Harry Potter RPG
Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Dans les couloirs du château, Samedi 09 Novembre 2024

 

Une horde de Gryffondors ne dépassant pas la hauteur de l'encolure d'un Sombral se pressaient dans la salle commune. Et parmi eux dépassaient le corps massif et la tête blasée de Sasha, les mains enfoncées dans ses poches, à toiser le grand blond qui s'adressait à la marmaille.

Ri-di-cule.

 

A quel moment s'était-il mis dans une situation pareille ?

 

Malgré les réticences générales de Sasha, Gryffondor était une maison accueillante, dont il respectait les valeurs. Il avait beau avoir repoussé la sympathie de ses camarades de chambrée, quand il avait compris qu'il était dans la maison du Courage, Sasha en avait tiré une certaine fierté. A bien y regarder, il n'aurait aimé ni être un Poufsouffle, ni un Serdaigle, et encore moins un Serpentard.

Et qui disait Courage disait Honneur.

Sasha était d'accord avec ça.

Et qui disait Honneur disait Code d'Honneur.

Et Sasha était d'accord avec ça aussi.

Et qui disait Code d'Honneur disait épreuve pour être accepté par les plus anciens du Club.

Et Sasha n'avait pas trouvé d'argument contre ça.

 

Et puis, quand l'un des plus âgés des Gryffondors lui avait expliqué qu'il faudrait qu'il se soumette à l'épreuve auquel tous les lions se confrontaient pour faire officiellement partie de la maison, Sasha avait trouvé qu'il s'agissait d'une opportunité pour prouver effectivement sa valeur aux autres. Il n'avait simplement pas réfléchi au fait que tous les autres participants à l'épreuve... aurait onze ou douze ans à tout casser.

 

Enfin, il était trop tard, alors il écoutait, la mine renfrognée, les explications de l'aîné.

 

  • - ... alors vous devrez vous confronter aux peurs les plus communes des élèves de Poudlard, mais que vous, les Gryffondors, vous saurez braver, au contraire des Serpents, des Aigles ou des Blaireaux ! L'Obscurité, les Hauteurs, les Eaux Profondes ou encore les Insectes vous attendent ! clama le garçon d'une voix mystérieuse, et des chuchotements fébriles et effrayés parcoururent l'assemblée d'enfants.

 

Pour se rassurer, deux filles se mirent à se tenir par la main devant Sasha, tremblantes, tandis que celui-ci se tenait de marbre. Il y avait là une quinzaine d'enfants, et bientôt les portes de la salle commune s'ouvrirent sur un château sombre et silencieux.

 

Sasha supposait que la soirée organisée par les Préfets avait reçue une autorisation spéciale de la part de la Direction : il n'y avait donc certainement rien à craindre de particulier. On leur distribua de petits morceaux de parchemin, sur lequel s'inscrivaient les consignes d'un itinéraire spécialisé pour chaque binôme. Alors les enfants se mettaient deux par deux, le nom de leur camarade une fois trouvé à la fin du parchemin, tandis que Sasha, en queue de file, lisait le sien :

 

Pour vous confronter à la première épreuve, vous devrez monter au sixième étage. Empruntez l'escalier au fond de l'aile est, dans la petite tour d'observation. Une fois au sixième, traversez la salle des armures et tournez à droite là où la Lune rencontre le Soleil. Faites dix pas vers le Sud. Entre deux Lions majestueux, trouvez la porte secrète.

Votre binôme est Charli Blackburn.

 

Sasha releva le nez de son bout de parchemin avec un soupir. La soirée allait être longue. Plusieurs binômes s'étaient déjà élancés dans les couloirs, partant dans des directions différentes, n'ayant visiblement pas les mêmes instructions.

 

  • - C'est qui Charli Blackburn, tonna Sasha pour couvrir le vacarme des enfants surexcités.

 

Plusieurs d'entre eux sursautèrent en s'écartant.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Dans les couloirs du château, Samedi 09 Novembre 2024

 

Finalement, cette soirée n'était pour le moment pas si désagréable. On l'avait collé avec une espèce de corsaire piqué à la cocaïne qui nécessitait probablement bien, vu son énergie débordante, qu'un élève plus âgé veillât sur lui. Impossible de savoir si c'était l'intention des préfets, bien sûr, mais Sasha avait décidé que ce serait donc sa mission pour la soirée.

 

  • - J't'ai pas entendu du tout, tu t'débrouilles comme un chef.

 

Bon, c'était pas tout à fait vrai, et puis de toute façon le gosse fonçait déjà devant à la recherche de la salle aux armures... Qu'ils finirent donc par trouver après plusieurs tentatives échouées.

 

En vrai, Sasha aussi avait eu un instant les yeux ronds comme des gallions. Il ne connaissait pas encore tous les recoins de Poudlard et il ne s'était pas attendu à ces silhouettes de métal dont certains, le casque probablement enchanté, tournaient la tête vers eux à leur arrivée, si bien que même lui eut un frisson dans le dos. Le grand Gryffondor continua à suivre le plus petit, non sans jeter des regards suspects vers les armures aux carrures massives.

 

  • - Si j'serai toi j'les touch'rai p...

 

Trop tard. Son mauvais pressentiment se dissipa toutefois : l'armure n'eût aucune réaction. Sasha haussa les épaules : Charli était déjà en train de chercher le Sud, avec un résultat plutôt correct pour son âge. Le gamin était sacrément débrouillard, à défaut d'être discret. Une tête au-dessus de lui, Sasha tendit le cou pour mieux apercevoir ce qu'il y avait de l'autre côté de la porte.

 

D'abord, ils ne virent rien. La pièce semblait juste plongée dans l'obscurité, alors au bout d'un bref instant, Sasha poussa le gosse à l'intérieur pour pouvoir entrer à sa suite. Derrière eux, la porte se referma lourdement avec un grincement sinistre, au moment où des torches illuminèrent la pièce. Par réflexe, Sasha jeta un regard derrière lui, prêt à ressortir si besoin, mais c'était impossible : de ce côté-là, la porte n'avait tout simplement pas de poignée. Sans avoir besoin de pousser pour vérifier, il le savait déjà : ils étaient enfermés. Alors, comme Charlie, il regarda devant lui.

 

C'était une salle de Poudlard ordinaire, qui ressemblait à une bibliothèque ancienne, ou plutôt une salle d'archives empoussiérée : des appliques soutenaient des bougies qui éclairaient le long des murs des rangées et des rangées de vieux ouvrages aux couvertures sombres, comme oubliées. C'était une pièce toute en longueur, avec un haut plafond et de l'autre côté, comme dans une symétrie parfaite, une autre porte semblable à celle qu'ils venaient de franchir se présentait dans le mur - celle-ci dotée d'une poignée dorée et brillante.

Une pièce parfaitement ordinaire, sauf que...

 

Un vent frais monta du sol et joua dans les vêtements des deux garçons, dérangeant leurs cheveux tandis qu'ils baissaient les yeux : une pièce parfaitement ordinaire, sauf qu'il n'y avait pas de parquet. Ou plutôt, celui-ci s'arrêtait abruptement un pas devant eux, et en-dessous, un gouffre qui plongeait à travers les étages : on discernait la pièce en-dessous, mais sans sol ni plafond, puis la suivante, puis la suivante... Et cela jusqu'aux cachots que l'on devinait à peine, à des dizaines de mètres en contrebas.

 

  • - Ca... ça doit être une illusion, souffla Sasha à voix basse, pour rassurer le gosse - ou lui-même peut-être.

 

Mais si c'en était une, elle était particulièrement bien faite. On avait le vertige rien qu'à sentir le courant d'air qui grondait entre les étages.

Sasha tendit un index par-dessus l'épaule de Charli.

 

  • - Y'a un fil !

 

Ou plutôt un câble épais de métal, tendu entre eux et l'autre côté de la pièce. Le fil traversait le vide, et même si rien n'était écrit, l'épreuve était claire : il fallait prendre son courage à deux mains et jouer au funambule.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Dans les couloirs, Mardi 31 Octobre 2124

Un instant, Sasha avait cru qu'Alison se laissait aller contre lui, qu'elle acceptait ce nouveau deal. Leurs lèvres s'étaient frôlées. Il n'avait pas rêvé : il avait senti la chaleur de son souffle et la texture légèrement suintante du rouge-à-lèvres. Il avait retenu le sien, un bref instant - juste avant que le corps de la jeune fille se mît à glisser doucement. Etait-ce une manière de s'abandonner ?

 

Non.

 

Avec un réflexe fébrile, Sasha tâcha de rattraper le corps d'Alison qui s'effondrait entre le mur et lui, un bref instant ahuri.

 

  • - Heu, Alison ?

 

Pas de réponse, sinon cette voix stridente qui avait subitement retenti. Les deux mains de Sasha s'aggripèrent aux épaules d'Alison pour tenter de la retenir, la secouait légèrement pour la réveiller - en vain. Il s'adressa à la nouvelle venue - il ne savait plus qui elle était dans la brochette, et encore moins si elle avait un prénom.

  •  

  • - Hein ?! Mais c'est pas moi ! Elle est tombée dans les pommes ! Va chercher l'infirmière !

 

La fille fit volte-face pour s'éloigner mais aussitôt, elle se retourna de nouveau vers Sasha, le regard accusateur.

 

  • - Et la laisser seule avec toi pour que tu en prof... HAAAN.

 

Elle pointa du doigt Sasha qui avait fini par accompagner Alison par terre. Il était agenouillé, occupé à desserrer les lacets du corset - peut-être un peu plus sauvagement que les rubans délicats l'auraient apprécié. Le corps d'Alison reposait sur son torse, le visage de la jeune fille enfoui sous ses cheveux dévalant l'épaule du garçon tandis qu'il la soutenait d'une main et de l'autre, s'acharnait à défaire ce ruban plus solide qu'il n'en avait l'air.

 

  • - Tu en profites pour de bon ! J'vais te dénoncer au directeur !

  • - Elle peut pas respirer correctement, idiote ! cria-t-il. Va chercher de l'aide à l'infirmerie je te dis !

 

C'était la seule explication qu'il avait. Ca, ou l'émotion ? Est-ce qu'il lui avait fait peur à ce point-là ? Non, ce n'était pas possible. Lorsqu'il l'avait suivie sous sa forme animale, il avait entendu le souffle irrégulier, trop court, plus court que d'ordinaire. Et maintenant tout se mettait en place : Alison qui picorait plus qu'elle ne mangeait, sa taille qui paraissait toujours plus étroite, pire encore serrée dans un tel vêtement. Quelle drôle d'idée prenait la rouquine, de se priver d'air et de nourriture ?

 

  • - Lâche-la ! répéta la fille d'une voix blanche. Ou je...

 

Et quand Sasha tourna la tête, il vit la baguette de la sorcière dressée en l'air, le visage blême. Elle avait reculé plutôt que de venir aider son amie. Pour Sasha, son comportement était incompréhensible.

Sauf si, réellement, elle le croyait dangereux.

Alison avait-elle raconté qu'il était une bête sauvage ? Ou bien était-ce seulement ainsi que tout le monde le voyait ?

 

  • - CASSE TOI A L'INFIRMERIE ! hurla-t-il brutalement, et son cri se répercuta comme un rugissement dans le couloir, si fort que la fille paniqua.

 

Elle fit demi-tour et détala dans l'obscurité. Le silence était brutalement revenu, comme si le reste du château, impressionné par ce rugissement d'outre-tombe, avait décidé de se taire entièrement. Et avec lui l'obscurité.

 

Sasha resta là, quelques instants, à ne savoir quoi faire.

 

  • - A-Alison ? il tenta pauvrement, mais elle ne se réveillait pas.

 

Il tira davantage sur le corset, faisant apparaître les bordures en dentelle noire d'un soutien-gorge. Il avait bien rêvassé de la déshabiller - mais pas exactement dans ces conditions-là.

 

Au loin, il entendit des pas précipités. Sasha s'humecta les lèvres, prêt à la redresser. A la porter s'il fallait. Il la secoua encore légèrement, la tête d'Alison bringuebalant contre son épaule.

 

  • - Alison, s't'euh plaît !

 

Sous ses doigts, la peau de la jeune fille était froide et moite. Sûrement que le couloir devait être glacial, pour quelqu'un qui n'était pas envahi de cette adrénaline qui battait aux tempes de Sasha. Maladroitement, il tâcha d'enrouler ses bras autour d'elle pour la réchauffer.

 

Faites que ce soit l'infirmière.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Une salle désaffectée, Samedi 10 Février 2125

 

Plus le temps passait, et plus il n'y avait qu'une seule chose qui permettait à Sasha de tromper les pensées désagréables qui menaçaient de l'engloutir, en particulier la nuit.

 

Poudlard aurait pu, aurait lui apporter des souvenirs nocturnes plus doux que ceux de la guerre, et il était vrai que vivre ici était moins difficile en pratique. Pourtant, pendant les heures où le Soleil prenait congé, de désagréables images l'assaillaient et pas seulement celles laissées par la guerre : aussi celles d'enfants armés de morceaux de métal, aux rires désincarnés, ou encore celles de créature comme des araignées géantes qui essayaient de l'enrouler dans sa toile. Ou bien, tout simplement, des armées d'élèves qui le prenaient pour ennemi. Bref, la nuit, tout prenait une autre couleur, un autre sens. Un sens qu'il ne voulait pas regarder en face.

 

Cette seule chose qui lui permettait d'échapper à toutes ces images, c'était tout simplement d'errer sous sa forme animale. Il y passait toujours de plus longues heures, parfois à ne pas rentrer du tout au dortoir. Un jour, il se doutait que ses camarades de dortoir le dénonceraient, mais c'était devenu plus fort que lui. Et pour l'instant, ses déboires l'opposaient principalement aux Serpentards, chez qui il passait pour un menteur, un sauvage, et un faible geignard, probablement, depuis la veille.

Sous sa forme animale, cette réalité s'effaçait pour être réduite à l'essentiel de ses sens. Les souvenirs étaient là, et sa raison aussi bien sûr, mais elle était comme mise de côté, parce qu'il pouvait se laisser porter par ses pulsions félines : l'envie de suivre une trace olfactive dans la forêt, de se rouler dans la neige pour nettoyer son pelage. Les nuits où il pleuvait trop abondamment, il se contentait de rester à l'intérieur du château, comme ce soir-là. Il en avait exploré bien des recoins à cette époque de l'année, et effectuait une espèce de ronde qui consistait à passer en revue les endroits les plus intéressants découverts.

 

Une odeur.

 

C'était comme cela qu'il l'avait trouvée. Certains passages récents laissaient une trace olfactive à laquelle il s'intéressait - ou non, c'était selon. S'il identifiait l'odeur du concierge, il prenait le chemin inverse.

Mais là, c'était autre chose. Une odeur qu'il avait déjà sentie. Qu'il avait haï. Qu'il avait... peut-être un peu désiré, aussi, étiré sous un buisson à regarder la silhouette d'une slave aux boucles généreuses.

Mais maintenant, il fallait surtout la haïr. Que faisait-elle hors de son lit si près de l'aube ? Sasha avait humé les effluves, avait longé un couloir, tourné à un angle. Ses pattes s'appuyaient sur le sol comme si cela avait été du velours : il s'appliquait à garder ses griffes les plus rétractes possibles, car il savait que sinon elles tintaient sur la pierre froide d'une manière qui pouvait le trahir.

Et quand il avait trouvé l'origine de l'odeur, il était seulement resté à observer dans l'entrebaîllement de la porte.

 

Anya s'entraînait. Elle était sage. Plus sage que lui : il aurait dû travailler plus dur et il le savait, plutôt que de vivre comme un désoeuvré. Mais plutôt que d'en tirer leçon, il resta là, à continuer à l'observer.

 

Après avoir transformé les objets, Anya se mit à travailler sur elle-même, sous les yeux curieux mais discrets de Sasha. Il s'était douté de sa métamorphomagie : les cheveux d'Anya changeaient parfois de couleur, assez subtilement, mais visible tout de même. Mais il ne la savait pas capable de... Changer de nez, de forme du visage, de couleur de peau. Il frissonna un bref instant. Ce genre de don était bien plus dangereux que le sien. Elle pouvait si facilement manipuler quelqu'un en prenant une apparence qui n'était pas la sienne, songeait-il - quand la transformation d'Anya se fit plus rapide, plus... Désordonnée.

 

Quand le mannequin éclata, Sasha fit un tel bond, qu'il se retrouva un mètre plus loin, dans le couloir, à détaler, le poil hérissé - mais encore deux mètres plus tard et il s'était retourné, le regard vissé sur la porte, le souffle court, les pattes tendues prêtes à repartir pour s'enfuir le plus vite possible.

Mais de l'autre côté de la porte, pas d'Anya qui débarquait pour l'attaquer. Elle avait juste dérapé avec sa magie, ça n'avait rien à voir avec lui.

 

C'était une opportunité pour faire quelque chose d'idiot et il le savait parfaitement. Sasha jeta un oeil d'un côté du couloir et puis de l'autre, vérifiant que ni créature vivante ni portrait ne pourrait le voir passer d'une forme à une autre.

 

L'instant suivant, il entrait dans la pièce, parfaitement humain.

En silence, il referma le panneau derrière lui pour les isoler, son regard interdit courant sur les débris qui gisaient au sol, un peu partout, puis sur la silhouette d'Anya, dans un état... Probablement proche de celui dans lequel elle l'avait trouvé lui-même, la veille. Il en portait toujours quelques traces au visage, d'ailleurs. Il n'était pas allé à l'infirmerie, s'était soigné lui-même et le résultat n'était pas vraiment parfait. L'une de ses lèvres et sa tempe droite portaient des marques bleuies. 

 

Il s'efforça de grimacer un sourire en s'approchant, à pas lents. Ce n'était pas un sourire rassurant : il fallait qu'elle comprît qu'il n'avait certainement pas oublié. Comme elle avait profité d'un moment de faiblesse pour l'humilier un peu plus. Alors même qu'il lui avait rendu ses photos, malgré la haine qu'il avait pour les Russes. Pourquoi avait-il fait ça ? Il s'en voulait maintenant. Il devait montrer qu'il était au moins aussi dur qu'elle. Non ? Il fallait s'en convaincre.

 

Sasha déglutit, tâcha de surmonter son malaise pour s'accroupir devant la silhouette échouée de la Russe. Il planta ses coudes sur ses genoux, tout en la toisant.

 

  • - Et pourquoi j'dégag'rais ? il demanda d'une voix rauque. Pourquoi j'profiterais pas de la faiblesse des autres ? Comme vous savez si bien faire, vous les Serpentards.

 

Ca ne pouvait pas être une coïncidence qu'autant des russes réfugiés avaient été envoyés dans la maison des serpents. La bouche de Sasha affichait une moue dégoûtée. Il pencha la tête un peu sur le côté, fronça les sourcils.

 

- T'as... vraiment pas la même allure que quand tu f'sais la fière hier, remarqua-t-il, et son étonnement n'était que partiellement artificiel. L'apparence d'Anya, de près, le laissait circonspect. 

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Parc du château, Mardi 26 Septembre 2124

L'instant moelleux s'était soudain déchiré, et brusquement la réalité froide s'était imposée : l'humidité lui glaçait le dos, le soleil lui brûlait la rétine. Il n'était pas une créature inaperçue comme un lézard, à contempler, distant, le monde. Le monde l'avait rattrapé de ses crochets sinistres.

 

Sasha avait émit un long grognement, encaissant malgré tout les remarques acides d'Anya. Il roula sur le côté pour échapper aux branches qui le dissimulaient, peut-être aussi pour décrocher son regard de celui, chargé d'un jugement implacable, de la Serpentard. Décidément, les filles de cette maison aimaient piétiner sa dignité. En même temps, il se rappela qu'il n'en avait pas vraiment.

Quand il se redressa, basculant à genoux puis sur ses fesses, cette fois libéré de tout artifice qui aurait pu le dissimuler, le soleil éclaira sa chemise détrempée collée à son dos, tâchée d'herbe et de boue. Il essuya ses mains, elles aussi mouillées, sur le devant de son jean, avant de les passer vigoureusement sur son visage comme dans l'espoir de se réveiller.

 

- J'étais si bien fondu dans le décor que tu t'es mise là sans m'avoir vu, rétorqua-t-il avec amertume. C'est toi qui est aveugle.

 

Sasha n'avait pas su quoi répondre à ce qu'elle avait dit plus tôt. Comment savait-elle déjà, pour Carter ? Ce n'était pas le premier commentaire qu'on lui glissait à ce sujet, alors même qu'il avait dû l'embrasser pour la première fois quelques jours plus tôt. La moitié de l'école semblait déjà au courant. N'avaient-ils rien d'autre à discuter ? S'il y avait bien une chose qui le surprenait, c'était qu'un tel fait eût pu intéresser autant de monde : même des plus jeunes de Gryffondor l'avaient regardé bizarrement, entre désapprobation et admiration. Il aurait juré que c'était parce qu'ils l'imaginaient passer son temps à chasser la Femelle Serpent.

Sasha avait plié ses genoux écartés pour y déposer ses coudes, faire disparaître sa tête au milieu de ses membres avec un gros soupir. Sa bouille féroce réapparut quand il se redressa subitement.

 

- J'suis pas un chien-chien pour Carter, c'était juste comme ça pour lui rendre un service, mais en vrai y'a rien entre nous. C'est pas sérieux, же ! (hein !)

 

Ca lui avait semblé important à préciser, si important qu'il n'avait pas pu empêcher ces paroles de s'échapper de ses lèvres. Il ne savait pas bien pourquoi, mais c'était pressant qu'Anya sût.

 

A la réflexion : si, il savait pourquoi, et c'était peut-être évident pour elle. Sasha scella ses lèvres, un peu piqué au vif d'avoir eu cette réaction subite, qui trahissait trop de lui-même. Pour s'occuper, il se mit à triturer entre ses doigts humides des brins d'herbe arrachés entre ses pieds, le regard tourné vers le lac. La surface parfaite de l'étendue d'eau reflétait le soleil matinal, l'obligeant à plisser les yeux, sa pupille rétractée au maximum. Encore une journée à endurer.

 

Il coula un regard à côté, comme pour vérifier qu'Anya était restée.

 

- Pourquoi ça t'importe autant qu'on s'fasse pas remarquer ? Si t'en as autant rien à foutre des autres, pourquoi tu veux tous qu'on soient invisibles pour eux ?

 

On aurait dit un petit frère accusant sa grande soeur. Ils étaient liés malgré eux, par une histoire invisible et pourtant qui semblait gravée sur leur front à tous.

 

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Parc du château, Mardi 26 Septembre 2124

- Pourquoi, t'es intéressée ?

 

Sasha avait répondu du tac au tac à la première question d'Anya, comme pour la défier. Et pourquoi pas, si elle disait oui, il dirait pas non. Mais ce n'étaient que des pensées en l'air, qui s'envolèrent avec les feuilles mortes repoussées par le petit vent frais qui se levait. Il frissonna, se contenta de scruter de nouveau les brins d'herbe qu'il déchiquetait en morceaux minuscules entre ses doigts abîmés.

 

Il n'empêchait, il écoutait attentivement Anya. Sa tirade lui déplut au début, parce qu'elle l'accusait plus ou moins directement de ne rien comprendre, mais bientôt, il sentit son coeur battre plus fort, plus vite. Elle avait raison. Les anglais parlaient sur eux tout le temps, et pas dans les termes les plus tendres. Du moins c'était ce que Sasha s'imaginait, parce qu'il n'entendait que rarement ces propos échangés à voix basse. Mais il croyait Anya sur parole. Et leur manie des apparences l'agaçait aussi - Alison en était l'exemple parfait. Ils pensaient tous, comme Alison, qu'ils étaient des rustres, bons qu'à arracher des têtes et massacrer des plantes.

Alors Sasha resta silencieux, les lèvres pincées. C'était sa manière d'acquiescer. Une mine pas bien différente de lorsqu'il n'était pas d'accord. Mais son absence de grognement devait peut-être se comprendre. Ce n'était peut-̂etre pas encourageant, mais pas décourageant non plus.

Il s'humecta les lèvres, releva le nez pour attraper le regard d'Anya, méfiant.

 

Elle l'enhardissait avec ses beaux discours, puis elle posait une question personnelle. A quel point devait-il considérer ça suspect ? Il baissa les yeux sur ses mains.

 

Ses cicatrices étaient des entailles noires, plus ou moins profondes, qui lui zébraient les doigts, les paumes et le dos de chaque main, de façon désordonnée. Elles boursouflaient sa peau, conféraient à ses mains des allures de pattes animales, griffues. Pourtant, il les avait mille fois lavées, avait taillé ses ongles le plus court possible, avait jeté des sortilèges de retrouver l'apparence de sa peau d'origine : rien n'avait fonctionné. Elles restaient ainsi, marbrées.

Il les fit rentrer dans son pull comme un chat aurait rétracté ses griffes. Il sembla réfléchir.

 

- Des griffures de... de créatures ennemies.

 

Assez précis pour la contenter, jugeait-il. Assez flou pour ne pas la laisser imaginer quoi que ce fut. Il déglutit, la mine fermée, adressant de nouveau à Anya un regard en coin. Elle n'était toujours pas partie. Pourquoi ?

 

- T'es méta, il dit comme une constatation.

 

Evidemment, il ne lui apprenait rien. Lui l'avait soupçonné, mais c'était plus clair maintenant qu'il avait vu ses cheveux changer de couleur au niveau des pointes. Sasha s'humecta les lèvres en continuant de la scruter, comme avec hésitation, ou prudence. Comme s'il n'avait pas voulu la faire fuir, quand bien même il avait lui-même rentré la tête dans les épaules, vigilant.

 

- C'est... très utile, sur le terrain, souffla-t-il lentement.

 

Sur le terrain, c'était évidemment à la guerre. Prendre l'apparence de l'ennemi était un avantage extrêmement recherché. Pour pouvoir collecter des informations, pour pouvoir en disséminer de fausses. Pour aller déposer une bombe.

Sasha s'ébroua, bien conscient que ce n'était probablement pas des choses qu'elle envisageait. Mais lui avait entendu parler des métamorphomages, quand il était engagé. Tout le monde les admirait. Les copains racontaient des histoires folles à leur sujet. Le camp qui en avait le plus pouvait complètement désorienter l'autre. Certains disaient que les gouvernements locaux pratiquaient de drôles de rituels pour augmenter la probabilité que la conception entre sorciers donnassent lieu à des enfants métamorphomages. Il frissonna à cette idée, et son regard s'en retourna fixer le lac loin devant eux.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Parc du château, Mardi 26 Septembre 2124

Il avait enfoncé un peu plus la tête entre ses épaules, si c'était encore possible, en détournant le regard. Il sentait une drôle de brûlure au fond de l'estomac, un truc qui tordit sa bouche quelques instants, lui donnait un goût amer tandis qu'il s'obstinait à rester silencieux.

La vérité, c'était que Sasha n'en savait rien, de ce qui se disait en dehors des grottes que lui avait traversé. Il venait d'un petit village, et ce qui se disait là-bas et sur le front n'était sûrement pas ce qui se disait de là où venait Anya. Il voyait bien, qu'elle était plus cultivée que lui, et que ce ne devait sûrement pas être seulement parce qu'elle était restée plus longtemps que lui sur les bancs de l'école.

 

Alors il resta silencieux de nouveau. Décidément, leurs conversations étaient comme ça : remplies de silence.

 

Ce fut elle qui parla de nouveau, et Sasha dut se concentrer pour ne rien laisser transparaître de sa surprise sur son visage. Il risqua néanmoins un regard, parce qu'elle s'était accroupie de lui, et de nouveau son coeur se mit à battre avec sa suspicion habituelle. Est-ce que ce frère qu'elle évoquait, c'était un prétexte pour percer ses défenses ? On lui en avait tant dit sur les femmes russes que l'on utilisait comme espionnes. Autant que sur les métamorphomages, mais soudain il se demandait si tout cela était vrai, ou si c'étaient des choses que les sorciers se racontaient entre eux pour s'occuper pendant les nuits trop longues et trop noires.

Pourtant, la confession de la jeune femme sonnait vrai. Il avait envie d'y croire. C'était peut-être à cause de son visage si harmonieux, de son mouvement souple lorsqu'elle s'était accroupie. Tu es faible, tu es faible, tu es faible, se répéta-t-il intérieurement, mais cela ne changeait rien. C'était trop tard.

Il s'humecta les lèvres. La millième fois depuis qu'elle était arrivée. C'était comme un tic qu'il ne pouvait empêcher.

 

- Ты ничего не пропустил, il finit par croasser à voix basse, tâchant de dire cela avec suffisamment d'assurance, mais il ne savait pas s'il donnait le change. (T'as rien manqué.)

 

Est-ce qu'il devait lui dire, pour les créatures ? Que risquait-il ? Il ne donnait aucune information capitale. Il baissa les yeux, pour regarder ses mains, mais elles n'apparurent pas. A peine le bout de ses phalanges se montraient-elles, mais pour mieux verrouiller l'entrée de ses manches à la manière de griffes refermées sur un tissu trop tendre.

 

- Инферис, ты знаешь, что они такое ? (Les inferis, tu sais ce que c'est ?)

 

Est-ce qu'on étudiait cela, à Poudlard ? Est-ce qu'on parlait de ce genre de créatures aux enfants qui étaient si inquiets pour leurs coiffures et leurs chaussures ?

Sasha s'obstina à contempler l'espace entre lui et ses manches, comme s'il s'y était trouvé quelque chose d'invisible. Il déglutit avant de prendre une inspiration, comme pour mieux tasser des choses au fond de lui, être sûr qu'elles ne sortiraient pas avec les mots qui s'échapperaient de ses lèvres.

 

- Это мертвецы на поле боя. Есть колдуны, которые их завораживают, а потом нападают, с... деформированными руками. Как когти. (C'est les morts du champ de bataille. Il y a des sorciers qui les ensorcèlent, et après ils attaquent, avec des... des mains déformées. Comme des griffes.)

 

C'était l'un des milles cadeaux de la Magie Noire apportée dans la guerre par les sorciers de cette partie du monde. Sasha serra les dents, osa un regard prudent vers le visage d'Anya.

 

- Твой брат еще здесь ? (Il y est encore ton frère ?)

 

Il se doutait bien que c'était la question à ne pas poser. Mais c'était mieux qu'il sût.

 

- Колдуют в основном маглы, il se hâta d'ajouter. (C'est surtout des moldus, qu'ils ensorcèlent.)

 

Il préférait préciser. Parce que si son frère n'était pas revenu de là-bas, ou si elle n'avait plus de nouvelles, elle savait ce qu'elle s'imaginerait.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Saï Don
Message publié Vendredi 14 Février 2025 à 09:45

Hello, 

 

Je suis une des clampines évoquées ci-dessus. On m'a forcée sinon j'seras pas v'nue ! (Non c'est faux, il suffit de deux jolies images pour que je m'inscrive sur un forum c'est n'importe quoi)

 

J'aime bien RP, le chocolat, l'université (oui, kessiya) et les histoires belles et complexes et nuancées. Sans grande prétention c'est ce que j'essaie de faire en RP. Pis on m'a demandé de modérer, alors je vais jeter un oeil à ce que vous écrivez, faites attention à vous. 

J'aime pas les grosbill ni les épinards.

 

Toujours open pour expérimenter des choses avec mon perso préféré du moment, à savoir Sasha Shevchen. Donc soyez les bienvenus sur le forum et dans ma messagerie privée, moi j'suis prête à jouer !

 

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Hall de Poudlard, Samedi 02 Septembre 2124

 

Sasha ressemblait sûrement à n'importe quel autre adolescent de Poudlard. Par-dessus la chemise et la cravate qu'on lui avait fournies - nouée de travers - il avait enfilé une robe noire qui tombait sur ses épaules larges comme un drap sur un vieux meuble qu'on aurait voulu cacher. Un sac à dos tenu par une seule lanière déséquilibrait sa silhouette tandis que, comme un piquet planté au milieu du hall, il levait le nez vers les bougies qui flottaient au-dessus de lui, son regard étrangement indigné face aux belles voûtes sculptées du château.

Les paroles prononcées en russe l'avait tiré de sa contemplation, mais pour poser sur la nouvelle arrivante deux prunelles émeraudes à l'air un peu creux. Ses tâches de rousseur restaient colorées d'un tapis carmin, presque aussi flamboyant que ses lèvres malgré des cernes qui fatiguaient son visage.

Un mélange de jeunesse et de vieillesse un peu incongru. C'était peut̂-être ça, ou bien sa nuque trapue et son air rigide qui trahissaient qu'il n'était finalement peut-être pas comme n'importe quel autre adolescent.

 

- Sasha, il s'était contenté de dire pour toute présentation de lui-même.

 

Il n'avait pas besoin de donner son nom de famille. Shevchen, c'était trop ukrainien, et on ne savait jamais à qui on parlait. Alors que Sasha, c'était passe-partout. Un prénom presque universel.

De toute façon, Anya Nikitovna savait déjà visiblement qui il était. Après un instant d'hésitation - ou un retard souhaité pour manifester sa méfiance - il la suivit quand même. Dehors, dans une brise automnale qui glissait sous leurs pieds des feuilles craquantes, il emboîta le pas d'Anya en gardant une distance saine, suivant à peine les indications qu'elle lui donnait. Un lac, il avait déjà vu. Une forêt aussi, des sombrals aussi. A part cette architecture hirsute, rien ne parut bien étonnant à ses yeux.

 

Il avait pris la résolution intérieure de raccourcir ce moment le plus possible. Faire la visite réglementaire, récupérer comme hier ce qu'on voulait bien lui fournir - vêtements de rechange, chaudron, fioles, parchemins, quelques plumes - stocker ça dans sa chambre et repartir se trouver des postes d'observation qui lui conviendraient. Il n'avait aucun projet de devenir ami avec qui que ce soit dans cette école de bourgeois.

 

Pourtant, à la vue de la cigarette, sa détermination flancha. Il passa d'un pied sur l'autre, se mordit la lèvre avant de tendre la main pour récupérer le petit échantillon de félicité qu'Anya lui offrait. En échange de quoi ?

Il darda sur elle des yeux inquisiteurs, avant de se hâter d'allumer sa cigarette à son tour de la pointe de sa baguette - éraflée. Il fuma en silence, avec l'avidité de celui qui a rêvé d'une cigarette depuis des années, isolé sur une île déserte, et qui retrouve le goût de la liberté.

De temps à autre, il jetait un regard circulaire. La forêt, le lac, les sombrals. Le paysage était si immobile qu'il avait l'impression d'épier une carte postale moldue. Ses yeux revenaient inlassablement vers Anya, pour se détourner aussitôt et se réintéresser à la cigarette.

 

La fille était jolie. Ce n'était pas censé être un argument dans la balance et il le savait parfaitement. Il en faisait juste le constat, voilà tout. Ca ne changeait rien à la situation.

Il jeta le mégot par terre dès qu'il eut enfin terminé de fumer, pour l'écraser sous sa semelle.

 

- Да, у меня есть вопрос (ouais, j'ai une question), dit-il finalement. Почему вы удосуживаетесь навестить меня, если вас это не устраивает? Вам пришлось? Есть ли пункт о принудительном перемирии или я не знаю что ? (Pourquoi tu te casses le cul à me faire la visite si ça t'va pas. Y t'ont obligée ? Y'a une clause de trêve forcée ou je sais pas quoi ?)

 

Sa voix ressemblait à des aboiements grondeurs. En colère contre qui, elle ou l'école, on ne savait pas vraiment. Ou peut-être que c'était juste sur ce ton-là qu'il avait appris à parler : avec un regard direct, presque menaçant, dissuadant de ne pas donner de réponse.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Serre n°2, Vendredi 15 Septembre 2124

Sasha avait fait l'objet d'une présentation que les professeurs auraient jugé dignes : debout devant la classe, à chaque nouvelle promotion à laquelle on l'intégrait, un enseignant racontait avec une voix solennelle que le jeune homme était issu "d'un pays en guerre" et qu'il fallait l'accueillir y compris dans des cours avec des sorciers plus jeunes pour rattraper son retard

 

Comme si l'Ukraine était sous-développée. Comme s'il était juste un pauvre enfant qui n'avait pas pu aller à l'école.

 

Toute cette dignité feinte n'était pour lui qu'humilation. Il n'était pas issu d'un pays en guerre, il était issu de la guerre elle-même. Pourquoi cacher le rôle qu'il y avait joué ? Oh, il savait bien pourquoi.

Sasha avait servi en retour, vers ces rangées de nouveaux "camarades" forcés, un regard tout à fait dissuasif. Ca avait plutôt bien marché : les élèves avaient évité de s'approcher de trop près. En particulier quand ils étaient plus jeunes, ça n'était pas trop compliqué.

 

La plupart des cours qu'il devait rattraper impliquait de la théorie, que l'on pouvait travailler seul, dans son coin, ce qui lui convenait parfaitement. Par malheur, il avait vite compris qu'il devrait aussi réaliser des travaux de groupe - à commencer par la botanique.

 

 

 

 

Le mois de septembre à Poudlard était particulièrement pluvieux. Une pluie régulière et légère, mais qui à force d'usure remplissait les sols d'une humidité constante. Autour de Poudlard, de larges flaques s'étaient formées, si bien que le parc ressemblait étrangement à un gruyère ou, comme y pensait Sasha à l'instant, à un champ labouré par les bombes qui auraient creusé des crevasses de surface, à peine visible et pourtant là, prêt à les enfermer dans la boue. Contrairement à d'autres sorciers, toutefois, il y était insensible. Il avait traversé le parc à la suite des autres, sans un mot, sans prendre la peine d'un sortilège pour rester au sec, sans non plus courir comme cette bande de filles de Serpentard qui voulaient se réfugier au plus vite sous la serre. S'il l'avait pu, il serait probablement resté à l'extérieur. La pluie le dérangeait moins que d'être enfermés avec des gamins immatures pendant deux longues heures interminables.

 

Il avait été affecté en binôme avec une certaine Alison, qu'il suivit sans rechigner. Une petite rousse qui était passée devant lui pour se rendre vers la table qui leur était affectée, tout au fond de la serre. Il ne put empêcher un regard lorsqu'elle remonta sa jupe, ostensiblement, mais son visage n'exprima rien. Les cheveux de cuivre se balançaient devant lui, attrapant quelques reflets de lumière au passage, mais il préféra se concentrer sur le crépitement de la pluie sur le toit de la serre. Les gouttes régulières rappelaient des grains de café écrasés dans une machine étouffée, mise au service des humains qui essayaient de rester éveillés dans un monde brumeux.

 

Il fallait faire des efforts pour rester concentré. Sasha imita Alison : enfiler une blouse, choisir une paire de gants. Jusqu'ici, rien de bien trop compliqué. Il décocha à la Serpentard un regard hostile.

 

- Si ça peut t'épargner de m'adresser la parole, alors non, je comprends rien à l'anglais, rétorqua-t-il, la voix rauque comme un gros félin grondant à l'approche d'un concurrent pour sa proie.

- Vous avez à votre disposition des branches d'aubépine pour les coincer dans les dents de Choux, claironna la voix du professeur dans le dos d'Alison, et Sasha en profita pour détacher ses yeux du regard sauvage qui lui faisait face - la frange bien ordonnée d'Alison lui semblait en contraste trompeur avec l'expression de la jeune fille : indomptée, rebelle. Ils sont particulièrement grincheux si vous ne leur donnez rien à mordiller, alors prenez vos précautions parce qu'ils pourraient s'en prendre à vous !

 

Autour d'eux s'élevèrent des murmures de désapprobation - c'était la première fois que les étudiants manipuleraient des choux mordeurs de Chine et certains n'étaient pas rassurés à l'idée d'y laisser un doigt ou deux. Sasha lâcha un soupir avant de se mettre à ramasser les pots qui leur avaient été affectés et les déposer avec brutalité sur la table. Cela réveilla un des choux qui se mit aussitôt à... chouiner.

 

- Va chercher l'aubépine, jappa Sasha à l'attention d'Alison, visiblement pressé d'en finir.

 

Il se concentra sur le pot devant lui. Regarder ce putain de chou et ce putain de chou uniquement.

 

- Zatkniess, râla-t-il à voix basse. (Ta gueule.)

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Un vieux cachot désaffecté, Vendredi 09 Février 2125

Ce message fait l'objet d'un avertissement de contenu pour les sujets suivants

Violence

 

Depuis plusieurs semaines, désormais, Sasha ne descendait plus aux cachots que pour les cours de Potions - et parfois pour trouver un raccourci la nuit dans le but de traîner à proximité des cuisines, lorsque la faim le poussait dans cette direction.

Mais la plupart du temps, il l'évitait : passer devant l'entrée des quartiers des Serpentards ne lui rappelait que des mauvais souvenirs dont il essayait vainement de se départir : les mauvaises nouvelles du dernier journal qu'il avait volé, et bien sûr Alison Carter qui n'avait plus donné de nouvelles. Il avait fini par comprendre qu'elle fréquentait déjà un autre garçon - certainement moins bestial que lui.

 

Aussi, lorsqu'il avait reçu une missive de Daryl Brooks l'invitant à un entretien dans sa salle de cours après le dîner, Sasha était descendu les mains dans les poches, en traînant presque les pieds, le regard morne braqué sur les longs couloirs et leurs torches lumineuses - dont certaines, pour la soirée, avaient étrangement été éteintes, plongeant les cachots dans une demi-obscurité qu'il aurait préféré affronter sous sa forme animale. Ses pensées étaient presque toutes tournées vers les issues possibles de l'entretien auquel on le conviait : était-ce pour mettre fin à son contrat chez OCQ ? Ou pour parler de ses notes ? Il n'osait croire que c'était parce qu'on lui annoncerait qu'il avait enfin le niveau pour rejoindre définitivement les sixième années : ses dernières fabrications n'avaient pas été catastrophiques, mais il atteignait péniblement la moyenne de ses camarades de cinquième années, parmi lesquelles certaines filles décrochaient avec aisance des Optimal sans qu'il comprît ce qu'elles pouvaient bien faire de différent de lui.

 

Toc, toc, toc.

 

Sasha s'éclaircit la gorge après avoir frappé à la porte. Un silence de plomb lui répondit, et il baissa les yeux vers le bas du panneau de bois, pour constater qu'aucune lumière ne semblait transparaître dans le jour qui séparait la porte du sol de pierre.

Se pouvait-il que monsieur Brooks eût oublié leur entrevue ?

Il fronça les sourcils, leva la main pour toquer de nouveau.

 

Son poing ne toucha jamais la porte une seconde fois : un cri avait retenti dans son dos et avant même qu'il n'en comprit le sens (Petrificus Totalus !) il sentit une douleur vive percuter sa nuque qui le paralysa tout entier : son corps soudain rigide heurta le montant de bois et il se vit tomber, raide, face contre terre, lui arrachant un gémissement de douleur. La pierre contre sa joue était glacée, et son champ de vision obscurcit par la proximité d'un mur à la pierre humide.

 

Voilà pourquoi les torches éteintes. Voilà pourquoi le silence de l'autre côté de la porte.

 

Même si aucun son ne pouvait sortir de sa gorge, il sentait son coeur tambouriner follement dans sa poitrine. Un instant, une vraie panique s'empara de Sasha : il était soudain sûr qu'il s'agissait des représailles des familles de ceux qu'il avait tué sur le champ de bataille. Etaient-ils venus avec les Inferis ? Allaient-ils le torturer avant de le tuer ? Sa respiration était devenue courte, gémissante, et soudain il sentit des cordes se resserrer autour de ses poignets et de ses pieds. Ses mains se retrouvèrent nouées dans son dos par un sort, et une multitude de pas légers se firent entendre, et l'entourèrent. L'instant suivant, il était tiré, toujours face contre terre, à ramasser la poussière de son corps que l'on traînait par terre. Des éclats de voix légers, comme des chuchotements catastrophés, flottaient au-dessus de lui. En Russe.

 

  • - Быстрее, быстрее! Это долго не продлится ! (Vite, vite, ça va pas durer longtemps !)

  • - Он слишком тяжёлый ! (Il est trop lourd !)

 

Des voix d'enfants. Dans le coeur de Sasha, la panique laissa peu à peu place à la colère. C'étaient ces putains de Serpentards. Ne lui avaient-ils pas assez fait de mal comme ça, cette maison maudite ? Il voulut rugir pour les couvrir d'insulte, mais seul un grondement sourd s'échappa de ses mâchoires serrées.

Il fallut encore quelques instants pour que le groupe d'élèves parvinssent à attirer Sasha à l'intérieur d'un vieux cachot désaffecté. Ils se dépêchèrent de refermer la porte derrière eux, puis d'allumer une torche : alors Sasha aperçut les vieilles tables d'écoliers repoussées contre les murs, et à côté, l'entourant comme une meute curieuse, la petite horde d'élèves - petits comme les lutins démoniaques des histoires de son enfance. Ils s'étaient tous affublés de masques colorés à l'effigie de créatures magiques qui avaient été utilisés pendant les spectacles du bal de fin d'année de Poudlard, mais Sasha savait parfaitement qu'il s'agissait des gamins de Serpentard : depuis l'épisode avec Anya, il y avait un groupe de jeunes russes qui n'avaient cessé de lui jeter des regards caustiques, de cracher sur son passage. Il les avait ignoré : on ne s'attaquait pas à des enfants qui ne vous arrivaient même pas à l'épaule. Mais il regretta instantanément de ne pas leur avoir donné une leçon plus tôt et d'être si facilement tombé dans le piège : encore une fois, il prit une inspiration pour les couvrir d'insultes - seuls des grognements sourds jaillirent de nouveau et ses muscles rigides refusaient de lui répondre.

 

  • - Когда заклинание исчезнет, он может освободиться от верёвок !  fit une voix féminine. (Quand y'aura plus le sortilège, il risque de se libérer des cordes !)

  • - Моё заклинание может держаться долго ! (Mon sortilège il peut tenir longtemps !)

 

L'un d'entre eux s'avança d'un pas pour répondre à celui qui avait fièrement clamé être l'auteur du Petrificus Totalus, que Sasha toisait de son mieux, quand bien même il était allongé par terre.

 

  • - Ты должен был целиться в спину, но по счастливой случайности попал в шею ! Ты не умеешь целиться, из-за тебя мы чуть всё не провалили ! (Tu devais viser le dos, ça a touché sa nuque par chance ! Tu sais pas viser, on a failli tout rater par ta faute !)

  • - Чушь! Я знал, что делаю ! (N'importe quoi, je savais ce que j'faisais !)

  • - Прекратите, идиоты ! Когда заклинание перестанет действовать, кто знает, сможет ли он атаковать без своей палочки ? Он для этого обучен. (Arrêtez, imbéciles ! Quand le sortilège ne fera plus effet, qui sait s'il ne peut pas attaquer sans sa baguette ? Il est entraîné pour ça.)

 

Oh que oui, voulut lui répondre Sasha, mais il ne put qu'émettre un regard menaçant, une nouvelle fois, en direction de la fille masquée par les traits colorés d'un hippogriffe. Mais il hésitait déjà à se transformer : s'il le faisait, il dévoilerait sa carte la plus précieuse à l'intégralité du château. En même temps, qui savait si Alison n'avait pas déjà trahi son secret ?

 

  • - Правда, дайте ему выпить зелье и заберите у него палочку. (C'est vrai, faites-lui boire la potion, et retirez-lui sa baguette.)

 

Les petites silhouettes s'agitèrent autour de lui, le plongeant dans une brève obscurité chaque fois qu'elles passaient devant la torche. L'endroit sentait la poussière, et tandis qu'un élève s'agenouillait près de lui, il en aperçut un autre qui décrochait d'une étagère de grosses chaînes en métal qui tintèrent bruyamment.

Quatre petites mains s'affairèrent sur son visage. On lui ouvrit la bouche, on lui pinça le nez. Quelque chose s'écoula dans sa gorge : une liquide visqueux et tiède, dont il sentait le picotement soudain. Avec volonté, il tâcha de ne pas déglutir pour ne rien avaler - mais cela impliquait de ne plus respirer. Il se retint longuement. Il entendit des exclamations rageuses, sa vue se brouilla. Quelqu'un lui donna un coup au visage, puis dans le ventre. Des cris. Ils se disputaient. Ils frappèrent encore. Les yeux clos, Sasha était dans un brouillard agrémenté de voiles lumineux intermittents. Puis l'obscurité totale quand quelqu'un se pencha sur lui, lui attrapa la tête des deux mains et la secoua, lui frappant le crâne contre la pierre - Sasha eut un hoquet de douleur, et le liquide s'immisça dans sa gorge.

 

Le monde devint flasque. Ses muscles se détendirent, ne provoquant qu'un soulagement bref : Sasha rouvrit les yeux. Il n'entendait plus correctement, mais il voyait que les élèves retiraient leurs masques. En dessous, il voyait leurs visages complètement déformés de sourires moqueurs. Là, de longs cheveux blonds, ici un petit brun coupé court qui tapait dans ses côtes devenues molles. Il avait beau avoir une perception altérée, la douleur était là quand même. Sasha sentait l'arrière de son crâne pulser et chaque coup de pied reçu dans les membres et le tronc étaient des pointes plus affolantes que véritablement douloureuses.

 

Le petit brun au sourire mauvais s'avança au-dessus de lui - ce devait être lui qui avait réussi à lui faire avaler la potion qu'il le rendait si impuissant : il avait l'air d'un chef de meute enorgueilli par la victoire que les autres encourageaient en levant le poing.

Le garçon avait sorti un pic de métal, et il en déposa la pointe sur le ventre de Sasha. Il en sentit la pointe froide à travers sa chemise, et les mots du garçon lui parvenaient déformés.

 

  • - Итак, сколько ты убил? Можешь ответить ? (Alors, combien t'en as tué ? Tu peux répondre ?)

  • - Что ты с ними сделал до этого ? Скажи нам, чтобы мы сделали с тобой то же самое ! clama un autre dont le visage s'allongeait d'une telle manière dans le champ de vision de Sasha qu'il semblait s'écouler impossiblement jusqu'au sol. (Tu leur as fait quoi, avant ! Dis-nous qu'on te fasse pareil !) 

  • - Тебя болят эти шрамы ? А если я дотронусь ? (Elles te font mal, tes marques là ? Si je touche ?)

 

Le garçon exécuta un mouvement, et un autre gamin se pencha sur Sasha pour arracher les boutons de sa chemise en l'ouvrant de toutes ses forces. Le torse du Gryffondor fut dévoilé ; musculeux mais strié de cicatrices multiples et noires qui s'étiraient de sa ceinture jusqu'à son coeur. Le garçon au pic de métal gratta l'une d'entre elles, mais Sasha ne sentait plus la souffrance : son supplice était la peur panique qui l'avait envahi. Ces gosses iraient-ils jusqu'à le tuer ? En étaient-ils capables ? Tout semblait possible maintenant qu'il était leur merci, incapable de se défendre. Il peinait à croire qu'il marchait tranquillement, serein dans les couloirs de Poudlard, à peine quelques minutes auparavant, et qu'il trouvait là brutalement sa fin aux mains de quelques gosses vengeurs et inconscients de ce qu'ils étaient en train de faire. Il ne voyait pas les quelques autres élèves qui, eux, effarés par la tournure de la situation, s'étaient éloignés de la scène, engourdis par l'effroi, toujours masqués des têtes d'hippogriffes, de niffleurs ou de trolls.

 

Et comme Sasha ne réagissait pas aux questions et provocations du garçon brun qui le dominait, ce dernier perdit son sourire et se mit à grimacer de rage. Alors, il enfonça lentement le pic au niveau de l'estomac de Sasha, qui sentit la compression douloureuse et invasive lui couper le souffle.

 

  • - Сделай с ним то же, что они сделали с моим отцом, criait l'un. (Fais-lui pareil qu'ils ont fait à mon père.)

  • - И посмотри на это ! cria un autre qui décocha un coup de pied dans la joue de l'ukrainien. (Et regarde ça !)

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Salle de classe de Métamorphose, Samedi 03 Février 2125

Les vacances de Noël avaient été longues et mornes. Sasha avait cru qu'il serait soulagé quand la grande majorité des élèves auraient quitté le château et qu'il serait tranquille pour se promener où il le souhaitait, mais le vide qui avait rempli Poudlard avait été étrangement contagieux : il s'était trouvé bien vide lui aussi, à errer, évitant Pré-au-Lard pour ne pas être dépité de ne pouvoir acheter la moindre babiole à envoyer en Ukraine puisqu'il n'avait pas trouvé de travail.

 

Mais de fil en aiguille, les jours étaient passés et la nouvelle année avait vu se réveiller en lui une détermination nouvelle : si les anglais ne le trouvaient pas fréquentable - pour preuve, Alison l'avait évité sans plus d'explication, rompant leur binôme en cours de potions par la même occasion - alors qu'à cela ne tînt : il ferait avec eux comme avec les Russes. C'était à dire qu'avec la rage au ventre et les crocs serrés, il continuerait à se battre, et il finirait par leur prouver qu'il méritait plus que ce mépris condescendant qu'on lui réservait. Il le démontrerait aux anglais et aux russes de Poudlard en général - et à une rouquine en particulier.

 

C'était ainsi qu'il s'était inscrit à l'entraînement au Tournoi d'une part, et que d'autre part il avait commencé à travailler au magasin OCQ. Il n'y ménageait pas ses efforts : il s'y rendait tôt chaque dimanche, ne comptait pas ses heures, et aider à tout ce qu'il pouvait pendant les heures d'affluence. Il avait eu quelques déconvenues ; renseigner les clients n'était pas vraiment son fort et il avait eu quelques maladresses qui avait conduit à un peu de matériel à remettre en ordre. Mais en dehors de ces quelques bêtises ponctuelles, pour lesquelles Freya avait eu la patience de lui réexpliquer quelques bases, Sasha mettait un point d'honneur à travailler correctement du soir au matin. Il lui restait le défaut ne pas être très souriant avec la clientèle, mais au moins n'aboyait-il plus sur les enfants qui tiraient sur les rubans enchantés des nouveaux modèles. Freya lui confiait des tâches de manutention, où il était particulièrement minutieux pour compter et recompter les produits à placer dans des commandes. A l'occasion, il avait croisé Alison, qui s'était contentée de lui jeter des regards noirs qu'il avait bravement ignoré. Après tout, c'était Freya qui l'avait recruté, alors il se trouvait chez OCQ tout à fait légitime, que cela plût à la Serpentard ou non. Contrairement à ce qu'elle avait l'air de penser, il n'avait pas postulé pour se rapprocher d'elle.

 

Aussi, quand il se présenta dans la salle de Métamorphose pour la voir déjà présente, Sasha eut un bref mouvement d'hésitation. Il avait, comme toujours, sa cravate des Gryffondors nouée un peu de travers. Il croisa son regard mais il glissa sur elle pour aller vers le professeur.

 

- Sir.

 

Il agrémenta sa salutation d'un bref mouvement de tête avant de se diriger vers le fond de la classe, sac à l'épaule, la démarche bourrue.

 

Sasha s'installait toujours au fond des salles de classe, mais pas pour les mêmes raisons que les autres. Quand les élèves cherchaient à s'éloigner du professeur, lui voulait surtout garder un oeil sur l'ensemble des personnes présentes dans une pièce, étant particulièrement dérangé par la présence d'élèves dans son dos. Quelques mésaventures vécues à Poudlard depuis son arrivée en septembre lui donnaient raison ; désormais, depuis le fond de la salle et quand des élèves voulaient se moquer de lui, ils se retournaient et lui pouvait les fusiller d'un regard dissuasif - qui fonctionnait suffisamment bien la plupart du temps pour qu'on le laissât tranquille.

 

Pour autant, il n'avait pas les mauvaises notes des cancres qui partageaient avec lui certains fonds de classe. Sasha s'appliquait à l'école, surtout depuis janvier. Ses notes n'étaient pas toujours excellentes lorsqu'il s'agissait de rédiger des choses sur parchemin, notamment à cause de difficultés liées à l'anglais, mais sa détermination à réussir les exercices pratiques - même s'il était souvent un peu brutal - lui valait quelques excellentes notes qui rattrapaient ses moyennes.

En métamorphose, il avait d'ailleurs une facilité particulière - comme si son esprit était à l'aise avec l'idée de transmuter des choses en d'autres, mais il regardait toujours le professeur Pope avec une certaine distance ; la même attitude qu'il avait d'ailleurs avec tout le personnel de Poudlard, comme si la confiance ne pouvait être de mise dans ce simulacre d'éducation ouverte que représentait l'accueil de sorciers réfugiés dans l'école.

 

Cette fois-là, donc, Sasha laissa tomber son sac sur l'une des dernières chaises et s'appuya à un pupitre, loin derrière la chevelure blonde d'une autre Serpentard de son âge, pour qui il n'avait pas eu un regard - par pudeur bien plus que par désintérêt par ailleurs. Il se mit à toiser la porte, comme si chaque nouvelle âme qui se présenterait aurait droit à un scan rigoureux et menaçant de sa part.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Serre n°2, Vendredi 15 Septembre 2124

Combien de temps fallait-il pour aller chercher quatre branches d'aubépine ? A peine Alison s'était-elle éloignée que Sasha trouvait qu'elle aurait dû revenir. De son côté, il alignait les pots. Les autres groupes d'élèves avaient soigneusement sélectionné un seul chou, qu'ils examinaient précautionneusement, quand lui en avait stocké six, déposés les uns après les autres avec la douceur d'un poissonnier du siècle dernier abattant une anguille sur le bord d'une table.

Ses gestes agacés avaient peut-être à voir avec la remarque d'Alison. Son chien ? Quel rapport ? Il n'avait fait que répéter les consignes du professeur puisqu'elle ne s'était pas encore mise au travail. Est-ce qu'il était tombée sur la fainéante de la classe ?

 

Il enfila les gants, ne pensant même pas à leur odeur ni à ce à quoi elles avaient pu servir avant.

 

- Parfait, rétorqua-t-il à Alison quand il se mit au travail.

 

Autant qu'elle ne le gênat pas : plus vite il agissait, plus vite ils seraient tous deux débarrassés.

Et puis cela lui évitait de la regarder. Il avait bien vu et entendu le petit ricanement auquel il n'était certainement pas étranger. Mais au diable s'il se laisserait impressionner par une petite peste anglaise qui aurait peur de se faire des ampoules aux doigts en cueillant une myrtille.

 

Sasha entreprit d'enfoncer des morceaux d'aubépine dans les pots, faisant couiner de rage les choux. Ils s'attaquèrent à l'aubépine comme si la branche était l'autrice d'une attaque éclair, avec force de crachotements et de mordillements furieux. Le Gryffondor profita de ce que cela les occupait pour en saisir un à pleins gants pour l'arracher de force à son pot : une gerbée de terre se répandit autour de lui lorsque les racines lâchèrent. Suspendu dans sa main, le chou gigotait du bout des racines, essayant de mordre tout qu'il pouvait trouver sous ses dents : restes d'aubépine, les gants de Sasha, et même ses propres feuilles, dans une crise âpre et silencieuse. Sasha se hâta d'enfoncer le petit monstre végétal dans un grand pot, sans ménagement. Puis il prit à deux mains une grosse poignée de terre pour l'enfoncer dessus - un peu comme on aurait essayé de noyer un lutin de Cornouailles au fond d'un seau glacée.

Aussitôt fait, aussitôt oublié : Sasha passa au chou suivant avec la même douceur.

 

- Huuummm... fit une voix hésitante à proximité.

 

La professeure de botanique était une femme au visage plein de gentillesse, un peu ronde, les joues rouges avec des boucles brunes sauvages qui lui descendaient sur les épaules en mèches épaisses et embrouillées à la manière d'un lierre envahissant. Elle avait de grands yeux noisettes qui parurent plus ronds encore que les noisettes elles-mêmes quand elle avisa la table de Sasha et Alison. Le Gryffondor continuait le rempotage, non sans attirer quelques gloussements d'une table voisine quand la professeure se passa une main sur le menton en l'observant.

 

- Alors, les choux mordeurs de Chine sont plutôt délicats malgré leur caractère, essaya-t-elle de dire en agitant le bout de ses doigts comme des fleurs dans lequel le vent chahuterait. Leurs feuilles sont très utiles notamment pour confectionner des potions aux propriétés protectives, et...

 

Sasha relevait de temps à autre le nez, parce qu'il sentait bien qu'elle le fixait en disant cela. Mais il savait tout cela, aussi se concentrait-il de nouveau. Il enfonça une autre branche d'aubépine dans un chou qui se rétracta aussitôt douloureusement - le geste tira à la professeure une grimace qu'elle ne put dissimuler.

 

- CE QUI VEUT DIRE QU'IL NE FAUT PAS NON PLUS LES MALMENER !

 

Sasha suspendit ses mouvements, cette fois sincèrement étonné par l'éclat de voix proche de l'hystérie. Le visage de la professeure était devenu tout rouge. Elle avait les lèvres pincées, mais était visiblement satisfaite que le Gryffondor eût décidé d'arrêter son travail de boucher. Lorsqu'elle reprit la parole, elle avait même retrouvé un petit sourire à demi-encourageant, à demi-menaçant.

 

- Voilà. Merci de poursuivre avec davantage de délicatesse, décréta-t-elle avant de s'éloigner vers le duo suivant.

 

A la table voisine de la leur, deux jeunes filles toisaient Sasha et les pots alignés devant lui avec une mine interdite.

 

- Qu'est-ce que vous r'gardez ? aboya le Gryffondor. C'est qu'une plante vous allez pas vous mettre à chialer parce que j'ai froissé des feuilles quand même !

 

Les deux filles se hâtèrent de baisser le nez sur leur propre pot, comme si le Gryffondor les avaient électrisées et qu'elles n'osaient rien répondre.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Serre n°2, Vendredi 15 Septembre 2124

Sasha retira les gants d'un geste rageur, les jetant sur un coin de la table. Dès qu'Alison se fut retournée à son chou, il en profita pour faire une grimace, censée reproduire la mimique hautaine de la jeune fille, version caricature slave, quand elle lui avait signalé qu'elle ne ramasserait pas pour lui. Il n'en restât pas moins qu'après un gros soupir, et sous des regards discrets qui les épiaient des tables voisines, le Gryffondor s'empara d'un brosse avec laquelle il repoussa la terre au sol dans un coin. Nettoyer le sol d'une serre, quelle idée ridicule. A la fin du cours, il y aurait tout autant de terre partout, alors pourquoi ?

Mais obéir pour le simple fait d'obéir, il savait faire. Au moins quelque chose de familier dans ce château et son parc à thème pour enfants de maternelle. Pendant ce temps, Alison n'avait qu'à se débrouiller avec sa délicatesse de petite bourge, si c'était cela qui convenait au professeur. Pas sûr qu'ils réussissent à remporter les six chous avant la fin des deux heures, mais apparemment c'étaient davantage les apparences que l'efficacité qui comptait dans ce fichu...

 

Sasha releva le nez de son balai à l'exclamation de son binôme, pour la découvrir penchée en avant la tête étrangement inclinée sur le côté tandis qu'une mèche de ses précieux cheveux étaient inexorablement mastiquée par des rangées de dents végétales.

Alors le slave grimaça enfin un sourire en s'appuyant sur le balai pour pencher la tête aussi, histoire d'avoir le visage dans la même direction que la pauvre élève prisonnière par les cheveux.

 

- Désolée, je pas comprendre ce que tu veux. Tu sais, moi pas parler anglais...

 

Il s'attendait à lire la fureur dans les yeux d'Alison. C'était bien mérité. Mais les yeux agrandis, marrons comme des feuilles d'automne, n'avaient pas tant l'air furieux que paniqués.

 

- Oh my God ! cria une fille à la table voisine.

 

D'autres exclamations fusèrent ici et là. Suffisamment intenses pour que Sasha comprît qu'Alison n'était vraiment pas en mesure de se sortir de là toute seule. Quant aux autres élèves paniqués qui les regardaient, pas un n'avait la présence d'esprit de bouger le petit doigt. Est-ce qu'en plus les Serpentards n'avaient aucun esprit d'équipe ?

 

- Tchort, croassa-t-il, avant de lâcher brusquement le balai. (Bordel.)

 

Sasha avala la distance entre eux en deux pas précipités avant de se pencher sur le pot. Il attrapa d'une main la mèche de cheveux, et de l'autre enfonça sa paume sur le chou pour extirper la tignasse rousse. Le chou tenta d'abord de résister, et Sasha dût tirer plus fort. L'arrachage provoqua soudain un crépitement désagréable, libérant brusquement Alison tandis que le Gryffondor et elle reculaient.

 

- Oy, blyad ! jura Sasha avec vigueur. (Oh, putain !)

 

Il avait battu en retraite par réflexe, emmenant de sa main libre Alison avec lui - Sasha secoua son autre main devant lui avec douleur : sa paume avait été perforée de toutes parts, et déjà des gouttes de sang se formaient et dégoulinèrent devant eux. Un drôle de silence les entourait tandis que les autres élèves restaient figés à les regarder.

 

Bien évidemment, les cris puis ce silence avaient alerté la professeure. Celle-ci revenait vers l'arrière de la serre d'un pas pressé, se frayant un chemin entre les tables en se hissant parfois sur ses pointes comme pour mieux y voir. Sasha se dépêcha de retourner à leur table... pour mieux cacher sa main sous celle-ci.

 

- Que se passe-t-il ici ?

 

Evidemment, c'était à lui qu'elle s'adressait. Sasha avait retrouvé instantanément sa moue désagréable.

 

- Rien, rétorqua-t-il sèchement.

 

Le visage de la professeure resta immobile, à le fixer telle une chouette épervière affamée, en attente d'une réponse plus satisfaisante. Sasha soutint son regard un moment, mais ne put empêcher un coup d'oeil vers le chou : ce dernier avait quelques dents qui s'emmêlaient encore dans quelques cheveux roux. L'air de rien, Sasha prit une motte de terre de sa main valide pour la jeter sur le chou.

 

- On rempote, c'est tout, gronda-t-il.

- Monsieur Shevchen, vous voudrez bien me parler sur un autre ton ! Que. S'est. Il. Passé ?

 

Mais Sasha avait décidé de sceller ses lèvres à la manière d'un enfant refusant de manger sa bouillie.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Hall de Poudlard, Samedi 02 Septembre 2124

- Я знаю Эванеско. (Je connais Evanesco.)

 

C'était effectivement la seule chose qu'il avait prononcé, sur le ton de la protestation, depuis leur petite pause dans le parc. Il avait suivi néanmoins, aussi sagement qu'on pouvait l'être. Il avait laissé tomber l'idée de retenir tout ce qu'Anya lui montrait : soit c'était évident - il savait reconnaître un terrain de Quidditch quand il en voyait un - soit il aurait oublié au vu des recoins foisonnants du château. C'était au moins ce que l'on pouvait concéder à Poudlard : il existe mille et uns endroits où se cacher, et c'était plutôt cela que retenaient les yeux fureteurs de Sasha quand ils passaient dans les couloirs. Ici une salle vétuste visiblement abandonnée, là un passage vers des sous-sols. Il gardait bien entendu ces remarques pour lui, s'humectant de temps à autre les lèvres, tout à ses réflexions, les mains dans les poches. Il essayait en effet de se concentrer sur ces choses-là plutôt que sur la démarche souple d'Anya. Elle avait de longues jambes quand elle montait devant lui dans les escaliers - tous ses membres étaient étrangement fins, comme des ficelles magiquement articulés. Elle grimpait les étages et lui dans la foulée avait l'impression de suivre ce jeu de cordes comme s'il montait des marches infinies pour atteindre une potence perchée dans les nuages.

 

Mais quand ils émergèrent, au tout dernier étage, il n'y avait rien de si funeste ; sinon encore des couloirs de pierre, et des fenêtres aux vitraux élégants qui jetaient des couleurs tricotées sur la silhouette de la Russe.

 

- Меня не интересует твоя задница. (Ton cul m'intéresse pas.)

 

Elle savait très bien que ce n'était pas ce que Sasha avait dit. Il se tenait là, les mains toujours enfoncées dans les poches, à la toiser. Un moment, il détacha son regard pour jeter un coup d'oeil derrière lui : le couloir était complètement désertique. Ils paraissaient seuls au monde, dans un corridor suspendu au-dessus de la civilisation. Ici, pas même un portrait pour les entendre. Il reporta son attention sur la jeune fille.

 

- Я задал тебе реальный вопрос, а ты не ответил. (Je t'ai posé une vraie question et tu as pas répondu.)

 

Il y eut un silence. A cette hauteur du château, on entendait le vent chuinter contre les parois de pierre, s'y user indéfiniment, s'infiltrer parfois par les carreaux avec des sifflements étranges, comme si des serpents étaient dissimulés dans les murs. Sasha n'y prêtait aucune attention ; mais il serrait les dents, comme si cette atmosphère était pour lui électrique bien qu'il s'y sentît assez à son aise pour essayer de prendre un ton moins agressif.

 

- Что он говорит здесь о Конфликте ? (Qu'est-ce qu'ils disent du Conflit, ici ?) demanda-t-il comme pour lui rafraîchir la mémoire ; mais sa tentative de parler plus calmement sonnait mal ; comme s'il menaçait plus qu'il n'aboyait, désormais. Il se morigéna intérieurement.

 

Le Conflit, c'était comme ça qu'on nommait la guerre, là d'où il venait.

Sasha crispa soudain ses épaules, comme pris d'un frisson. De nouveau, un regard au-dessus de son épaule. Personne.

 

- А еще мне нужно выходить ночью. Я хочу знать, будет ли это проблемой. (Aussi, j'ai besoin de sortir la nuit. Je veux savoir si ce sera un problème.)

 

Cette fois, cela sonnait assez doux, jugea-t-il. Au moins n'avait-il pas l'air de donner un ordre. Ou bien si ? Qu'en savait-il, après tout, de ce qu'une fille comme elle attendait comme ton ?

 

 

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Hall de Poudlard, Samedi 02 Septembre 2124

Sasha avait pincé les lèvres en scrutant toujours la silhouette d'Anya. La jeune femme désarticulée regardait vers le ciel invisible avant de le regarder avec rigidité. Et ses mots tranchaient l'air avec autant d'apreté que les cordes qu'il avait imaginé un peu plus tôt. Il sentait presque cette rugosité étroite contre ses membres, contre sa gorge, et il déglutit en silence en détournant le regard.

 

Dit plus simplement, ici, le Conflit, tout le monde s'en branlait.

 

Sasha resta silencieux un moment, écoutant apparemment d'une oreille la suite de ce que pouvait lui fournir Anya comme information. Il était pourtant attentif, malgré son regard qui s'était perdu dans les recoins d'un vitrail aux dessins tortueux, qu'il n'essayait pas même de déchiffrer. Il sembla un moment serrer les dents, comme pour retenir quelque chose.

 

- Я буду знать, как управлять, grogna-t-il à voix basse. (Je saurai me débrouiller.)

 

Un instant, il songea à lui demander conseil. Anya ne pouvait pas être si parfaitement innocente. Une Russe ne l'était jamais. Mais il aurait alors pris le risque qu'elle lui donnât des indications trompeuses qui l'auraient au contraire amené à se faire prendre. Sasha se retint donc. Ses mains dissimulées dans ses poches semblèrent fourrager, à la recherche de quelque chose qu'il ne sortit pas. Il s'écarta pour aller vers une fenêtre. Les verres ici étaient particulièrement épais - probablement pour éviter que quiconque ne put passer au travers par erreur à une telle hauteur.

Au bout d'un moment, il sembla désigner le paysage du menton.

 

- Почему этот лес запретный? (Pourquoi est-ce qu'elle est interdite, cette forêt ?)

 

Elle l'attirait, lui.

 

- Это просто способ держать детей в вольере или есть веские причины? (C'est juste un moyen pour tenir les gamins dans l'enclos ou il y a de bonnes raisons ?)

 

De toute façon, il doutait que les bonnes raisons de la Direction de Poudlard fussent suffisamment bonnes pour lui. Il avait ses moyens d'échapper aux prédateurs. Et un peu d'adrénaline ne faisait certainement pas de mal.

Il entrouvrit subitement la bouche pour respirer, pris d'une bouffée d'envie. Son coeur s'était mis à tambouriner dans sa poitrine et ses joues s'embrasaient subitement, et il dut se faire violence pour rester immobile, garder ses mains dans ses poches, fixer la lisière de la forêt au loin, sans rien laisser transparaître -ou presque. Ces accélérations finissaient toujours par se calmer en quelques secondes.

Il prit une longue inspiration, espérant faire revenir le calme en lui plus vite.

 

- Кем мы должны стать дальше ? (Qu'est-ce qu'on est censés devenir après ?) Il demanda avant de lui adresser un regard distant. Вы, например. Имеешь ли ты после Хогвартса право оставаться на английской земле ? Чем ты планируешь заняться ? (Toi par exemple. Après Poudlard, tu as le droit de rester sur le sol anglais ? Tu vas faire quoi ?)

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Serre n°2, Vendredi 15 Septembre 2124

Sasha ne s'était pas retourné. Il avait vissé son regard sur les pots devant lui, bien décidé à ne pas prendre part à la conversation qui se poursuivait entre la professeure et l'élève. Mais l'injonction de devoir rester après la classe lui tira une brève expression d'aigreur. La dernière chose qu'il souhaitait, c'était bien de traîner plus que nécessaire dans ce genre d'endroit. Mais il avait beau aller aussi vite qu'il le pouvait dans toutes ses tâches, les journées n'en étaient pas plus courtes.

 

Subitement, d'une manière qu'il ne pouvait expliquer, il sentit le regard d'Alison sur ses mains. Il les rétracta presque instantanément dans ses manches, non sans une oeillade sombre. Les paroles acides de la Serpentard lui confirmèrent qu'il n'y aurait pas de trêve entre eux : ce qui venait de se produire n'était qu'une simple alliance de circonstance face à un opposant commun.

 

- Evidemment que je sais.

 

Qu'est-ce qu'elles avaient toutes à croire qu'il ne connaissait pas les formules les plus élémentaires ?

Il se remit à fixer les choux devant lui, le visage toujours fermé. Elle ne voulait pas être jardinière. Bizarrement, il songea que lui, ça ne lui aurait peut-être pas déplu, dans d'autres circonstances. Oui mais voilà, on ne choisissait pas ses circonstances, et l'idée de labourer tranquillement la terre au soleil n'était pas donc vraiment dans ses projets non plus, pour d'autres raisons.

 

- Ok.

 

Voilà un plan simple.

 

Sasha resta pourtant figé à côté de la jeune fille. Il regardait les mains de celle-ci s'activer doucement, avec une certaine hésitation.

 

Il sentait une sensation extrêmement désagréable lui fourrager les entrailles, remonter le long de sa gorge comme un démon brûlant qui coloraient de rouge carmin ses mâchoires et ses oreilles, en passant par ses joues. Mais il resta longuement immobile, à fouiller ses pensées, à la recherche d'une solution.

Il n'y en avait qu'une.

 

Sasha déglutit, un peu plus bruyamment qu'il ne l'aurait voulu. Ses yeux restaient figés sur le chou devant lui - c'était celui qui avait mangé les cheveux d'Alison. Il s'agitait doucement sous la motte sombre, comme un cadavre pas tout à fait mort aurait remué la terre pour trouver la meilleure position pour son sommeil éternel.

 

- J'suis gaucher, glapit subitement Sasha à voix basse, comme si c'était une confidence que les autres ne devaient pas entendre.

 

Leurs regards se vissèrent l'un à l'autre, mais dans l'incompréhension. Alors il reprit.

 

- C'est la main avec laquelle je tiens ma baguette.

 

Sasha fit un effort pour sortir sa main gauche, blessée, et dévoiler sa paume tâchée de sang et ses doigts qui tremblaient malgré lui. Ce n'était pas une blessure grave - du moins pas de son propre jugement. Pourtant, il serra les dents, carra les mâchoires comme si les mots qu'il allait prononcer lui brûlait la trachée.

 

- Je peux pas me soigner tout seul.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Hall de Poudlard, Samedi 02 Septembre 2124

- Мне плевать, как они меня видят ! persifla-t-il. (Je m'en fous de comment ils me voient !) 

 

Malgré le ton acide, c'était moins contre elle que Sasha était en colère que contre les anglais. Mais par défaut, il garda les sourcils froncés, son regard dardé sur la jeune femme, comme un prédateur en train de se demander si oui ou non cela valait la peine de se jeter sur cette proie.

 

En réalité, il ne savait pas si Anya tentait de le provoquer ou bien si sa froideur et sa voix ferme étaient ce qu'elle réservait à tout le monde ici. C'était possible, venant d'une Russe. Mais il avait cette étrange sensation d'être testé, qu'il fallût qu'il fût prêt à se défendre. Ou bien, c'était comme ça qu'il ressentait toute approche, et le fait qu'elle parlât sa langue n'était pas suffisant pour apaiser sa combattivité.

Il ne put empêcher un pas en avant, les poings serrés.

 

- Как ты думаешь, я сбежал? Я не трус ! Меня останавливают эти марионетки и их гребаные фанфары мира ! (Tu crois quoi, que j'me suis enfui ? J'suis pas un lâche ! C'est ces pantins et leur putain de fanfare pour la paix qui m'en empêchent !)

 

Le cri était sorti de sa poitrine avec douleur, et il pointa un index vers ce qu'il pensait être approximativement le sud-est - mais il était désorienté, dans ce fichu château et sous ces épais nuages d'Ecosse où le soleil semblait ne jamais vouloir se montrer clairement, aussi rien n'était moins sûr que cette direction imprécise.

 

- Я бы уже вернулся, если бы мог! Но на меня наложили Трейс, чертов Трейс, как в детстве ! (J'y s'rai déjà retourné si j'avais pu ! Mais ils m'ont mis une Trace, une putain de Trace comme un gosse !)

 

Parce qu'ici il était un enfant, ils en étaient tous. Pour Sasha, un enfant, c'était les premières et deuxièmes années de Poudlard, pas plus. Après, une fois qu'ils savaient lancer leurs sortilèges, à quoi servait-il que tous fussent capables de lire dans le marc de café ou de résoudre les énigmes de l'arithmancie ?

Il s'humecta les lèvres, le temps de trouver le reste de l'argumentaire, mais il abandonna aussitôt. Il s'énervait pour rien. Il le voyait dans les yeux de la fille, que ce n'était pas son point de vue à elle. Qu'elle ne comprendrait pas. Elle n'était pas allée là-bas, et quand bien même elle y aurait été, elle se serait sûrement battue pour le camp d'en face, avec son accent de Sakhaline. A quoi s'attendait-il donc ? A du soutien ? De la compréhension ? Tout le monde n'avait cessé de lui répéter la chance qu'il avait eu d'être tiré d'affaire pour être emmené dans une école sûre.

 

- Дурак (Idiot), bougonna-t-il à voix basse, pour lui-même, en se détournant de nouveau vers la fenêtre.

 

Le silence revint presque aussitôt. Il avait semblé un moment que la voix criée de Sasha s'était répercutée dans le couloir, avait dévalé les escaliers pour réveiller quelques lointains portraits qui avaient murmuré en retour. Quoiqu'il fît, Anya avait raison : les portraits rapporteraient, les fantômes le surveilleraient. Quant aux élèves, ils seraient comme Anya : pour survivre, ils penseraient d'abord à leur pomme. Ici, pas de milice qui s'organiserait. Il déglutit, les yeux vissés sur le parc, à travers la vitre. Sa respiration finit par se calmer, et quand il reprit la parole, ce fut comme si rien de cet excès d'humeur n'avait jamais eu lieu.

 

- У тебя здесь есть семья? Кто дает вам разрешение... на... (Tu as de la famille ici, toi ? C'est qui qui te donne l'autorisation pour... pour...)

 

Il désigna une direction au hasard, du bout du menton.

 

- Преораль, или я не знаю, деревня там. (Préoral, ou je sais pas, le village là.)

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Serre n°2, Vendredi 15 Septembre 2124

Un instant, pendant qu'Alison maintenait le poignet de Sasha, ce dernier fut parcouru d'une bouffée de chaleur et il se tendit, luttant contre lui-même pour ne pas s'arracher à la prise de la jeune femme. Il lui semblait soudain qu'elle aurait pu lancer sur sa paume déjà meurtrie n'importe quel sortilège, par pure méchanceté : lui couper les doigts, ou bien les transformer en pierre ou en branches de cactus, ou bien lui sceller la main sur la table. Qu'est-ce qui lui prenait de demander un tel service à une inconnue comme elle ?!

 

Mais non. Elle incanta un simple Episkey, qui eut l'effet attendu. Les picotements qui rongeaient sa paume disparurent aussitôt.

 

En guise de merci, Sasha arracha sa main dès qu'il le pût pour se hâter de la faire disparaître dans son pull, la tête honteusement enfoncée dans ses épaules.

 

- Chhhut, il siffla sèchement.

 

Mais les autres élèves ne leur prêtaient guère plus trop d'attention, occupés qu'ils étaient à devoir rempoter leurs propres choux, avec plus ou moins de succès. Ils étaient prudents, se tenant éloignés des légumes maintenant qu'ils avaient vu un échantillon de ce qui pouvait leur arriver au contact des choux mordeurs.

Sasha, lui, se hâta de se détourner. Il récupéra son balai pour nettoyer le sol autour d'Alison, et revenait de temps à autre mettre de la terre sur les choux qu'elle avait réussi à transvaser, et le reste de l'opération se poursuivit tant bien que mal.

 

 

Après la partie pratique, ils avaient eu droit à de longs rappels sur les propriétés des choux mordeurs et leurs conditions de culture - sol neutre et bien drainé, sortilèges de Bulles de Tiédeur à dispenser régulièrement pour leur éviter le gel, sans oublier quelques gouttes de Dégluetouffe pour dissuader toute créature de venir les croquer pendant la nuit - rappels que Sasha n'avait écouté que d'une oreille.

 

Fort malheureusement pour lui qui était pressé d'en finir, la professeure n'avait pas oublié qu'elle avait rendez-vous à la fin du cours avec le binôme original qui s'était fait remarquer pendant le rempotage. Elle les attendait les bras croisés à la sortie de la serre. La pluie avait fini par cesser, mais l'air à l'extérieur était saturé d'humidité - une atmosphère qui semblait moins la déranger que l'allure un peu traînante avec laquelle Sasha avait décidé de s'acheminer, à la suite d'Alison et après tous les élèves de la classe, pressés de rentrer au château.

 

- Miss Carter, Monsieur Shevchen, claironna-t-elle en guise d'introduction une fois qu'ils ne furent plus que tous les trois devant la porte vitrée. Il ne m'a pas échappé que vous aviez attiré l'attention de vos camarades au point d'un peu trop les déconcentrer de leur tâche. Que s'est-il passé ?

 

Sasha entrouvrit la bouche avec un air offensé.

 

- Ils ont qu'à mettre leurs yeux là où ça les regarde, gronda-t-il avec son accent qui rendait les expressions anglaises étrangement exotiques.

- Ce n'est pas ma question, monsieur Shevchen.

 

La professeur de botanique était certes catégorique, mais elle était patiente. Elle attendit que les deux se reprissent.

 

- On vous l'a dit, fit Sasha en tâchant de faire un effort pour parler calmement. Alison a glissé, et elle est tombée. Il y avait de la terre par terre à cause que j'avais déjà commencé à rempoter. Et les autres je sais pas pourquoi ça les intéressait autant.

 

La professeur plissa les yeux, comme pour les sonder tour à tour, l'air de demander silencieusement à Alison s'il n'y avait pas là une autre facette de la vérité que la jeune fille voulait apporter, mais elle ne trouva pas son bonheur et fut obligée de faire une moue d'assentiment, non sans un certain dépit.

 

- Bon, j'espère que cela ne se reproduira plus. Nous garderons les mêmes binômes le reste du semestre et...

- Quoi ?!

 

Sasha n'avait pu s'empêcher, les sourcils haussés, d'intervenir.

 

- Plaît-il ?

 

Le Gryffondor bégaya en silence quelques instants.

 

- J'ai... Je suis en sixième année, je vais faire tous les cours de botanique des cinquième ?

- E-xac-te-ment, approuva la professeur, les poings sur les hanches. Ce premier cours était pour voir votre niveau, et clairement vous n'avez pas l'habileté nécessaire en botanique pour exécuter les tâches des 6ème année où nous manipulons des plantes plus rares et plus sophistiquées, comme le Sopophore et le Snargalouf. Je ne peux pas prendre le risque que vous les massacriez, monsieur Shevchen.

 

Sasha se renferma, reculant d'un pas. Il resta prostré dans son mutisme le reste de la conversation, pendant laquelle la professeure égrenait le contenu des prochaines séances - étude de la Tentacula vénéneuse, rempotage des mandragores adultes, extraction de pus de Bubobulb...

Il ne savait plus très bien ce qu'elle avait dit ensuite. Elle avait fini par conclure, fermer et verrouiller la porte de la serre et s'éloigner d'un pas vif, car elle devait accueillir une autre classe. Sasha avait l'impression d'être dans un drôle de brouillard - il avait comme oublié même d'être en colère - quand il tourna la tête vers Alison, qui n'avait pas encore décampé. Qu'est-ce qu'elle foutait là ?

 

- Tu veux que je regarde ton crâne ?

 

Il avait demandé abruptement.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Parc du château, Mardi 26 Septembre 2124

Les nuits étaient fraîches en automne en Ecosse, mais certainement pas autant que les hivers russes et continentaux que Sasha avait connu. Là-bas, bien que tout fût plus sec qu'ici, le froid était si mordant que des moldus trouvaient régulièrement la mort, seulement surpris par la nuit, englué dans la toundra. On disait que c'était une mort douce : on s'endormait dans la neige ou dans la terre comme si ç'avait été un matelas de plume, et bientôt on ne sentait plus sa peau glacée, on sentait seulement l'univers devenir tout blanc, et c'était paisible.

Sasha ne savait pas très bien pourquoi on racontait cela : les nuits dans le froid, il y avait survécu grâce à ses talents magiques, et il n'y avait jamais trouvé une quelconque douceur.

 

Toujours était-il que les nuits écossaises, bien que fraîches, étaient loin d'être insurmontables.

Et au matin, il arrivait parfois ce qui se produisait à cet instant : le soleil avait décidé de se montrer. Il écartait les nuages pour cracher des rayons invisibles mais chauds, séchant les brins d'herbes gorgées de la pluie des jours précédents. Aussi, comme c'était dimanche, un certain nombre d'élèves étaient déjà dehors, en route pour rejoindre le village proche de Pré-au-Lard que Sasha n'avait encore jamais visité. Un bon nombre faisaient bien évidemment la grasse matinée, moins sensibles que d'autres à la rareté du phénomène de cet astre qui réchauffait le parc, et une poignée d'autres étudiants avaient décidé d'une promenade matinale dans le parc.

 

Ce devait être le cas de l'élève dont il avait entendu le pas léger à proximité : là une branche cassée sous une bottine, puis un peu plus proche, une feuille morte écrasée qui crissait sous la semelle. Sasha n'avait pas bougé. Il avait gardé les yeux fermés. A travers les branches et les feuilles attachées à l'arbuste qui le dissimulait, il sentait les tâches de lumière dispensée par le soleil lui réchauffer doucement le visage, les mains posées sur son torse, et sur son ventre à demi-nu à cause de sa chemise qui était sortie de son pantalon. De la boue maculait ce dernier - et en réalité l'intégralité des faces arrières de ses vêtements étaient détrempés vu le temps qu'il avait passé ici. Mais il n'était pas sensible à ce froid que d'autres auraient trouvé désagréable. C'était comme si sa peau était plus épaisse, comme si l'odeur d'humus de la forêt suffisait à rendre cet inconfort agréable, protecteur. De l'extérieur de l'arbuste, on aurait presque rien vu dépasser : peut-être à peine le bout d'une basket, pour quelqu'un de particulièrement observateur.

 

Il serait bien resté là plusieurs heures. Juste à rester les yeux fermés, somnolent, rêvant à toute la chair crue ou cuite que l'on servait sur les tables de Poudlard - cela était un luxe qui, il devait l'admettre, n'avait jamais connu en Ukraine : de la viande à tous les repas.

Mais il n'était plus tout à fait tranquille : la présence était toujours à proximité. Il n'avait pas ouvert les yeux qu'il la sentait tout de même : à cause d'un léger parfum, de légers mouvements de lumière, de ces sons minuscules qui chatouillaient ses oreilles ; des craquements et des froissements à peine audibles.

Bien que ce ne fut pas assez proche pour être menaçant, il consentit malgré tout à ouvrir les yeux, au bout d'un moment, malgré lui.

 

D'abord, juste des tâches noires et blanches, mouvantes, qui devinrent marrons et or, qui se précisèrent en les branches et feuilles qui se découpaient dans le soleil au-dessus de lui. Dans la périphérie de sa vision, une silhouette.

Avec lenteur, pour n'engendrer lui-même aucun bruit, il tourna la tête dans sa direction : une fille.

 

Une fille enveloppée dans une cape épaisse, à la chevelure sauvage, faites de boucles marrons. Il la regarda longuement, l'esprit vide, ou bien plein de cette seule contemplation : une silhouette élégante au soleil. La fille bougea : il aperçut son profil ; un petit nez discret, des lèvres dessinées, le pourtour du visage tout fin comme...

 

Anya Nikitovna.

 

Le nom lui était revenu rapidement. Il ne bougea pas néanmoins. Peu importait son nom, il n'était qu'une créature étendue et dissimulée qui en observait une autre. C'était juste agréable, d'être ainsi, de ne pas exister, de ne penser qu'à ce film qui se déroulait sous ses yeux - les boucles soulevées dans le vent, la main rapide de la jeune fille qui tournait une page du livre qu'elle avait sur les genoux, la courbe de son dos qui s'animait parfois, se creusait au niveau des reins comme une vague se cambrerait à l'approche de la rive.

 

Malgré lui, le bout de son index bougea.

 

Coïncidence, ou alertée par ce mouvement pourtant d'une discrétion suprême, Anya tourna la tête dans sa direction.

 

Il retint son souffle, s'imposa une immobilité parfaite.

 

Mais un moment il en fût sûr malgré le contre-jour : les yeux d'Anya s'étaient accrochés aux siens, au travers des branches.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Serre n°2, Vendredi 15 Septembre 2124

Sasha était resté coi, à la fixer bêtement. Bientôt il scella ses lèvres et serra les dents, faisant saillir les angles de sa mâchoire comme il détournait le regard, ses yeux se perdant vers la forêt interdite pour mieux éviter de continuer à la fusiller du regard.

 

Suka. (Chienne.)

 

Il ne l'aurait pas dit à haute voix, ne serait-ce que parce qu'il avait cet instinct : les pestes pouvaient vous en faire baver pendant de longs mois, c'était bien connu, alors autant ne pas commencer à se créer des problèmes inutilement. Et puis, des méchancetés, il en avait encaissé suffisamment et d'une autre trempe pour pouvoir simplement balayer l'insulte qu'elle lui faisait dans sa réponse.

Mais la proposition suivante d'Alison lui arracha immédiatement un rictus et finalement, il la fustigea bel et bien du regard.

 

- Tu m'as pris pour un chien à dresser ou quoi ? il grogna, certes, comme un molosse menacé.

 

Il la scruta un moment, le visage exprimant la défiance. Avec son petit sac plié au coude, ses petites chaussures vernies, ses cheveux parfaitement lisses et son langage ampoulé, il était clair qu'elle représentait le summum de la société distinguée quand il était... un garçon avec des cheveux en bataille, les mains sales - qu'il n'avait pas nettoyé de la terre par un sortilège, comme les autres - et abimées, des vêtements de récupération qu'on avait bien voulu lui offrir et qu'il portait froissés. En d'autres termes, un rustre.

 

Sasha gonfla la poitrine, comme pour se rappeler à lui-même lequel des deux ici était le plus fort, qui pouvait dans l'instant ne faire qu'une bouchée de l'autre. Il émit soudain un sifflement méprisant en guise d'au revoir. Il fit volte-face pour s'éloigner d'un pas vif.

 

 

 

 

Pas assez doux. N'importe quoi. Et puis de là à arracher une tête, cette pauvre fille n'avait sûrement jamais vu une tête arrachée. Il aurait juste regardé, lui aussi savait lancer un Episkey !

 

 

 

 

Un pas, deux pas, trois pas, quatre pas.

 

Demi-tour.

 

Un, deux, trois et quatre pas sur le chemin du retour.

 

Sasha s'était planté de nouveau devant Alison et vissa devant elle un index qui avait tout d'une accusation.

 

- Tu m'apprends que pendant les cours, pour que je peux retourner en sixième année le plus vite possible. Je dois aussi faire les Potions et la Divination avec les cinquième. Tu me dis quand je fais pas bien, tu le dis pas fort, tu le dis doucement, pas devant tout le monde, et tu me montres comment on fait.

 

Il avait les joues qui s'étaient embrasées au point d'être plus rouges que ses lèvres, et cette inflammation s'étendait jusqu'à son cou qui disparaissait dans son col maladroitement serré par la cravate des Gryffondors qui n'était pas nouée correctement. Son index resta suspendu un moment entre eux, puis il décida de le baisser subitement pour le cacher dans sa poche, comme s'il s'était souvenu de l'inélégance de sa main et de la façon dont Alison avait regardé ses cicatrices un peu plus tôt. Il déglutit, une moue de dépit sur le visage.

 

- Tu veux quoi en échange ? gronda-t-il, un peu à la manière d'un aboiement autoritaire.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Serre n°2, Vendredi 15 Septembre 2124

Ifjzoiejzfpei fziejf epscdslf ?

 

C'était probablement que ce qu'Alison avait pu lire dans les yeux de Sasha si elle avait décidé de le regarder à l'instant où elle faisait sa demande. Il resta longuement ahuri, les yeux ronds, à essayer de mettre bout à bout ses connaissances sur les expressions anglaises et sa compréhension du genre féminin.

Tout d'abord, il crut tout simplement que son niveau de langue n'était pas très bon et qu'il ne comprenait pas l'expression "sortir avec moi". Peut-être qu'elle voulait dire par exemple, qu'elle avait peur d'aller dehors la nuit toute seule et qu'elle avait besoin d'être accompagnée. A une telle demande, il aurait dit oui sans hésiter : c'était une mission facile et compréhensible.

Malheureusement, Alison donna des détails et il comprit qu'il s'agissait réellement de jouer la comédie.

 

Sasha eut un mouvement de recul. Par automatisme, il jeta un regard par-dessus son épaule, comme si quelqu'un avait pu être caché dans un buisson, à proximité, pour les épier pendant qu'ils avaient cette discussion saugrenue, mais ils étaient bien sûr parfaitement seuls et quand il se retourna vers elle, Sasha ne trouvait toujours pas ce qu'il devait dire.

 

Il pesait intérieurement le pour et le contre. Il y avait mille petits contres pour un seul pour : personne d'autre ne lui apprendrait les manières attendues ici. Mais avait-il pour autant besoin de se ridiculiser, d'autant plus si elle voulait même pas coucher pour de vrai ? (Parce que ça aussi, ç'aurait été une mission facile et compréhensible, mais elle, elle parlait de bisous sur la bouche dans les couloirs comme des enfants de maternelle.)

Il finit par secouer la tête, dans une expression entre la consternation et la stupéfaction.

 

- Deaaal... prononça-t-il lentement comme si quelqu'un avait forcé hors de sa bouche un mot qui ne voulait vraiment pas sortir.

 

Mais qu'avait-il à perdre, après tout ? Sa réputation ? Il était déjà regardé comme un animal de foire. Autant que ça leur fisse les pieds, à toutes ces marionettes anglaises et leurs manières, que les filles de Poudlard eussent l'air de se presser pour coucher avec lui. (En apparence, tout du moins.)

 

- Mais tu m'aides pour de vrai pendant les cours, il précisa en articulant lentement, comme si elle avait été capable de ne pas comprendre son anglais, subitement. Sinon j'arrête ton truc de Roméo et Juliette et je dis que t'étais pas un bon coup. Ok ?

 

Nouveau regard en arrière, pour vérifier que personne ne l'avait vu passer ce deal odieux. Mais comme ils étaient toujours seuls, le vent glacé d'automne faisant son office pour enfermer tous les élèves à l'intérieur, Sasha se retourna de nouveau vers la jeune fille. Il cracha dans sa main droite et la lui tendit.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Devant et dans la salle de potions, Jeudi 21 Septembre 2124

Il l'avait bien aperçue, la petite Alison aux longs cheveux roux qui dansaient sur ses épaules. Au détour d'un couloir. Ou à la table des Serpentards. Ou de l'autre côté du parc. Mais en courageux soldat qu'il était... Sasha s'était systématiquement débiné, regardant vivement ailleurs, prenant un autre chemin, ou faisant carrément demi-tour. Ce n'était pourtant pas la tâche la plus compliquée qu'on lui eût donné depuis qu'il était arrivé à Poudlard, mais pour une étrange raison, il n'arrivait pas à trouver la résolution nécessaire à ce projet stupide. Le pire était qu'il n'était pas certain que cela portât ses fruits : quand elle avait dit "ne fais plus jamais ça", il n'était pas sûr de ce dont elle parlait. Quoi ? Cracher dans sa main, ça ne se faisait pas en Angleterre ? Il s'était essuyé sur son jean, la mine interdite.

 

Toujours était-il qu'il avait beau eu repousser l'échéance, l'épreuve finirait par arriver.

 

Et elle arrivait aujourd'hui.

Sasha se maudit de ne pas avoir profité, pour leur première fois, d'un moment où Alison était peu entourée. Avec la grande brochette dans laquelle elle était coincée comme un morceau de poulet au caramel agglutiné contre les autres (les brochettes de poulet au caramel, nouvelle grande découverte de mets de Poudlard pour Sasha), il sentait toutes ses bonnes résolutions fondre comme neige au soleil. Mais le cours de Potions était noté, et s'il voulait pouvoir prouver qu'au moins dans cette matière il avait le niveau pour rejoindre rapidement les sixième années, il était bel et bien forcé de jouer le jeu. Alors, il fit ce qu'il fallait faire. Selon lui.

 

Il prit une grande inspiration, puis il fonça dans le tas.

 

Littéralement. 

A grands pas il s'avança vers le groupe, écarta une grande blonde dégingandée, n'eut pas besoin d'en faire autant pour la petite brune aux cheveux bouclés qui fit un bond de côté pour éviter la charge, et il traversa le cercle sacré des filles qui complotaient pour fondre sur Alison. Agir avant de réfléchir, c'était sa règle pour toutes les situations où l'incertitude du résultat était trop grande, comme quand il fallait attaquer l'ennemi ou ne pas laisser échapper une proie. Sasha attrapa Alison par les épaules et écrasa ses lèvres contre celle de la jeune fille. Probablement avec la délicatesse d'un boxeur qui dit bonjour à son sac de frappe, mais probablement pas au point de lui faire mal.

 

Il sentit la peau fraîche de son minois délicat et l'odeur d'un parfum chic, sûrement trop cher - et ce fut tout ce qu'il emporta d'elle, car c'était fini la seconde suivante. Cette seconde suivante fut horriblement longue : le groupe de filles faisaient rouler leurs yeux dans leurs orbites dans une expression qu'il n'était pas capable de déchiffrer - sauf la grande blonde qui avait croisé les bras en mâchant son chewing gum, visiblement agacée de s'être faite dégager si brusquement. Alors Sasha leur décocha à toutes un regard clairement dissuasif - juste au cas où. Après tout, il avait un deal avec Alison, mais pas avec les autres. Il ne leur devait rien, et sûrement pas la moindre sympathie.

 

Sasha sentit un truc bouger entre ses mains, se rendit compte qu'il tenait toujours Alison. Alors il la libéra et renfonça ses mains dans ses poches pour aller se poster à côté d'elle, le regard terne. Il n'y avait plus qu'à attendre que le cours commençât. A cet instant précis, d'autres élèves entraient dans la classe, et notamment des Serpentards qui le regardaient étrangement, partagés entre la surprise et le doute, probablement. Sasha les ignora royalement, et reporta son regard sur les filles qui étaient devenues muettes comme des botrucs.

 

- Quoi ? Vous avez plus rien à vous dire ? il gronda.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Devant et dans la salle de potions, Jeudi 21 Septembre 2124

Sasha aurait voulu transplaner instantanément sur un autre continent. Pourquoi Alison avait-elle besoin de se glisser sous son bras ?! Il était tellement tendu qu’il crût avoir bientôt une crampe – mais ça, c’était avant d’entendre Alison raconter qu’il devait se faire pardonner. Il l’écouta les dents serrées et les yeux ronds, si bien qu’on eût l’impression qu’il était en train de souffrir d’une indigestion. L’une des filles donna un coup d’œil dégoûté à la main qui reposait sur l’épaule d’Alison, et Sasha eut une grimace qui mimait un grognement silencieux, histoire de la dissuader de faire un commentaire sur ses cicatrices.

 

Lorsqu’il crut que la torture était enfin terminée, que les vipères se dispersèrent vers la salle de cours, Alison n’en avait pas fini avec lui : quand elle resserra son nœud, avant de poser doucement ses lèvres sur les siennes, il se sentit minuscule d’ignorance, et paradoxalement beaucoup trop engoncé dans ses vêtements par la situation : il se figurait qu’il avait l’air d’un ours en chemise et cravate, avec des griffes qui disparaissaient dans les poches de son pantalon, et qu’une petite fille s’était perchée sur la pointe de ses pieds pour lui coller un bisou sans s’apercevoir qu’il avait la truffe humide et des poils blonds épais plein le museau.
Par acquis de conscience, quand elle le libéra, il passa vite une main sur sa bouche – non pour s’essuyer, même si Alison l’interpréterait peut-être ainsi, mais pour vérifier s’il n’était pas tout velu : mais non, il était rasé fraîchement du matin, fort heureusement.

 

Et puis, toutes les instructions tombèrent en même temps et il paniqua vaguement : comment est-ce qu’il allait se présenter au professeur ET tirer la chaise d’Alison en même temps ? Et retirer sa robe ? Pourquoi diable se déshabillerait-elle devant tout le monde ?!
Un peu trop pressé de ne rien oublier dans ce fatras d’indications, il entra certes un peu brusquement – sans anticiper qu’Alison s’arrêterait juste là, devant. Ils se coincèrent stupidement, et Sasha ne connaissait qu’une seule manière de se sortir de là : il s’arracha avec un pas en avant, manquant d’emporter avec lui Alison et probablement le mur du cachot. D’autres rires, plus ouverts, se déclenchèrent subitement, et ils avaient bien sûr attiré l’attention du professeur.

 

Ce dernier avait un visage plein de bonhommie, mais sur lequel passa à cet instant une expression d’ennui profond.

 

-    Bonjour, articula Sasha. 
-   … Et vous êtes ? questionna le professeur en haussant les sourcils. 
-    Mister Brooks ! se rappela le Gryffondor.

 

Le professeur battit des cils, circonspect.

 

-    Non, Mister Brooks, c’est moi.

 

Cette fois, ce fut l’hilarité générale dans la classe. Sasha avait écarquillé les yeux, plein d’incompréhension, tandis que le professeur gardait parfaitement son calme malgré le bruit ambiant. Puis Sasha comprit. Il pinça les lèvres avant de se redresser, rigide.

 

-    Sasha Shevchen, Gryffondor, 6ème année. Je suis affecté au cours de 5ème année pour un rattrapage en potions, sir.
-    Aaah, oui, c’est vrai. Bon, fit le professeur avec une moue dans laquelle Sasha crut lire : encore un.

 

Les rires se dissipaient enfin. Monsieur Brooks fit mine de se retourner vers la classe, fit un pas, puis revint vers Sasha en écartant les bras.

 

-    Bon restez pas planté là, allez vous asseoir !

 

Sasha fit un demi-tour sec pour s’éloigner du professeur et du tableau – zone devenue maudite. Alison avait ralenti près d’une paillasse dans les premiers rangs, mais il l’attrapa par le coude pour l’emmener vers le fond, suivi à son grand désarroi d’une bonne vingtaine de paires d’yeux. Alors, le regard noir, il jeta son sac à terre, avant de s’occuper d’Alison. Avec autorité, il lui retira son sac pour le poser sur la paillasse, tira un tabouret pour la faire asseoir en la maintenant par les épaules.

 

Il s’immobilisa soudain en la regardant : elle gardait sa robe ou pas ? Un signe. Il faudrait qu’ils convinssent d’un signal clair. Deux battements d’yeux, peut-être, ou quelque chose comme ça. Sasha se pencha vers elle, ayant déjà la solution en tête.

 

-    Dans les cachots il fait froid, tu restes habillée.

 

Voilà.

 

Lorsqu’il s’assit à son tour, il s’aperçut qu’il conserverait lui aussi sa robe sur sa chemise, pour une raison simple : il était en nage. Sa chemise lui collait à la peau, et lui semblait que de son col désormais trop serré s’échappait un mince filet de vapeur brûlante, qui lui réchauffait le cou et ses joues devenues toutes rouges.

 

Heureusement, le professeur avait commencé son long monologue d’entrée en matière. Il expliquait sûrement des choses importantes, mais Sasha était trop occupée à garder les mains sur la paillasse en tâchant de réguler sa respiration, et il ne comprenait soudain plus rien à l’anglais. Au bout d’un moment, il aperçut le regard exigeant d’Alison, et il se rendit compte qu’elle avait sorti plumes et parchemin : alors il en fit autant. Mais comme il n’arrivait pas très bien à reprendre le fil du cours, il ne savait pas quoi écrire : Sasha jeta un coup d’œil par-dessus la manche de sa voisine. 
Alison avait une écriture ronde et féminine, sans tâche aucune. Elle prenait un soin particulier à souligner des mots avec des couleurs différentes, manipulant entre ses doigts parfaitement lisses une plume aux reflets élégants, si bien qu’il semblait que son parchemin était une œuvre d’art. Il baissa les yeux sur son propre parchemin : c’était écrit « Potions 1 » et seulement ces caractères étaient déjà illisibles : on aurait dit qu’une souris avait marché dans un pot d’encre et était passée par là. Il se pencha en avant pour essayer de s’appliquer à son tour. Sa plume de pigeon crissa grossièrement sur le parchemin.

 

- Pourquoi t'as dit qu'il fallait que je me fasse pardonner, grommela-t-il à voix basse. J'avais rien à me faire pardonner. 

 

Le cours théorique ne fut pas trop long, Mister Brooks souhaitant ne pas perdre de temps sur le travail pratique qu’ils avaient à faire ce jour : préparer un philtre de paix, et la première étape était très simple puisqu’il suffisait d’allumer le chaudron qui se trouvait devant eux, sur la paillasse. Les autres élèves sortaient déjà leur baguette. Sasha avait retrouvé des couleurs plus claires, même si la perspective d'allumer un feu le faisait déjà trop transpirer d'avance. Il soupira, exténué déjà par ce cours qui ne faisait que débuter.

 

-    Tu veux l’allumer, ou je le fais ? demanda-t-il, morne.

Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative Ancre décorative
Sasha Shevchen

16 ans Sang-Mêlé·e Ukrainienne Notoriété

Gryffondor
Ce titre distingue un donateur d’exception dont la générosité rivalise avec les coffres les plus remplis de Gringotts, faisant de lui un véritable magicien de la fortune solidaire.
Parc du château, Mardi 26 Septembre 2124

Il n'avait rien répondu au sujet du frère présumé mort. Présumé mort, pour Sasha, ça voulait dire mort. Mais pour elle ? Il aurait peut-être dû présenter ses condoléances. Mais ne devait-on pas avoir une forme d'empathie, quand on transmettait ses condoléances ? Il ne ressentait rien du tout. La réponse d'Anya n'était que pure logique. Il préféra respecter le silence que perturbaient quelques voix, à bonne distance d'eux. Des élèves qui riaient, comme dans un autre monde. Inconscients.

 

Le regard soudain d'Anya lui fit avoir un mouvement de recul.

 

- Evidemment qu'j'irai !

 

Il avait presque craché en s'exclamant, comme si la question était en soi une insulte. Finalement, il comprenait peut-être la frustration d'Anya de ne pas avoir été autorisée à aller se battre. En même temps, paradoxalement, il trouvait mieux qu'une fille comme elle n'y fut pas allée.

Il s'humecta les lèvres avant d'ajouter en parlant plus lentement, comme pour se donner le temps de retrouver une contenance plus apaisée.

 

- Et dans les rangs, des fois, y'a des filles. Elles sont venues même qu'elles avaient pas le droit.

 

Il n'y en avait pas beaucoup en réalité, et elles ne duraient pas longtemps, de son expérience. Non pas qu'elles fussent moins fortes ; la réalité était que pour elles, la guerre était dure parce qu'en plus du combat, il fallait supporter des armées de camarades qui bavaient devant la perspective de se rapprocher de l'unique fille disponible dans les parages. De l'expérience de Sasha, ces filles s'échappaient vite. Enfin, il espérait que celles qu'il n'avait pas revu avait bien disparu de leur propre volonté.

Cette pensée l'incommoda et il la repoussa - il n'y avait jamais pensé avant. Sûrement que ce n'était que l'effet de l'endroit où lui avait combattu, se rassura-t-il. On disait que les sorcières s'étaient très bien mêlées à d'autres batailles magiques, au point d'en être les principales artisanes, dans d'autres régions du continent. Et tant d'entre elles pouvaient aussi être de très bonnes espionnes. Cela, il en était tellement sûr qu'il décocha un regard suspect vers Anya. Mais il n'y avait sur le visage de la jeune fille que cette expression de femme indépendante et rebelle.

Sasha déglutit, bougea comme pour s'asseoir plus confortablement, essayant de ne pas paraître perturbé par la proximité de la russe.

 

- Il s'est battu où, ton frère ? il dit sur le ton de la conversation.

 

Sous-entendu : il était dans quoi ? Il se battait pour qui ? Sasha n'arrivait pas à poser la question franchement : se battait-il pour la Division Obscuro ? Il avait ce mauvais pressentiment, qu'Anya et lui ne faisaient pas partis du même monde, même s'ils étaient tous les deux des réfugiés pour les autres élèves de Poudlard. Comme les faces d'une même pièce, ils étaient forgés dans la même matière mais ne pourraient jamais se rencontrer.

Ou peut-être qu'il se faisait des idées.