimée qui ne comprenait pas pourquoi le dernier modèle n’avait pas de poignée arrière anti-dérive. Arrivée à la rescousse avec ses cheveux attachés en vitesse, Freya avait expliqué l'incidence de la synthèse coeur/bois sur l'autonomie du balai et répondu aux autres questions du passionné pendant presque vingt minutes. Le client était reparti en exhibant fièrement son Coffret de Précommande de l'OCQ500 et son badge "Futur Pilote" accroché à la cape.
Plus tard, lorsqu’un couple maladroit s’était disputé devant le rayon des Vifs d’Or miniatures, Fenella avait glissé à Sasha un murmure complice. "Tu vois, il faut toujours vérifier les goûts Quidditch de quelqu'un avant de s'attacher."
Ensuite, elle s’était occupée d’une sorcière d’âge mûr venue acheter un second OCQ400 pour "ne pas laisser à la traîne son épouse" qui lui en avait offert un semblable pour Noël. Elle avait su la conseiller avec le ton enjoué qui la caractérisait, ajoutant une pointe de flatterie bien dosée sur sa carrure "encore très sportive pour quelqu’un de votre génération", et l’avait faite éclater de rire. À la fin de la vente, elle lui avait glissé un bon de réduction avec une aisance telle qu'on pouvait croire qu’elle n’était jamais partie du magasin.
Vers la fin d’après-midi, quand la lumière hivernale avait commencé à bleuir Pré-au-Lard, la boutique s’était de nouveau emplie. Freya avait pris les rênes à la caisse, ses gestes assurés malgré la fatigue, tandis que Sasha et Fenella s’étaient relayés pour renseigner les derniers clients et réapprovisionner les rayons. Jusqu'à 18h, l'aînée Carter avait continué d’assurer les rouages de la boutique avec une efficacité redoutable, et le calme avait fini par revenir.
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Soudain, la bourrasque d'air froid qui s'engouffre dans le commerce est accompagné d'une tornade rousse aux joues écarlates. Les scroutts à pétard peuvent pas roter, ni péter ! Pour ça qu’ils explosent ! s'exclame joyeusement Charlie Carter en faisant tomber la lourde capuche de sa cape en arrière.
— Fallait absolument que j'le dise avant d'oublier ! Et bonjou- OH FANFAN ! Les yeux de la benjamine s'illuminent en voyant la silhouette pétillante de l'employée. Cette dernière ouvre ses bras en retour pour accueillir le câlin spontané de Charlie. T'as encore pris 10 centimètres toi ! Ouais j'fais presque la taille d'Alison maintenant, rétorque fièrement l'étudiante de troisième année. Elle termine les salutations en donnant une accolade chaleureuse à Freya, et plus brève à Sasha qu'elle protège en faisant mine de moins le connaître qu'en réalité.
— T'as vu ta sœur aujourd'hui ?
— Oui, j'l'ai vue au p'tit déjeuner, elle viendra pas. Eh, tu sais qu'elle a fait les cheveux aux carrés à Sasha samedi dernier en méta ?! Et Spike Ryder s'est transformé en rat ! L'annonce provoque le ricanement des deux jeunes femmes, bien habituées aux frasques des classes magiques.
— Alors comme ça j'te libère des samedis et t'en profites pour améliorer ton brushing ? plaisante Freya à l'intention du Gryffondor. La clochette de l'entrée interrompt leur conversation. Fenella accueille le client tandis que la jeune Serdaigle se promène entre les rayons, le nez tendu vers les nouveautés et la gamme de Saint Valentin. Elle s'arrête face à des gants de sport aux couleurs des quatre maisons, ornés de rubans messagers.
Serpentard : « L’amour, c’est une stratégie. Et tu es mon plan A. »
Gryffondor : « Je n’ai peur de rien. Sauf de toi. »
Serdaigle : « J’ai tout analysé. Tu es irrationnel·le… et parfait·e. »
Poufsouffle : « Fidèle jusqu’au dernier match. »
Saisissant l'occasion quand Sasha passe près d'elle, Charlie Carter attire son attention. Rm-rm, tu vas proposer à Alison pour la Saint Valentin ? Elle a rien prévu encore, questionne-t-elle, l'air de rien.