Assise dans la salle d'attente, Jules a bien du mal à tenir en place. Elle sait qu'elle doit passer cet entretien avec brio pour avoir une chance de retrouver la garde de sa fille. Au-delà de sa stabilité mentale, elle allait devoir prouver que ses problèmes d'addictions étaient derrière elle, et qu'ils y resteraient. Sa vie en Angleterre n'était qu'une bataille sans fin qu'elle menait tant bien que mal, tentant de garder la tête hors de l'eau alors même qu'elle avait toujours l'impression d'en avoir plein les poumons. Mais elle ne lâcherait rien. Elle avait fait le plus dur en mettant sa fille dans cet avion. Maintenant, il lui fallait la sortir de cette famille d'accueil chez qui elle était.
Les Chapman sont des gens biens, elle n'en doute pas une seule seconde. Et Mila semblait heureuse avec eux. Bien plus qu'elle ne l'était à Millinocket. Mais ils n'étaient pas ses parents, et Jules refusait de laisser sa fille grandir loin d'elle plus longtemps. Les derniers mois ont été les plus longs de sa vie, malgré le droit de visite hebdomadaire qu'elle avait. Les services sociaux et le tribunal avaient cependant été clairs sur ce qu'elle devait faire pour récupérer sa fille : reprendre sa vie personnelle et professionnelle en main.
Elle avait trouvé un travail, et une maison, le tout grâce à une association pour les femmes comme elle. Et elle n'aurait pas pu rêver mieux. Il lui fallait simplement mener quelques rénovations dans la maison afin de pouvoir y accueillir Mila dans de bonnes conditions. Le chenil était adjacent à la propriété, et elle avait eu tous les permis nécessaires pour y accueillir les croups qu'elle souhaitait sauver avant de les remettre à l'adoption. Il ne lui manquait plus que l'aval de la psychomage assermentée, et c'était aujourd'hui qu'elle espérait l'obtenir.
Dès que la porte s'ouvrit, elle bondit sur ses pieds, son sac à main serré contre elle, avant de serrer la main de la femme à l'allure sévère qui détenait bien trop de pouvoir sur son avenir. Mais Jules était confiante. Pour sa fille, elle l'était toujours. Elle était sa raison de vivre. Sa raison de se battre. Sans elle, elle n'aurait jamais eu le courage de partir. Elle lui devait sa vie, et elle se devait de lui en offrir une plus décente que celle qu'elle avait eu jusqu'ici. A peine eut-elle passé le seuil du bureau que la porte se referma. Son avenir se jouait ici.